Ballad #1

Notre avis : Recevoir une boîte mystérieuse et voir les morts refaire surface, Ryosuke ne pensait pas que cela puisse lui arriver dans sa jeune existence. Ainsi, il est heureux de retrouver ses frères assassinés dans le passé. Qui lui a envoyé cette boîte ? Pourquoi ? Toutes ses questions sont posées dans Ballad, la nouvelle série manga Komikku signée Yuri Narashima.

La famille Fuse reçoit un paquet un matin ordinaire. Sous couvert d’un faux nom d’entreprise agroalimentaire, Ahashima, 80 colis sont distribués en ville. Ryosuke, le benjamin, intrigué – personne ne reçoit jamais aucun colis dans sa famille – demande à sa grand-mère si elle attend un paquet.

Dans le même temps, Masaru et Kenji, les grands frères de Ryo se retrouvent au milieu de la rue. Etonnant ? Oui, car les deux adolescents ont été tués il y a quelques années ! Alors que le père était en prison pour deux ans et qu’il avait divorcé de leur maman, les trois garçons avaient décidé de changer de nom et de déménager chez leur grand-mère. A peine libéré de son incarcération, le père décida de retourner vivre avec son ex-femme, pour favoriser son intégration.

Les morts qui reviennent à la vie sont de plus en plus nombreux. Effrayés par certains, heureux pour d’autres, la population est interloquée. Il faut souligner que même les assassins sont de retour. Car si les deux frères de Ryo sont ressuscités, leur meurtrier aussi !

Lorsque les habitants reçoivent le fameux paquet, ils découvrent un paquet de nouilles. En les faisant réchauffer, ils assistent ébahis au retour à la vie d’un de leur proche. Pourquoi ces colis ? Qui se cache derrière Ahashima ? Qui a envoyé les paquets ? Comment peut-on ramener les morts à la vie ?

Le récit de Yuri Narashima n’est pas d’une folle originalité, même s’il reste facile à lire et permet au lecteur de lui faire passer un bon moment. Il repose avant tout sur la qualité apportée à la personnalité de ses héros et le côté thriller mais pas trop angoissant. Prévu en deux tomes, ce manga d’une belle efficacité apporte son lot de questionnements. Plus étonnant, la manière dont les morts reviennent à la vie : des nouilles à réchauffer ! Heureusement ce processus ne fait pas rire le lectorat – alors qu’il pourrait – car la mangaka l’amène subtilement. De plus, la partie graphique est assez inégale. En espérant que dans le deuxième volume, ses petits bémols soient gommés.

  • Ballad, volume 1/2
  • Auteure :  Yuri Narashima
  • Editeur : Komikku
  • Prix : 7.90€
  • Parution : 31 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Un jour, un jeune garçon nommé Ryuosuke reçoit une mystérieuse boite. Vraiment suspecte. Et tout démarre à partir de ce moment.
D’un coup d’un seul, des gens qui sont supposés être morts ressuscitent et apparaissent vivants. Ryosuke est plutot heureux parce que ça lui permet de retrouver ses deux frères ainés qui avaient été assassinés dans le passé. Mais le problème c’est que le meurtrier, qui lui aussi été mort, ressuscite et les ennuis recommencent. Alors la question ou plutot les questions : Quelle est cette boite ? Qui l’a envoyé ? Et pourquoi ramène t elle à la vie ? Toutes les questions auxquelles Ryosuke et ses frères doivent trouver les réponses.

L’école de Pan #2 : Le défi de Dédale

Notre avis : Alors que le premier volume nous avait laissé une bonne impression, le deuxième tome de L’école de Pan la confirme. Cette belle série fantastique scénarisée par Maëlle Fierpied est mise en image par Yomgui Dumont.

Dans le premier opus le jeune lectorat découvrait des apprentis-héros se retrouvant dans une école sur une île afin de perfectionner leurs dons. Parmi les élèves, il suivait les aventures fantastiques et drôles de Félix, Bilal et Aglaé. Tels les X-Men ou Superman, les adolescents de cette île sont des supers-héros mais encore apprentis. Dès le début de l’album, Mäelle Fierpied nous plongeait dans l’atmosphère joyeuse et amusante de l’histoire en présentant l’ensemble des personnages : les trois héros, Bilal passe-muraille, Félix garçon-chat et Aglaé fille chauve-souris ; mais aussi les professeurs ainsi que les autres élèves. Soit une vingtaine de héros de papier qui ont des supers pouvoirs proches des héros de Marvel (la directrice qui a le même don que Tornade, Ambre la fille invisible, Loïc le garçon élastique, Tobias la torche humaine ou Andrew le garçon-roc).

