Un Putain de Salopard Tome 2 : O Maneta

Bienvenue dans l’enfer de la jungle brésilienne des années 70 avec Régis Loisel et Olivier Pont et le second tome de Un Putain de salopard. Tueurs aux trousses, animaux sauvages et vieille histoire enterrée, l’aventure est au bout de la route…

Dans la Jungle brésilienne

Baia, la métisse indienne qui a pris soin de Max, se réveille au milieu d’un cauchemar. Elle vient de revivre en rêve la mort de la jeune fille ligotée à bord de l’avion dans lequel ils ont trouvé refuge. Quand elle sort dans la forêt, Baia croise l’esprit de la fillette…

Au bar du Toucan, le capitaine Régo vient prévenir à Margarida et Corinne que Carlos est mort dans un accident de camion, en se rendant au camp Herman. Corinne fait la liaison avec Baia et Max qui étaient eux aussi à bord du camion…

Chez Mali, la mère de Baia, elles trouvent la vielle femme en transe, communiquant avec les esprits de la forêt.

De retour chez elle, Corinne tombe sur ses copines Charlotte et Christelle. Elle apprend l’agression sauvage qu’elles ont subie et sa fin dramatique… Tant qu’il fait nuit, Corinne décide de se débarrasser de la Jeep des deux salopards qui ont tenté de tuer ses copines…

Putain de salopard : Un second round explosif

Guidé par le duo Régis Loisel (scénariste de la série fantastique Le grand mort avec Jean-Blaise Djian et Vincent Mallié et Magasin général avec Jean-Louis Tripp, auteur  de Café Zombo), et Olivier Pont, nous voici repartis pour le second tome de Un Putain de Salopard.

Après une exposition plutôt légère et potache, le récit a glissé dans le drame pour Max et Baia. Ignorant que leurs agresseurs sont hors-jeux, ces deux-là se sont enfuis en pleine jungle pour échapper à cette bande de salopards capables de tout. Heureusement, la maîtrise de Baia de la forêt, les protège des dangers inhérents à ce milieu hostile… C’est clair qu’il ne vaut mieux pas compter sur Max, petit touriste blanc, venu chercher une trace de son paternel, et qui a attrapé une syphilis carabinée dans le lit (très partageur) de Corinne

Deux arc narratifs et la même tension

De leur côté, les deux infirmières Corinne et Christine, venues reprendre le dispensaire de jungle ne sont pas mieux loties. Elles aussi ont rencontré les mêmes salopards qui venaient “finir le boulot”, c’est-à-dire tuer une jeune prostituée métisse…

En légitime défense, les jeunes femmes ont réussi à éliminer les agresseurs, mais cela n’en reste pas moins un homicide involontaire… Elles ont beau tenter de faire disparaître les preuves, évidemment, les ennuis ne s’arrêtent pas là, et les rebondissements s’enchaînent pour les deux groupes…

Plongée en apnée dans une mer verte

Une fois de plus, le conteur d’histoires Régis Loisel est toujours très proche de ses personnages, avec des dialogues simples et vivants. Il les rend vrais et touchants. Parfaitement accompagné par le dessinateur Olivier Pont, le duo nous entraîne dans une plongée en apnée dans la jungle brésilienne des années 70.

Cette période douloureuse pour cet écosystème unique (qui a vu un basculement complet avec l’arrivée des ouvriers de la Transamazonienne*) est retranscrite avec beaucoup de force. Se servant de ce contexte dramatique pour les populations locales, Régis Loisel raconte des drames personnels bouleversants, mâtinés d’aventure, sur fond de réflexion écologiques et sociétales. Le décor de jungle est sublime, mais loin de la carte postale… et quand de rares moments de répit permettent d’en apprécier la beauté, les rebondissements ne sont pas loin, entre tueurs aux trousses, maladie et survie au milieu des animaux sauvages…

Danger partout

Regis Loisel et Olivier Pont construisent une belle galerie de portraits. Les femmes attachantes, endossent soit des rôles de victimes de la sauvagerie des hommes, soit un rôle de “soignantes” à la façon des deux infirmières, ou de Baia.

Les hommes, eux, semblent, pour la plupart mus par de bas instincts, excepté Régo, le vieux flic beaucoup plus bienveillant qu’il le pense.

Du fantastique

En pleine jungle amazonienne, Régis Loisel n’hésite pas à ajouter quelques touches fantastiques, qu’il apprécie dans ses scénarios.

Esprit de la forêt ou “ghost” d’une enfant morte dans de terribles circonstances, ce dérapage contrôlé amène un peu plus de magie à cet environnement si particulier.

Au dessin, Olivier Pont fait des merveilles

Son trait semi-réaliste et légèrement caricatural accompagne magnifiquement cette histoire. Les gueules sont expressives et l’acting des personnages parfait. Les émotions se lisent sur les visages et participent à l’immersion (pour ne pas dire l’empathie) qu’on ressent.

La couleur assurée par François Lapierre n’est pas en reste. Il magnifie le dessin d’Olivier Pont (DesSeins, Bouts D’ficelles,  Où le regard ne porte pas…) en posant sur le dessin de la forêt et ses multiples variations les touches de couleurs qui marquent l’ambiance.

Décidément, ce second tome tient toutes ses promesses et m’a surpris sur bien des points. Vivement la suite et fin de cette belle trilogie !

 

* Si vous voulez creuser le sujet, je vous invite à vous intéresser au travail photographique de l’artiste engagée Claudia Andujar qui montre les dégâts des grands travaux sur la population indienne…

Article posté le vendredi 16 avril 2021 par jacques

Un putain de Salopard T2 de Pont et Loisel (Rue de Sèvres)
  • Un Puteain. de Salopard – T2 O Maneta
  • Auteur : Régis Loisel
  • Dessinateur : Olivier Pont
  • Coloriste : François Lapierre
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 18 €
  • Parution : 20 novembre 2020
  • ISBN : 9782810202331

Résumé de l’éditeur : Pour échapper aux hommes de main du camp minier, Max et Baia se perdent dans la jungle. Qu’importe, Baia guide, nourrit et soigne Max. En s’enfonçant toujours davantage dans cette forêt tropicale, Baia arrive jusqu’à l’épave d’un avion écrasé il y a quelques années. A son bord, le squelette d’une enfant dont les poignets sont encore ligotés. Serait-ce l’épave de cette vieille histoire de kidnapping de la fille du patron de la mine et d’un beau magot détourné ? De leur côté, Christelle et Charlotte prennent la fuite en direction de chez Corinne. Elles quittent le dispensaire où elles abandonnent un cadavre. Recherchées, les deux infirmières pourront compter sur l’aide de Rego, un vieux flic de la région au passé douteux. Croisant malfrats, chasseurs de trésors, et vieux secrets enfouis, chaque pas dans la jungle amazonienne semble réduire les chances de survie de nos héros.

À propos de l'auteur de cet article

jacques

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Designer Digital, je lis et collectionne les BD depuis belle lurette. Ex Rédacteur en chef d’Un Amour de BD, j’aime partager ma passion pour ce média, et faire découvrir les pépites que je croise. Passionné par la narration sous toutes ses formes, je suis persuadé qu’une bonne BD a autant de qualités qu’un autre produit culturel (film, livre, disque…) et me fais fort de vous l’expliquer.

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