Jeremiah tome 6 – La secte Chroniques bd de 1982

Une chronique de 1982 impactée par l’actualité ? C’est possible ! C’est le cas cette semaine car mon choix d’album fait écho à l’annonce, lundi 23 mars, du décès du bédéiste Hermann. Qui, en 1982, était en pleine publication de l’album de sa série référence avec Jeremiah tome 6 – la secte. Plongez ou replongez avec moi dans son œuvre, pour un dernier hommage. Et tant pis si j’ai déjà consacré une chronique à l’auteur. 

Jeremiah tome 6 Hermann : est mort, fuck the religions !

Jeremiah et Kurdy escortent un homme influent et sa famille. Traverser les terres reste incroyablement dangereux et leur présence s’avère nécessaire. Car ils vont malheureusement croiser le chemin de deux membres d’une secte fanatique qui ne vont pas leur vouloir que du bien.

Carnet noir

Passons rapidement par la triste actualité. Hermann s’est donc éteint à l’âge de 88 ans, des suites d’un cancer. L’auteur belge avait su se faire connaître dans de nombreux styles, à la grande époque des séries : Comanche, Jeremiah ou Les tours de Bois Maury.

Depuis quelques années il s’était largement concentré sur l’album unique, notamment en collaboration avec son fils scénariste, Yves H.

En 2016, la carrière d’Hermann avait été honorée en étant récompensée du Grand Prix de la ville d’Angoulême.

Jeremiah tome 6, découverte

En toute sincérité, je n’avais dû lire précédemment que le tome 1 de Jeremiah. Et c’était il y a fort longtemps. À tel point que je ne me souviens plus quand c’était, ni de quoi cela parlait. C’est donc en néophyte de la série que je me lance dans ma lecture.

Est-il possible de prendre en cours une série, quelle qu’elle soit ? À mon sens, oui. Cela ne demande qu’un peu de lâcher prise au début. L’acceptation de ne pas tout comprendre et de se laisser porter par le fil de l’intrigue.

Seconde confession, je connaissais tellement peu de choses de la série qu’après les premières pages, je croyais que Kurdy était Jeremiah. Il faut quand même reconnaître que l’esthétique de Kurdy me semble plus forte, avec son casque sur la tête, et donc plus mémorable. Mais voilà, vous pouvez vous moquer de moi, j’accepte.

L’univers postapocalyptique de Jeremiah

Je ne vais pas dire que je me suis enthousiasmé à ma lecture. Néanmoins, je retiens un très fort intérêt pour l’univers offert à lire par Hermann. Le mélange d’une esthétique western, avec une technologie de la fin du XXe siècle, j’aime beaucoup. Découvrir la caravane, symbole du tourisme de masse, tirée par des chevaux, cela satisfait mon imaginaire. Immédiatement, je me suis laissé transporter dans cet autre monde dont je ne savais rien. L’auteur savait comment immerger le nouveau lecteur.

Comme le fera plus tard un Robert Kirkman avec Walking Dead, Hermann retient donc la violence américaine comme grand moteur de ce monde ravagé. Ce qui fait de l’humain le grand antagoniste de ce type de récit, pour des interactions sociales toujours angoissantes.

Jeremiah tome 6 explore la religiosité américaine

Album au format classique 48CC, La secte n’a pas la place pour s’étendre largement dans une étude sociologique. Hermann fait donc dans l’efficace, pour caractériser ses antagonistes. Ici, l’appétence des Américains pour des formes religieuses différentes de celles de l’Europe.

Baptisme, Scientologie, Témoins de Jéhovah, Amish, ne sont que quelques exemples bien réels. Avec le culte d’Inemokh, Hermann passe le sujet à la sauce post-apo et pousse les curseurs au maximum. Il peut donc jouer avec une secte que Lovecraft n’aurait sans doute pas reniée. Et comme il n’y a pas de fantastique en jeu, cela lui permet de plus insister sur la folie humaine.

Ce qui conforte la réputation sombre de la série d’Hermann.

Hermann et Fraymond, une affaire qui roule

Un dessin parfaitement dans la veine réaliste propre au journal Tintin. Hermann joue dans les mêmes sphères que Rosinski ou Vance. Avec, dans Jeremiah, une attention particulière sur la texture, via les hachures. Il travaille les volumes, les densités, que ce soit sur ses personnages comme sur ses décors. Il apporte ainsi une forme de saleté qui convient évidemment bien à l’univers de Jeremiah tome 6.

Les couleurs de Fraymond s’appuient sur ces ensembles bien fermés. Néanmoins, on perçoit un travail plus en finesse, plus en nuances et en dégradés. Le coloriste, partenaire de longue date du dessinateur, sait comment répondre aux intentions de celui-ci. C’est un duo efficace, qui n’est sans doute pas pour rien dans le succès de la série.

Jeremiah tome 6 – Au revoir Hermann

Pour l’anecdote, rappelons que cet album est publié chez Novedi. Ce n’est qu’au tome 13 que la série passe chez Dupuis.
Format classique du feuilleton bd franco-belge, ce Jeremiah tome 6 m’a tout de même donné envie d’en lire plus, malgré sa faible pagination. Finalement, quel plus bel hommage pour le décès d’un artiste que de revenir à son œuvre ?

Article posté le mardi 24 mars 2026 par Yaneck Chareyre

  • Titre : Jeremiah tome 6 – la secte
  • Auteur : Hermann
  • Coloriste : Fraymond
  • Éditeur : Novedi
  • Date de publication : 1982
  • Nombre de pages : 48
  • Prix : 12€
  • ISBN : 9782010087370

Résumé éditeur : Jeremiah et Kurdy ont été engagés par le riche Mr Craig pour le protéger, lui et sa famille, pendant un voyage. Sur leur trajet ils vont rencontrer tout d’abord Peter « Pee-Lou » Loubiovtchichenko, un dynamiteur qui va les aider a éviter des pièges de la route. Mais c’est surtout avec la rencontre de deux fanatiques que les choses vont se corser ! En effet après une embuscade l’un des hommes qui accompagnaient nos deux héros est très grièvement blessé, deux jeunes hommes rencontrés à ce moment là leur proposent alors de les emmener à leur village tout proche. Or ce village appartient à un secte qui vénère un pseudoo dieu, Inemokh. Jeremiah et Kurdy vont très vite comprendre que ces « villageois » ne leur veulent pas forcément que du bien…

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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