Des BD jeunesse pour Noël

Voici un très joli panorama des dernières publications des univers de la bande dessinée jeunesse. Neuf titres riches et variés, des BD jeunesse pour Noël. Des idées cadeaux pour toute la famille.

Armelle et Mirko, Le cœur en mousse d’Anne Montel, Loïc Clément et Julien Arnal (Delcourt)

Le temps est doux dans la Clairière aux trois mésanges. Armelle, Mirko, Pépin et Fabienne vivent paisiblement dans ce havre de paix. Ils ont aménagé dans un étrange logement tout en métal. De la cuisine à l’étage au dortoir commun sous terre, la vie des quatre amis se déroulent sans accroc. Sans accroc ? Vraiment ? Armelle, la gentille tortue semble désespérée. Elle doit s’occuper de toute la maisonnée, au détriment de son repos…

Voici le 4e tome d’Armelle et Mirko, l’une des plus belles séries jeunesse de ces trois dernières années. Pour ce nouvel opus, le récit s’intéresse aux vagues à l’âme d’Armelle. La tortue, qui a longtemps était une solitaire, doit composer avec trois autres personnes. Bien qu’ami.e.s, il n’est pas simple de vivre en communauté. Sa charge mentale est décuplée mais elle n’ose le dire à ses camarades.

Portée par un merveilleux dessin à l’aquarelle de Julien Arnal, Armelle et Mirko navigue entre de nombreuses émotions, qui en font une vraie force. La bienveillance des petits personnages se confronte parfois à des thématiques universelles fortes. Cette série est à mettre entre toutes les (petites) mains, tellement c’est une vraie douceur dans ce monde parfois désenchanté.

Le coeur en braille, trois ans avant, de Joris Chamblain, Anne-Lise Nalin, d’après l’oeuvre de Pascal Ruter (Dargaud)

Victor, dix ans, en classe de CM2. Le petit garçon écoute mademoiselle Bonjour, sa professeur des écoles. Elle annonce le texte que ses élèves mettront en scène pour le spectacle de fin d’année : une pièce de théâtre antique. Quel bazar de n’être que le buisson se dit Victor !

A la maison, son père répare toujours la Panhard, voiture léguée par son propre père, tandis que son épouse ne le comprend pas toujours. Ajouté à cela Étoile, la jeune sœur placée de sa mère et Oncle Zak qui débarque de nulle part, la vie prend un autre tournant pour Victor.

Entre jeu d’échecs, boxe, mensonges, voyages improbables, couple qui s’effiloche et voisine fascinante, ce deuxième volume du Cœur en braille attire. Cet opus est un préquel à l’album publié en 2023. Joris Chamblain et Anne-Lise Nalin poursuivent l’adaptation des romans de Pascal Ruter. Les personnages du premier tome sont plus jeunes de “trois ans”. Les lecteurices naviguent dans les eaux tumultueuses des émotions (rires, pleurs, suspense, rebondissements). On apprécie la personnalité hors-norme de Zak. Un vrai personnage que l’on aimerait encore plus découvrir. Ce deuxième tome, aussi bon que le précédent, bénéficie d’une très jolie partie graphique d’Anne-Lise Nalin. Un trait moderne et doux.

Cassandre de Clotilde Bruneau, Camille Pagni et Claire Eyheramendy (Nathan BD)

Troie, mythique cité antique. Le roi Priam et son épouse Hécube ont quatre enfants : Hector, Pâris, Hélénos et Cassandre – jumeaux.

Comme souvent, Cassandre se réveille d’un seul bon. Elle a encore rêvé ! Ses rêves sont des prédictions qui se réalisent. Mais frappée d’une malédiction d’Apollon, personne ne la croit lorsqu’elle averti des dangers du futur entrevus dans ses songes.

C’est encore le cas, lorsqu’elle voit la chute de Troie après une guerre et un immense cheval. Les années passent. Un jour, Pâris revient de Sparte avec Hélène, la femme du roi Ménélas, qu’il vient d’enlever. C’est le début du long siège de la ville par les Achéens…

L’histoire de Cassandre s’inscrit dans la mythologie grecque antique, partagée par Homère dans l’Iliade et l’Odyssée. Ce récit multiséculaire avait déjà toutes les bases de la littérature moderne, ainsi que toutes les thématiques, encore très actuelles. On y parle d’enlèvement, de “femme la plus belle du monde”, de guerre, de rivalités entre les dieux, d’amour, de secrets, le tout avec de multiples rebondissements.

Comme pour Perceval, Clotilde Bruneau s’empare de ce mythe ancien avec brio. Elle garde la trame antique, tout en instillant de la modernité dans les dialogues et dans le personnage de Cassandre, fille et femme sûre d’elle malgré les obstacles.

L’album est très clair et donne vraiment toutes les clefs de la Guerre de Troie. Cette lisibilité est portée par le très joli dessin de Camille Pagni. D’une redoutable efficacité.

