Caste heaven

Notre avis : Une lycée est régit par un jeu de cartes. Tout en haut de la pyramide, Azusa, le roi, qui maltraite tous les autres et en bas de l’échelle, Kusakabe, souffre-douleur. Cet étrange jeu de dominant-dominé est mis en image dans Caste heaven, un manga de Chise Ogawa, aux éditions Taifu Comics.

Drôles, intrigantes et cruelles règles que celles de ce lycée japonais qui sont fondées sur la possession de cartes. Le Jeu des castes régit ainsi la hiérarchie dans les classes. Cachées dans tout l’établissement, les cartes positionnent ainsi la fonction de ces derniers. Ils sont obligés de s’y conformer jusqu’à la partie suivante. Ainsi, les classes supérieures sont composées du Roi, du valet (son bras droit), les courtisans et les flatteurs; viennent ensuite les classes moyennes avec les messagers, les prépas et les bouffons; et enfin les classes inférieures avec les geeks, les gothiques et les brains. La cible est, quant à elle, le dernier échelon, souffre-douleur. Les élèves qui ne veulent pas se plier aux règles deviendront alors des cibles.

Azusa est ce roi, il domine tout le monde, se comporte en véritable dictateur mais personne ne remet en cause son autorité. Il aime les femmes mais les jette facilement. Kusakabe est son véritable souffre-douleur et l’humilie tous les jours. Seulement, un matin, des maîtres du jeu entrent en classe et expliquent qu’une nouvelle partie va débuter. Le roi essaie de soudoyer la cible pour lui trouver la carte la plus forte. Karino, va trouver le précieux sésame, devenir le roi; Azusa devient alors la cible et donc le souffre-douleur de Karino.

Prépubliée au Japon depuis 2014 dans le magazine Be X boy Gold, des éditions Libre Shuppan, ce yaoi n’est pas une histoire romantique simple où deux hommes s’aiment. En effet, le récit de Chise Ogawa est surtout construite comme une excellente chronique sociale. L’attraction dominant-dominé est assez diffusée au pays du soleil levant. Beaucoup de films et de mangas sont basés sur cette thématique. Ici, un simple jeu de cartes fonde un régime politique qui permet tous les coups. Pour pimenter son histoire, le roi et la cible inversent leur rôle dès les premières pages. L’humiliation est psychologique mais aussi physique, voire très sexuelle. Les pages sur le viol de Azusa par Karino sont parfois très fortes et même dérangeantes. Pourtant, ce manga se lit très bien, flattant nos bas instincts. Il faut donc bien s’accrocher pour le découvrir !

  • Caste heaven, volume 1
  • Auteure : Chise Ogawa
  • Editeur : Taifu Comics
  • Prix : 8.99€
  • Parution : 21 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Le jeu des castes. Un jeu de cartes décidant de la hiérarchie des élèves de chaque classe. Azusa est le « roi », il gouverne de façon absolue, jusqu’au jour où il est trahi par un de ses camarades et se retrouve déchu au rang de « cible », autrement dit souffre-douleur. C’est alors le début du cauchemar pour lui.

Akatsuki #1

Notre avis : Une maladie fait rage ! Elle transforme tous les humains en monstres. Une seule solution pour y remédier, faire appel au Kiriishi, médecins-guerriers dont font partie Hibiki et Kirisha. Le lecteur suit leurs exploits musclés dans Akatsuki, un manga de Motoki Koide aux éditions Pika.

Série terminée en 9 volumes, Akatsuki fut prépubliée entre 2009 et 2012 au Japon dans la revue Shônen Rival (des éditions Kôdansha), ce bon shônen de Motoki Koide ravira les adeptes de ce genre de manga. De l’action, des monstres, des combats, un univers médiéval et des personnages très tranchés, tous les ingrédients sont réunis pour passer un agréable moment de lecture.

Nouveaux venus dans le cercle très fermé des Kiriishi, Hibiki et Kirisha sont coéquipiers. Lui est forte tête, fonce sans trop réfléchir, gaffeur, traumatisé pendant son enfance (comme dans tout bon shônen qui se respecte – peu d’originalité donc-) et elle, plus réfléchie, d’une grande adresse aux combats. Ils sont en bas de l’échelle de la célèbre caste de médecins-guerriers, ne leur assurant pas de quoi réellement vivre. Pour gagner un peu plus d’argent, le jeune adolescent veut multiplier les guérisons-combats même contre des monstres de haut-niveau quitte à mettre son existence en danger. En faisant revenir à la vie normale les humains, il pense monter les échelons plus vite.

