Ahmed, jeune migrant, s’échoue sur une plage de l’île d’Aix. Il se cache alors chez Sidonie qui va le couver comme si elle avait retrouvé son propre fils disparu. Un espoir sans papiers, d’Ingrid Chabbert et Espé, met en lumière cette rencontre humaniste, entre tolérance et amitié.

“Daniel, ça fait des jours que ton père et moi, on te cherche !”
Comme tous les jours, Sidonie fait quelques pas sur la plage non loin de sa maison. La vieille dame, seule avec son chat Tyrex depuis que son mari est décédé, habite sur l’île d’Aix.
Au retour de sa promenade, elle surprend un jeune homme dans son cabanon de jardin. Trempé et frigorifié, il s’appelle Ahmed. Ce jeune migrant vient tout juste de s’échouer sur la plage après que son embarcation a essuyé une tempête.
Pourtant Sidonie ne semble pas du tout effrayée en voyant Ahmed. Mieux, elle le prend pour Daniel, son fils parti de la maison, il y a bien longtemps.

La mémoire qui flanche
Sidonie couve alors Ahmed comme son propre fils. Elle n’est plus très lucide sur les événements passés et présents. Tout se mélange. Parfois même, elle pense que son mari est encore à la maison. Parfois, elle se demande – comme son fils – pourquoi il est parti.
Alors au fil des jours, Ahmed prend soin de Sidonie. Sidonie devient alors la maman de substitution du jeune homme. Surtout que la situation du jeune migrant n’est pas sans risque…

Un espoir sans papiers : la mer comme lieu de rencontre
Depuis quelques années, le 9e art s’est emparé d’histoires de migration. Du Dernier costume n’a pas de poche aux Mains invisibles, en passant par Khat ou Les ombres, tous les auteurs ont pris le temps de raconter ces vies brisées par le chemin de l’exil. Des vies souvent d’inconnus, pour tenter d’incarner au mieux ces existences invisibilisées.
Dans Un espoir sans papiers, Ingrid Chabbert fait un pas de côté. Elle fait se rencontrer non pas des bénévoles qui viennent en aide aux migrants et les jeunes exilés mais une femme hors du temps et un jeune adolescent.
Entre ses pertes de mémoires et sa solitude, Sidonie accueille – sans le savoir – Ahmed, seul survivant d’un naufrage.

Donner une nouvelle chance dans un monde sombre
Alors dans Un espoir sans papiers, on peut rire de voir ce décalage entre la réalité et ce passé qui resurgit mais on est surtout saisi par la détresse, les colères de Sidonie et la situation administrative d’Ahmed. On peut parfois laisser glisser une larme dans la lecture, emporté par la bonté des personnes qui aident le jeune migrant, par les absences du mari et du fils de la vieille dame. C’est tout ça. Un mélange d’émotions, le Grand Huit de la vie, avec ses hauts et ses bas. Entre espoir, nouvelle chance et monde sombre qui asphyxie les deux protagonistes.
Il y a toujours de l’humanité dans les récits d’Ingrid Chabbert (Ecumes, En attendant Bojangles, Soixante printemps en hiver). Des récits de vie d’anti-héros qui se fracassent sur les difficultés d’une vie. Mais surtout l’espoir auquel on s’accroche pour ne pas sombrer. Dans Un espoir sans papiers, on apprécie également la bonté et la bienveillance de certain.e.s pour aider Ahmed. Il était seul, il se construit alors une nouvelle famille de cœur.

Espé, le dessinateur idéal pour raconter l’espoir
Si Ingrid Chabbert a développé une très jolie histoire, poignante, la réussite de Un espoir sans papiers, on la doit aussi à Espé. Le dessinateur possède également cet humanisme que l’on a pu voir dans Le perroquet ou Le col de Py. Le duo ne pouvait que se rencontrer par cette histoire.
L’auteur d’Une famille en guerre réalise de très belles planches grâce à un trait semi-réaliste tout en délicatesse. Il sait mettre en scène les expressions sur les visages. Tout est lisible dans les yeux et les bouches ; on comprend tout de suite. On appréciera aussi la scène de la tempête et celles de pluie, rehaussées par des couleurs d’une belle justesse.
Laissez-vous emporter par la vague d’émotions de Un espoir sans papier. Une histoire riche, bienveillante et sensible.
- Un espoir sans papiers
- Scénariste : Ingrid Chabbert
- Dessinateur : Espé
- Coloriste : Aretha Battistutta
- Éditeur : Dupuis
- Prix : 21,50 €
- Parution : 17 avril 2026
- Nombre de page : 104
- ISBN : 9782808507349
Résumé de l’éditeur : L’île d’Aix, un petit bout de terre au large de la Charente-Maritime. C’est là que Sidonie Delahaute, 78 ans, vit une terne retraite solitaire. Jusqu’au jour où un canot de migrants, broyé par une tempête, s’échoue sur la côte. Parmi eux, Ahmed, un mineur algérien qui va fuir les forces de l’ordre en se cachant chez la vieille dame. Persuadée que le jeune homme est Daniel, son fils disparu des décennies plus tôt, Sidonie va le prendre sous son aile. Et tenter de raccommoder la déchirure béante d’un passé familial mal cicatrisé… Touché par la douleur de la rugueuse vieille dame, Ahmed va-t-il ainsi démarrer une nouvelle vie ? Touchant récit de filiation, poignante fable humaniste et brûlant manifeste en faveur d’un meilleur accueil des migrants, L’espoir sans papiers ne pourra que vous toucher au coeur de mille manières. Après Soixante printemps en hiver, Ingrid Chabbert nous offre un puissant récit mené par Espé qui, après Le perroquet, témoigne à nouveau de sa sensibilité graphique.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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