Construits par petits chapitres de huit-dix pages chacun, la scénariste propose des mini-récits faits d’enquête, d’action et teintés de beaucoup d’humour. Il faut souligner que l’univers riche créé et les différents personnages peut augurer de nombreuses thématiques et histoires. Comme ils sont apprentis, les jeunes lecteurs pourront facilement s’identifier à un ou plusieurs d’entre-eux ; car comme les enfants, ils sont en période d’apprenants.

Dans ce deuxième opus, 10 mini-récits sont au sommaire, dont notamment :

  • Le  nouveau professeur. La directrice présente Monsieur Draken, prof d’histoire-géo dont les méthodes et le physique font trembler les élèves.
  • L’ange de Noël. Au milieu de l’Ecole de Pan trône un étrange statue, un ange tout blanc, qui apporterait le bonheur à tout le monde…
  • Une journée ordinaire. Les élèves ont sorti leur plus beaux cerf-volants pour les essayer mais Aglaé râle parce qu’ils la gênent lorsqu’elle est dans le ciel…

Connu pour son travail sur les séries Raph et Potetoz (Glénat) ou Chambres noires (Vents d’ouest), Yomgui Dumont livre de belles planches. Ses personnages sont élégants, élancés et son trait d’une belle lisibilité, idéal pour le jeune lectorat.

  • L’école de Pan, tome 2 : Le défi de Dédale
  • Scénariste : Maëlle Fierpied
  • Dessinateur : Yomgui Dumont
  • Editeur : BD Kids, Bayard
  • Prix : 9,95€
  • Parution : 06 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Sur l’île de Pan, Félix, Bilal et Aglaé apprennent à maîtriser leurs pouvoirs. Pourtant, intrus malveillants et objets surnaturels perturbent de plus en plus le quotidien des pensionnaires… Les enfants sont-ils encore en sécurité ? C’est le moment que choisit un nouveau professeur pour entraîner le trio dans une mystérieuse compétition : le défi Dédale, qui opposera l’école de Pan à celle des Asphodèles !

Lady Liberty #2, Treize colonies

Notre avis : La chevalière d’Eon et sa fille adoptive Lya, espionnes, vont se retrouver au cœur de l’Histoire, celle de la naissance des Etats-Unis d’Amérique. C’est cette fiction historique qu’ont voulu conter Jean-Luc Sala et Aurore dans  la série Lady Liberty. Voici le deuxième volet de cette saga : Treize colonies.

Le Secret du roi est un réseau d’espionnage du roi Louis XV. Parmi ses membres, il y a Beaumarchais (avant sa carrière d’écrivain), La chevalière d’Eon et Lya de Beaumont, sa fille adoptive. Les missions affectées par le roi à ce réseau : intrigues et assassinats des sujets britanniques.

Dans le premier tome, les deux femmes apprenaient la mort de Louis XV par Beaumarchais. Il faut souligner que le défunt souverain était le principal donateur financier des membres du Secret du roi et par-là même celui de D’Eon et Lya. Plus d’argent mais nouvelle mission : récupérer les documents secrets de la potentielle invasion de la France par les Britanniques, établis par la chevalière. Mais elle ne souhaite pas donner ses fameux plans car elle sait que c’est sa seule chance de survie. Quelques mois plus tard, elles aident la femme du Général commandant les forces anglaises – accusée de haute trahison – aux Etats-Unis après la Guerre de 7 ans. Les britanniques ont débarqué à Boston pour mâter la rébellion organisée par les Sons of liberty…

Dans le second volume, Lya est décidée : elle veut faire tomber les souverains français et britannique après la mort de sa mère.

Le récit basé sur des faits historiques de Jean-Luc Sala est intéressant. Écrit comme une belle saga d’aventure, il mêle habilement l’espionnage, les combats de cape et d’épée et les complots géopolitiques. Si tous les personnages ont réellement existé (La chevalière d’Eon, Beaumarchais, le couple Kemble Gage…), celui de Lya de Beaumont est une pure invention ; une subtil mélange d’agents ayant existé tel Molly Pitcher ou Deborah Sampson. La jeune femme, éprise de justice, est une fine lame et grande tacticienne comme sa mère adoptive. Très documentée, l’histoire est aussi fondée sur des faits historiques. Divertissant, il est complété par une partie graphique rafraîchissante de la part de Aurore. Bercée par les mangas et les dessins animés du Club Dorothée, son trait subit donc beaucoup d’influence des graphismes japonais. Les scènes de combats et les courses-poursuites sur les toits comportent beaucoup de mouvements, comme dans les séries manga. Les costumes et les robes sont magnifiquement reproduits, mis en valeur par de belles couleurs.

