Naoki Urasawa : maître mangaka à l’honneur du Festival

Le formidable créateur de Billy Bat, Master Keaton ou Pluto, Naoki Urasawa a enfin les honneurs d’une exposition à Angoulême ! Le maître mangaka, spécialiste des récits de suspense, présente de nombreux originaux à l’Espace Franquin. Il a aussi répondu aussi aux questions de ses nombreux fans lors d’une Master Class le samedi 27 janvier au Théâtre de la cité.

450 planches originales

Après 33 ans d’une longue et riche carrière, Naoki Urasawa est le grand invité d’honneur du Festival. Master Class, Fauve d’honneur, rencontre avec le public et une superbe exposition Espace Franquin.

La grande force de cette exposition réside dans l’accrochage de 450 originaux ! Tous d’ailleurs ont été commentés par le maître mangaka lui-même; là encore une grande première. Cela procure un sentiment d’enchantement face à ses illustrations, recherches et planches.

DE Mujirushi à billy bat en passant par Monster ou master keaton

Dès l’entrée de l’exposition, le festivalier peut découvrir un pan entier avec deux histoires de Mujirushi, la nouvelle série de Urasawa qui paraîtra bientôt en France, publiée par Futuropolis et le Musée du Louvre. En effet, les récits se déroulent dans le célèbre musée parisien. Là, où c’est encore plus fort, c’est que les planches sont déjà traduites en français !

Arrivent ensuite tous les mangas qui ont fait connaître Urasawa à l’international et plus particulièrement chez nous : Billy Bat, Pluto, Monster, 20th century boys ou Master Keaton. Les visiteurs seront surtout impressionnés par la grande maîtrise technique du mangaka. Ses univers très différents, des histoires dans tous les genres et un grand perfectionnisme dans son graphisme.

URASAWA : DE LA BEAUTé DES COMPOSITIONS

Au-delà de sa grande force à mettre en image des personnages, la grande force de Urasawa réside dans la mise en scène de ses vignettes. Ses compositions de cases sont magnifiques !

Pour goûter tout le sel de ses planches, les organisateurs ont regroupé des thématiques : l’enfance, le mal, l’identité, le sauveur, les murs, la dictature, l’humanité, ainsi que ses références et sa grande passion pour Osamu Tezuka (il lui a encore rendu hommage hier sur la scène du Théâtre lors de la cérémonie du palmarès où il a reçu un Fauve d’honneur). La programmation de ce 45e festival était donc très bien pensée : Urasawa et Tezuka !

Si la scénographie et la richesse des planches nous ont enchanté, un gros bémol pour se mouvoir dans l’exposition. Comme un espace en son centre projette des films sur Urosawa, les œuvres sont accrochés sur les murs de ce cube. Résultat, des couloirs qui sont rapidement obstrués par le public nombreux (nous y sommes allés le jeudi à 10h et il y avait déjà un monde fou !) d’où des difficultés pour marcher et prendre son temps pour voir les planches !

Après le festival d’Angoulême, l’exposition sera visible du 13 février au 31 mars à l’Hôtel-de-Ville de Paris. Un livre – catalogue d’exposition publié par Panini accompagne l’événement !

Article posté le dimanche 28 janvier 2018 par Damien Canteau

L'exposition

Communiqué du Festival :

Né en 1960, Naoki Urasawa est le maître incontestable du manga de genre. Les séries 20th Century Boys, Monster, Pluto, Master Keaton ou plus récemment Billy Bat ont été saluées pour leur mise en scène au souffle épique, leur intrigue complexe et leur vaste galerie de personnages aux physiques très singuliers.

Dans ses mangas, Urasawa installe en effet des atmosphères étouffantes et fascinantes, quelque part entre Alfred Hitchcock et Brian De Palma, entraînant les lecteurs dans des polars labyrinthiques teintés de science-fiction et sillonnant les recoins sombres de la psychologie humaine.

Urasawa s’inspire autant de sa vie que de l’actualité qu’il transfigure, notamment dans sa série la plus fameuse, 20th Century Boys, qui reprend l’histoire de la secte Aum, dont l’influence a profondément marqué les Japonais dans les années 1990, et qui nourrit les angoisses liées à l’Apocalypse et à la rédemption de l’âme humaine.

Cette exposition rétrospective propose de nombreux originaux, et revient sur les motifs de l’œuvre : l’obsession d’un mal sans visage et sans nom, l’art comme forme supérieure d’aspiration humaine, le dialogue entre l’Orient et l’Occident, ou encore la crainte de la résurgence de dictatures sanguinaires.

Urasawa a commencé très jeune dans le manga, sous l’influence du maître Osamu Tezuka, auquel il rend souvent hommage par de nombreux clins d’œil et dont il poursuit l’œuvre avec Pluto, prolongement de l’histoire d’Astro Boy en huit tomes. Malgré son talent inné et une reconnaissance précoce, il débute véritablement sa carrière presque par hasard, grâce à un concours lancé par la maison d’édition Shogakukan, qu’il remporte à l’âge de 22 ans.

C’est alors qu’Urasawa réalise que son insatiable créativité peut donner naissance à des œuvres profondes et accessibles à tous. Naoki Urasawa est aimé des lecteurs comme des créateurs occidentaux. Dans les années 1970, il découvre Métal Hurlant et voue dès lors un culte à Jean Giraud, qu’il considère sans égal. Utilisation du vide, finesse du trait, choix des textures : toute l’originalité graphique de Moebius marque profondément Urasawa.

Il devient l’un des premiers auteurs japonais à revendiquer l’influence de la bande dessinée franco-belge. Le mangaka est par ailleurs musicien, mais aussi théoricien de la bande dessinée : il a réalisé pour la chaîne japonaise NHK des entretiens filmés avec différents auteurs, où se révèle son approche particulièrement intuitive du dessin et sa force de travail titanesque. Il continue aujourd’hui à l’employer avec sa nouvelle série, dont la publication au Japon commence début octobre 2017 dans la revue Big Comics Spirit.

Déjà primé à deux reprises à Angoulême (Prix de la Meilleure série en 2004 pour 20th Century Boys, Prix Intergénérations en 2011 pour Pluto), Naoki Urasawa fait l’honneur de sa présence au Festival, qui organise deux rencontres exclusives avec l’auteur.

Renseignements complémentaires

  • Espace Franquin – salle Iribe
  • Du 25 au 28 janvier 2018
  • 1 Boulevard Berthelot, 16000 Angoulême

 

  • Hôtel de ville de Paris – Espace Paris Rendez-Vous
    Du 13 février au 31 mars

 

  • Production : 9e Art+ / FIBD et Yomiuri Shimbun
    Scénographie : Yomiuri Shimbun
    Commissariat : Stéphane Beaujean

 

  • Master Class
    Samedi 27 janvier à 11h au théatre d’Angoulême
  • Rencontre Internationale
    Dimanche 28 janvier à 14h à l’espace Franquin

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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