Constance et les ombres

Et si un gros gentil monstre pouvait remettre à flots une jeune fille angoissée ? Ingrid Chabbert et Luisa Russo imaginent Constance et les ombres, un très joli début de série tendre et frissonnant édité par Dupuis.

Horace, ange-monstre veille sur Constance

Dans une luxueuse maison bourgeoise. Constance vient de naître. A peine dans son berceau, une ombre est tapie derrière la porte. Cette ombre, c’est Horace, un gros monstre poilu, avec des dents acérées et de grandes mains rouges aux longues griffes. Avec son étrange silhouette, il fait très peur. Pourtant, Horace est un gentil monstre, tel un ange-gardien.

Tout de suite, Constance se sent en sécurité avec lui. Pourtant, la créature est nerveuse. Elle ressent un danger autour de la petite fille.

Parents rigides et enfermement

Les parents de Constance sont rigides. La mère ne semble pas heureuse de cette arrivée dans la famille. Le seul qui est content, c’est Louis, le grand frère. Alors la vie avance avec ses hauts et ses très grands bas, comme le décès de l’aîné.

Quelques années plus tard. Constance est brimée, elle se sent enfermée dans cette grande maison. Scrutée et remise sur dans le droit chemin par Eugénie, la femme de ménage. Une vieille femme qui pourtant est la seule à faire preuve parfois d’affection envers la petite fille.

Le retour d’Horace

Cette atmosphère stricte est de plus en plus humiliante pour Constance. Elle ne supporte pas les brimades et remontrances de ses parents. Depuis la mort de Louis, ils la surprotègent, l’étouffant.

En entrant dans sa chambre, en colère, la petite fille fixe le portrait d’Horace. Elle déchire le dessin. Mais, ce geste a une vraie conséquence. Ce portrait permettait à la gentille créature de veiller à distance sur Constance. Alors des loups se rapprochent, prêts à multiplier ses angoisses et ses pires cauchemars.

Mais, c’était sans compter sur Horace. Sentant le danger tout proche, il revient dans la vie de Constance…

Constance et les ombres : le joli retour d’Ingrid Chabbert

Depuis pas loin de 10 ans, Ingrid Chabbert enchante les jeunes lecteurs de ses histoires en bande dessinée. Maintenant très bien installé dans les univers BD jeunesse (Tine et Junior, Miss Potimary, Lulu et son dragon, Elma une vie d’ours, Autobiographie d’une courgette, Rosamée), elle revient avec Constance et les ombres, après un détour chez les adultes (Larkia, Soixante printemps en hiver).

Ingrid Chabbert pose de nouveau des intentions fortes dans ce début de série. Celles où elle excelle, entre tendresse et tragédie, entre délicatesse et envie d’émancipation. Ici, son héroïne bouleversée par de grandes angoisses, par le long deuil de son frère et les tensions avec ses parents, tente de grandir. Elle slalome entre des sentiments paradoxaux, pas toujours simples pour une petite fille : elle aimerait mais elle ne peut pas.

Horace, Constance et les ombres

Comme souvent, une lueur d’espoir s’invite dans les moments sombres des histoires de la scénariste de la team Géants. On ne grandit jamais seul. Malgré des environnements humiliants, on peut compter sur une aide extérieure. Cette aide, c’est Horace. Malgré son aspect effrayant, c’est le plus doux des monstres. Si l’on peut s’écarter de ses congénères détestables – et parfois de ses parents – on peut retrouver du confort et de l’affection avec des personnes extérieures ; telles de frères/sœurs/parents de cœur. Un point commun avec l’excellent one-shot Golem Nanny de Zimra, sorti en avril.

Alors Constance se sent mieux grâce à cet ange-monstre. Son envie irrépressible d’explorer le monde qui l’entoure l’emmène dans d’autres aventures, toujours accompagnée d’Horace. En découvrant son environnement, elle croise d’autres enfants. Personnages qui la font également réfléchir, elle, la petite fille riche.

Constance et les ombres, dessin tout en délicatesse

En ce printemps, les éditions Dupuis frappent fort. La structure belge publie coup sur coup : Cassiopée (Luisa Russo et Amélie Sarn), Mi-Mouche (Véro Cazot et Carole Maurel) et donc Constance et les ombres. Trois débuts de séries avec des jeunes filles/adolescentes en désir de grandir et de s’émanciper. Trois jeunes personnages féminins au destin délicat à cause d’un deuil et d’absences qui en découlent. Trois vies bouleversées par un tiers (la boxe, la cambriole, un gentil monstre).

Pour la partie graphique de Constance et les ombres, Luisa Russo est en grande forme. L’ambiance début du XXe siècle avec de jolies robes lui convient très bien. Elle excelle dans les regards et les émotions des personnages, influencée par les mangas et autres séries animées japonaises des années 70-80-90. On apprécie le tour de force de rendre Horace affectueux malgré sa silhouette à faire peur.

Pour savoir ce que sont les loups, pourquoi les parents sont si détestables, comment est décédé Louis, retrouvez Constance et les ombres dans un tome 2 qui risque de surprendre !

Article posté le vendredi 30 mai 2025 par Damien Canteau

Constance et les ombres 1 de Ingrid Chabbert et Luisa Russo (éditions Dupuis)
  • Constance et les ombres, tome 1/3
  • Scénariste : Ingrid Chabbert
  • Dessinatrice : Luisa Russo
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 14,50 €
  • Parution : 30 mai 2025
  • Nombre de pages : 72
  • ISBN : 9791034770434

Résumé de l’éditeur : Dans cette riche demeure du début du XXe siècle, Constance pourrait vivre heureuse. Mais voilà : ses parents, inquiets pour sa santé — pourtant excellente —, la maintiennent dans un étrange isolement, aussi bien physique qu’affectif, alors que dehors rôdent d’étranges loups spectraux que seule Constance peut voir… Heureusement, la jeune fille a trouvé un ami : Horace, un gentil monstre qui veille sur elle depuis sa naissance et qui éclaire ses journées du soleil tout neuf de l’amitié ! De quoi faire oublier à Constance la mystérieuse disparition de son grand frère, la dureté de ses parents, la pesanteur de certains secrets familiaux mais surtout l’ombre des loups qui se rapprochent et n’attendent que l’occasion de trouver un passage pour l’atteindre…

Entre Dickens et Stephen King, Constance va vous faire frissonner de peur et d’émotion(s) dans cette palpitante aventure initiatique mêlant fantastique, secrets de famille et amitié.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

En savoir