  • Lady Liberty, tome 2 : Treize colonies
  • Scénariste :  Jean-Luc Sala
  • Dessinatrice : Aurore
  • Editeur : Soleil
  • Prix : 14.50 €
  • Parution : 20 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Pour venger sa mère, Lya de Beaumont sest jurée de faire tomber les couronnes de Louis XVI et George III. Un vent de révolution commence à souffler sur le monde. Un vent qui va gonfler les voiles du « Sally Brown » et porter Lya, Lady Gage et lintriguant Beaumarchais vers les colonies. LAmérique en rébellion est devenue une poudrière et il ne lui manque quune étincelle pour exploser. Et Lya est cette étincelle !

Exo, tome 1 : Darwin II

Notre avis : Après le très bon Seul survivant, les éditions Les Humanoïdes Associés dévoilent le premier volume de leur nouvelle série de science-fiction Exo, de Philippe Scoffoni sur un scénario de Jerry Frissen.

John, un scientifique de grand talent, donne une conférence pour dévoiler sa nouvelle trouvaille : Darwin II, une planète aux caractéristiques proches de la Terre. Dans le même temps, un projectile non-identifié percute volontairement un station orbitale qui tourne autour de la Planète Bleue. Cet étrange faisceau laser est en fait une capsule ronde qui s’écrase sur la Terre. Une bande d’illuminés qui saignent du nez essaient de le récupérer et même de retrouver l’homme de science…

Encore un récit d’anticipation me direz-vous ! Eh bien celui-ci est différent, accrocheur et haletant. Il faut souligner que Jerry Frissen, son auteur, est l’un de meilleurs scénaristes du genre (World War X avec Peter Snejbjerg ou Les zombies ont mangé le monde avec Guy Davis). Intelligemment, il met en parallèle deux histoires – une sur Terre, l’autre dans l’espace – très réussies, construites comme deux thrillers. S’il repose sur une narration très classique, son contenu ravira les amateurs de bonne science-fiction, grâce à de nombreux rebondissements.

Il est accompagné au dessin de Philippe Scoffoni, au trait réaliste d’une grande qualité. Le dessinateur de Milo (sur un scénario de Benoît Rivière, Delcourt) propose des planches au découpage rythmé faites de grandes cases. La suite arrive vite, puisque l’éditeur le prévoit dès septembre et son dénouement début 2017.

  • Exo, tome 1/3 : Darwin II
  • Scénariste : Jerry Frissen
  • Dessinateur : Philippe Scoffoni
  • Editeur : Les Humanoïdes Associés
  • Prix : 13,95€
  • Parution : 13 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Futur proche. La NASA pense enfin avoir découvert une exo-planète capable d’abriter la vie. Située à 4 années-lumière de la Terre, Darwin II suscite nombre d’interrogations, et fait immédiatement l’objet d’un projet d’exploration par une sonde spatiale. Au même moment, une station orbitale est traversée par un projectile en provenance de la lune, tuant plusieurs astronautes. Coïncidence ?

Drones, tome 2/2 : Post-trauma

Sylvain Runberg est de retour avec une excellente nouvelle série Drones, le premier tome d’un diptyque qu’il signe avec Louis et publié par Le Lombard.

Dans le premier volume, le lecteur découvrait qu’un parti autonomiste d’ultra-catholiques avait pris le pouvoir dans la région du Qinghai et essayait de la rendre autonome. Les grands alliés occidentaux ne l’entendentaient pas de cette oreille. D’ailleurs au Danemark, des pilotes de haut-niveau étaient prêts à décoller. A bord de leur drônes, engins ultra-technologiques, Jewel, Louise et Sam attendaient le feu vert pour agir.