Rien de bien original donc dans cette série, si ce n’est les monstres singuliers et la partie graphique d’un bonne maîtrise technique. La lecteur se fait assez facilement mais les héros ne sont pas très bien définis et manquent de singularité. Bien mais en attente de mieux dans les futures volumes.

  • Akatsuki, volumes 1 & 2
  • Auteur : Motoki Koide
  • Editeur : Pika
  • Prix : 6.95€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Hibiki et Kirisa sont deux jeunes kiriishi, des médecins-guerriers, seuls capables de vaincre les Akatsuki, des maladies infectieuses mortelles qui transforment tout être contaminé en monstre redoutable. Les kiriishi parcourent le monde afin d’aider les contaminés et de détruire les foyers d’infection d’Akatsuki ! Au fil de leurs missions, Hibiki, un garçon désinvolte, et Kirisa, une jeune fille dévouée, feront face aux pires Akatsuki dans des combats épiques qui révéleront la rage  incommensurable de Hibiki contre cette maladie et son désir de sauver tous les contaminés.

Arsène Lupin, les origines #3

Notre avis : Tout le monde connaît Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur, créé par Maurice Leblanc ou par la célèbre série télévisée avec Georges Descrières et son fameux générique interprété par Jacques Dutronc. Mais connaît-on vraiment sa jeunesse ? C’est le pari que se sont lancés Benoît Abtey, Pierre Deschodt et Christophe Gaultier dans leur nouvelle série Arsène Lupin les origines. Le trio d’auteurs a décidé de raconter l’adolescence du héros en s’inspirant librement du romancier.

Héros romanesque et populaire, Maurice Leblanc n’avait jamais réellement parlé des origines d’Arsène Lupin et c’est ce qu’ont décidé de faire Benoît Abtey et Pierre Deschodt. Et le résultat est plutôt intéressant, accrocheur, inventif et d’une grande originalité.

Dans le premier volet, le jeune adolescent de 12 ans avait été placé dans la maison de redressement parce qu’il aurait été témoin du meurtre de Théophraste Lupin, un maître de boxe-savate. Placé dans un bagne pour enfants, il tentait par tous les moyens de s’en échapper. Le Comte de La Marche décida alors de l’adopter et lui prodigua des conseils afin de se méfier de la Confrérie des Lombards, qui gouverne le monde en coulisse par le crime et l’argent mais fit aussi son éducation (cours, boxe, escrime…). Pour le moment, l’adolescent est timide, plutôt très avenant et attentionné aux autres, loin de son futur métier.

Dans ce troisième tome, Il faut mourir !, Arsène sauve son meilleur ennemi de la noyade lors d’un concours de kayak. En effet, tous les ans, le pensionnat ultra-strict et conservateur de Croix de Walhs organise des jeux pour désigner le meilleur dans les domaines sportifs. La journée du célèbre cambrioleur continue avec des exploits forts (javelot, équitation…). La dernière épreuve de boxe n’y changera rien : Arsène sera le grand vainqueur ! Mais en coulisse, La confrérie des Lombards joue des coudes et ose même tuer le père adoptif du jeune adolescent qui est alors accusé de son meurtre…

Le trait vif et quasi instinctif de Christophe Gaultier est toujours aussi agréable à l’œil. L’auteur de la meilleure adaptation en bande dessinée de Robinson Crusoé (Delcourt) livre des planches très équilibrées, agrémentées par de belles couleurs de Marie Galopin.

  • Arsène Lupin, les origines, tome 3/3 : Il faut mourir !
  • Scénaristes : Benoît Abtey et Pierre Deschodt
  • Dessinateur : Christophe Gaultier
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 13.50€
  • Parution : 06 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Tandis que la France se passionne pour les exploits du mystérieux « Prince des voleurs », les olympiades tant attendues concluent la formation de nos héros à la Croix des Walhs. Arsène y gagnera l’amour d’Athéna et de solides ennemis, qui n’hésiteront pas à le faire accuser de l’assassinat de son père adoptif. Il faudra toute la ruse du jeune homme et de ses meilleurs compagnons pour renverser le destin… et ouvrir un nouveau chapitre dans la vie d’Arsène, sous le nom de Lupin. BD tout public.

