Entretien avec Mobidic

Depuis la sortie de son très remarqué et remarquable Roi Ours, Mobidic fait partie des autrices que nous souhaitions rencontrer pour parler de son univers si captivant. Et c’est à l’occasion de la parution de son nouveau livre – Le Culte de Mars –, que nous avons pu poser quelques question à la dessinatrice franco-mexicaine. À l’image de ses histoires, nous avons ressenti beaucoup de sincérité au travers de ses mots. Plongée dans un agréable entretien avec Mobidic.

 

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référenceIllustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

Bonjour Mobidic. tout d’abord, quel plaisir de te retrouver cinq ans après ton remarquable Roi Ours ! Même si entre temps tu as participé au collectif pour Marsipulami des histoires courtes par… nous trépignions d’impatience de savourer une de tes nouvelles histoires. Et la voilà ! Le culte de Mars est donc ton nouvel album solo. Quatre mois depuis sa sortie, as-tu « digéré » ce livre ? Es-tu satisfaite de la façon dont tes lecteur.ice.s se le sont approprié.e.s  ?

L’album est sorti il y a quatre mois, mais j’en ai dessiné la dernière page il y a presque un an déjà… Il y a toujours un délai entre la la réalisation du contenu de l’album et la fabrication de celui-ci, et confinement oblige, la sortie initialement prévue en mars a été reportée. Quand il est finalement sorti, la digestion était déjà bien entamée !

J’ai malheureusement eu trop peu d’occasions de discuter avec mes lecteurs, puisque les conditions sanitaires limitent énormément les dédicaces, moment privilégié pour échanger avec eux. Mais les quelques retours que j’ai eus, notamment via les réseaux sociaux, font chaud au cœur et donnent vraiment envie de continuer ce métier. Ça fait quelque chose de lire une chronique d’un ou une inconnue, et de se sentir comprise ! Parfois même sur des thèmes plus cachés, qui ne sont pas abordés noir sur blanc, mais qui ont été aperçus par qui sait les voir… Ou encore, parfois, sur des choses auxquelles je n’avais pas consciemment pensé !

La toute première page ornée de végétation contraste brillamment avec les précédentes planches sanguinolentes. Les cases parlent d’elles-mêmes, la nature a repris ses droits. De la verdure recouvrant un panneau de signalisation à cette épave de voiture habitée pas des faons, on ressent une sorte d’apaisement. Est-ce une vision post-apocalyptique plus rassurante à imaginer ?

On l’a bien vu pendant le confinement : il suffit qu’on se tienne tranquille quelques mois, et les animaux se remettent à faire la fête. Alors imaginez plusieurs décennies ! On confond fin de l’humanité et fin du monde, alors qu’on sait bien que notre disparition ne serait que le début de la renaissance de tout le reste du vivant…

Ce n’est pas tellement que je suis optimiste sur la fin du monde, c’est plutôt que je suis très pessimiste sur le monde actuel. Je ne considérerais la fin de l’humanité comme une mauvaise nouvelle que pour une raison subjective et totalement égoïste : j’en fais partie…

Pour me documenter, j’ai lu un livre qui s’appelle Homo Disparitus (de l’auteur Alan Weisman, ndlr) et qui raconte ce qui se passerait si l’humanité disparaissait d’un seul coup, sans raison. Eh bien la vitesse à laquelle les plantes pousseraient sur nos ruines, à laquelle les animaux sauvages reviendraient occuper les espaces qu’on s’est appropriés, est hallucinante. A tel point que j’ai été forcée de me détacher de ce que j’avais appris dans ce livre pour dessiner mes décors, puisque si je restais réaliste, il n’y avait tout simplement plus aucune trace visible de notre passage !

Certaines scènes sont plus irréalistes que d’autres, je pense notamment à celle du centre commercial, où les personnages trouvent des vêtements. En réalité tout ce qui est textile aurait pourri en très peu de temps. Mais j’avais envie de raconter une histoire, pas de faire un documentaire sur le futur, et cette scène raconte quelque chose d’important dans la relation des deux personnages. J’ai donc commis cette erreur en toute connaissance de cause. Et puis c’est tellement beau des ruines couvertes de lierre et de mousse, des voitures avec des arbres qui poussent au travers, je n’allais pas me priver !

 

Le culte de Mars (Delcourt), le cri d'alarme de Mobidic décrypté par Comixtrip, le site BD de référence

 

« On est quand même arrivés à une époque où certains doutent des vaccins ou de la rotondité de la planète ! »

Hermès, ton héros principal, est un personnage attachant. Dans ton livre, il a pour quête de rassembler le savoir de l’humanité avant sa quasi-désertion. Curieux de tout, il inscrit dans son grand livre la moindre information qu’il découvre ici et là. On ne sait pas d’où il vient ni vraiment où il va. Quel est son véritable but ? Conserver le passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs ? Ou s’en inspirer pour croire en un monde meilleur ?

