Wallace Wood, Wally Wood au coeur du comics

Pilier des éditions E.C et du magazine MAD, Wallace Wood a les honneurs du Festival d’Angoulême avec superbe une rétrospective au Musée de la ville et ce jusqu’au 15 mars. Enjoy !

De Wallace Wood…

Avant d’être le créateur du costume de Daredevil ou devenir un auteur récurrent de MAD, le jeune Wallace Wood nait le 27 juin 1927 à Menahga dans le Minnesota.

Tout petit, il lit de nombreux comics et rapidement se met à dessiner. Il apprécie notamment les oeuvres de Roy Crane, l’auteur des strips Wash Tubbs, qu’il copie. Mais la guerre le rattrape en 1944. Il s’engage dans la marine marchande et à la fin du conflit dans les Paras de l’armée américaine. Pendant deux ans, il habite le Japon et sert dans les forces d’occupation du pays.

En 1948, il revient aux Etats-Unis et suit des cours de la Cartoonists and Illustrators School, l’école new-yorkaise créée par Burne Hogarth.

… A Wally Wood

Le retour du front est très délicate pour les auteurs de l’époque. Quelques uns sont décédés, il y a peu de travail parce qu’il y a peu de magazines embauchant de nouveaux dessinateurs. Le système est en crise.

Une opportunité s’offre à Wallace Wood. Il est engagé par la Fox Feature Syndicate en tant que lettreur et encreur. Il devient alors l’assistant de George Wunder, l’auteur ayant repris Terry et les pirates après Milton Caniff.

Il voit sa première histoire, The Tip-off woman, publiée dans Women Outlaws en janvier 1949. C’est le début d’une longue et riche carrière.

E.C : maison d’édition de récits de genre

Fondée par Max Gaines, E.C Comics est une maison d’éditions en vogue dans les années 1950. Elle publie des récits de genre très marqués : l’horreur avec notammant The Crypt of Terror, l’aventure avec Two-Fisted Tales ou Frontline Combat, l’humour avec MAD, mais également la science-fiction avec Weird Science et Weird Fantasy.

Autour de Al Feldstein – scénariste et rédacteur en chef – on retrouve une myriade d’auteurs fabuleux comme Elder, Kurtzman, Davis ou Krigstein.

En novembre 1949, Wally entre chez EC Comics et publie de nombreux récits. Sa première histoire Saddle Romances no 1 : I was just a playtime cowgirl parait la même année.

Mais la maison d’édition fait faillite en 1955 à cause de pressions extérieures notamment par la fin de la Guerre de Corée, des associations religieuses et les recherches d’un psychanalyste réputé. Les deux dernières entités souhaitaient protéger les enfants des publications de EC.

Pendant cette période, Wood dessine notamment Trials by Arms sur un scénario de Jerry de Fuccio en 1953, Devils in Baggy Pants en 1951, Perimeter en 1954 ou New Orleans en 1953 sur un scénario de Harvey Kurtzman.

La science-fiction au cœur

Wallace Wood devient un temps, l’assistant de Will Eisner sur sa série-phare The Spirit. Cet auteur lui offre aussi des scénarios qu’il dessine, notamment Return from the Moon en 1952, un de nombreux récits de science-fiction illustré par l’auteur américain.

Dans ces histoires, Wally imagine des fusées étincelantes et oblongues, à des milliers de kilomètres des vaisseaux en forme d’assiette. Ses tableaux de bord sont saturés de boutons et ses couloirs de conduits d’aération. Il crée aussi des combinaisons avec des masques et des systèmes pour respirer, sans compter sur ses centaines de monstres.

Il encre aussi pour Jack Kirby, le king of comics. Il use ses plumes sur Sky Monster of the Space Force en 1958, The Beasts from Planet, Captain Science en 1951 ou Surf Hunters Circa en 1958. Et seul, il crée des récits pour Weird Science.

MAD, ça rend fou

En 1952, Harvey Kurtzman invite les auteurs EC dont Wood à créer un magazine d’humour. Ainsi nait MAD, le magazine qui rend fou.

