La petite patrie

Notre avis : Quartier populaire de Montréal, La petite patrie est un très beau lieu de métissage et de vie extraordinaire. Normand Grégoire, accompagné aux dessins par Julie Rocheleau, adapte librement le roman autobiographique éponyme de Claude Jasmin publié en 1972, succès immense en librairie. Cette version dessinée est éditée par La Pastèque.

1939, Montréal, La petite patrie. Les mères au foyer sont affolées; elles viennent d’apprendre le début de la Seconde Guerre Mondiale. Loin de ces considérations d’adultes, Claude et ses amis continuent de jouer comme si de rien n’était. Leur vie, elle se résume au restaurant tenu par le père du jeune garçon, le vendeur ambulant de légumes ou M. Chung, le blanchisseur qu’ils charrient, mais aussi les après-midis jeux chez Dédé le millionnaire qui a une mère très belle. C’est aussi le début des premiers émois amoureux ou du vin de messe bu en cachette.

L’adaptation du roman par Normand Grégoire est une très belle chronique sociale du Canada des années 30. Il faut souligner que l’écrit du romancier est idéal pour brosser le portrait de ce lieu formidable qu’est La petite patrie. Endroit des plus grandes joies et des grandes peines des enfants, la vie est plutôt douce alors qu’un grand événement se déroule à des milliers de kilomètres de là, en Europe. L’histoire transpire de nostalgie, un temps révolu mais important pour Claude Jasmin. Les bagarres, les blagues et les premières baisers, le lecteur ressent cette belle naïveté, loin des préoccupations des adultes.

La très grande force de l’album réside dans sa partie graphique portée par une Julie Rocheleau au sommet de son art. La jeune dessinatrice (La fille invisible ou La colère de Fantômas dont Comixtrip avait dit le plus grand bien) propose des planches dans un style reconnaissable entre tous. Son trait audacieux et  d’une belle lisibilité est agrémenté de teintes vertes et rouges du plus grand effet.

  • La petite patrie
  • Scénariste : Normand Grégoire, d’après le roman de Claude Jasmin
  • Dessinatrice : Julie Rocheleau
  • Editeur : La Pastèque
  • Prix : 21€
  • Sortie : 03 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Publié en 1972, La petite patrie de Claude Jasmin est un roman autobiographique québécois qui a connu un vif succès. Chronique d’un quartier populaire de Montréal, il nous offre le regard d’un enfant de huit ans sur le monde qui l’entoure à l’aube des années 40 : la guerre, la religion, les jeux de ruelles, l’amour et la mort… Julie Rocheleau et Normand Grégoire nous offre une adaption du populaire roman de Claude Jasmin, un livre qui nous rappelle notre enfance et l’insouciance qui s’y rattache.

Détectives #5 Frédérick Abstraight

Notre avis : Dès les premiers titres de la série Détectives Miss Crumble (dessiné par Guinebaut) et Richard Monroe (dessiné par Sure), le lecteur savait qu’il avait affaire à une formidable saga policière de grande qualité. Pour ce cinquième volet, Frédérick Abstraight A cat in the barrel, Herik Hanna, accompagné aux dessins par Julien Motteler, poursuit dans l’excellence à travers le retour en force de son personnage principal, ex-enquêteur devenu alcoolique.

L’inspecteur McGill vient rencontrer Frédérick Abstraight pour lui proposer une mission de haute-volée : retrouver le chat de M. Chester, célèbre fabriquant d’armes. Cynique, l’ex-inspecteur accepte bon gré mal gré. Il faut dire que le vieil homme était le plus fin limier de Londres, résolvant toutes les affaires les plus compliquées du pays. Son seul échec : l’affaire de l’Egorgeur de Greenhill, s’attirant les foudres de l’opinion et de son meilleur ami, Bannister, le super-juge. Rejeté par son ex-copain et les Anglais, il sombre alors dans l’alcool et la drogue.