Emile et Margot #6

Notre avis : En même temps que la sortie en librairie de Anatole Latuile 9, Anne Didier et Olivier Muller dévoilaient le sixième volume de leur autre série jeunesse Emile et Margot, éditée par BD Kids.

Comme pour le troisième tome de la série dont Comixtrip vous avez déjà parlé (nommé dans la Sélection Jeunesse du Festival d’Angoulême l’année dernière), ce nouveau volume est un recueil de 14 histoires courtes. Parmi elles, il y a notamment :

  • Le marchand de trous. Le jardinier du château propose à Emile et Margot de l’aider à créer une roseraie. Pendant la sieste du vieux monsieur, le Dekoi-j’meumêle arrive et appelle le marchand de trous pour les aider…
  • Madame Grondin. Le roi et la reine, les parents des deux enfants, sont de sortie. Mademoiselle Niquelle-Crome étant en congé, c’est Madame Grondin qui vient les garder. Un calvaire…
  • Le Cupimonstre. Jour de neige mais les enfants doivent réviser leurs leçons car Monsieur Peumieufaire leur prépare un contrôle pour le lendemain. Dekoi-j’meumêle les invite à venir jouer dans la neige avec le cerf-volant…
  • Le cours de chant. Catastrophe : Emile se réveille avec une voix de chat, il ne sait plus parler. Or le cours de chant de Madame Trémolo va commencer…

Comme pour leur autre série jeunesse, le duo de scénaristes, frère et sœur, Anne Didier et Olivier Muller dévoilent des histoires plutôt réussies, pour les enfants à partir de 7 ans. Pas de grand méchant, pas de gros mots et que des happy end pour leurs récits. La grande force de ce recueil est avant tout les créatures fantastiques et sympathiques qu’ils ont imaginées. Sinon le reste est de nature plus classique. Pas de révolution donc, mais les jeunes lecteurs passent un bon moment en compagnie de Emile et Margot.

Pour les aider dans leur projet, ils ont fait appel à Olivier Deloye pour la partie graphique. Le dessinateur d’Oliver Twist (avec Loïc Dauvillier, Delcourt) poursuit sa bonne prestation sur cette série. Simple et plutôt bien abouti, son trait lui permet de réaliser de belles planches.

  • Emile et Margot, tome 6 : Ils sont partout !
  • Scénaristes : Anne Didier et Olivier Muller
  • Dessinateur: Olivier Deloye
  • Editeur : BD Kids
  • Prix : 9.95€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Vertigus, Décoiffeur, Espion-pion ou Marchand de trous… Un tas de monstres sympathiques et pleins de fantaisie pullulent autour du château, pour le plus grand bonheur d’Émile et de Margot. Mais attention à la gouvernante mademoiselle Niquelle-Crome, qui les trouve trop envahissants… Car avec elle, mieux vaut se faire discret et rester hors de portée de son balai !

Dressing

Notre avis : Après Lose, En toute simplicité et La fourmilière, les éditions Atrabile poursuivent la publication de l’œuvre de Michael DeForge avec Dressing, un recueil d’histoires courtes de l’auteur canadien.

A travers les 124 pages et 14 mini-récits, Michael DeForge déploie tout son talent dans différents styles graphiques. Parmi ces derniers, il y a :

  • Mars est mon dernier espoir. Sur un planète inconnue, trois créatures casquées se posent des questions sur leur existence. Ils décident d’aller explorer Mars, découvrent de la vie mais perdent leur langage…
  • Point com. 1998, Silicon Valley. Terry et sa petite amie imaginent adopteunesirene.com, un site autour de ces créatures fantastiques…
  • Sites web. Un jeune homme se retrouve sans le sou car ses comptes bancaires ont été interdits. Il aurait consulté des sites signalés. Cet événement va en faire découler d’autres encore plus étranges : l’usine où il travail ne l’accepte plus, les portiques de la bibliothèque sonnent dès qu’il passe…
  • Dîner de Noël. Lors du fameux repas célébrant Noël, un adolescent raconte la bagarre entre son père et son oncle et les conséquences sur ses proches…
  • Un homme contemple la mer et attendant que le poisson-charmeur sorte de l’eau. A ses côtés, une jeune femme. Ensemble, ils récupèrent le fameux poisson pour le mettre dans un bocal trônant dans le salon…

Cette belle plongée dans l’univers de Michael DeForge est un très beau voyage graphique (les histoires ont été imaginées à plusieurs époques de son existence) et scénaristique. Toujours étonnantes, intrigantes voire dérangeantes, les histoires sont d’une rare intelligence. Des lieux différents, des personnages prisonniers de leur existence, tout est singulier chez l’auteur canadien. Exigeant, l’album conviendra aux lecteurs curieux d’univers psychédéliques et originaux.

