Avec ces Chroniques BD de 1982, je plonge dans un passé dont je connais peu de choses. C’est donc l’occasion de faire la rencontre de séries relativement oubliées, quand bien même leurs auteurs sont restés, eux, célèbres. C’est ainsi que j’ai découvert Nic tome 2, l’hommage rendu par Philippe Vandooren et Hermann à … Winsor McCay.
Nic tome 2 : Un hommage un peu rapidement exécuté ?
Nic est un petit garçon. Chaque nuit, dans ses rêves, il retrouve ses copains les animaux pour vivre de nouvelles aventures. Ce qui lui procure des réveils assez décalés…
Bon, je le confesse, ce pitch est un peu sommaire. En même temps, je ne peux pas faire mieux.
L’album est découpé en quatre chapitres, qui constituent autant d’histoires courtes indépendantes. Il n’y a pas vraiment d’intrigue globale. Chaque nuit apporte un nouveau rêve, c’est tout.
La petite histoire de la création
Mais revenons au contexte de cette série pré publiée dans Spirou au début des années 80.
Son initiateur, c’est donc Philippe Vandooren. S’il est connu en tant que rédacteur en chef de Spirou, il n’occupe pas ce poste à la fin des années 70 quand il crée la série Nic.
Son objectif, c’est de rendre hommage à un artiste et une œuvre qu’il affectionne tout particulièrement : Winsor McCay et son Little Nemo in Slumberland.
Nic tome 2 : Référence évidente
Publiée au début du XXe siècle, cette série de strips publiés dans la presse américaine est une référence de l’Histoire de notre média. Alors même que la bande dessinée commence juste à se structurer des deux côtés de l’Atlantique, McCay, lui, explose déjà la narration séquentielle pour symboliser l’incohérence des rêves humains. Ces planches constituent toujours des leçons en la matière.
Vandooren travaille donc son hommage, qu’il finit par confier à son beau-frère, le dessinateur Hermann. Un dessinateur connu pour un style réaliste (Jérémiah, nous en reparlerons sûrement cette année), ce qui était aussi le cas de McCay.
Un hommage fort sage…
Mais le duo d’artistes va s’avérer moins audacieux, sur les histoires de Bonnes nuits, Nic tome 2. Moins audacieux dans les découpages, pour être précis. Le gaufrier y est relativement respecté. L’audace graphique va plutôt se nicher DANS la case. À cette échelle, Hermann s’autorise des cadrages nettement plus immersifs, nettement plus intenses. La folie des rêves y est pleinement apparente. L’histoire qui illustre la couverture en est un bon exemple, puisque nous assisterons sur plusieurs cases à une chute vertigineuse mais saccadée des différents personnages, avec un rythme humoristique bien présent.
Hermann a-t-il travaillé à l’économie sur Nic tome 2 ?
Dans le trait, on retrouve pleinement Hermann. La finesse du dessin est bien présente. Mais on sent que l’artiste a voulu alléger ses planches, par rapport à son travail sur Jérémiah. Volonté d’aller plus vite ? De travailler un dessin différent, pour un type de récit différent ? Les deux ensemble ? Ses décors sont limités aux objets avec lesquels Nic est en interaction. Cela traduit une volonté d’incarner graphiquement le flou des mondes oniriques. Mais indéniablement, ça a dû aussi lui faire gagner du temps. La bande dessinée, c’est un exercice « d’escroc » où l’on ne craint pas de faire moins, quand les résultats sont meilleurs. Et c’est tant mieux. Cela étant dit, les rapports de proportion du corps de Nic ne sont pas toujours adéquats. Donc la piste de la rapidité d’exécution n’est vraiment pas à éliminer.
Le scénario ? Quel scénario ? Il y a un scénariste ?
Pour une fois, je m’étends un peu sur le dessin, mais parce que sur le scénario, j’ai vraiment peu à dire. Les séquences sont malignes, mais comme elles sont sans suite réelle, difficile d’aller très loin. Alors je commenterai la dimension « méta » du scénario. À savoir l’absence de Philippe Vandooren en couverture de l’album. Même le pseudo qu’il avait choisi alors, « Morphée », en référence là encore à Winsor McCay, n’est pas crédité. Il faut passer en page intérieure pour retrouver le pseudo. Et constater en passant que Hermann a délégué les couleurs à un couple de coloristes, Carla et Vittorio Leonardo. Rapidité…
Nic tome 2 ne m’est pas lié…
Et donc non, je ne vous offrirai pas d’anecdote personnelle sur cet album. Pas de petite histoire intime pour venir nourrir la dimension « chronique » de ce papier. Mais c’est aussi l’objectif de ce défi que je me lance. Oser la découverte, la rencontre. Et ne pas seulement choisir des albums que j’ai déjà lus. Maintenant, je connais cet hommage à Little Nemo, et j’en suis ravi.
- Titre : Nic tome 2 – Bonnes nuits, Nic
- Scénariste : Philippe Vandooren
- Dessinateur : Hermann
- Éditeur : Dupuis
- Date de publication : Octobre 1982
- Prix : 5€95 (épuisé)
- ISBN : 9782800109503