Pour aller enquêter sur le kidnapping félin, il emprunte le British Express où il croise son ancien camarade de jeu, le juge. Mais après le dîner, des coups de feu retentissent, Bannister est mort…

Quel grand plaisir le lecteur éprouve à la découverte de ce nouvel opus de Détectives. Il faut souligner que Herik Hanna met en scène à chaque nouveau tome, une personnalité forte et c’est encore le cas ici avec Abstraight, anglais flegmatique, cynique et pince sans rire. D’ailleurs, il transpire de l’album un humour so british décapant, et c’est ce qui en fait son grand charme. il imagine une intrigue forte, à tiroirs, dans un style polars noirs anglais, comme ceux d’Arthur Conan Doyle. Bel hommage au Crime de l’Orient Express de Agatha Christie, cette histoire ravira les amateurs du genre. D’ailleurs le huis-clos imposé par le train instille un très beau climat de thriller.

Le tout est porté par une très belle partie graphique de Julien Motteler dont le trait semi-réaliste anguleux est idéal pour restituer l’ambiance policière et angoissante du récit. Ses cadrages serrés sur les visages sont extrêmement réussis.

  • Détectives, tome 5 : Frédérik Abstraight, A cat in the barrel
  • Scénariste : Herik Hanna
  • Dessinateur : Julien Motteler
  • Editeur : Delcourt, collection Conquistador
  • Prix : 14.95€
  • Sortie : 20 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Suite à son échec face à l’Égorgeur de Greenhill, l’ancien inspecteur Frédérick Abstraight n’est plus que l’ombre de lui-même. Parce qu’il est devenu un embarras pour ses anciens supérieurs, ces derniers décident de l’éloigner de Londres quelque temps. Dès lors, Abstraight se retrouve bloqué dans un train, stoppé en chemin par une avalanche. Le détective ignore encore que parmi les passagers, un meurtrier est également piégé avec lui.

L’univers à peu près

Notre avis : Didier Tronchet aime l’absurde et le décalage. Il le prouve de nouveau avec L’univers à peu près, un « petit précis de culture approximative », un petit essai, très bel exercice de style autour des mots de la vie, édité par Les Echappés.

Né en 1958, Didier Tronchet est un auteur de bande dessinée complet (scénariste, dessinateur et coloriste) de talent. Diplômé de l’Ecole de Journalisme en 1980, il débute sa carrière d’auteur en 1984 avec Raymond Calbuth. Il imagine ensuite Jean-Claude Tergal ou Raoul Fulgurex. Ces histoires humoristiques paraissent dans Fluide Glacial, dont il deviendra le Rédacteur en chef en 2007-2008. En parallèle, il met en scène des albums moins drôles comme Le quartier évanoui ou encore L’homme qui ne disait jamais non (avec Olivier Balez, Futuropolis).

Lauréat de 3 Prix de l’humour au Festival d’Angoulême, il manie avec une grande dextérité le cynisme et l’humour noir. C’est encore le cas dans L’univers à peu près. Auteur de 8 romans et textes (Le fils du yéti ou Vertiges à Quito), Didier Tronchet propose une belle pépite amusante, entre réalité et poésie, le tout avec un humour ravageur.

Composé comme un abécédaire dans le désordre, ce petit imprécis de culture approximative, il décline sa vision d’un mot : de la vérité sur la disparition des dinosaures à la pensée poétique, en passant par le petit orteil, les tongs et la paresse, les icebergs et la partie immergée, les conquistadors et la langue espagnole, les femmes battues, les testicules qui ne servent à rien, le sexe féminin, la fabrication des crêpes, le drôle d’engin qu’est le pédalo, la résistance du poulpe, les pantoufles qui glissent, l’imposture de l’accent grave ou l’athéisme.

  • L’univers à peu près
  • Auteur : Didier Tronchet
  • Editeur : Les échappés
  • Prix : 13.90€
  • Sortie : 03 mars 2016

Résumé de l’éditeur : « Tentons d’avoir une connaissance “de l’Univers à peu près”, car c’est lui laisser ainsi toute latitude de nous surprendre encore.
Il est urgent de former les générations futures à l’approximation. De vagues cours magistraux seront donnés par des professeurs traversés de doutes lumineux, merveilleusement hésitants. Les étudiants auront tous le diplôme (à peu près), et la mention “connaissances approximatives” sera la plus recherchée.
Le XXe siècle a vu les effets du rationalisme poussé à l’extrême : taylorisme, Shoah, économie libérale, rigueur financière.
Le XXIe sera approximatif ou ne sera pas. En gros. »
Au fil de ces 200 92100 chroniques sur des sujets aussi graves que les tongs, le pique-nique, les testicules, le gaz de chips ou les miroirs déformants, Didier Tronchet se plaît à déloger nos certitudes les plus endurcies et ne recule devant aucun raccourci saisissant pour redonner à l’Univers tout son sens : celui de l’humour.