Dans les premières versions du scénario, je parlais du passé d’Hermès. Mais au fil des réécritures, cette partie de l’histoire a disparu pour laisser plus de place à tout le reste, et on ne peut plus qu’imaginer comment il a commencé cette quête sans fin… Mais quelques indices subsistent ! Par exemple, vers le début, il avoue à demi-mot qu’il a voulu lui aussi aller sur Mars, comme tout le monde. Il a cru, lui aussi, qu’il suffirait de remettre la main sur le savoir des Anciens pour reproduire leur exploit. On peut en déduire que c’est comme cela que sa quête a commencé… Et qu’au fur et à mesure de ses découvertes, il a non seulement compris que c’était impossible, mais il a également pris goût à la connaissance pour le plaisir de la connaissance. Et comme c’est un type bien, eh bien il partage ! Je ne suis pas sûre qu’il ai l’arrogance de se croire le sauveur de l’humanité, même si tout le monde le met sur un piédestal.

Au-delà de son but en tant que personnage, c’est aussi un symbole. Les croyances, la désinformation, font des ravages, aujourd’hui comme hier, et malheureusement comme demain. On est quand même arrivés à une époque où certains doutent des vaccins ou de la rotondité de la planète !  La science inspire de plus en plus de méfiance, on la confond avec la technologie et l’industrie, alors qu’elle n’a pour but que de décrire et comprendre le monde. Et c’est ce que fait Hermès. Il observe, il apprend, il comprend ce qu’il peut, mais jamais il ne porte de jugement. Quand il croise la route de croyants, il n’essaie pas de les convaincre qu’ils ont tort : il propose son savoir, et les laisse suivre le chemin qu’ils ont choisi. Il sème des graines qu’il n’a pas le temps de voir germer, déjà reparti à la rencontre d’autres de ses semblables.

« Caroline, que je voyais comme une baroudeuse mystérieuse et invincible, a gagné une fragilité que je n’avais pas prévue…« 

L’autre personnage récurrent de ton histoire est Caroline. Une jeune femme dont la surdité profonde amène une vision différente du monde d’après chaos. Le lectorat qui va s’imprégner du Culte de Mars ne connait pas forcément la langue des signes. Pour autant, il va pouvoir apprendre quelques bases mais surtout il va pouvoir entrer dans la conscience d’une personne qui n’entend aucun son. Comment as-tu appréhendé le caractère de Caroline si forte et fragile à la fois ?

Le personnage de Caroline a été présent dès les premières étincelles de scénario. J’ai toujours su qu’elle était Sourde, qu’elle était blonde, vêtue de noir, qu’elle fumait et qu’elle était en déplacement constant vers un but mystérieux. Et que le personnage principal, fasciné par elle, apprenait sa langue juste pour pouvoir la connaître.

Le hic, c’est que je n’avais aucune idée d’où elle allait… Il faut dire que toute cette histoire de Mars n’existait pas encore !

Les prémices de ce livre, c’était leur rencontre, un voyage vers un but mystérieux, et la barrière de la langue.

Il a évidemment fallu beaucoup me documenter pour faire exister un personnage Sourd. J’avais beau savoir, en commençant cet album, que j’allais apprendre mille choses dont je ne soupçonnais pas l’existence, j’ai quand même été soufflée par la profondeur et la richesse du monde des Sourds !

J’ai lu des livres pour me documenter, et je conseille chaudement à qui veut en apprendre plus sur le sujet le livre du neurologue et écrivain Oliver Sacks Des yeux pour entendre , qui se lit comme un roman tellement il est passionnant (comme tout ce qu’a écrit ce monsieur, par ailleurs) !

Et bien évidemment, j’ai cherché à rencontrer des Sourds pour leur demander conseil. Et comme je n’en connaissais pas, je me suis inscrite à des groupes Facebook de Sourds, je suis allée au salon de la Surdité, je me suis même retrouvée à un barbecue où je ne connaissais personne et où j’étais (presque) la seule entendante.

