C’est la première fois qu’une exposition d’envergure autour de la science-fiction est visible en France, et c’est à la Cité BD d’Angoulême. Depuis janvier et jusqu’au 16 novembre 2025, le lieu culturel public ouvre ses portes à plus de 150 artistes internationaux comme Moebius, Druillet, Bilal, Mézières, Lloyd, Gibbons, Schuiten, Vatine, Larcenet, Murawiec ou Bablet.

Cinquante ans de science-fiction
La Cité internationale de la bande dessinée et de l’image a vu les choses en grand : 400 m² et 150 autrices et auteurs internationaux de science-fiction ! Une sublime rétrospective des cinquante dernières années de ce genre passé par la littérature, le cinéma, les séries télévisées et donc le 9e art.
Par l’entremise de Lloyd (comme David, le dessinateur de V pour Vendetta ?) Cherry et Julie Sicault-Maillé, les deux commissaires d’exposition, les visiteurs déambulent à travers des trésors inestimables de la bande dessinée de science-fiction. Le travail fut colossal tant le genre a été plus que traité dans les mondes du 9e art. Trouver des liens entre les auteurices, choisir des thématiques mais aussi prendre la décision de choisir telle ou telle œuvre, cela n’a pas dû être simple.

Valérian & Laureline de Mézières et Christin
Pour cela, les co-commissaires et le conseil scientifique de la Cité BD ont eu recours à des prêts de collections. Et pas n’importe lesquels. En premier lieu ceux de MEL Compagnie des arts (Michel-Edouard Leclerc, ndlr) qui possède le fonds le plus impressionnant dans ce genre littéraire comme montré lors de l’accrochage de l’exposition C’est arrivé demain à Poitiers en 2017. On ajoute ceux des galeries Daniel Maghen, Barbier et Huberty & Breyne. Sans oublier le fonds Enki Bilal et quelques prêts privés ou d’auteurices. Tout cela concourt à la rareté et donc à l’émerveillement du public devant les planches.

Une superbe scénographie
Pour mettre en valeur les planches sélectionnées, il faut donc un travail fin de collaboration avec un ou une scénographe. Ici, il a été confié à L’atelier Mathilde Meignan. Une excellente idée tant les espaces ont été pensés avec intelligence.

Valérian et Lauréline de Christin et Mézières
Que dire des couleurs flashy et des jolies lumières du dernier couloir présentant la nouvelle génération d’auteurices parlant de science-fiction ou du sas d’entrée avec les planches de Valérian & Laureline de Jean-Claude Mézières, Joseph Gillain, Jean-Claude Forest ou Gos. Une excellente entrée en matière pour mettre en valeur les pionniers du genre.

Des sources de la SF contemporaine…
Autour du magazine Métal Hurlant, qui fête ses cinquante ans en 2025, Lloyd Cherry et Julie Sicault-Maillé ont choisi les maîtres de la science-fiction pour ce début de déambulation.
Moebius – la référence mondiale – Philippe Druillet et ses immenses planches, une toile du Transperceneige signée Jean-Marc Rochette ou encore Alef-Thau de Jodorowsky et Arno sont ici visibles. Alejandro, dont d’autres œuvres parsèment l’exposition.

Philippe Druillet
Et dire que la série Valérian & Laureline a été créée en 1967, soit 10 ans avant le premier film Star Wars de George Lucas. Les similitudes étant plus que visibles entre les deux, sans que jamais le réalisateur expose publiquement son influence sur la licence cinématographique ! Sans parler des œuvres de Moebius, de Druillet et de Caza connues outre-Atlantique.

Aquablue de Cailleteau et Vatine
… À la série B de Delcourt…
Poursuivons notre visite de l’exposition par un espace réservé au label Série B des éditions Delcourt. Dès 1995, Olivier Vatine et Fred Blanchard lancent cette collection connue des amateurs (ou non) de science-fiction. Le genre est alors populaire.

Aquablue de Cailleteau et Vatine
On y découvre un superbe dessin original d’Aquablue, la merveilleuse série de Cailleteau et Vatine (encore des emprunts cinématographiques de James Cameron pour Avatar). Mais également des planches de Malfin (Golden City), Gess, Ogaki et Bajram.

… en passant par un voyage dans les étoiles
Quand on parle de science-fiction, on pense également à l’espace et aux voyages dans les étoiles. Alex Alice embarque les visiteurs dans son Château des étoiles avec ses superbes planches à l’aquarelle et ses maquettes.