  • Dressing
  • Auteur : Michael DeForge
  • Editeur : Atrabile
  • Prix : 18€
  • Parution : 12 février 2016
  • Résumé de l’éditeur : On aurait sans doute tort de considérer Michael DeForge comme un dessinateur purement dévoué au  bizarre, un obsédé du glauque et un apôtre du malsain. Certes certes certes, le prodige canadien s’aventure souvent dans des recoins bien sombres, et n’a pas peur de jouer avec les aspects les plus monstrueux de l’être humain; mais ce qui fait que le travail de DeForge est parfois dérangeant tient moins d’une volonté superficielle de se complaire dans le «trash» que d’une certaine faculté à toucher là où ça fait mal, là où gît une vérité peu agréable à entendre. Cette vision du monde, parfois peu amène, parvient au lecteur dans une forme sans cesse renouvelée, le trait s’adaptant au sujet et aux ambitions de chaque histoire. DeForge n’est pourtant pas qu’un pur formaliste, et il faut souligner son travail sur la narration, son vrai talent d’écriture et son attachement aux mots. Toutes ces qualités, on les retrouve dans Dressing.  A l’image de certains écrivains orfèvres de la nouvelle plutôt que du roman fleuve, DeForge excelle dans les histoires dites courtes, des récits de quelques pages aux situations souvent kafkaïennes, traversés de personnages victimes des circonstances, ignorant jusqu’au bout le pourquoi de leur destin; des histoires courtes aux décors changeant – Mars, le Pôle Nord, une chambre d’hôtel, l’intérieur d’une tête, une jungle emplie d’animaux armés – mais qui disent bien plus qu’il n’y pourrait paraître toutes les blessures et les perversions de l’âme humaine.

Les Poilus # 1

Notre avis : La Bataille de Verdun en 1916 restera comme une véritable hécatombe dans les rangs des français comme des allemands. Guillaume Bouzard a décidé de donner un visage plus léger et drôle à cette période si sombre dans Les Poilus, sa nouvelle série humoristique édité par Fluide Glacial.

1914. Pierre aime Suzanne, mais leur amour vole en éclat lorsqu’il reçoit sa lettre de mobilisation pour la guerre. Alors que tous les autres soldats pensent qu’ils seront de retour rapidement, avant Noël, lui sait que cela sera beaucoup plus long. De plus, il le sait, cela sera difficile pour lui, car il est l’objet de moquerie de la part des autres. En effet, tous pensent qu’il préfère les hommes. Tout cela est ridicule compte tenu de ce qui se passe autour d’eux, dans les tranchées : les rats que l’on fait cuire, les problèmes gastriques qui les font aller toutes les cinq minutes à la feuillée ou encore les deux ennemis qui se retrouvent sur leur couchage…

Prépubliées dans Fluide Glacial, les mini-récits de Guillaume Bouzard (de 1 à 6 planches) sont décalés, sont fondés sur l’absurde (comme la guerre d’ailleurs), le cynisme et font plutôt rire. Tout ce petit monde qui se croise, vit ensemble, prend ses aises, se confie au son des grenades et des bombes qui sifflent au-dessus de leur tête. Disons-le tout net, tout ne fait pas rire dans ces pages mais donne à réfléchir et c’est mieux ainsi.

Le trait nerveux et jeté de l’auteur de Moi Bouzard ou de La bibite à bon dieu est idéal pour conter ces histoires décalées et cette ambiance historico-humoristique.

Parmi les nombreuses publications sur la Première Guerre Mondiale, celle-ci se distingue par son irrévérence (contre la guerre pas contre les soldats), son ton caustique et son cynisme et ça fait du bien ! A lire pour rire.