Avec la sauce à part

Notre avis : Sous-titré Les aventures d’une régimeuse, Avec la sauce à part est un petit carnet de bord humoristique de Astrid M, le temps de sa volonté de perdre du poids, aux éditions Marabulles.

Auteure du blog à son nom, Le blog d’une gribouilleuse de maman mais pas seulement, Astrid M (La vie trépidante de Brigitte Tornade avec Camille Kolher, Vents d’Ouest; ou encore Avant on était deux, Marabulles) se met en scène alors qu’elle décide de maigrir. Mère de deux jeunes filles, en couple avec un homme sympathique, la blogueuse décrit tous les états qu’elle travers lors de ce moment si particulier.

D’une belle fraîcheur et plutôt amusant – ce qui est souvent rare dans ce style de bande dessinée – elle réussit son projet d’une belle manière. De son enfance – bébé et fillette – elle était déjà grosse, à l’âge de l’adolescence où elle galère, elle introduit son album par ces quelques pages cinglantes. D’ailleurs elle ne s’épargne rien et joue d’une très belle autodérision. Elle décline aussi les différents régimes qui ne fonctionnent pas : milksake, médecin nutritionniste (riz-oeufs), ananas, hypocalor, psychologue ou encore permis à points, les bilans sont désastreux : les quelques kilos s’envolent mais elle reprend plus que ce qu’elle perdu.

Avec la sauce à part ! : un album à offrir à toutes les personnes qui veulent tenter un régime. Pour sourire, pour rire.

  • Avec la sauce à part !
  • Auteure : Astrid M
  • Editeur : Marabulles
  • Prix : 14.95€
  • Sortie : 24 février 2016

Résumé de l’éditeur : Arrêt de la cigarette, stress au boulot, maternité, toutes les raisons sont bonnes pour se laisser aller ! Mais après tous les régimes successifs qu’elle a suivis, Astrid M. fait le décompte de tous les kilos… gagnés ! Et cette fois-ci, elle prend la décision de VRAIMENT s’y mettre. Accompagnée d’un médecin totalement exubérant, mais sympathique et déculpabilisant, suivez-là jour après jour dans sa vie quotidienne de mère, épouse, amie confrontées à toutes les tentations, comme cet l’affreux Magnum au chocolat blanc planqué dans le congélateur qui l’appelle discrètement…

Topaze #1

Notre avis : Les éditions Grand Angle (Bamboo) mettent à l’honneur Marcel Pagnol à travers trois adaptations en bande dessinée de textes majeurs du romancier provençal. Avec Merlusse (de A. Dan), elles proposent aussi La gloire de mon père (Serge Scotto et Eric Stoffel et mise en image par Morgann Tanco) et Topaze, la déclinaison dessinée du célèbre texte édité pour la première fois en 1928, adapté par Serge Scotto et Eric Stoffel au scénario et Eric Hübsch aux pinceaux.

Est-ce vraiment utile que de résumer l’histoire tant elle est connue de tous, adaptée au cinéma par Marcel Pagnol, lui-même en 1951 avec Fernandel dans le rôle titre. Cette adaptation sera celle la plus diffusée à la télévision. La première représentation de cette pièce de théâtre eut lieu en 1928 au Théâtre des Variétés avec notamment André Lefaur.

Dans ce premier volume du diptyque, le duo de scénaristes s’attardent sur le début du roman et notamment Topaze, adorable, crédule et sincère professeur de morale dans un pensionnat. Le lecteur découvre ainsi son métier, qu’il affectionne par dessus tout, la fille de Monsieur Muche – le directeur de l’institut privé – dont l’instituteur est amoureux et qui lui vaut son licenciement, les leçons gratuites qu’il professe à des élèves laborieux ou les cours de morale grandiloquentes. La deuxième partie de l’album revient sur l’après-pensionnat, la tristesse de Topaze après son renvoi et son recrutement par un politicien véreux en tant que secrétaire particulier.