Denis Bajram
En grand, imposant, des planches de Universal War One, une série de Denis Bajram qui révolutionna le space-opera à la française. Sillage de JD Morvan et Buchet ou les séries de Léo (Betelgeuse, Aldebaran…), présentées en majesté. L’exposition y ajoute le Cycle de Cyan de Bourgeon, Orbital de Runberg et Pellé, La caste de Méta-barons de Juan Gimenez et Jodorowsky ou encore Aama & Lupus de Frederik Peeters.

Les cités obscures de Peeters et Schuiten
Les villes du futur et l’apocalypse
Après avoir visité l’espace, il faut se poser. Les cités du futur ouvrent leurs portes. Les plus célèbres sont, sans conteste, les Cités obscures, la série culte et splendide de Benoît Peeters et François Schuiten.

Non loin, des planches du Convoyeur (Armand et Roulot), de The End (Zep), des 3 fantômes de Tesla (Bec et Marazano), de Bolchoï Arena (Boulet et Aseyn) ou de la fantastique série La brigade chimérique (Lehman, Colin et Gess).

Les eaux de Mortelune d’Adamov et Cothias
Mais parfois, ces cités subissent de plein fouet l’apocalypse. Un genre prisé des artistes de science-fiction. Les séries plus anciennes – Neige de Convard et Gine, Les eaux de Mortelune de Cothias et Adamov – sont rejointes par des plus récentes comme Negalyod, un hommage à Moebius de Vincent Perriot, Inexistences de Bec, NeoForest de Duval et Scoffoni, Celestia de Manuele Fior.

Soon & UOS de Cadène et Adam
Le visiteur s’arrêtera volontiers devant les planches de Soon & UOS de Benjamin Adam et Thomas Cadène et celles du Reste du monde de Jean-Christophe Chauzy. Sans oublier, un photomaton pour découvrir les planches de La route, l’adaptation du roman de Mccarthy par Larcenet, Eisner Award 2025 de la meilleure adaptation.

Le reste du monde de Chauzy
Des comics…

Watchmen de Moore et Gibbons
Si l’on regrettera qu’il n’y ait pas de planches de manga (un oubli ? Des droits compliqués à obtenir ?), les visiteurs de l’exposition peuvent néanmoins admirer des planches de comics de science-fiction dans un joli interlude. V pour Vendetta & Watchmen et The Nice House on the Lake de James Tynion IV et Álvaro Martínez Bueno entourent Les guerres de Lucas, album français de Laurent Hopman et Renaud Roche.

Charly de Magda
Plus loin, Capitaine Flam de Runberg et Tallone, Préférence système de Bienvenu, Léonard 2 Vinci de Levallois, Yojimbot de Repos, Le dernier Atlas de Vehlmann, de Bonneval, Blanchard et Tanquerelle et Charly de Magda (l’une des rares autrices francophones de SF avec Montellier, Claveloux, Murawiec, Holleville, Blumen, Jamar, Mangin…)

Enki Bilal
Bien évidemment, dans cet espace, on ne peut pas oublier deux immenses références : Thorgal de Van Hamme et Rosinski, et Enki Bilal (Bug, Partie de chasse, la trilogie Nikopol…).

… À la New Generation

Astra Nova de Blumen
Le long couloir plongé dans une lumière rose-rouge termine le voyage en science-fiction. Ici, la nouvelle génération se sublime avec entre autres : Elizabeth Holleville, Léa Murawiec, Max de Radiguès, Guillaume Singelin, Yoann Kavege, Quentin Rigaud, Lisa Blumen, Aurélien Maury et Mathieu Bablet qui a signé l’affiche de l’exposition.

Carbone et Silicium de Bablet
À côté de certaines œuvres, des QRCode permettent d’écouter des podcasts et émissions de France Culture autour d’auteurices.

Silent Jenny de Bablet
Un autre bémol. Alors que l’exposition a été inaugurée fin janvier, il reste de nombreuses erreurs et coquilles dans certains cartouches explicatifs qui auraient méritées d’être corrigées.

Les étapes de l’affiche de l’exposition de Bablet
Cette exposition sur la science-fiction mérite grandement d’aller la visiter. Elle recèle de nombreux trésors – planches et illustrations – que l’on ne voit pas tous les jours accrochés. C’est dans le très bel écrin du musée de la bande dessinée d’Angoulême et c’est jusqu’à mi-novembre de cette année.
Renseignements complémentaires
Plus loin. La nouvelle science-fiction
Le Musée de la bande dessinée
Quai de la Charente
16000 Angoulême
du 30 janvier au 16 novembre 2026
- Commissaires d’exposition : Lloyd Cherry et Julie Sicault-Maillé
- Scénographie : L’atelier de Mathilde Meignan
Informations : le site de la Cité BD
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
En savoir