Péchés de jeunesse tome 14 – Bonjour Bizu (Chronique bd de 1982)

Connaissez-vous la collection « péchés de jeunesse » ? Dans les années 70 et 80, elle accueillait des histoires jamais publiées en album, d’auteurs connus au sein des éditions Dupuis. Leurs pêchés de jeunesse donc. Et en 1982, c’est le breton Jean-Claude Fournier qui a droit à son album. Pas autour de Spirou mais bien de sa propre création, Bizu. Les débuts de Bizu, c’est donc ici que cela se passe !

Péchés de jeunesse tome 14Péchés de jeunesse tome 14 – Bonjour Bizu : même les grands noms ont un jour débuté

Dans la forêt de Frotéliande, un nouveau facteur est de tournée. Il doit se rendre à Ker Bizu, la petite maison d’un personnage assez surprenant : Bizu. Un bonhomme qui parle aux végétaux de la forêt, capable de marcher sur l’eau et de marcher longuement juste pour remettre un oisillon dans son nid. Car oui, c’est tout ça, Bizu.

Bizu, l’univers personnel de Jean-Claude Fournier

Combien de nostalgiques vont lire cette chronique ? Sûrement beaucoup, car Bizu est de ces personnages, de ces séries, qui sont devenues des madeleines de Proust pour les lecteurs de Spirou.

Assez rapidement dans sa carrière, Jean-Claude Fournier va prendre en main le destin de Spirou, le personnage. Initialement refusé du magazine par Rosy et Delporte, Franquin va le prendre sous son aile, jusqu’à lui transmettre les planches du grand héros Dupuis.

Mais évidemment, on ne commence pas dans le journal avec la série phare. On fait des essais, on développe ses propres idées. Bizu, c’est un concentré de culture bretonne, dans les pages d’un journal belge distribué dans deux pays. C’est l’amour du petit peuple des légendes celtiques. C’est la passion pour l’atmosphère particulière de la forêt de Brocéliande (qui retrouvera son nom officiel quand Fournier et Dupuis feront du concept une vraie série).

C’est surtout la possibilité pour l’auteur de développer tout ce qui a fait son identité d’auteur de Spirou, mais qu’il devait tenir sous bride : la poésie, l’amour de la nature.
Des éléments qui sont déjà présents dans les deux histoires originelles présentées dans cet album. Avec l’humour qui devait irriguer les séries Dupuis, bien évidemment.

Péchés de jeunesse tome 14 montre ce qui n’allait pasPéchés de jeunesse tome 14 planche

Alors oui, ces deux histoires sont des « péchés de jeunesse ». La première planche, notamment, démontre que Fournier ne maîtrise pas encore les codes narratifs de la grammaire bande dessinée. Un strip voit le facteur avancer dans l’histoire… en reculant. Donc, en marchant vers la gauche. Quand on voit la carrière de l’artiste au fil des décennies, ce genre d’erreurs fait sourire gentiment.

Elles font aussi l’intérêt de cette collection. On peut mesurer les progrès de l’artiste, on désacralise les débuts d’une grande figure du 9e art. Oui, quand on commence on se plante. Et cela rappelle combien les journaux étaient essentiels dans l’éclosion des talents. Le manque de tels espaces reste encore prégnant aujourd’hui. Des lieux qui permettent d’être payé pour apprendre le travail du bédéiste, ça se compte sur les doigts d’une main.

Fournier ? C’est qui ça ?

En bon critique, je suis rentré bille en tête dans l’analyse de cet album. Mais ces chroniques bd de 1982, ce n’est pas que ça. C’est aussi une occasion pour moi de vous raconter mon rapport à la bd. Et donc, ici, à Fournier. Bien que breton (depuis quatorze ans maintenant), je n’ai pas le culte de Fournier. Né en 1982 (d’où cette chronique hebdomadaire), mon Spirou, c’est celui de Tome et Janry. Je n’ai lu du Fournier que très tardivement et sans doute pour ses albums de la collection Aire Libre.

Et c’est en arrivant à Rennes, en me connectant aux auteurs de la région, que j’ai commencé à comprendre l’importance du monsieur dans la transmission du 9e art. Dans l’atelier de Fournier, de Joub et Nicoby, a achevé de m’informer. Alors certes, Bizu n’a pas l’importance d’un Durango, d’un Thorgal, que j’ai chroniqué précédemment.

Péchés de jeunesse tome 14, plus qu’un album, des valeurs !

Mais ce qui importe, c’est de vous avoir fait découvrir une collection, un esprit éditorial qui, en 1982 déjà, était bourré de sens. Cette idée que pour devenir un grand de la bd, il faut faire ses armes et que l’on ne naît pas bourré de talent. Que c’est le travail, qui façonne les grands artistes que nous aimons. 

Article posté le samedi 18 avril 2026 par Yaneck Chareyre

Péchés de jeunesse tome 14 – Bonjour Bizu (Chronique bd de 1982)
  • Titre : Péchés de jeunesse tome 12 – Bonjour Bizu
  • Auteur : Jean-Claude Fournier
  • Éditeur : Dupuis
  • Date de publication : 1982
  • Nombre de pages : 48
  • ISBN : 2800109181

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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