En 1982, Jean-Michel Charlier sort neuf albums, Blueberry tome 23 – La tribu fantôme, est le second dont je vais vous parler. Après avoir écrit du mal de Marc Dacier, je vais pouvoir m’incliner avec respect devant le scénariste. Car cet album est au cœur de la période la plus humaine du lieutenant Mike Blueberry.
Blueberry tome 20 – La tribu fantôme : Charlier dans ce qu’il a de meilleur !
Parquée dans l’Arizona désertique, la tribu Navajo du Chef Cochise se meurt lentement sous les yeux des soldats états-uniens. Mais Blueberry, Vittorio et Chini ont bien l’intention de libérer les leurs. Un stratagème du rusé Mike va leur permettre de partir. Mais échapper à la poursuite des tuniques bleues sera autrement plus complexe. Les Navajos vont devoir devenir une véritable tribu fantôme pour espérer rejoindre le Mexique.
Voilà, c’est ça qu’on veut !
Ah ! Le Charlier que l’on aime ! Qu’est-ce que cela fait du bien… Dans cet album, le scénariste travaille un équilibre texte/dessin beaucoup plus aéré. Celui que l’on apprécie depuis longtemps, en fait. Oui, Charlier écrit de manière générale, beaucoup. Mais avec Jean Giraud, manifestement, il se contient pour livrer la dose idéale de mots. Ou bien son dessinateur le limite-t-il…
Blueberry tome 20 – La tribu fantôme, ou le choix d’un camp
Mais ceci est anecdotique et permet surtout de faire le lien avec la précédente chronique.
Ce qui est extrêmement satisfaisant, dans cet album et dans le travail de Charlier, c’est le parti pris qu’il adopte. Il a fait de Mike Blueberry un « traître » à sa patrie. Ou du moins, il en a fait un véritable héros qui défend ses valeurs plutôt que de les trahir. Le respect des faibles, de la parole donnée, tout ce que la voracité capitaliste et religieuse des descendants d’européens a écrasé à coup de crosses de fusils, de famines et de maladies.
Charlier écrit sur le génocide amérindien, dans une époque qui n’était pas si encline à cela. Certes, il parle à des Européens des méfaits des habitants des États-Unis. Notre responsabilité est plus limitée, il est donc plus facile pour nous d’accueillir ces critiques, que sur le continent américain. Mais ce cycle dans lequel est positionné Blueberry tome 23 – La tribu fantôme, montre sans aucun conteste toute l’humanité de celui qui l’écrit. Et en 2026, autant dire que cette humanité et cet héroïsme sont de vraies bulles de respiration. Avec là aussi une véritable influence d’un Giraud déjà converti au shamanisme…
Blueberry tome 20 – La tribu fantôme : Giraubius
Et évidemment, Blueberry, c’est aussi Jean Giraud. L’artiste est sorti depuis longtemps de sa filiation à Jijé, en 1982. Ses planches de Blueberry sont désormais dessinées avec moins de raideur et plus de « flou ». C’est-à-dire qu’il développe encore plus de traits, encore plus d’encrage, dans un esprit très organique. Il y a quelque chose de plus sale, de plus sombre, qui fait écho à la zone grise dans laquelle est entré le personnage. Héroïsme, oui, mais au détriment des origines du personnage. Et quelque chose dans le dessin de Giraud, résonne désormais avec ça.
Il y a désormais plus de passerelles entre Giraud et Moebius. Et c’est sans doute Cochise qui illustre le mieux cette synthèse graphique. Le vieux Navajo semble afficher un visage de pierre, qui lorgne plus vers la Chose de Jack Kirby, que vers la précision de la ligne claire. Et en même temps, représenter Cochise en monolithe inspirant, c’est sans doute tout à fait pertinent. Giraud a évolué dans son dessin, Charlier a su répondre à cette évolution en lui proposant les bonnes histoires.
Merci messieurs pour le travail
Blueberry tome 20 – La tribu fantôme, c’est donc juste un des très beaux moments de lecture que peut nous offrir la série Blueberry. Entre aventure, héroïsme et profonde humanité, les deux auteurs continuent de tisser la toile d’une référence de la BD européenne.
- Titre : Blueberry tome 20 – Le tribu fantôme
- Scénariste : Jean Michel Charlier
- Dessinateur : Jean Giraud
- Nombre de pages : 48
- Prix : 15€50
- Date de publication : 1982
- ISBN : 9782205054866