La partie graphique de Eric Hübsch est idéale pour restituer l’ambiance de folie et l’humour permanent de l’album. Le trait humoristique de dessinateur du Chant d’Excalibur (Soleil) d’une belle qualité – c’est rare dans ce style d’album qu’il faut le souligner – est plaisant. Les cadrages serrés sur les visages sont aboutis et lui permettent de dévoiler toute la gamme des expressions des protagonistes.

Un dossier de 5 pages écrits par Scotto et Stoffel est adossé à l’album avec notamment de formidables photographies du film avec Fernandel, qui donnent un cachet de plus à cette adaptation dessinée.

  • Topaze, tome 1/2
  • Scénaristes : Serge Scotto et Eric Stoffel, d’après la pièce de Marcel Pagnol
  • Dessianteur : Eric Hüsch
  • Editeur : Grand Angle
  • Prix : 15.90€
  • Sortie : 02 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Naïf et sincère, Topaze est professeur de morale dans un pensionnat dirigé par Monsieur Muche, dont le principal souci est de ne pas déplaire aux riches parents de ses élèves. Or, c’est précisément la faute que commet Topaze en refusant de mettre une bonne note à un élève qui ne l’a pas méritée. Apprenant par mégarde que Topaze souhaite épouser sa fille, Muche, furieux, le licencie. Congédié, le professeur trouve une place de secrétaire auprès d’un homme politique à la moralité douteuse. Topaze se retrouve entraîné dans des affaires louches, bien loin des leçons de morale qu’il enseignait à ses élèves.

Peanut butter, le journal de Molly Fredrickson

Notre avis : Molly, lycéenne délurée, aime donner à manger à ses conquêtes – hommes comme femmes – du beurre de cacahuète qu’elle s’étale sur le corps. Cornnell Clarke livre les récits initiatiques de cette jeune fille dans Peanut Butter, le journal de Molly Fredrickson, aux éditions Dynamite.

Tous les jours, Molly note dans son journal intime ce qui lui arrive dans son existence et notamment sa première expérience homosexuelle avec son amie Erica. Elle décrit sans filtre ses ébats et ce qui fait sa marque de fabrique : le fameux beurre de cacahuète. Dans l’après-midi, le copain de son amie arrive et c’est le début d’une partie de sexe mais cette fois-ci à trois.

Elle décrit aussi toutes ses expériences folles au lycée, un institut catholique très strict mais qui lui permet de batifoler avec ses camarades filles mais aussi avec les garçons ou encore les plans à plusieurs avec ses voisins beaucoup plus âgés.

Né en 1972, Cornnell Clarke s’est spécialisé dans l’écriture d’œuvres pour adultes tels Short big apple, Sizzle ou Peanut Butter Presents: Les Confessions de Soeur Jacqueline – une suite à l’album qui nous concerne. L’originalité de Peanut Butter réside dans le style narratif utilisé, à savoir : le journal d’une jeune lycéenne. Ainsi, cela permet à l’héroïne une sorte de distance et donc une petite analyse de ce qui lui arrive. Il faut donc souligner la partie textuelle, les dialogues mais surtout récitatifs très nombreux qui prennent un peu de place sur le dessin (ils sont imprimés sous forme de calque afin de deviner le reste de la vignette).

L’album de 48 pages est composé de 4 chapitres courts qui permettent de découvrir une partie graphique de l’auteur plutôt réussie. Si les poses classiques sont un brin figées, les scènes d’ébats sont plus vivantes.

Dans le même temps, les éditions Dynamite proposent la réédition du deuxième volume de Hôtel Con-d’or de Jack-Henry Hopper, paru en 1990 chez CAP.