  • Les Poilus, tome 1 : Frisent le burn-out
  • Auteur : Guillaume Bouzard
  • Editeur : Fluide Glacial
  • Prix : 10.95€
  • Parution :17 février 2016
  • Résumé de l’éditeur : 1916-2016 : À l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun, Guillaume Bouzard plonge au cœur des tranchées pour raconter les petites histoires fantasmées et drolatiques de ces poilus qui ont fait l’Histoire. Confrontés au drame et à la boucherie de la grande guerre, ces hommes survivent et parviennent à nous faire rire en répondant à la violence des canons avec l’arme ultime : leur folie ordinaire. Généraux belliqueux et lâches, officiers acariâtres et dépassés par les évènements, soldats débrouillards et solidaires, tous ces poilus forment un monde délirant où tous les coups semblent permis. Certains jouent au rugby avec des grenades, d’autres creusent en pensant trouver le trésor des Templiers, bref, dans l’enfer de tranchées de Guillaume Bouzard, on sait aussi s’amuser…

L’heure des lames

Notre avis : Que donnerait un monde où l’on connaîtrait la date et l’heure de notre propre mort ? Scarper le sait, il ne lui reste que trois semaines avant le passage vers l’au-delà. Après l’excellentisme Don Quichotte, les éditions Warum dévoilent le nouvel album de Rob Davis, L’heure des lames, une étrange fable fantastique.

Tout d’abord, une drôle de gageure que de résumer cet album, tant il est surprenant, déroutant et qu’il part dans de nombreuses directions. Même si à sa lecture, on le sent, c’est un ouvrage singulier mais de grande qualité. On s’y essaie quand même.

Scarper Lee est un adolescent timide, quasi asocial et qui connait son Death Day (la date de sa mort) ! A savoir dans pile trois semaine. Dans ce monde parallèle, les parents de ces enfants sont des machines. Ainsi le père de Scarper est une machine à voile, gardée dans la grange de la maison et sa mère est un sèche-cheveux. Adoratrice de dieux sous forme d’objets de la cuisine, elle dort rarement avec son mari dans la dépendance. La mère de Peter, ami du jeune adolescent, est quant à elle une machine cantinière du lycée, échouée au milieu de la cour, en attente d’être remise à la déchetterie.

Alors que des couteaux tombent en masse, comme la pluie, la sonnette retentit. Scarper ouvre la porte et découvre Véra, la nouvelle lycéenne. Curieuse de tout, entreprenante comme il ne faut pas; elle va bousculer la fin de vie du jeune garçon.

L’ancien dessinateur de Daredevil et de Judge Dredd (bientôt en réédition chez Delirium !!!) propose une histoire intrigante, une œuvre exigeante d’un point de vue narratif, folle mais fabuleuse. Créateur d’un univers singulier mais très recherché, Rob Davis peut perdre rapidement son lecteur. Des machines à tout va, un vase qui parle et réfléchit pour le héros, ce n’est sûrement pas commun. Son évocation du temps qui passe (vers l’âge adulte) mais aussi le rapport que l’on devrait avoir avec la mort (l’accepter comme un passage) est d’une grande intelligence. Loin de son trait dans le formidable Don Quichotte, son dessin en noir et blanc, agrémenté de teintes de gris, convient parfaitement avec l’ambiance sombre et étrange de son récit.

A découvrir si on s’y sent prêt. Exigeant mais pas à la portée de tous les lecteurs !

  • L’heure des lames
  • Auteur : Rob Davis
  • Editeur : Warum
  • Prix : 20€
  • Parution : 10 février 2016

Résumé de l’éditeur :

Dans le monde de l’Heure des lames, les parents ne font pas d’enfants, ce sont les enfants qui fabriquent leurs parents.

Dans cet univers étonnant, il pleut des couteaux et les appareils électroménagers ont des âmes. Il n’y a pas de date d’anniversaire, mais on y connaît le jour de sa propre mort.

Scarper Lee, jeune ado asocial, n’a plus que trois semaines à vivre.

C’est alors que l’énigmatique Véra Pike, l’étrange nouvelle venue de l’école. arrive pour tenter de l’aider à changer son destin.

Animal lecteur #6

Notre avis : Le lecteur est un animal, une sorte de prédateur comme un monstre de la jungle. Avide de nouveautés, de promotions et de scoops en tout genre, il est la bête noire des libraires. Voici le sixième tome des aventures du célèbre libraire de la série Animal lecteur. Intitulé Un best-seller sinon rien, ce nouvel opus est scénarisé par Sergio Salma et mis en images par Libon.