Dans ce deuxième opus, Louise continue de traquer Yun Shao, l’autonomiste chinoise, qui se complait dans les attaques terroristes dans la province du Qinghai. Dans le même temps, en Europe, l’opinion agacée par ce conflit réclame le dialogue au contraire des attaques de drones. La jeune chinoise voit dans l’attaque de ces engins contre des ouvriers en grève dans une usine, la belle occasion de les rallier à la cause qu’elle croit juste…

Le récit de Sylvain Runberg est d’une extrême efficacité. Même si les ressorts de l’intrigue sont classiques, il fait le job et le lecteur accroché passera un agréable moment de lecture. Le suspens est parfaitement distillé et les personnages très bien calibrés. S’inscrivant dans l’actualité, le scénario habile de l’auteur de Warship Jolly Roger, par une belle pirouette (ici, les extrémistes sont catholiques ; il en existe aussi réellement) qui séduit. Le lecteur pourra même se sentir embarqué dans une histoire digne d’un jeu vidéo. Les personnages sont aussi bien campés et la folie extrémiste de Yun Shao est attirante.

La partie graphique confiée à Louis est d’une belle qualité et très efficace. Son trait d’une belle modernité permet au récit d’être d’une grande fluidité.

  • Drones, tome 2/2 : Post-trauma
  • Scénariste : Sylvain Runberg
  • Dessinateur : Louis
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 13,99€
  • Parution : 1er avril 2016

Résumé de l’éditeur : La guerre fait rage. Louise la vit depuis son poste de pilotage de drone, ce qui lui laisse le temps de gérer les disputes familiales et d’aller chercher ses enfants à l’école ; tandis que Yun Shao est au coeur du conflit, à affronter un robot. Mais la dépouille d’un soldat mort au combat vient rappeler à Louise que la guerre n’est pas le jeu vidéo auquel elle croyait jouer, à l’abri depuis son QG de Stockholm…

Huck Finn

Notre avis : Tout le monde connait Huckleberry Finn – le héros de Mark Twain, ami de Tom Sawyer – et son côté aventurier et insoumis. Olivia Vieweg transpose son histoire dans l’Allemagne contemporaine dans Huck Finn. Un projet original et passionnant !

Halle-sur-Saale en Allemagne. Huck Finn, jeune adolescent, n’aime pas trop l’école, préfère ses amis et fumer. Vrai petit dur et insoumis, il a été placé chez un femme âgée. Si cette dernière est aimante et douce, ce n’est pas réciproque. Il rêve d’ailleurs, de plaisirs et de n’avoir personne qui lui dicte ses lois. Il décide de repartir vivre chez son père, alcoolique et violent dans un cabane au fond de la forêt. Ainsi : plus de cours et oisiveté à longueur de journée. Mais son paternel le bat et l’enferme lorsqu’il part plusieurs jours d’affilée. Imaginant un stratagème, il fuit et embarque sur un radeau. Non loin de la ville, il vit sous une bâche dans un bois. Un jour, il croise Jin, jeune prostituée avec qui il décide de rejoindre Hambourg par les eaux…

Après le harcèlement scolaire dans Le retour d’Antoinette, Olivia Vieweg nous parle encore des tourments de l’adolescence dans cette belle transposition du roman de Mark Twain. Avec Huck Finn, elle brosse le très beau portrait d’un jeune garçon à la marge de la société, épris de liberté et qui ne rêve que d’un ailleurs meilleur. Désœuvré, sous la coupe d’un père autoritaire, il va faire alliance avec Jin, une jeune fille qui lui ressemble – elle aussi sous la coupe d’un proxénète et qui rêve de retrouver sa sœur à Hambourg – ce duo va connaître de drôles d’aventure et notamment une course-poursuite haletante. Ils se retrouveront même dans une famille de baba-cool, sympa mais proche d’une secte.

Ode à la liberté et à la nature, le récit de l’auteure allemande a un charme fou même si parfois il manque cette petite chose qui aurait pu en faire une histoire remarquable. Frais et surprenant, l’album est porté par une partie graphique d’une belle modernité où les paysages urbains comme naturels sont admirablement restitués.

