Canardo tome 2 La marque de Raspoutine – Chroniques BD de 1982

Lors d’une précédente chronique, nous avions vu que tous les titres (À Suivre) n’étaient pas restés dans les mémoires. Ce n’est pas le cas pour ce nouvel album : Canardo tome 2 – la marque de Raspoutine. Mais cela étant dit, que fait cet album dans la collection roman graphique de Casterman ?

Canardo tome 2 benoit sokal castermanCanardo tome 2 : Sibérie m’était contée…

Raspoutine est un ignoble chat vivant au fond de la Sibérie. Il désespère de ne pas être immortel et plus encore de ne pas avoir de descendance pour lui survivre. Mais il apprend qu’une fille à lui a survécu et qu’elle a été envoyée en France pour y vivre loin d’un père cruel et sadique. Il envoie donc un de ses agents à Paris pour la retrouver et la ramener à lui. Manque de chance, Canardo est là pour la protéger… du mieux qu’il le peut.

Le roman graphique, ça veut dire quelque chose ?

C’est donc bien pour la revue (À Suivre) que Benoît Sokal crée le personnage de Canardo. Sauf que ce tome 2 fait 44 planches couleurs, couverture cartonnée… On est très loin du format « roman graphique » qu’est censé porter la revue. Ou alors le roman graphique est définitivement un concept porteur de peu de sens, je vous laisse juge.

Canardo tome 2 nous entraîne au cœur de l’âme russe

Néanmoins, il y a bien une dimension romanesque dans cet album, c’est le scénario de Sokal. Il y a quelque chose de profondément russe, dans cette aventure. Cette Russie de fiction que les Français ont appris à découvrir au fil du 19e puis du 20e siècle. Ce que je retiens plus particulièrement à ce propos, c’est le caractère tragique de cette aventure. Je me permets de divulgâcher, 43 ans après la sortie de l’album, mais Canardo va fondamentalement échouer. La malédiction de Raspoutine qui s’est exercée sur tous ses enfants, frappera une dernière fois. Et cette fin est portée par un souffle constant de noirceur.

Et si la collection (À Suivre) se constitue dans une opposition formelle aux bandes dessinées classiques, voir échouer le héros, c’est en soit un geste de révolte à l’encontre de ce classicisme.Canardo tome 2 planche

Les animaux, ça ne fait pas que des récits de petits mickeys

Et comment ne pas parler de la violence mine de rien contenue dans ces pages ? Sokal a beau jeu de mettre en scène des animaux anthropomorphiques. Il n’en reste pas moins qu’il met en scène la folie, le meurtre, l’empoisonnement, avec fort peu de distance. Sans son style graphique, ses planches pourraient bien être difficiles à soutenir. Mais l’auteur est malin et il sait manifestement ce que son choix de dessin lui permet de donner à voir. Et le tragique, cela doit s’accompagner de sang et de larmes. Alors il en gave le lecteur jusqu’à plus soif.

Canardo tome 2 : un autre visage du roman graphique ?

BD en rupture avec le genre, violence et noirceur exacerbées, finalement, ça a du sens, cette présence du personnage dans la revue (À Suivre) … Comme quoi, on peut jouer dans le cadre classique et pourtant réussir à exploser les conventions. C’est toujours bon de s’en souvenir.

Article posté le jeudi 19 février 2026 par Yaneck Chareyre

Canardo tome 2 benoit sokal casterman
  • Titre : Canardo tome 2 – La marque de Raspoutine
  • Auteur : Benoît Sokal
  • Éditeur : Casterman
  • Collection : Un auteur (À Suivre)
  • Date de publication : Septembre 1982
  • Nombre de pages : 44
  • ISBN : 9782203335066

Résumé de l’éditeur : Dans cette histoire, Raspoutine, depuis la Sibérie, cherche à retrouver sa fille qu’il pensait disparue à jamais afin de satisfaire sa quête d’immortalité. Canardo rencontre par hasard cette fille, chanteuse de cabaret qui répond au prénom d’Alexandra. Cette dernière, après avoir été mise au courant de l’existence de son père, cherche à le rejoindre. Canardo, qui se trouve là par hasard, se propose de l’aider dans son entreprise et de l’accompagner en Sibérie.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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