Le loup en slip, Les lopins du lapin, de Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz (Dargaud)

Rien ne va plus dans la forêt du Loup en slip. Jusqu’à présent, tous les animaux cohabitaient dans la joie et la bonne humeur. Mais, maître Garenne – notaire forestier – fit son apparition. Sans que le Loup en slip ne comprenne grand chose – il a du bagout pour l’entourloupe le lapin ! – hop, il se retrouve propriétaire d’un lopin de terre.

Le lendemain, comme à son habitude, le canidé part pour le marché. Mais, à sa grande surprise, il est obligé de faire des détours et des détours, parce que les animaux lui interdisent de passer dans leurs propriété privée. Quel bazar ! C’est un coup tordu de maître Robert l’écureuil

Le loup en slip, c’est un série jeunesse dérivée des Vieux fourneaux de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet. Dans la série-mère, Sophie amène son théâtre du Loup en slip de village en village. Ici, Lupano et Mayana Itoïz proposent des pièces de théâtre de marionnettes que Sophie montre aux enfants.

Pour ces Lopins du lapin, le facétieux scénariste s’attaque à la notion de propriété. Avec malice, il met son héros en slip rayé face à l’individualisme des animaux de la forêt décuplé par leur envie d’être cloîtrés chez eux sans que les autres ne viennent les embêter. Mais le loup ne comprend pas trop parce que jusqu’à l’intervention sournoise de Garenne et Robert, tout le monde circulait où il voulait. La liberté de circulation se fracasse alors sur l’envie de gagner de l’argent de la part du notaire.

Palissades, murs et autres barbelés enferment les uns des autres. Mais le loup en slip est intelligent et découvre la supercherie.

Comme à son habitude, cette série jeunesse titille l’intelligence des enfants par des thématiques complexes de “grands” mais que Lupano met à leur hauteur, notamment par un humour dévastateur. Que c’est brillant ! Brillant aussi par la partie graphique de Mayana Itoïz. Son dessin est chaleureux et doux.

Sacha et Tomcrouz, L’écho du futur, d’Anaïs Halard et Bastien Quignon (Oxymore, Métamorphose)

Toujours à la recherche de son père, Sacha navigue dans les époques. Cinq ans se sont passés depuis la disparition d’Arthur. Accompagné par Tomcrouz, son petit chien, Jade et Taran, il atterrit cette fois-ci dans le futur. La gelée les a transporté en Bretagne, mais dans le futur !

Les robots ont remplacé les humains dans leurs tâches quotidiennes, notamment pour gérer les restaurants. Une crêpe fabriquée par un robot : quelle infamie !

Sacha attend avec impatience le rendez-vous avec son père, tandis que Taran découvre une tombe qui risque de mettre toutes les recherches en péril…

Voici (déjà) l’avant-dernier tome de Sacha et Tomcrouz. L’excellente série débutée en 2017, s’achèvera avec la fin de L’écho du futur dans le 7e et ultime opus. On apprécie toujours autant les aventures de ce petit garçon et de son chien (pas très beau) partis à la recherche de son père disparu depuis 5 ans. Après avoir léché une gelée spéciale dans le bureau du papa, Tomcrouz reçoit un don étrange : il éternue sur un objet ancien et les voilà projetés dans le passé. Vikings, cour du roi Louis XIV, Chine impériale, Egypte au XIXe siècle, Mayas, le duo a déjà vécu mille vies.

Aujourd’hui, la gelée les a envoyées dans le futur. Et ce n’est pas si rose que ça ! Robots, date de mort et les rebondissements donnent une drôle de couleur à ce 6e volume. L’humour est présent mais les temps s’assombrissent. Le dessin de Bastien Quignon a beaucoup évolué en neuf ans. Il est toujours avenant et idéal pour les plus jeunes. Et dire que la série va se terminer, quelle tristesse !

Screenshot

Îles de Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac (La Gouttière)

Le monde d’Îles est particulier. Dans cet univers, des bateaux comme des îles flottent au-dessus des nuages. Cette lévitation, ils le doivent à l’éthérite, un minerai terrestre.

Mais le gouvernement veut reprendre l’exploitation de l’éthérite pour faire avancer ses navires. Il faut dire que les extractions du minerai avaient été interrompues pour ne pas faire tomber les îles.

Cette nouvelle situation n’est pas pour plaire à Alie. La scientifique décide de s’allier à Ienisseï Dero, seconde sur le navire La mouette bleue. Ensemble, elles vont tenter d’arrêter les projets démentiels de la régente, mère d’Ienisseï…

Après Sixtine, le duo Maupomé-Soleilhac dévoilent le premier tome d’Îles, leur nouvelle excellente série. Attention, il faut s’accrocher aux voiles, parce que les premières pages de mise en place sont assez complexes. Beaucoup d’informations pour entrer dans ce nouvel univers de l’auteur de Supers et Anuki. Mais passées ces planches, l’histoire prend son envol et accroche les lecteurices avec habileté.

