Benoît Mouchart : « Un phare s’est éteint »

Pour Benoît Mouchart, alors directeur artistique du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) et aujourd’hui directeur éditorial des éditions Casterman, le décès de Moebius est une immense perte allant bien au-delà du neuvième art. « On vient de perdre un phare », assurait-il le jour de la disparition de cet immense auteur.

Que ressentez-vous à l’annonce de ce décès ?

« J’ai beaucoup de tristesse car, comme tous les grands artistes, il avait encore beaucoup de choses à dire et à montrer. Mais il y a aussi le deuil de l’homme. A titre personnel, c’est quelqu’un qui compte beaucoup dans mon parcours puisqu’il est le premier auteur de bande dessinée à m’avoir reçu chez lui alors que je n’avais que 15 ans. Je m’occupais d’un fanzine et il m’avait accordé une interview de plus de deux heures. Je l’ai beaucoup revu par la suite. Malheureusement, nous savions pourquoi il était absent lors du dernier festival et on espérait qu’il soit là pour le quarantième. »

A vos yeux, quelles sont ses réalisations les plus marquantes ?

« Pour le grand public, il y a deux volets. La face visible, c’est Blueberry qui a marqué beaucoup de lecteurs et créateurs. Le style Gir a permis à d’autres auteurs de trouver leurs gammes dans le réalisme. Je pense à des gens comme Hermann, Juillard, Otomo mais la liste est très longue. Il y a ensuite l’autre face, peu connue du grand public, celle de Moebius. Il n’a jamais arrêté de se chercher. Certains artistes seraient restés dans le style Gir mais lui a toujours exploré de nouvelles manières de représenter le monde et ses émotions. Il a inventé une autre bande dessinée. »

Moebius est le seul auteur de bande dessinée à avoir connu le succès de son vivant aux États-Unis ou au Japon. Qu’est-ce qui le rendait si particulier ?

« Moebius a influencé la bande dessinée mondiale et son influence sur le cinéma américain est monumentale. Deux auteurs sont morts aujourd’hui : Giraud et Moebius. On vient de perdre un des plus grands artistes français, bien au-delà de la bande dessinée. C’était un éclaireur, il donnait une lumière sur la vie. Pour moi, il a bâti une cathédrale avec son œuvre. Il a montré que l’être humain peut s’élever plus haut. Il y a quelque chose de spirituel dans tout ce qu’il a fait. Blueberry est aussi une quête initiatique. C’est un deuil pour la France. »

Grand Prix en 1981, Jean Giraud était un auteur assidu du festival d’Angouleme.Quels étaient ses liens avec le FIBD ?

« Il a toujours répondu présent aux invitations et s’est toujours impliqué dans l’Académie des Grands Prix. Il se souciait de l’avenir d’Angoulême et du festival. Je l’ai vu pour la dernière fois en novembre lors de sa remise de la médaille de l’ordre du Mérite. Il avait fait un très beau discours. C’était quelqu’un qui aimait parler, écrire et dessiner. »

Affiches du 3e et 9e Festival d'Angoulême

Article posté le samedi 10 mars 2012 par Nicolas Albert

À propos de l'auteur de cet article

Nicolas Albert

Nicolas Albert

Nicolas Albert est journaliste à la Nouvelle République - Centre Presse à Poitiers. Auteur de plusieurs livres sur la bande dessinée (Atelier Sanzot, XIII 20 ans sans mémoire…) ou de documentaires video, il assure également différentes missions pour le festival international de la bande dessinée d'Angoulême : commissaire d’expositions (Atelier Sanzot, Capsule Cosmique, Boule et Bill, le Théâtre des merveilles, Les Légendaires…), metteur en scène des concerts de dessins, rédacteur en chef de la WebTV et membre du comité de sélection.

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