  • Peanut Butter, le journal de Molly Fredrickson, volume 1
  • Auteur : Cornnell Clarke
  • Editeur : Dynamite
  • Prix : 8€
  • Sortie : 18 février 2016

Résumé de l’éditeur : Molly, lycéenne dans un institut catholique américain, livre le récit de ses initiations délurées, de découvertes bisexuelles en plans à trois. Se jouant des nonnes qui la surveillent jusque dans les toilettes du lycée, lieu de toutes les débauches, Molly entraîne ses camarades dans ses délires nymphomanes. Même soeur Jacqueline, la plus sévère des enseignantes, finit par être dépravée dans une scène d’orgie mémorable. Sans oublier, bien sûr, ce fameux beurre de cacahuète («peanut butter») que Molly donne à manger à ses conquêtes, après se l’être étalé où vous imaginez.

Histoire décolorée

Notre avis : Encore une très belle découverte grâce à Misma ! Amandine Meyer et son Histoire décolorée, fascinante, élégante, troublante, décalée, psychédélique et … en un mot : formidable !

Comment résumer cet album muet ? Alors là, pas facile. On s’y essaie néanmoins en disant que ces petites histoires ont pour point commun les relations entre des filles et des garçons, qui parfois jouent, parfois se chamaillent et parfois s’aiment.

Originaire de Metz, Amandine Meyer a été diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art de Metz. Elle débute son travail d’illustratrice dans de nombreux fanzines collectifs à partir de 2004. Anton et Lotti, son premier ouvrage publié en 2012. Elle développe son talent dans les albums jeunesse comme Les bretzels d’Alicette ou Albert au pays du munster.

Dans Histoire décolorée, elle trouble son lectorat par des mini-récits entre réalité et fantasme, entre joie et tristesse, le tout souvent teinté d’un fantastique chatoyant et exubérant. C’est étrange, déconcertant mais il faut faire l’effort pour goûter ce voyage paradisiaque et enchanteur.

Le trait mue au gré des pages, agrémenté de couleurs très tranchées pour porter cet onirisme attirant et singulier.

Pour découvrir l’univers coloré de Amandine Meyer, vous pouvez parcourir son blog : http://www.amandinemeyer.com/

  • Histoire décolorée
  • Auteure : Amandine Meyer
  • Editeur : Misma
  • Prix : 16€
  • Sortie : 13 février 2016

Résumé de l’éditeur : Am, Stram, gram, pic et pic et colégram… Toutes les histoires d’Amandine Meyer pourraient commencer comme une comptine enfantine. Des garçons et des filles qui font la ronde, jouent à cache-cache, s’attrapent et fabriquent des couronnes de fleurs… Ils vivent loin des adultes, sur une île paradisiaque à la flore luxuriante, dans un monde onirique rempli de gentils animaux. Mais en s’enfonçant plus profondément dans cette jungle, on s’aperçoit que cet univers est loin d’être doux comme un agneau. Les enfants, sans visage, ont les yeux bandés pour ne pas affronter la réalité. Ils s’égratignent, se tirent les cheveux, se noient et tombent des arbres. L’innocence fait place au silence coupable. Les plantes se couvrent d’épines, elles envahissent le moindre espace, l’atmosphère devient asphyxiante et tout ce microcosme improvisé fond et dégouline comme neige au soleil.

Anguilles démoniaques #1

Notre avis : Karami, homme colossal, a contracté de nombreuses dettes de jeu. Pour s’en sortir, il doit « travailler » pour le compte de Chawaki et effectuer des tâches pas très légales. Les aventures de cet être singulier sont contées dans le très bon manga de Yusuke Ochiai et Yû Takada, Anguilles démoniaques, édité par Komikku.

Acculé par les dettes à des usuriers véreux, Masaru Kurami n’a plus qu’une chose à faire : se suicider. Pourtant ce colosse aux pieds d’argile est sauvé par Chawaki, le patron d’une étrange entreprise. Pour effacer ses ardoises, il doit effectuer des « travaux » particuliers : extorsions de fond, transport de marchandises illicites ou aller récupérer les « loyers » de gens endettés.

