Çà va pas là : les éditions Çà et Là ont besoin de vous !

Cet été, les éditions Çà et Là ont poussé un appel à l’aide. Entreprise classique devenue SCOP au début de l’année, la maison d’édition fait face à un manque de trésorerie qui la place en grandes difficultés. Ils ont lancé une grande tombola de soutien si vous voulez gagner quelques goodies fort sympathiques. Afin de soutenir un éditeur qui valorise toute la diversité de la bande dessinée mondiale, voici une sélection des albums que nous avons aimé et que nous vous recommandons d’acheter pour aider Çà et là à passer ce mauvais cap. Oui, la rentrée littéraire sera fournie, comme toujours. Alors raison de plus pour faire des achats utiles !

opération ça va pas là pour les éditions de bande dessinée ça et là

Les grandes références du catalogue

Çà et là est une petite maison d’édition indépendante, soit. Mais ce n’est pas pour autant que les auteurs qu’elle publient sont méconnus. La SCOP a permis l’éclosion en France ou la publication de plusieurs auteurs et autrices références dans le 9e art mondial. Vous n’avez pas ces « classiques » ? Il est temps de vous les procurer !

Derf Backderf, la méga star américaine !

Backderf, c’est toute une bibliographie de qualité. Mais aujourd’hui, on retient notamment l’œuvre qui se vend le plus : Mon ami Dahmer. La série Netflix consacrée au tueur en série Jeffrey Dahmer a donné une visibilité incroyable à un titre qui était dès le départ excellent. Préparez-vous à des sueurs froides face à l’horreur banale et inhumaine. Un classique qui doit apparaître dans toutes les bonnes bédéthèques.

Marcelo Quintanilha : l’âme brésilienne

Fauve polar, Fauve d’or, nominations régulières, le brésilien Marcelo Quintanilha a la côte depuis qu’il a osé se faire connaître en France. Écoute, jolie Marcia, qui a donc reçu la distinction suprême à Angoulême, nous plonge avec brio dans un polar haletant et dépaysant. De la BD de genre, certes, mais de la BD qui n’oublie jamais de nous parler d’humanité.

Martin Panchaud : l’ovni graphique

Une vue du dessus, des pictogrammes en guise de personnages, une histoire loufoque et une machine à dédicace automatique…. Le suisse Martin Panchaud a frappé TRES fort avec son premier ouvrage, La couleur des choses. A tel point qu’il a même reçu le prestigieux Grand Prix de la Critique ACBD ! Si vous aimez les bandes dessinées étranges, ou si vous avez l’âme avant-gardiste, i l y a une incroyable expérience à vivre avec ce titre. Il est même disponible en version poche, si vous voulez faire des économies dans vos dépenses.

Mana Neyestani : le militant politique

L’Iran est un pays qui nous fascine et nous questionne, nous autres français. Grande Culture, terrible dictature théocratique, le destin de ce pays nous est cher. Mana Neyestani fait partie de ces voix iraniennes qui font entendre la réalité de ce pays, sous toutes ses formes. Récit romancé, Les oiseaux de papier nous a touché avec force, car même dans la fiction, la sincérité et la vérité du propos de l’auteur se font ressentir.

Lynda Barry : la référence féministe

Être éditeur, c’est aussi faire travail patrimonial. Avec Come over Come over, les éditions ça et là ont pris le risque de nous faire découvrir une référence du comix féministe américain, Lynda Barry. Autrice de référence pour de nombreuses générations, son oeuvre était peu accessible en France aux non-anglophones. C’est trash, c’est engagé, militant, c’est l’Amérique que l’on aime.

Les oeuvres en construction

 

Sole Otero, le futur grand nom de la BD argentine

Primée à Angoulême, passée désormais chez l’historique maison Casterman, Sole Otero, en quelques albums, a marqué le paysage de la bande dessinée en France. Ses compétences narratives, son dessin atypique et des couleurs tranchées ont véritablement constitué les marqueurs d’une œuvre en construction dont Naphtaline a été l’un des grands moments.

Yi Yang : la folie de la bd fusion

Autrice chinoise vivant en Italie, Yi Yang est une jeune artiste au confluent de nombreuses influences. Et cela se ressent dans ses différentes publications, dotées d’une incroyable énergie vitale. Il y a de l’humour autant que de la violence, de l’amour autant que de la colère, une culture chinoise autant qu’une révolte très européenne. Le résultat est savoureux, atypique et génère beaucoup d’attente pour ses prochaines productions, que nous avons découvertes avec l’excellent Easy Breezy.