De fil en aiguille, j’ai découvert l’existence de KAP’Signes, un kot-à-projet de l’université de Louvain la Neuve, et j’y ai fait la rencontre d’étudiantes qui ont accepté de m’apporter leur aide. Certaines sont Sourdes, d’autres entendantes et faisaient des études de traductrices en langue des signes. Elles m’ont accueillie toute une après midi chez elles, on a beaucoup discuté, elles m’ont raconté leur quotidien, elles sont répondu à toutes mes questions, elles m’ont raconté plein d’anecdotes de la vie de tous les jours que je n’aurais jamais pu deviner moi-même. Elles m’ont conseillée et corrigée sur l’utilisation des Signes, elles ont inventé les noms-signes de Caroline et Hermès


Caroline a beaucoup évolué à leur contact. Je ne pensais parler que de barrière de la langue, mais je me suis aperçue qu’il était impossible de ne pas parler du handicap : le regard de l’autre, le rejet, la frustration de ne pas être tenue au courant, le sentiment de solitude quand on vit au milieu d’entendants… Caroline, que je voyais comme une baroudeuse mystérieuse et invincible, a gagné une fragilité que je n’avais pas prévue, constamment ramenée à un statut d’handicapée malgré elle.

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

Sans en dévoiler le contenu, il y a un passage marquant dans le livre où Hermès prononce un spontané « je t’aime ». En le glissant à l’oreille de Caroline, il sait qu’elle n’en saura rien. C’est un moment assez déroutant car on ne s’y attend pas. Comme si ton héros allait se libérer d’un poids en évacuant ces trois mots qu’il prononçait pour la première fois. Et surtout, sans l’appréhension de la réponse. As-tu voulu montrer un soupçon de faiblesse de Hermès ? 

Ha, cette scène ! je l’ai eue en tête très tôt. Je crois qu’au fil des réécritures, et malgré les nombreux chamboulements, elle a toujours été là. Je l’ai d’ailleurs dessinée avant même d’avoir bouclé le scénario, dans un décor indéterminé, juste pour en saisir l’émotion.

Et donc oui, Hermès est un grand timide, que voulez-vous… 

Anecdote amusante : j’ai demandé à mes conseillères Sourdes ce qu’elles pensaient de cette scène. La réaction fut unanime : impossible. Caroline a forcément senti le souffle d’Hermès dans son cou ! Elle ne peut pas ne rien avoir remarqué. J’étais un peu déçue, je ne vous le cache pas ! Mais bon, j’ai laissé quand même.

Peut-être qu’elle sait et qu’elle n’a rien dit ? Serait-elle timide, elle aussi ? 

Je n’avais pas du tout envie que le Culte de Mars soit une histoire d’amour. Mais savoir que ce sentiment inavoué existe apporte une autre lumière sur ce voyage, et, forcément, sur les évènements qui suivent…

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

Les mains sont en conséquence très présentes dans cet album et elles sont brillamment expressives. Dans le Roi Ours, c’est ton élégance à l’anthropomorphisme qui nous était révélée. Puises-tu cette faculté en analysant le comportement des gens, des animaux ? Ou est-ce que ton crayon sait naturellement comment rendre ces scènes si éloquentes ?

Ha, merci pour le compliment sur les mains ! Ça n’était pas mon point fort, et je trouve que j’ai beaucoup progressé en dessinant cet album !

Dessiner, c’est représenter le réel, et pour le représenter il faut quand même un peu l’avoir observé. Pour dessiner Roi Ours, j’ai acheté des livres de photos animalières, je suis allée faire des croquis au zoo, j’ai regardé comment les artistes de chez Disney avaient synthétisé les gorilles dans Tarzan et les ours dans Frères des Ours

Et en même temps, je ne reste pas collée à ma documentation. Sur mes planches, j’y vais à l’instinct, nourrie par mes observations antérieures. Finalement, tout ce que je dessine est un peu faux, mais ça ne se voit pas trop ! Ce qui compte, c’est que le dessin ai l’air vivant, et qu’il soit au service de l’histoire.

Comme la pratique du dessin est un apprentissage permanent, j’essaie de toujours progresser sur quelque chose. Sur le Culte de Mars, niveau anatomie, je me suis concentrée sur les mains, c’est vrai, mais aussi les oreilles et les dents… Sur Roi Ours, c’était plutôt les pieds ! C’est un éternel apprentissage, ça ne s’arrêtera jamais et ça c’est génial.

 

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

« La couverture du Culte de Mars a été un enfer !! »

La couverture du Culte de Mars ressemble dans sa conception à celle du Roi Ours. Dans le sens où tu leur donnes une vraie lecture. Dans le premier, l’ours est représenté tel une protection pour Xipil, l’héroïne. Dans le deuxième, Hermès semble hésiter à s’aventurer vers la fusée. Comment se passe ton approche sur la couverture ? Comme un moment récréatif ? Est-elle conçue une fois l’histoire terminée ?