  • Huck Finn
  • Auteure : Olivia Vieweg
  • Editeur : Glénat, collection 1000 feuilles
  • Prix : 19.50€
  • Parution : 09 mars 2016

Résumé de l’éditeur : À Halle-sur-Saale en Allemagne, Huck Finn mène une vie sauvage avec ses copains. Mais la nuit, il rentre régulièrement chez sa mère adoptive, une veuve qui s’occupe bien de lui et essaie malgré tout de le « civiliser. » Mais Finn, épris de liberté, a d’autres objectifs : il est clair qu’il ne va pas rester encore très longtemps ici…

Choc, les fantômes de Knightgrave 2

Notre avis : Choc est le redoutable et insaisissable de Tif et Tondu. Créé en 1955 dans les pages de Spirou par le scénariste Maurice Rosy et le dessinateur Will, il deviendra l’un des maîtres du crime de la bande dessinée franco-belge. Pourtant, le lecteur ne sait pas grand-chose de ce malfrat. D’où vient-il ? Quelle fut son enfance ? Pourquoi a-t-il emprunté les voies du banditisme ? Toutes ces questions trouveront des réponses dans le diptyque signé Stephan Colman et Eric Maltaite, le fils du talentueux dessinateur de la série mère. Dans le premier tome Les fantômes de Knightgrave, les deux auteurs dévoilaient les origines de Choc et levaient le voile sur le célèbre criminel affublé d’un heaume.

Le premier volume revenait dans le passé et l’enfance de Choc; dans le deuxième tome, le célèbre bandit continue son entreprise de vengeance contre ceux qui l’ont maltraité dans son enfance.

Quel auteur autre que Eric Maltaite était plus à même de créer cette série parallèle de Tif et Tondu ? Pour mener à bien cette entreprise, le fils de Will s’est adjoint les services du talentueux Stephan Colman. Adoubés par Maurice Rosy de son vivant, ils ne sont pas effrayés par le projet : connaître enfin le parcours sinueux de Choc, génie du mal et opposant farouche des deux héros (on ne les voit d’ailleurs pas dans les deux albums). Le scénariste de Billy the cat met en scène une première histoire dense, forte et teintée de suspens. Le lecteur découvre au fur et à mesure cette escalade dans la violence en reconstituant les pièces du puzzle. Le dessinateur de 421 livre une belle prestation graphique dans la veine de son père sans dénaturer son propre style.

Si le premier opus laissait de très belles perspectives quant à Choc (récit mi-joyeux mi-sombre, accrocheur et d’une belle intelligence), cette deuxième partie de Fantômes de Knightgrave déçoit. Si le dessin de Maltaite et les flash-back dans l’adolescence de l’homme casqué sont toujours aussi accrocheuses, les différentes vengeances sont moins intéressantes, pas d’une folle originalité.

  • Choc, les fantômes de Knightgrave, deuxième partie
  • Scénariste : Stephan Colman
  • Dessinateur : Eric Maltaite
  • Editeur : Dupuis
  • Prix : 16.50€
  • Parution : 08 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Choc, l’homme au heaume, continue méticuleusement de mener à bien le grand oeuvre qu’est sa vengeance, rendant chaque coup reçu dans sa jeunesse, à l’époque où il était encore le brillant et doux Eden, qu’il errait dans les rues pauvres et sales du Londres des années 1930, travaillait au service du riche Lord Essex et de son lâche de fils, comptait les jours derrière les barreaux de la prison de Blackwoods Borstal ou encore vivait de petits larcins au sein d’une bande organisée.

Versipelle, tome 1 : Hiver

Notre avis : Sigurd est un homme-loup, l’un des derniers de son espèce, il est pourchassé par des villageois qui pensent qu’il est responsable de tous leurs mots. Isabelle Bauthian et Anne-Catherine Ott dévoilent le premier volet de Versipelle, belle saga historico-fantastique chez Akileos.

Sigurd est le fils de Gunnulf, un maître-loup, loup-garou qui règne sur les canidés de cette partie nordique de l’Europe. Alors que son père a été sauvagement assassiné, l’adolescent devient alors le chef de la meute. Accusé à tord de la mort d’une femme et de ses deux filles, le jeune homme-loup décide d’aller dans le village pour s’en expliquer. Mis en garde par Randi, son amie, il fonce tout droit dans un piège : les villageois ne veulent pas l’écouter…

De son côté Harding – l’assassin de Gunnulf – tente désespérément de capter les pouvoirs de l’homme-loup en revêtant sa peau. Or aucun humain ne peut réussir cet exploit, seuls les versipelles le peuvent.

Isabelle Bauthian, scénariste notamment de Alyssa (3 volumes avec Rebecca Morse, Soleil) ou Effleurés – très beau récit d’amours adolescentes (avec Sylvain Limousi, Dargaud) -, met en scène une belle histoire fantastique où se mêlent les légendes, les combats, la peur et les vengeances. En utilisant les versipelles (lycanthropes ou homme-loup), elle décline une histoire agréable à lire (sans être d’une grande originalité, il faut dire que nombre d’auteurs se sont déjà essayés à ce genre littéraire). Mais pour Versipelle, elle le décline avec deux héros adolescents, dont l’un Sigurd, doit porter sur ses frêles épaules toute le poids de ses pairs, son histoire et tous les doutes des villageois contre ses semblables.