Wally Wood y traduit en dessin des blagues et des bons mots. Il confie d’ailleurs : « J’aime dessiner des trucs drôles parce que ça demande moins d’efforts ».

Il met son talent pour parodier des comics célèbres : Prince Violent et Flesh Garden en 1954 ou Flesh Garden and the Space Pirates en 1966.

Du mythique costume de Dardevil à à Tim Burton

En 1964, Wally Wood est limogé de MAD. Stan Lee l’apprend et l’embauche chez Marvel. Là, il reprend Daredevil, lui imagine le costume rouge qui fait écho au diable et change le sigle du héros par un double D. Il travaille par la suite pour DC Comics ou encore pour Warren.

Quelques jours après la mort de Disney, il illustre The Disneyland Memorial Orgy, une vision très adulte du monde féerique du grand Walt, original qui se trouve dans l’exposition.

Il tente des choses différentes pour son plaisir, notamment The World of the Wizard King, en écho au Seigneurs des anneaux de Tolkien. Il aime aussi dessiner des planches érotiques, faisant de lui l’un des premiers auteurs à en réaliser.

Il joue aussi un rôle pionnier dans le combat pour améliorer les conditions des auteurs. Pour cela, ces derniers lui vouent une grande admiration.

Malgré cet amour et sa grande carrière, Wally déprime. Il faut souligner qu’il souffre d’une insuffisance rénale et qu’une attaque cardiaque lui a fait perdre l’usage d’un œil. Il se suicide le 2 novembre 1981 à Los Angeles, laissant derrière lui une œuvre considérable. Tim Burton dans Mars Attacks lui rendra hommage en reprenant ses personnages, notamment ses aliens avec un globe sur la tête.

Article posté le mercredi 04 mars 2020 par Damien Canteau

Communiqué du Festival :

Pionnier de la bande dessinée de genre américaine, Wallace Wood (1927- 1981) fut un auteur à la fois virtuose et visionnaire. Il marqua profondément la SF, la fantasy, l’humour et la bande dessinée érotique tout au long d’une carrière riche et inclassable à laquelle le Festival consacre une rare rétrospective.

Wallace “Wally” Wood n’est pas un inconnu du Festival d’Angoulême. En 1978, à 50 ans, il y reçoit le prestigieux prix du meilleur auteur étranger, pour l’ensemble d’une carrière bien fournie. Le jury a choisi de distinguer cet auteur reconnu, dont l’influence sur les bandes dessinées d’humour, de fantasy et de SF est incontournable. Personnages, scénarios, dessin sophistiqué, tout chez lui est parfaitement abouti. Soignant particulièrement les reflets, les doubles expositions, les ombres et les textures, il sublime l’encrage à un niveau de maîtrise rarement égalé. Son premier travail dans le milieu de la bande dessiné est d’assister Will Eisner sur le Spirit, en s’occupant notamment du lettrage. Rapidement, il travaille pour la mythique maison d’édition E.C et devient un contributeur régulier du  magazine MAD. Véritable précurseur, il publie un des premiers magazines de comics underground, Witzend (1966) et un des premiers romans graphiques d’heroic fantasy, The Wizard King (qui est aussi un de ses derniers projets personnels). Il est également un des pionniers de la bande dessinée érotique. Il passe du drame à la science-fiction et de l’humour aux super-héros avec une dextérité inouïe. En parallèle, il explore d’autres médias, de l’illustration de romans aux petites cartes à collectionner pour la marque de chewing gums Topps – ses dessins préliminaires pour les cartes Mars Attacks (1962) trouveront une seconde vie en 1996 avec le film de Tim Burton.

Renseignements complémentaires

Wallace Wood

du 30 janvier au 15 mars 2020

Musée d’Angoulême

Square Girard II, Rue Corneille, 16000 Angoulême

Commissaires : Frédéric Manzano, Florentino Flórez et Stéphane Beaujean Scénographe : Thomas Gabison

Production : 9eArt+ / FIBD

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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