La couverture de Roi Ours a été un plaisir à faire. J’ai trouvé le concept très vite, tout a été assez facile. De toutes les scènes de l’album, celle où Xipil court avec les ours s’est imposée comme la plus graphique et la plus chargée en émotion, sans aucune hésitation. Je ne sais plus comment m’est venue l’idée de la silhouette de l’ours. En tout cas c’est venu assez vite et naturellement. J’ai multiplié les croquis de branches pour trouver la solution la plus simple et la plus élégante… Et une fois trouvée , il n’y avait « plus qu’à » tout dessiner.

 Ça a été tellement facile, tellement plaisant, pour un résultat tellement satisfaisant, que j’en ai tiré la conclusion suivante : je suis forte en couverture.

 Quelle naïve arrogance, quelle ridicule erreur…

 La couverture du Culte de Mars a été un enfer !! 

Je ne trouvais pas la bonne idée pour représenter le thème, ou l’ambiance, ou l’histoire, il manquait toujours quelque chose, c’était toujours bancal. Alors que pour Roi Ours j’ai finalement très peu dessiné de croquis de recherche, pour le Culte, j’en ai des pages et des pages.

Si bien qu’au bout d’un moment je ne savais plus du tout où j’en étais, ni ce que mon album racontait !
Finalement, épaulée par mon éditeur, en combinant plusieurs idées, la couverture que vous connaissez a émergé, mais je n’avais plus aucun recul. J’ai bien conscience que la couverture de Roi Ours est meilleure, et que ça ne se reproduira peut-être jamais !

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

Dans tes deux albums, tu utilises régulièrement le feu. Que ce soit pour évoquer la chaleur, la lumière ou la violence. Est-ce par pure nécessité ou parce que tu aimes particulièrement cet élément ?

Ce que je raconte dans ces deux albums se passe dans des univers sans technologie, et quand il fait nuit, il faut bien s’éclairer. Le feu est la solution la plus naturelle à ce problème. C’est la première raison.

Une autre raison serait que ma technique de dessin au lavis rend le dessin du feu particulièrement agréable. Roi Ours était au brou de noix, le Culte de Mars à l’encre noire Waterman. Ces deux encres ont la particularité de s’effacer quand on les met en contact avec de l’eau de Javel. C’est comme ça que je fais apparaître les lumières, et donc le feu. C’est très satisfaisant de voir un feu, un soleil, une tâche de lumière dans un sous bois, apparaître comme par magie sous le pinceau !

Pour la symbolique du feu, la purification tout ça, je n’y ai pas vraiment réfléchi, mais c’est vrai que la fin de Roi Ours et celle du Culte de Mars se répondent, ont cette même idée de tout détruire pour repartir de zéro. Ça doit sans doute dire quelque chose de mon caractère, je suppose.

 

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référenceIllustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

 

« Mais sinon je crois que je cherche à constamment me mettre une légère difficulté avec des outils que je ne connais pas bien »

Comme tu viens de le préciser, le brou de noix habillait magnifiquement tes planches dans le Roi Ours. Dans Le culte de Mars, tu utilises l’encre noire. Adaptes-tu tes techniques de couleur en fonction de l’histoire relatée ?

La première raison pour laquelle j’ai changé de technique, c’est pour ne pas m’ennuyer ! J’aime essayer de nouvelles choses, même si je reste cantonnée à l’encre (je déteste la gouache par exemple, et tous ces trucs pâteux qu’il faut étaler fastidieusement. Et ne parlons pas du pastel, brrr).

Mais sinon je crois que je cherche à constamment me mettre une légère difficulté avec des outils que je ne connais pas bien. En ce moment, je fais des illustrations pour Inktober (un challenge graphique qui a lieu sur les réseaux sociaux tous les mois d’octobre), et je fais ça avec l’outil le plus instable que je connaisse : le cola-pen. C’est grosso-modo un bout de canette de bière plié en deux et attaché au bout d’un bâton… Et je m’éclate !

Pour la suite de mes histoires, je ne sais pas encore quelles techniques je vais utiliser. En ce moment je bosse sur un album jeunesse au Lombard pour lequel je fais ma couleur 100 % numériquement, ce qui est une première pour moi. Puis je ferai un autre album chez Glénat, et là je ne ferai pas ma couleur du tout, puisque pour la première fois je vais collaborer avec un coloriste.

Je reviendrai très certainement à des choses plus personnelles graphiquement après ça.

Dernière question Mobidic. Peux-tu nous parler de ces projets et peut-être d’autres qui sont en train de germer ?