Bernard Dolcevita, le libraire de BD Boutik doit toujours garder son self-control en toutes circonstances : entre les clients un peu bizarres, les distributeurs qui déboulent tous en même temps à la fin de l’été avec des stocks impressionnants de bandes dessinées pour la rentrée littéraire;  le libraire en voit de verte et de pas mûr. Mais il l’aime son métier formidable !

C’est avec un grand plaisir que l’on retrouve les aventures ou les mésaventures du Libraire de BD Boutik. Savoureux, les gags de Sergio Salma tombent souvent à pic. L’auteur de Nathalie met son talent de conteur humoristique au service de ce bon Bernard Dolcevita. Il se régale aussi avec les travers et les mauvaises manies des amateurs du 9e art et des clients. Les travers de cet univers sont décryptés avec un bel humour et de l’ironie. A noter qu’il use aussi d’une belle forme d’auto-dérision lorsqu’il parle des auteurs. Le trait de Libon est à la fois cruel et amusant, piquant et tout en rondeur. L’auteur de la bonne série Jacques le petit lézard géant offre ici de très belles planches (96 pages, c’est énorme !)

  • Animal lecteur, tome 6 : Un best-seller sinon rien !
  • Scénariste : Sergio Salma
  • Dessinateur : Libon
  • Editeur : Dupuis
  • Prix : 14.50€
  • Parution : 29 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Il y a le client qui arrive tout excité chez son libraire et lui réclame le nouveau Largo Winch mais qui, incapable d’attendre deux minutes que son libraire aille le chercher dans son arrière-boutique, se rue pour le commander sur Amazon ; il y a le client qui n’achète pas le tome 1 d’une nouvelle série car il attend la sortie du tome 2 qu’il n’achète pas car il attend l’intégrale du premier cycle… et qui s’étonne que la série ne trouve pas son public ; il y a le client, touriste asiatique de passage, qui veut absolument se procurer Béki Matimeuh Makjo (Blake et Mortimer, La Marque jaune…) ; il y a l’oreillette devenue indispensable pour conseiller le client vu les 5 000 nouveautés par an (« On ne peut pas tout lire… ») ; il y a l’employé à virer pour raisons économiques qui vous annonce que sa copine est enceinte et qui vous demande d’être le parrain… « Libraire de bande dessinée, c’est pas un métier, c’est une vocation, un sacerdoce ! » répètent Libon et Salma à travers 92 strips verticaux hilarants pour ceux qui ne l’avaient pas encore compris en lisant les cinq précédents tomes. Un ouvrage à conseiller à tous ceux qui veulent en savoir plus sur le métier de libraire spécialisé en bande dessinée… ou à tous ceux qui aiment juste rigoler en lisant une bonne BD !

Enola et les animaux extraordinaires #2

Notre avis : Enola est une jeune fille exceptionnelle. Elle exerce un drôle de métier : vétérinaire pour les animaux de contes et légendes. Après une première aventure, La gargouille qui partait en vadrouille, où elle venait en aide à une statue malicieuse placée en haut de l’église d’un petit village, pour ce deuxième volet La licorne qui dépassait les bornes, elle doit affronter cet animal magique qui devient agressif. Cette série jeunesse proposée par les éditions La gouttière est scénarisée par Joris Chamblain et mise en image par Lucile Thibaudier.

Piotr, Sven et Sylvia se prélassent dans la rivière à côté de chez eux, mais les trois amis sont surpris par une licorne furieuse. En effet, après une petite chamaillerie, Piotr bouscule la jeune adolescente qui dépasse les limites du royaumes des créatures fantastiques.

De retour le soir au village, le père de la jeune fille est en colère : il veut se venger de la licorne et décide d’aller se frotter à elle. C’est à ce moment-là, que Sylvia part chercher de l’aide auprès de Enola, la célèbre vétérinaire pour animaux extraordinaires. Une mission délicate pour la fille aux cheveux violets…

Après l’excellent série Les carnets de Cerise (avec Aurélie Neyret, quatre tomes chez Soleil), Joris Chamblain imagine un univers merveilleux et fantastique pour les enfants Enola et les animaux extraordinaires. Pour ce deuxième tome, le jeune lecteur entre rapidement dans le vif du sujet.  Teinté d’un bel humour, le récit est rythmé et le jeune lectorat (dès 8 ans) passera un agréable moment de lecture-plaisir. Nous décelons tout le potentiel de ce monde imaginaire et de son héroïne ; la série devrait plaire et avancer dans des directions originales.

