Pourquoi s’adresser aux enfants ?

Lors de nos divers entretiens avec des autrices et des auteurs réalisant des albums Jeunesse, nous leur avions demandé pourquoi ils aimaient parler aux plus jeunes lecteurs. Dawid, Armelle Modéré, Thomas Priou, Tristoon, Marc Lizano, Sess, Thomas Bonis, Aude Soleilhac, Paul Drouin, Marc Boutavant, Marc Lataste, Stéphane Tamaillon et Jonathan Garnier ont donc gentiment répondu à notre interrogation : Pourquoi s’adresser aux enfants ? Des réponses variées et riches.

Pourquoi s’adresser aux enfants ? : 13 autrices et auteurs répondent

Dawid (auteur de la série Supers) :

« J’adore la BD en général et mon dessin actuel assez élastique s’adresse plus à un public jeunesse et moi je m’éclate à faire de la BD jeunesse […] Après j’adore le public jeunesse, c’est très agréable mais je ne voudrais pas me cantonner qu’à ce genre ! »

Armelle Modéré (autrice de Jules B.) :

« Les enfants, il y a de toutes les générations, il faut s’adapter , avoir un autre langage, d’autres sujets avec la vie qui évolue, même si les thèmes sont universels, il faut se les réapproprier et en parler à nouveau. »

Thomas Priou (auteur de Trappeurs de rien) :

« Oui c’est très important. Pour les Trappeurs, les éditions La Gouttière ciblaient le primo-lectorat pour faire découvrir la bande dessinée, pour faire découvrir la narration et pour sortir du livre illustré. Les plus jeunes sont les lecteurs de demain. Peut être que les lecteurs que j’ai aujourd’hui seront mes lecteurs dans dix ans, surtout si je fais quelque chose de plus adulte. Ils liront mes albums en pensant à ceux que j’ai pu faire avant. »

Tristoon (auteur de Bulby Crunch) :

« C’est le type de récits que j’aime écrire, je me sens plus à l’aise aussi bien en terme de références que de narration. En fait, mes petits personnages, je les trimbale depuis un moment, avant que je rentre à l’école. »

Marc Lizano (auteur de La pension Moreau) :

« Peut être parce que mon dessin s’épanouit mieux quand je travaille dans des livres pour la Jeunesse. J’ai fait des livres pour les plus grands et peut être que jusqu’à présent je n’ai pas trouvé le ton. J’ai fait du récit intimiste. J’adore lire des récits intimistes mais je n’ai pas encore réussi à faire ce que j’aime lire […] Je sais dessiner réaliste mais ça m’amuse moins. J’ai plus de plaisir à dessiner pour les enfants. Je fais à la fois des récits pour les tout-petits, des récits muets. J’ai plus de demandes de récits pour les plus petits car ils marchent mieux . C’est un cercle vertueux. »

Sess (auteur de Tess) :

« Tout d’abord parce que mon dessin se rapproche de la Jeunesse. Avec Tess, nous pouvons faire passer des messages – de respect, d’écologie – pour les plus jeunes. »

Thomas Bonis (auteur de Appa) :

« Je n’ai pas spécialement une volonté de m’adresser aux enfants. J’anime des ateliers bande dessinée dans les classes aux alentours de chez moi et le courant passe très bien entre eux et moi. Ce que j’aime bien dans la Jeunesse c’est que l’on peut y créer des univers fous. »

Aude Soleilhac (autrice de Sixtine) :

« Je pense que c’est inné, je ne l’ai pas choisi en fait, cela s’est imposé à moi naturellement. Les enfants, ce sont les lecteurs de demain et il faut leur proposer des choses de qualité lorsqu’ils sont jeunes. Il y a aussi une sorte d’éducation à la bande dessinée.

Tous les livres Jeunesse que j’ai réalisé, ils s’adressaient aussi aux adultes. J’essaie de ne pas cantonner cela exclusivement pour les enfants. Je ne sais pas si ça joue, mais moi je me sens rarement adulte (rires). »

Paul Drouin (auteur de La famille fantastique) :

« J’ai un dessin qui est très Jeunesse et j’ai plus de mal à faire du dessin « adulte », alors qu’en films, séries ou livres, j’aime cela.

Je m’éclate dans l’univers Jeunesse, il y a plus de choses à développer. Je lis aussi beaucoup de littérature dans ce style. J’aime ce public, les interactions sont nombreuses et plus naturelles. »

Marc Boutavant (auteur de Ariol) :

« J’essaie de faire mon travail dans l’optique de rendre ce que j’ai reçu en lisant. Par les lectures, les dessins, tout ce que l’on peut observer. c’est un accompagnement d’enfance. Je connais des personnes qui n’ont pas grandi avec la télévision, les livres, les bandes dessinées, c’est étonnant. Pour moi, ça génère tellement de chose, ça favorise l’imagination, ça crée le cocon de son enfance et moi j’ai envie de participer à cela.

Lorsque les parents ou les enfants me disent à quel point ils ont adopté les personnages ou les univers, je me dis que ça vaut le coup de faire ce que je fais. »

Marc Lataste (auteur de Feya) :

« Parce qu’ils sont l’avenir ! Il faut les sensibiliser à travers d’histoires qui vont les faire réfléchir. Je ne vais pas apporter les réponses – parce que je ne les ai pas spécialement – mais il y a des choses qui me touchent et je veux poser ces questions aux plus jeunes.

Ce sont aussi de futurs lecteurs et le 9e art a besoin de renouveler son lectorat. Je suis fan de Cartoon Network et Adventure Time, j’essaie de me tenir au courant de ce qui se fait en jeunesse en série, jeux vidéos ou animation. En regardant cela, ça m’inspire et cela ressort dans mes créations.

Stéphane Tamaillon (auteur de Liloo) :

« Que ce soient des romans ou des bandes dessinées, je constate que les enfants ou les adolescents sont plus ouverts que les adultes. C’est un peu une généralité ce que je vais dire mais les adultes ont tendance à se cantonner à un genre littéraire – pas tous heureusement – et à se dire qu’ils ne vont lire que tel(s) style(s). Ce que j’aime avec la littérature jeunesse, c’est que l’on peut traiter de quasiment tous les thèmes, de passer de l’aventure au drame, de quelque chose de très sérieux à de l’humour. On peut tenir des discours très différents et je trouve que pour un auteur, c’est un terrain de jeu assez fabuleux.

Lors des rencontres scolaires, quand je réponds à cette question de pourquoi j’écris pour la Jeunesse, c’est un peu parce que je pense que quand j’étais enfant, je jouais énormément avec des figurines – Playmobil, Lego, Star Wars – et que lorsque l’on arrive à l’âge adulte, on les collectionne mais on ne joue plus avec. Ecrire, c’est une manière de continuer à jouer. En face de moi, j’ai des publics qui sont réceptifs de cela. Il y a un enthousiasme que parfois les adultes ont perdu. »

Jonathan Garnier (auteur de Momo, Timo et Bergères guerrières) :

« Parce que j’ai grandit avec des albums, je suis un gros lecteurs en BD mais aussi en roman. Ça fait partie de ma culture, ça m’a formé de façon plus ou moins importante. Les livres étaient là au quotidien. Ce qui me plaît, c’est de transmettre. Ce qui est aussi important, c’est lorsque des parents, des adultes en parlent autant que les enfants, voire partagent sur le même livre.

L’enfance, c’est un moment où l’on se construit et le livre permet de façon ludique de donner des codes d’apprentissage. »

Article posté le mardi 01 janvier 2019 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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