Pour lire un album dessiné par mes soins, il ne faudra pas attendre bien longtemps : mon album en cours est bientôt terminé, et sortira en 2021. Mais ce n’est pas moi qui écris, c’est Kid Toussaint. Ça va s’appeler Saana contre les Dragons, et ce sera au Lombard.

Puis je vais dessiner un album chez Glénat pour la série les Géants, aux côtés de Lylian K, Paul Drouin et Lorien Aureyre, ça sortira également en 2021. 

Pour les projets personnels, en revanche, il faudra patienter : si je me « repose » en dessinant des albums jeunesse écrits par des scénaristes, ce n’est pas pour rien. Le Culte de Mars m’a épuisée, physiquement et mentalement. Et financièrement, aussi.

Mais même une fois remise, il faudra attendre encore un peu : écrire et dessiner un album seule, c’est long. Et c’est encore plus quand il fait 100 pages…

En tout cas j’ai plein de notes, plein de bouts d’histoires, plein d’envies d’univers à visiter. Rien de concret du tout pour le moment, mais j’ai hâte !

 

MOBIDIC S’EST PRÊTÉE AU JEU DE LA PLANCHE COMMENTÉE. LA 41 DU CULTE DE MARS EST UN MOMENT CHARNIÈRE DE L’HISTOIRE. VOICI COMMENT ELLE A ÉTÉ ÉLABORÉE : 

 

C’est une des pages les plus importantes de l’album, à tous les niveaux. Graphiquement, ça a été un challenge : la perspective n’est pas du tout mon point fort, et ça a été l’occasion de m’y confronter un bon coup. Le résultat n’est pas parfait, mais heureusement, la végétation envahissante m’a permis de cacher la misère !

 

Elle m’a demandé pas mal de documentation, puisque c’est le genre d’endroit qu’on ne regarde jamais vraiment quand on va : j’ai donc dû faire une chose que je n’avais jamais fait de ma vie, aller dans centre commercial sans rien acheter, juste pour observer. L’idée d’inonder l’endroit et d’y mettre des poissons m’est venue d’un centre commercial abandonné à Bangkok, dont les photos sont impressionnantes. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire fourmiller cette page de détails. Elle m’a pris beaucoup de temps, mais ça valait le coup. Il y a même quelques easter eggs cachés ça et là, dans toute cette séquence. J’adore faire des clins-d ’œil secrets dans mes pages, et cette scène en a été l’occasion rêvée !Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

 

C’est également une scène très importante au niveau de la narration. C’est un moment où l’histoire bascule. Le duo de personnages est en train de trouver un équilibre dans leur relation, qui arrive à son point culminant, mais malheureusement c’est ici que les choses vont accélérer vers des évènements qui vont leur échapper à tous les deux.

J’ai voulu symboliser cette évolution par un changement de vêtements (chose qui arrive rarement en BD), et par un changement de coupe de cheveux de Caroline (chose encore plus rare). C’est quelque chose de très intime, de couper les cheveux de quelqu’un. Et les plus observateurs auront sans doute remarqué qu’à partir de cette page, Caroline porte le collier d’Hermès.Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

 

En reparcourant le découpage, je remarque deux choses : premièrement, il en existe plein de versions différentes, je ne savais pas trop comment imbriquer les choses et raconter tout ce que je voulais en peu de pages, puisque c’est un moment riche narrativement parlant.

Et deuxièmement, à chaque fois, le découpage est très poussé, il y a des indications de lumière, je me suis attardée sur les décors, ce que je ne fais pas pour toutes les pages. Ça, en général, ça veut dire que je visualise très bien l’ambiance et que j’ai hâte de dessiner la scène !

La version du découpage que je vous montre est celle qui ressemble le plus à la version finale (même si j’avais longtemps pensé les faire arriver à l’intérieur en nageant sous l’eau, idée que j’ai finalement abandonnée). Mais j’ai finalement supprimé tous les dialogues, pas forcément nécessaires, pour ne laisser que le « waw » d’Hermès.

 

 

 

Illustration pour entretien avec Mobidic, autrice du Roi Ours et du Culte de Mars. Pour Comixtrip, le site BD de référence

 

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Entretien réalisé le vendredi 30 octobre 2020

 

Article posté le dimanche 08 novembre 2020 par Mikey Martin

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Mikey, dont les géniteurs ont tout de suite compris qu'il était sensé (!) a toujours été bercé par la bande dessinée. Passionné par le talent de ces scénaristes, dessinateur.ice.s ou coloristes, il n'a qu'une envie, vous parler de leurs créations. Et quand il a la chance de les rencontrer, il vous dit tout !

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