Alors qu’elle a perdu sa sœur jumelle dans un accident de voiture, Colette a du mal à grandir. Jusqu’au jour où elle pousse la porte d’une salle de boxe. Elle revit. Dans un élan de tendresse, Véro Cazot et Carole Maurel mettent en image l’histoire de cette héroïne attachante dans Mi-mouche, un très joli début de saga jeunesse.

Plus rien ne sera pareil
Colette et Lison sont jumelles. La première est introvertie et rêveuse. La seconde est expansive et pratique la danse classique. Elles s’entendent à merveille.
Mais un jour que les jeunes sœurs et leur mère se rendent à une audition pour le conservatoire afin que Lison y entre, c’est le drame. Un accident de voiture fatal à Lison. La maman garde des séquelles physiques – elle a perdu son bras droit – mais aussi psychiques : elle a perdu sa fille préférée ! Désormais, rien ne sera plus pareil dans la famille de Colette. Un manque, un vide, une présence de l’au-delà.

De la danse à la boxe
Depuis le tragique accident, Colette n’a pas pris un centimètre. Comme si la perte de sa jumelle l’avait figée dans le temps pour le reste de son existence. Elle est frêle et toujours autant réservée. Au collège, les moqueries sont légion. Elle est et restera pour la vie, “la petite”. Elle déteste ce qualificatif. On la comprend !
Sa mère est surprotectrice et ce n’est pas les cours de danse classique qui l’épanouissent. Elle n’aime pas la danse, juste qu’elle aime s’y rendre. Sans conviction ni grand talent, elle pratique pour sa mère, pour sa sœur disparue.
Un jour avec Elias, son ami, poursuivis par des cochons, Colette et lui entrent dans une salle de boxe. C’est le coup de foudre ! Elle frappe dans un sac de sable… C’est sûr ! C’est ce qu’elle veut ! Alors Colette devient Mi-Mouche, comme la catégorie de poids. Un petit insecte qui peut enfin déployer ses ailes…

Mi-Mouche : du talent des autrices
Ça ne pouvait que matcher entre Carole Maurel et Véro Cazot ! Comment était-il possible que ces deux autrices talentueuses ne se soient pas rencontrées avant Mi-Mouche ? Comment Cazot et Maurel ne puissent pas se rencontrer sur une histoire tant leurs parcours parallèles se ressemblent ?
Un rapprochement logique pour ce duo qui met en dessin des récits aux thématiques et valeurs communes dans leurs albums respectifs. Carole Maurel, c’est Luisa ici et là, L’apocalypse selon Magda, le merveilleux Écumes avec Ingrid Chabbert, Nelly Bly, Coming In, L’institutrice, Bobigny 1972. Véro Cazot, c’est Betty Boob, Olive, Le bal des folles, Le champ des possibles, Le jour du caillou. N’en jetez plus !
Cazot et Maurel, ce sont deux autrices aux parcours différents mais aux envies communes. Une volonté de raconter des histoires où des anti-héroïnes deviennent des héroïnes. Une recherche de récits de vie puissants et tendres, comme valeur d’exemple et de devenir qui l’on veut. Mi-Mouche leur ressemble dans ces thèmes, dans la vie délicate de leur héroïne Colette.

Attachante Mi-Mouche
Colette “Mi-Mouche” est une jeune fille simple et enfermée dans un chagrin quasi éternel. Véro Cazot, par son écriture précise, en fait un personnage attachant. Elle est si fragile que le lecteur aimerait la prendre dans ses bras pour l’écouter, la soulager de tous ses maux.
Elle est angoissée. Partout. Tout le temps. Le poids de sa sœur est trop important sur ses frêles épaules. On attend beaucoup d’elle. Mais, elle est encore une enfant ! Ses angoisses, ses désirs et sa colère se matérialisent par une grosse ombre noire, qui traîne derrière elle. Qui la dévalorise en permanence, qui la fait douter, mais qui la fait aussi avancer.

Dans la lumière
Comme Véro Cazot l’explique en postface de l’album, Mi-Mouche lui est apparue comme une évidence lorsqu’elle a vu son dessin par Carole Maurel. Un griffonnage libre, sans arrière-pensée de la part de la dessinatrice. Pourtant, elle était là. Il suffisait alors de lui imaginer un passé, un présent et un futur.
“Le dessin d’une gamine gringalette à l’air furax, affublée de gants de boxe, qui nous regardait droit dans les yeux.”
Une détermination que l’on retrouve sur la superbe couverture de l’album, Mi-Mouche dans un halo de lumière de théâtre, une paire de chaussons de danse laissée de côté, à l’abandon. Simple et efficace !

Mi-Mouche, de la danse à la boxe
Alors que Billy Elliot mettait de côté la boxe pour la danse dans le formidable film de Stephen Daldry, Colette fait le chemin inverse, de la danse vers la boxe. Tous les deux pouvaient s’épanouir dans leur sport et enfin être qui ils avaient envie. Peu importe si les stéréotypes de genre liés à ces deux sports sont encore prégnants.
Les deux autrices parlent de Sarah Ourahmoune, la boxeuse française vice-championne olympique 2016 et championne du monde en 2008, comme une pionnière, un exemple à suivre.
“Il y a quelque chose d’extrêmement satisfaisant dans le fait de dessiner des personnages qui pratiquent ce sport, c’est presque cathartique, on y libère beaucoup d’énergie.”
Carole Maurel a su retranscrire avec habileté les corps en mouvement, les entraînements et les combats, la sueur et la fatigue, les poings et les sacs de sable. Il faut souligner qu’elle a eu la chance de pratiquer un peu la boxe française. Et ça se ressent dans les planches de la salle de sport. Le tout porté par une très jolie gamme chromatique que l’on reconnait tout de suite.
Mi-Mouche : un début de saga jeunesse formidable. Un coup de poing dans l’(h)aine et dans les stéréotypes encore trop ancrés dans notre société. On attend déjà avec impatience la suite de cette série, tant elle nous a agréablement surpris. Avec Véro Cazot et Carole Maurel, finalement, pas tant que ça !
- Mi-Mouche – premier round : Tu veux te battre ?
- Scénariste : Véro Cazot
- Dessinatrice : Carole Maurel
- Éditeur : Dupuis
- Prix : 13,50 €
- Parution : 23 mai 2025
- Nombre de pages : 64
- ISBN : 9782808504348
Résumé de l’éditeur : Jusqu’à onze ans, Colette a vécu dans l’ombre de sa sœur Lison, la plus belle et la plus brillante des deux jumelles. Et puis Lison est morte dans un accident de voiture. Sa mère conduisait : elle a perdu un bras et sa fille préférée. Colette s’acharne à continuer la danse classique où sa sœur excellait, provoquant les sarcasmes de son ombre… Ah oui, parce que depuis la mort de sa sœur, son ombre lui parle et ne se gêne pas pour lui dire ce qu’elle pense. Et autant Colette est timorée et prudente, autant son ombre la pousse à prendre des risques et à réaliser ses rêves.
Puis, un jour, le destin amène Colette dans une salle de boxe… et c’est la révélation ! Et le début des ennuis…
« Mi-mouche », c’est le poids minimum pour faire des combats de boxe. C’est désormais également une série de bande dessinée d’une grande richesse, passant de la tragédie à la comédie. Avec beaucoup d’humour et – on s’en doute – énormément d’émotion.
Vero Cazot et Carole Maurel nous offrent une héroïne fragile mais un personnage fort. Chétive et surprotégée, Colette a devant elle un chemin semé d’embûches (sociales et familiales) pour parvenir à réaliser son rêve : faire de la boxe !
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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