Les pépites mises en lumière

Il n’y a pas nécessairement besoin de faire partie d’une grande œuvre, pour s’avérer être un bon album de bande dessinée. Les éditions ça et là prennent plaisir à nous faire découvrir des auteurs, des créations, intrinsèquement intéressantes pour ce qu’elles sont. Voici un rapide tour d’horizon d’albums que nous avons appréciés au sein de l’équipe.

Victory Parade : Seconde Guerre mondiale et expressionnisme

La fin de la guerre vue depuis les États-Unis, sous une orientation très arty, c’est la proposition faite par l’américaine Leela Corman. Le syndrome post-traumatique, traité par le biais d’un dessin clivant inspiré de l’expressionnisme allemand, se montre glaçant et pourtant élégant. Victory Parade a été sélectionné par le prix comics ACBD 2024.

Tepe la colline : fable écologique préhistorique turque

L’Histoire turque est relativement peu connue par les français. Et c’est peu dire que sa préhistoire l’est encore moins. Firat Yasa propose pourtant une plongée immersive dans cet univers, afin de nous questionner sur le fondamentalisme religieux. Découvrez un artiste hors-norme et avec Tepe la colline, un récit véritablement prenant.

Mukanda Tiodora : De l’esclavage au Brésil

Récit épistolaire mettant en avant la quête de liberté d’une esclave africaine au Brésil, Mukanda Tiodora nous entraîne avec pudeur et sensibilité dans le parcours d’une femme en quête d’affranchissement. Il s’agit ici d’un récit biographique extrêmement bien documenté et donc fort d’une vérité universelle.

L’homme triple : Généalogie d’un collabo

Récit autobiographique, l’homme triple amène le bédéaste Wide Vernocke à se confronter à son père et son grand-père, qui collabora avec le régime nazi. Une discussion qui n’eut jamais lieu mais qui relève de la magie du récit fictionné. Troublant de sincérité.

Cyan : SF haute en couleur

La couleur de peau, c’est un sujet qui crée du clivage. On appelle cela le racisme. Et certains osent encore prétendre que cela n’existe pas. Alors pour prendre un peu de hauteur, Lucia Biagi, dans Cyan, propose de découvrir une humanité séparée entre jaunes et bleus. Toute ressemblance avec des faits réels ne serait pas une erreur.

Peau : intimité de deux femmes

Deux femmes mal dans leur peau, qui se rencontrent et partagent leurs douleurs pour mieux se soutenir. Peau, de Sabien Clement et Mieke Versyp est un récit touchant et extrêmement humain qui vit sa scénariste primée du Prix Goscinny du meilleur jeune scénariste au FIBD. Rien que ça.

L’épée : l’héroïc fantasy au féminin

L’héroïc-Fantasy, ce ne sont pas juste des elfes ou de grands barbares à grosses épées. Le genre peut faire place à des récits différents, ce que propose exactement L’épée, d’Anabel Colazo. Un récit jeune sans être jeunesse, frais et réellement différent au sein d’un univers tellement codifié et marqué par de grandes références artistiques.

Walk me to the corner : il n’y a pas d’âge pour l’amour

Le coup de foudre n’a pas d’âge. Et parfois même, pas de genre. Walk me to the corner, d’Anneli Furmark, compose avec justesse un récit tendre et complexe, à l’image des sentiments qui peuvent naître dans une vie qui se retrouve chamboulée du jour au lendemain.

Toute l’année, guettez le catalogue Çà et Là

Voici donc une sélection de titres que nous avons aimés, disponibles dans le commerce et que vous pouvez acheter pour soutenir l’éditeur Çà et là. 

Mais un éditeur, c’est un catalogue de sorties annuel. Alors prenez la peine d’aller voir leur site web, de vous renseigner sur leurs différentes sorties. Tout ne vous plaira peut-être pas, mais vous trouverez toujours une sélection de bande dessinées exigeantes, fortes et surtout différentes de ce que vous pouvez lire ailleurs.

Article posté le dimanche 17 août 2025 par Yaneck Chareyre

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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