Pour accompagner son scénario, Joris Chamblain a fait appel à Lucile Thibaudier, auteur de Sorcières Sorcières (Kennes éditions, 2014). Son trait tout en rondeur est d’une grande douceur et ses couleurs apportent beaucoup de chaleur au récit. Ses planches composées de grandes cases sans cadre (jusqu’à 5 vignettes maximum) permettent d’observer tout son talent. Une jeune auteure à suivre !

  • Enola et les animaux extraordinaires, tome 2 : La licorne qui dépassait les bornes
  • Scénariste : Joris Chamblain
  • Dessinatrice : Lucile Thibaudier
  • Editeur : La Gouttière
  • Prix : 10.70€
  • Parution : 05 février 2016

Résumé de l’éditeur : Une licorne, animal réputé doux et timide, attaque des enfants qui se baignaient. Les parents des enfants envisagent d’attaquer les animaux et d’entrer sur leur territoire, protégé par un pacte ancien. Enola, avertie par un des enfants, se rend immédiatement avec Maneki sur les lieux et décide de partir à la recherche du troupeau de licornes, avant que le pire n’arrive…

Clifton #22

Notre avis : Après huit ans de sommeil, le Colonel Clifton est de retour dans une nouvelle aventure éditée par Le Lombard. Clifton et les gauchers contrariés, le vingt-deuxième volume est signé Zidrou et Turk dont c’est le grand retour sur la série.

Série créée en 1959 dans le Journal Tintin par Raymond Macherot (Trois volumes : Les enquêtes de Clifton, Clifton à New York et Clifton et les espions, édités entre 1961 et 1965), d’une merveilleuse manière (réédités chez Nifle en 2003); c’est Turk et De Groot qui font accélérer les publications (après un intermède de Jo-El Azara) de 1973 à 1984. C’est ensuite une passation qui s’opère entre De Groot et Bédu après l’arrêt du dessinateur de Robin Dubois (6 volumes dont 2 albums crédités seul pour Bédu). Par la suite, Michel Rodrigue reprend le dessin sur des scénario de De Groot de retour aux manettes mais la série s’essouffle et les histoires sont très en deçà de celles citées ci-dessus.

Pour ce nouvelle album, Zidrou retrouve le dessinateur Turk et le lecteur sent alors que cela fonctionne plutôt bien. Malgré une ambiance légèrement surannée, on prend beaucoup de plaisir à la lecture. C’est fou, un brin décalé, amusant et mâtiné d’un peu de suspens. Tout ce qu’on aime !

Harold Wilberforce Clifton, retraité du MI-5 et fin limier, n’est pas dans un bon jour. Négligé, sa maison en désordre, il déprime ! Il faut dire que Miss Partridge, sa femme de ménage, est partie pour servir le lord-maire de Londres. Surtout que dans le même temps, un phénomène étrange se déroule dans la capitale britannique : les voitures se déportent vers la droite sans réelle cause…

By Jove ! C’est très bon, c’est réussi ! Quant à la partie graphique, le dessinateur né en 1947, Turk (Philippe Liégeois) nous fait plaisir. Nous avons l’impression de ne pas l’avoir quitté. Il y a de l’humour dans son trait (les mimiques de Clifton, un régal) et l’on retrouve les nombreux chats cabots dans le coin des cases. Un autre album, vite !

  • Clifton, tome 22 : Les gauchers contrariés
  • Scénariste : Zidrou
  • Dessinateur : Turk
  • Editeur : Le Lombard
  • Prix : 10.60€
  • Parution : 05 février 2016

Résumé de l’éditeur : Scandale au Royaume-Uni : des conducteurs mystérieusement déboussolés conduisent de plus en plus souvent à droite, comme de vulgaires Français, et multiplient les accidents de la route. Un complot est à l’oeuvre, et seul le Colonel Clifton semble être en mesure de le dévoiler. Le grand retour du plus british des détectives de la bande dessinée !