Celui qui est pourtant plutôt timide, naïf et gentil doit changer de personnalité afin d’effrayer les clients : raser ses cheveux et ses sourcils, porter des lunettes de soleil ou se vêtir d’un costume sombre; toute la panoplie du mafieux. Avec cette nouvelle mine patibulaire, il peut alors partir chercher un container chez un éleveur d’anguilles. Pour cela, il doit le récupérer sans poser de question. Son compagnon d’infortune, Tomita, veut alors doubler son patron…

Prépublié dans la revue Young King au Japon à partir de 2014, Anguilles démoniaques est un très bon seinen. Le récit de Yû Takada, plutôt classique au départ, glisse rapidement dans un suspens lourd proche du thriller. En situant son histoire dans le milieu mafieux des yakuzas, il imprime de l’action forte à son manga et une ambiance très sombre. Haletant et surprenant, il  happe le lecteur dès les premières pages, notamment par la personnalité de Kurami, extrêmement bien cernée. Prévu en triptyque, ce premier volume est plus qu’une mise en place d’intrigue, puisque rapidement le lecteur est plongée dans cet univers angoissant de la mafia.

Comme avec Moon Shadow dont Comixtrip vous a parlé, la partie graphique de Yusuke Ochiai est très réussie. Précis et fouillé, son dessin est idéal pour restituer  le côté sombre du récit. Les expressions du visage et des yeux de Kurami sont impressionnantes de vérité. En appliquant des hachures sur ses personnages, il amplifie très bien leurs émotions.

  • Anguilles démoniaques, volume 1
  • Scénariste : Yû Takada
  • Dessinateur : Yusuke Ochiai
  • Editeur : Komikku
  • Prix : 8.50€
  • Sortie : 11 février 2016

Résumé de l’éditeur : Masaru Kurami est criblé de dettes. Le seul moyen de s’en sortir : un job illégal pour le compte de Mr Chiwaki à la tête d’un empire criminel. Chargé de récupérer les dettes des autres ne sera pas bien difficile pour Masaru, cet homme imposant au visage presque effrayant. Mais le jour où il se verra confier une mission bien étrange, tout basculera dans sa vie qu’il voulait simple et tranquille. Il devra transporter une mystérieuse cargaison de 60 kg dans une ferme d’élevage d’anguilles sans en connaitre le contenu. Mais que contient-elle ? Panique, ambiance oppressante, suspense épouvantable et peur seront au rendez-vous de ce sublime Thriller !

Private secretary #1

Notre avis : Jusqu’où aller lorsque l’on veut obtenir un travail ? Quelles relations doit-on avoir avec son patron ? Ce sont les questions que se pose Ai quand elle accepte le travail de secrétaire dans l’entreprise de Takara dans le premier volume de Private secretary, un manga de Aya Oda, aux éditions Soleil manga.

Depuis que sont entreprise a coulé, Ai Fukumoto est désespéramment à la recherche d’un travail. Cinq tentatives se sont soldées par des échecs. Pourtant, à la sixième, elle est embauchée en tant que secrétaire dans la boîte de Takara Umenishi.  Heureuse, elle est même tombée amoureuse de son nouveau patron, qui lui a fait tout de suite des avances dès l’entretien. Emoustillée par ce moment de pré-embauche, elle en a oublié ce qu’il lui a dit. A savoir qu’elle devienne sa bonne à tout faire. En plus de son travail de secrétaire, elle devra ranger et même nettoyer les bureau sans rien demander de plus. Le vrai visage de Takara est alors mis en lumière : il agit comme un véritable sadique…

Prépublié dans le magazine Petit Comic au Japon en 2013, Private secretary est un jôsei déroutant. Il faut souligner que cette histoire (prévue en deux tomes) signée Aya Oda met en avant ce que l’on connait déjà souvent dans les récits japonais : l’humiliation et le sadisme. Cette fois-ci, c’est le patron, tout puissant, qui peut prendre une jeune femme comme souffre-douleur. D’ailleurs, il n’hésite pas à profiter de son consentement forcé pour lui faire faire d’étranges choses. La thématique attirance-répulsion permet de jouer sur l’opposition et les situations paradoxales. Sans être d’une folle originalité ni de révolutionner le genre, ce manga plaira aux jeunes femmes dont c’est le cœur de cible.