Les secrets et le suspense par de jolis rebondissements apportent à ce récit son caractère fort. Un caractère que l’on puise également dans les personnalités d’Alie et Ienisseï. L’humour associé à une thématique sociétale (la destruction des ressources naturelles par les Hommes) ainsi que le formidable dessin d’Aude Soleilhac donnent une très belle couleur à ce premier volume prometteur. Du steampunk, du Miyazaki et des pirates pour cette jolie aventure jeunesse de qualité.

Pompon et compagnie de Furuyan (Le renard doré)

Le manga, ce n’est pas que pour les ados et les adultes ! La preuve avec Pompon et compagnie, le nouveau titre de la collection Le renard doré. Et en matière de manga pour le jeune public, Rémi Inghilterra et Mickaël Arnaud-Brun savent y faire.

Ce titre est un joli one-shot. Furuyan met en scène les aventures de Pompon, un petit chien blanc tout mignon. Avec ses ami.e.s, Pampille la lapine, Igloo l’ours, Grignote la souris et Meringue une créature mystérieuse, le chien découvre le monde qui l’entoure. Et on peut dire qu’un rien l’émerveille. Le quotidien des 5 personnages est un vrai terrain de jeu.

Les animaux proposés par Furuyan sont tellement attachants, doux et bienveillants. Il y a beaucoup de douceur, de tendresse, d’humour et d’amour dans les planches de l’autrice japonaise. Les histoires courtes de 4 vignettes sont publiées de haut en bas, en empilement, comme la lecture de certains textes asiatiques.

Le charme de Pompon et compagnie opère également par le dessin de style aquarelle de Furuyan.

Sauvons notre arbre, de Céka, Yigaël et Florent Daniel (Faton)

Bargeviers, Sud de la France. Lola fait encore la morale à son père. Il s’est encore trompé de bac pour le tri sélectif. Il faut dire que la jeune adolescente est très au point sur les questions environnementales. Elle y est sensibilisée depuis longtemps. Elle en fait son cheval de bataille jusqu’au lycée mais les autres élèves ne sont pas autant investis qu’elle.

Pire, un jour Lola découvre qu’un parking va être construit sur la place du village au détriment du vieil arbre qui y trône depuis plusieurs siècles. Il sera abattu sur l’autel du capitalisme. Avec Jules et Inès, elle décide d’aller en parler au maire. Peine perdu, l’édile n’entend pas infléchir sa politique face à des enfants. Qu’à cela ne tienne, le trio prend alors “le maquis”…

D’une idée simple – sauver un arbre – Céka aborde l’écologie et sa défense afin d’en parler aux plus jeunes. L’auteur de Marie Curie la scientifique aux deux prix Nobel poursuit son œuvre pédagogique. Là encore, Céka parle de science, d’avenir proche et de luttes pacifiques pour faire bouger les adultes. Sans être dans un combat de générations, il dit tout le bien qu’un arbre peut apporter aux habitants. Ce patrimoine naturel inestimable peut du jour au lendemain être supprimé juste par ambition politique, par l’envie de sauver un village donc l’emploi. Comment concilier l’écologie et le capitalisme, qui s’infiltre partout ? Impossible, bien évidemment.

Pour accompagner ce bel album, la partie graphique est confiée à Yigaël, comme pour le récit sur Marie Curie. Le duo fonctionne parfaitement. Le dessin tout en rondeur semi-réaliste du dessinateur est d’une jolie efficacité et très lisible.

La BD de l’avent 2025, collectif (Le Lombard)

Comme l’année dernière, les éditions Le Lombard dévoilent la nouvelle BD de l’avent. Un album collectif qui avait connu un joli succès. Alors pourquoi ne pas renouveler l’expérience.

Dans l’attente du jour de Noël, les jeunes lecteurs découvrent une histoire inédite tous les jours. Pour cela, ils doivent séparer les pages du récit avec précaution en suivant des pointillés pré-découpés (tout est expliqué en préface de l’album).

Ensuite, 24 histoires courtes apparaissent au fil du mois de décembre. Ces récits – à partir de 4 ans – sont de grande qualité. On y retrouve, dans le désordre, des autrices et auteurs que j’apprécie fortement, notamment : Marianne Alexandre, Marie Avril, Antonio Dalena, Dav, Mathilde Domecq, Dutto, Benoît Feroumont, Alix Garin, Carine Hinder, Tébo, Lucy Mazel, Fabrice Parme ou encore Thomas Le Petit-Corps.

Le concept même de découvrir une histoire “cachée” à découper est très original. Ça change des sempiternelles cases à ouvrir. On notera la qualité du papier épais et la superbe couverture réalisée par Carine Hinder et Jérôme Pélissier.

Une excellente manière de commencer sa journée ou de s’endormir le soir !

Article posté le dimanche 09 novembre 2025 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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