Moi, je – intégrale

Notre avis : Pour leurs 11 ans les éditions Warum-Vraoum rééditent Moi, je de Aude Picault sous la forme d’une intégrale reprenant les dessins des ses deux carnets : Moi, je et Moi, je et caetera.

Dans cette intégrale, Aude Picault met en scène son double (est-ce que toutes les situations lui sont arrivées ?) : une étudiante dans son quotidien. Sa vie estudiantine, ses doutes concernant son travail d’illustratrice, son ennui, sa vie parfois trop calme, son physique, son rapport aux hommes, sa vie sentimentale au plus bas mais aussi ses joies, ses peines et ses amis. D’ailleurs, le seul lieu où elle se sente en phase, en paix et protégée, c’est son appartement; ce cocon lorsque rien ne va.

A travers ses 360 pages, l’auteure de la série Famille Pirate (avec Fabrice Parme, Dargaud) ou encore de Parenthèse Patagone (Dargaud) réussit à nous faire rire de situations bénignes de la vie quotidienne, mais pas à chaque fois. Parfois, son trait simple et lisible nous fait toucher le moment si délicat du passage de l’étudiante à la femme adulte.

  • Moi, je – intégrale
  • Auteure : Aude Picault
  • Editeur : Warum
  • Prix : 15€
  • Parution : 20 janvier 2016

Résumé de l’éditeur :  « Moi je » raconte le quotidien d’une jeune étudiante un peu délurée, un peu torturée, parfois avinée, qui retrace les années d’études de l’auteur, portrait d’une époque où toutes peuvent se reconnaître. « Moi je et caetera » raconte la plongée dans la vraie vie d’adulte : trouver du travail, choisir sa voix, se lancer dans une grande histoire… Bref, se lancer dans la vie quand on ne peut plus tergiverser.

 

Les Godillots #4

Notre avis : Les éditions Bamboo publient la quatrième aventure des Godillots, de Olier et Marko, intitulée Le tourniquet de l’enfer. Dans ce nouvel opus, Palette, Bourru et Serpolet pataugent dans la gadoue du Tourniquet lors de la Première Guerre Mondiale.

Parmi les nombreuses publications commémorant le Centenaire du début de la Première Guerre Mondiale, Les Godillots ont pour cœur de cible le jeune lectorat. Cette très bonne série jeunesse repose sur un bon scénario d’Olier qui mise avant tout sur l’action et l’aventure. Alors que dans le premier tome, l’intrigue se déroulait dans les tranchées, que le deuxième volet mettait en scène les trois héros sur les chemins du Nord de la France à la recherche d’eau potable et que la troisième aventure se déroule dans les airs, le nouvel opus lui a pour cadre le fameux Tourniquet, un lieu proche de Verdun en 1916.

Le jeune lecteur retrouve Palette, le Bourru et Serpolet sur le chemin du retour de Paris. Essayant d’entrer dans une grange pour dormir, ils croisent le chemin du Capitaine Doumenc, responsable de l’organisation automobile. Le propriétaire mécontent menace les trois soldats et tire même sur le dernier nommé. Pourtant, étrangement, aucun signe de blessure ! Quelques jours plus tard, sur le fameux théâtre des opérations, le jeune soldat saute sur une mine mais cette fois-ci, il est vraiment blessé…

Le trait humoristique de Marko est d’une belle lisibilité et rend parfaitement l’ambiance parfois cocasse du récit. Une belle réussite pour cette série familiale autour de la Grande Guerre.

  • Les Godillots, tome 4 : Le tourniquet de l’enfer
  • Scénariste : Olier
  • Dessinateur : Marko
  • Editeur : Bamboo
  • Prix : 13.50€
  • Parution : 03 février 2016

Résumé de l’éditeur : Février 1916. Les Godillots pataugent dans la gadoue du «tourniquet» qui mène à la bataille. Chacun gère au mieux sa peur. Sauf un, celui qu’on appelle «Serpolet», qui garde un calme étonnant. Avec Palette et le Bourru, il est chargé de porter un message en début de colonne. Mais un accident chamboule la mission : Serpolet est blessé. Perdu, prenant conscience des dangers qui l’entourent, Serpolet s’enfuit droit devant lui. Il entraîne Palette et le Bourru dans une poursuite délirante vers la tête du Tourniquet où ronronne le grondement de l’Enfer.