Le western. Un classique de la bande dessinée franco-belge. Jerry Spring, Blueberry, Chinaman, Undertaker… Mais parmi ces noms très connus, se cache une série plus discrète, mais néanmoins très appréciée des fans. En 1982, est publié Buddy Longway tome 11 – la vengeance, de Derib, aux éditions du Lombard. Un album particulier pour moi, comme pour le monde de la BD.
Buddy Longway tome 11 : un double retour vers le passé
Buddy Longway vit avec son épouse Chinook et leurs deux enfants, dans une maison tranquille. Une tranquillité perturbée par l’arrivée de leur ami César. Celui-ci a besoin de Buddy. Le mari de sa petite-fille n’est pas rentré de sa campagne de minage et celle-ci est partie à sa recherche, avec leur bébé dans les bras. Et elle non plus n’est pas rentrée. Buddy accepte, même si un long voyage l’attend et qu’il le sait. Il laisse sa famille derrière lui pour partir vers les terres où il vécut avec Chinook au début de leur vie commune.
Un album particulier, disais-je. Parce qu’au onzième tome, Derib s’autorise un regard en arrière vers son premier album. Aussi, parce qu’un personnage inattendu mais tout à fait cohérent, y fait son apparition. J’y reviendrai ensuite.
Derib, Buddy et moi
Particulier pour moi aussi. Je n’ai pas de lien émotionnel avec Buddy Longway. Avec Derib, oui. Yakari, Jo, ont été des albums qui ont marqué mon enfance. Mais je n’ai jamais connu Buddy. Du moins, pas avant que je ne devienne blogueur BD, en 2006 et qu’en écumant les bibliothèques municipales à la recherche de nouvelles lectures, je ne me lance dans la lecture de ce grand classique. J’ai lu les deux premiers tomes dont j’ai fait la chronique en 2011 puis 2012. Et contrairement à ce que j’annonçais à la fin du deuxième billet, je n’ai plus rien lu de la série. Pas eu l’occasion, pas pris la peine… Mais Buddy Longway tome 11 fut facile à trouver pour moi, alors j’y ai vu une bonne occasion de me reconnecter au travail de Derib. Bonne nouvelle, le scénario est plus solide que dans le tome 2 et en plus, il n’y a aucun mal à entrer dans la lecture puisque l’album contient des références… au tome 1.
Buddy Longway tome 11 est un album bien construit
Dès la page 3, Derib a déjà placé les points importants de l’univers de Buddy Longway. Femme, enfants, maison, le nouveau lecteur n’est pas perdu. C’est aussi la force des feuilletonistes de parvenir à créer des points d’entrée faciles à chaque nouveau tome. Tout le reste des enjeux fait sens. On comprend facilement les risques pris par Michaël le chercheur d’or. L’isolement, les grandes distances, les tensions autour des mines d’or. Derib prend son temps mais sème ses informations avec une grande efficacité. Les lecteurs sont vraiment entraînés sur les pas du héros.
L’intrigue est résolue en deux temps. D’abord Derib règle le cas de la mère et de son enfant, puis celui du père. L’auteur permet de bien saisir la question des grandes distances dans l’ouest américain, du temps qui passe. Les intrigues ne se résolvent pas en une poignée de jours. Le temps long marque l’univers de Buddy Longway.
Et l’invité surprise est…
Et ce faisant, Derib s’autorise un invité tout à fait surprenant : Jim McClure, de la série Blueberry. Deux séries qui s’entremêlent, sans avoir le même auteur, et alors qu’elles sont publiées chez deux éditeurs différents ? Serait-ce le passage en prépublication, en 1975, de Blueberry tome 17 dans Tintin, comme le sera longtemps Buddy Longway, qui en est la cause ? La rencontre des deux univers se fait sans heurts et même, avec une certaine forme d’évidence…
Une famille artistique
Cette évidence, elle est graphique. Car autant dans les premiers tomes de la série, le trait de Derib résonnait fort avec celui de Yakari, autant dans ce tome, l’influence de Jean Giraud paraît tout à fait évidente. Comme si en chemin, l’artiste suisse s’était nourri du maître, en pleine force de son art. Le McClure que nous rencontrons, c’est autant celui de Giraud que celui de Derib. Les dessins réalistes se renforcent, manifestement…
Buddy Longway, c’est une philosophie à part dans le western
Pour terminer avec l’intrigue de cet album, j’ai apprécié que Buddy soit le personnage titre, mais pas le sujet de ce livre. Évidemment, en le replongeant dans son passé, Derib travaille le processus d’évolution de Buddy. Mais le «méchant » de l’histoire n’a rien de particulier contre lui. Buddy se met en travers de sa route, mais sinon, ils n’auraient pas de raisons de s’opposer l’un à l’autre. J’aime cette simplicité qui respecte le fait que Michael est le héros de cet épisode. C’est en toile de fond que Buddy, son fils Jérémie, évoluent aux yeux des lecteurs.
Buddy Longway tome 11 : Good bye or farewell ?
La lecture, puis la relecture de ce Buddy Longway tome 11 aura été un véritable plaisir. Plus encore, plaisir de découvrir que je m’étais sans doute bien planté quant à mon appréciation du tome 2, il y a de cela 14 ans. Arriverais-je à relire ce tome 2 et à combler les tomes manquants jusqu’à ce tome 11 ? Peut-être pas. Mais cet exercice me donnera un regard plus pertinent sur la série, alors c’est déjà une belle opportunité de gagnée.
- Buddy Longway tome 11 – La vengeance
- Auteur : Derib
- Éditeur : Le Lombard
- Date de publication : 1982
- Prix : 10€
- ISBN : 978280360040
Résumé de l’éditeur : Partie rejoindre son mari qui recherche de l’or dans les montagnes, la fille du vieux César s’est perdue. Longway a réussi à localiser la jeune femme, mais aucune trace de son époux mystérieusement disparu