Le gros point fort de ce premier volume de saga est la partie graphique de Anne-Catherine Ott. Son très beau dessin d’une grande légèreté tranche avec le propos parfois sombre du récit. Cette perception  est renforcée par des couleurs claires et lumineuses. Elle restitue admirablement les paysages enneigés du nord de l’Europe mais aussi l’ambiance historique de l’histoire. Son découpage plutôt rythmé donne de l’allant notamment dans les combats ou les transformations de Sigurd en versipelle.

Les deux auteures avaient déjà travaillé ensemble sur la série Havre (trois tomes, Ankama).

  • Versipelle, tome 1/2 : Hiver
  • Scénariste : Isabelle Bauthian
  • Dessinatrice : Anne-Catherine Ott
  • Editeur : Akileos
  • Prix : 14€
  • Parution : 24 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Après avoir lâchement assassiné Gunnulf, le meneur de loups, Harding s’empare de sa peau de Versipelle et la revêt, pensant ainsi s’approprier ses facultés. Mais un simple mortel ne saurait maîtriser un tel pouvoir. Rendu fou par la transformation, Harding doit fuir le village, semant la mort sur son passage. Sigfred, fils d’Harding et d’une louve, a qui devait revenir la peau de Versipelle se lance sur les traces de l’usurpateur en compagnie de sa meute et de Randi, une jeune orpheline qui parle aux esprits de la forêt.

Gauguin, l’autre monde

Notre avis : Femmes de Tahiti, Jeune fille et garçon, Arearea ou encore Quelles nouvelles ? Toutes ces toiles ont été peintes par Paul Gauguin lorsqu’il était en Polynésie Française à la fin de sa vie. Fabrizio Dori met en scène le destin hors-norme du maître dans Gauguin, l’autre monde aux éditions Sarbacane.

Paul Gauguin, en exil à Tahiti, envoie quelques unes de ses toiles à Mette, sa femme. Il n’a plus d’argent et ces ventes pourraient l’aider. La danoise n’a aucune envie de faire cela : il est parti, à lui d’assumer. Les dernières années de sa vie sous les tropiques lui permettent aussi de faire le bilan de sa vie… Ainsi, l’on découvre ses parents et le Pérou, sous retour à Paris, la vie avec sa femme, ses enfants, ses débuts difficiles de peintre, ses maîtres Pissaro mais aussi Renoir qui pense qu’il n’a aucun talent et enfin ses années dans l’Archipel avec Teura.

Comment raconter de manière fluide et simple l’existence de peintre hors-norme en 144 pages ? Il est toujours délicat de mettre en image la biographie de personnages célèbres – souvent elles sont insipides comme la collection Les grands peintres chez Glénat – mais Fabrizio Dori réussit plutôt bien à nous accrocher à son histoire. Il faut dire qu’en mettant fortement l’accent sur les années en Polynésie de Paul Gauguin, c’est aussi plus aisé. Il navigue ainsi entre les époques, entre rêve-réalité et légendes polynésiennes.

L’auteur italien – dont c’est le premier album publié en France – décline ainsi ce beau moment, comme suspendu dans le temps, où Gauguin peint 70 toiles en quelques mois, très inspiré par ce qui l’entoure, les femmes, la faune et la flore, mais aussi son aller-retour en France et puis la fin de sa vie dans les Iles Marquises où il décèdera. Décliné en chapitre, l’album est porté par une très belle partie graphique agrémentée de formidables couleurs qui rendent admirablement l’ambiance chaleureuse de Tahiti.

  • Gauguin, l’autre monde
  • Auteur : Fabrizio Dori
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 22.50€
  • Parution : 06 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Tahiti, 1893. Dès le début du livre, nous sommes, comme Gauguin lui-même, pris par la beauté envoûtante de l’île. On plonge avec lui dans le récit d’une légende tahitienne qui intrigue et recouvre la réalité d’une patine de merveilleux. Ce roman graphique s’intéresse à la fin de vie de Gauguin, la période artistiquement parlant la plus prolifique et la plus belle de son oeuvre. L’auteur nous propose un scénario original, en juxtaposant les périodes (créant notamment des flash-backs qui renseignent sur la vie de Gauguin) et en mélangeant réalité et légendes. Le changement régulier de personnages et de décors, donne un côté imprévisible à l’ensemble qui donne envie au lecteur, sans jamais le perdre, de poursuivre sa lecture, aidé en cela par un découpage en chapitres dynamique. Et puis quel plaisir enfin, papaye sur le gâteau, d’y croiser Mallarmé, Verlaine. autres grandes figures de cette fin de siècle si féconde.