  • Private secretary, volume 1/2
  • Auteure : Aya Oda
  • Editeur : Soleil Manga
  • Prix : 6.99€
  • Parution : 10 février 2016

Résumé de l’éditeur : Ai Fukumoto na quune idée en tête : devenir la meilleure secrétaire du Japon ! Mais jusquici, tous ses emplois se sont soldés par un échec et elle désespère de trouver le job de ses rêves. Elle finit tout de même par se faire embaucher par un fameux fournisseur de kimonos. Pleine de bonne volonté, elle perd rapidement ses illusions face à son jeune patron, Takara Umenishi, qui nhésite pas à profiter de son dévouement.

Candide de Voltaire illustré par Wolinski

Notre avis : Candide était le livre de chevet de Georges Wolinski et il était normal qu’il en illustre une version publiée par Les éditions du Chêne.

C’est en 1994 que parait Candide de Voltaire illustré par Wolinski, que les éditions du Chêne rééditent pour commémorer la disparition de l’auteur pendant les attentats de Charlie en janvier 2015. Ainsi le Grand Prix de la ville d’Angoulême en 2005 met son talent au service de ce texte paru en janvier 1759 à Genève. Grand succès (20 rééditions du vivant de l’auteur), ce conte philosophique est connu des lycéens depuis de nombreuses décennies. Avec malice, cette version compte des additions du Docteur Ralph, pseudonyme de Voltaire pour éviter la censure pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Cette satyre politique, chronique sociale féroce et pamphlet contre l’optimisme leibnizien ne pouvait que plaire à ce cher Wolinski. En effet, le texte est un hymne à la vie, à la douceur et à la bonne chair a séduit le dessinateur de presse qui a fait de cette philosophie, sa ligne de conduite et de vie. Il réinterprète ainsi ce conte philosophique à sa manière, entre le côté sombre (Candide qui marche dans des rues en ruine, l’exécution du Biscayen, le viol par des soldats…) mais aussi les scènes plus coquines voire parfois érotiques (Candide et Cunégonde, des femmes et des singes…).

Une belle façon de (re)découvrir le fameux texte de Voltaire !

  • Candide de Voltaire, illustré par Wolinski
  • Auteur : Georges Wolinski, d’après Voltaire
  • Editeur : Le Chêne
  • Prix : 14.90€
  • Parution : 04 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Quoi de plus évident de réunir dans un même ouvrage le texte de l’un des plus fervents défenseurs des droits de l’homme au xviiie siècle et les dessins de Georges Wolinski, cet artiste qui entendait défendre la liberté au péril de sa vie ? Le célèbre dessinateur propose ici de remettre au goût du jour l’un des plus grands succès littéraire français du siècle des Lumières, en posant sur Candide un regard à la fois brutal et tendre, violent et passionné, innocent et cynique.

Heidi

Notre avis : Histoire devenue culte grâce à la série animée diffusée sur TF1 à partir de 1978, puis sur Antenne 2 et France 5, Heidi connait une adaptation en manga par les éditions nobi nobi !

Publié pour la première fois en 1880 par Johanna Spyri, auteure suisse, Heidi conte les aventures charmantes et bucoliques d’une petite fille orpheline qui vient habiter chez Tobias, son grand-père dans les alpages suisses, dans le canton des Grisons, au dessus de la ville de Maienfeld. Au milieu des animaux et de la chaleur humaine de son papi, elle se fait sa place dans ce lieu parfois rude de la montagne, surtout que le vieil homme vit en solitaire dans une cabane, fâché des hommes. Elle croise Peter, le petit chevrier qui deviendra son ami. Mais un jour, sa tante vient la chercher pour aller habiter à Francfort en Allemagne. Là-bas, elle doit tenir compagnie à Clara, jeune fille paralysée et en fauteuil. Après de nombreuses tensions, Heidi retrouve ses alpages et son grand-père.

Dans ce manga, l’histoire de Heidi est fidèlement adaptée. Le lecteur retrouve tous les moments importants du roman, véritable best-seller  : l’arrivée de la petite fille emmenée par sa tante, la rencontre avec Peter, celle tendue avec son grand-père, l’installation dans le chalet, les chèvres en été, la neige en hiver, la grand-mère aveugle de Peter, le voyage vers Francfort, la tante acariâtre et la douce Clara.

Une belle initiative de la part de la petite maison d’édition nobi nobi ! que de faire découvrir l’un des plus célèbres récits de la littérature enfantine à la nouvelle génération. Simple mais très fort émotionnellement, le récit ravira les plus jeunes lecteurs. Même si la partie graphique de Gyugo Yamada n’est pas révolutionnaire, il permet de passer un excellent moment de plaisir.

  • Heidi
  • Auteur : Gyugo Yamada, d’après le roman de Johanna Spyri
  • Editeur : nobi nobi !
  • Prix : 8.75€
  • Parution : 11 février 2016

Résumé de l’éditeur : Heidi est une fillette qui vit dans les Alpes auprès de son grand-père. Douce et généreuse, elle fait le bonheur de ceux qui l’entourent. Pour elle, chaque jour est une aventure merveilleuse entre le pré, les chèvres, Peter et la luge en hiver ! Mais un jour, sa tante Dete revient la chercher pour l’emmener à Francfort afin de tenir compagnie à Clara, la fille d’un riche homme d’affaires. C’est le début d’une nouvelle amitié et de grands changements pour Heidi ! À quel point la jolie enfant et son attachement à ses chères montagnes vont-ils modifier les vies de chacun ?

Fou d’amour, Wolinski

Notre avis : Les éditions du Cherche Midi poursuivent la publications des ouvrages de Georges Wolinski. Après sept recueils de dessins, elles proposent Fou d’amour.

Disparu dans les Attentats de Charlie, le 7 janvier 2015, Wolinski aimait les femmes, toutes les femmes mais par dessus tout la sienne, Maryse. Née en 1943 à Alger, elle devient journaliste et écrivain à la fin des années 60. C’est au Journal du Dimanche qu’elle rencontre celui qui deviendra son mari. C’est : « un jour de juillet 1971 » qu’elle l’épouse dans un petit village de Normandie « accompagné de deux témoins engagés sur place » comme elle le raconte dans la préface de cet ouvrage. Dès lors, ils ne se séparent jamais et filent le parfait amour durant les 44 ans de leur vie en commun.

Pour Fou d’amour, aidée de sa fille Elsa et leur éditeur, Maryse choisit soigneusement les dessins qui compose le recueil. Il faut dire que Wolinski dessinait tous les jours et qu’il multipliait les illustrations. Malgré la sieste quotidienne, il promenait ses crayons sur ses feuilles frénétiquement. Ainsi, comme le souligne la journaliste : « Ses très nombreux carnets de croquis fourmillent de silhouettes féminines, des lianes comme des « bien en chair », vêtues de jeans retroussés ou de jupes balançant sur leurs mollets. Des petites, des grandes, des jeunes et des moins jeunes, caricaturées mais jamais ridicules ».

Grâce à son trait léger et aérien, les amateurs de son œuvre retrouveront son avatar graphique et Maryse souvent allongés dans leur lit devisant, mais aussi des illustres anonymes (comme vous et moi) parlant d’amour, de sexe… de la vie; le tout avec un humour intelligent, sans une once de méchanceté, sans tourner au ridicule ces êtres de papier. Il aimait les femmes, il aimait les êtres humains tout simplement. Il y a encore dans les tiroirs de Maryse et Elise des tonnes de dessins, de quoi poursuivre la publication de l’œuvre de Wolinski. Pour notre plus grand bonheur.

  • Fou d’amour
  • Auteur : Georges Wolinski
  • Editeur : Cherche Midi
  • Prix : 13.80€
  • Parution : 18 février 2016

Résumé de l’éditeur : Ce fou d’amour, ce fou des femmes, comme l’écrit Maryse Wolinski dans sa préface, vouait un culte infini à la femme.
On retrouve dans ces dessins – pour la plupart inédits – son trait incisif, son humour qui lui permettait de dissimuler sa délicatesse d’amoureux perpétuel. Wolinski n’est jamais aussi drôle que lorsqu’il parle d’amour. Et on n’a pas fini de rire avec lui ! Les femmes vont adorer son livre. Les hommes aussi.