Hello Viviane

Notre avis : Viviane, une jeune traductrice chinoise, vient s’installer près de Toulouse pour y fuir sa condition de femme solitaire. Là, elle croise Nicolas qui tombe sous son charme. Hello Viviane de Golo Zhao met en scène cette belle comédie romantique aux éditions Pika.

An Weiwei, que tout le monde appelle Viviane, est traductrice. Cette jeune chinoise a déménagé à Colomiers dans la banlieue de Toulouse. Souriante, toujours de bonne humeur, elle porte pourtant en elle une mélancolie et une profonde tristesse. Tous les jours, elle attend un mail de son ex petit ami, qui semble-t-il l’a quittée. Sans le sou, elle vit de ses écrits. C’est pourquoi, elle multiplie les traductions – jusqu’à l’épuisement – pour en gagner un peu. Un soir, elle pousse la porte du restaurant Crêpe que tient Nicolas. Ce jeune homme charmant, originaire de la Bretagne, a ouvert une crêperie avec Chauve, un gentil nounours cuisinier costaud marié et père de deux enfants. Elle trouve alors en eux, cette famille qui lui manque. Dans le même temps, elle se rend à Paris pour donner en main propre sa version d’un texte à son éditrice, Lou…

Golo Zhao raconte l’existence de Viviane, cette jeune femme qu’il a croisé dans un festival vers Toulouse. En imaginant sa vie, il met en scène une très belle romance entre Nicolas, amoureux transi, Lou, femme attirée par la traductrice et Viviane, perdue, solitaire, mélancolique dont le regard est empli de tristesse. Alors qu’elle pourrait succomber à l’un ou l’autre – son charme est magnétique – elle n’a d’envie que son ancien petit ami. Qui est-elle vraiment ? Pourquoi s’est -elle installée si loin de Paris ? Le lecteur est hypnotisé par le charme de la jeune femme. D’ailleurs, l’auteur chinois de Au gré du vent (Pika) propose une fin étonnante, originale et d’une grande force émotionnelle. Entre la comédie et le drame, l’auteur de La balade de Yaya (éditions Fei) navigue avec une grande maîtrise narrative entre les deux genres.

Comme pour ses précédentes publications, Golo Zhao joue avec les transparences et les formes graphiques proches de Miyazaki pour dévoiler des planches d’une grande beauté.

  • Hello Viviane
  • Auteur : Golo Zhao
  • Editeur : Pika, collection Pika Graphic
  • Prix : 14€
  • Parution : 09 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Viviane, jeune traductrice chinoise, emménage près de Toulouse, le sourire aux lèvres mais le regard sombre. Lou, son éditrice, et Nicolas, le patron d’une brasserie, n’ont rien en commun si ce n’est l’attirance indicible qu’ils ressentent pour cette jeune Chinoise qui a débarqué dans leur vie avec pour tout bagage la mélancolie d’un amour perdu… Un soir, de passage à Paris, Viviane croit voir son fiancé et perd totalement le sens de la réalité !

Zita

Notre avis : Zita est une géante polymorphe possédant de nombreux pouvoirs. Elle navigue d’époques historiques en époques historiques. Ce beau conte est signé Sylvie Fontaine aux éditions La boîte à bulles.

Etre géante n’est pas chose facile dans le monde des humains. Zita l’apprend à ses dépens, car elle se doit de rester la plus discrète possible : ne pas dépasser deux mètres, ne pas se balader nue dans la rue et ne pas utiliser ses nombreux pouvoirs. Si ces derniers doivent être cachés, c’est encore plus compliqué car elle ne peut pas les décliner pour aider les Hommes. Surtout qu’elle aime aller d’une époque à l’autre, naviguer pour découvrir les autres et voyager. Mais le plus compliqué, c’est qu’elle a du mal à les maîtriser…

Le récit de Sylvie Fontaine est construit comme une belle fable « à la grecque ». Ce bel exercice de style déborde de poésie et d’onirisme, faisant voyager Zita d’aventure en aventure comme un héros homérique. Il faut souligner que cette histoire est un bel hymne à la féminité et aux libertés par le personnage de cette géante polymorphe attachante et surtout symbolique : difficultés de vivre en tant que femme parmi l’Humanité, délicatesse d’être hors-norme et surtout belle volonté d’aider les autres. Ainsi cette femme découvre la condition de ses semblables à travers les âges et ses sociétés inégalitaires car patriarcales.

Etonnante et d’une vraie originalité, cette histoire est portée par une partie graphique virevoltante, qui mue selon les ères historiques : tantôt à l’encre, tantôt aux crayons de couleurs, tantôt l’héroïne est faite de collage. Un graphisme singulier qui en met plein les yeux.

  • Zita
  • Auteure : Sylvie Fontaine
  • Editeur : La Boîte à bulles
  • Prix : 25€
  • Parution : 10 février 2016

Résumé de l’éditeur : Zita est une géante polymorphe dotée de multiples pouvoirs. Des capacités hors du commun qu’elle ne maîtrise d’ailleurs pas toujours et qui la précipitent parfois dans des situations problématiques ! Il faut dire que, à l’étroit dans le monde des humains, Zita ne tient pas en place… Des confins de la Création au 21 siècle, en passant par le Paris des post-impressionnistes et les Fabulous Fifties, cette fantastique géante défie le continuum espace-temps. Au fil de ses bonds, Zita traverse les époques et pose un regard à la fois espiègle et concerné sur la société des Hommes et surtout, sur la place de la Femme à travers les âges.

Geofront

Notre avis : Geofront est un monde souterrain dans lequel résident tous les exclus de la société. Parmi eux, il y a Komigida, Théo et son père qui vont vivre des aventures dans Geofront, le manga signé Reibun Ike aux éditions Taifu Comics.

Théo et son père, tueur à gages habitent un appartement dans le Geofront – un monde souterrain loin des habitants de la surface de la Terre. Pour garder le petit garçon et lui donner des cours, son père a choisi Komigida, un étudiant brillant qui ne rêve que d’une chose : continuer ses études dans une université à l’extérieur de ce monde si sombre et régit par la mafia. Il faut dire qu’il est quasiment impossible pour un habitant originaire des souterrains de trouver un travail à la surface, il faut donc terminer premier de sa faculté pour aller y vivre.

Ainsi la vie à trois commence à plaire de plus en plus au jeune garçon et son professeur particulier aussi – il gagne plutôt très bien sa vie – et le père lui fait de plus en plus confiance; le laissant souvent seul avec son fils pour aller terminer ses contrats…

Voilà un titre original et plutôt accrocheur des éditions Taifu Comics ! Les histoires courtes dévoilées par Reibun Ike sont portées par des personnages intéressants d’un point de vue psychologique : le professeur à domicile, jeune, beau, brillant, prévenant et maniaque; le fils, joyeux qui recherche une nouvelle maman et le père, tueur à gages, beau, musclé. D’ailleurs la relation entre les deux adultes est assez ambiguë, entre attirance et répulsion. Komugida est aussi attiré par Temisun, une danseuse dans bar pour prostituées. De plus, il y a même des couples gays dans le manga mais leur relation est toujours montrée d’une point de vue simple, positive et de couple – sans sexe – comme notamment Peto et son ami.

Les récits ont pour toile de fond un monde souterrain, confiné, sombre et qui semble aux mains d’hommes de la mafia. Ce huis-clos – qui ressemble à la série télévisée La Belle et la Bête (Beauty and the Beast) diffusée sur La cinq dans les années 90 – apporte aussi son lot de tensions et d’envie de liberté. La violence émaille aussi les pages de ce recueil. De belles histoires entre romance et action, teintées d’un humour appréciable.

  • Geofront
  • Auteure : Reibun Ike
  • Editeur : Taifu Comics
  • Prix : 8.99€
  • Parution : 16 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Un monde souterrain dans lequel résident tous les exclus de la société. Komugida veut quitter à tout prix les sous-sols de Geofront en s’inscrivant dans une université à la surface, mais revient finalement vivre sous terre pour travailler en tant que professeur particulier d’un jeune garçon possédant des dons de divination, du nom de Theo. Le père de ce dernier, Nagasa, est d’après lui un « tueur de la mafia » !  Une vie somme toute ordinaire pour les habitants de ces souterrains, qui tentent tant bien que mal de survivre dans un milieu hostile et exclu de la surface de la Terre.