Chroniques de 1982 : Les tuniques bleues tome 19 – Le David

Enfant, quand je me rendais chez mon oncle et ma tante, au milieu des vignes, j’avais un rituel particulier. Je me rendais dans la chambre de ma cousine, me dirigeais vers un mur en soupente. Je n’avais pas l’armoire magique de Narnia, j’avais un placard magique vers la Belgique. Car sous la tapisserie se cachait la réserve de bandes dessinées de mon oncle. J’ouvrais les portes, mes yeux brillaient et je m’installais pour de longues heures de lecture au sein du catalogue Dupuis. Les tuniques bleues occupaient une bonne place dans cette collection.
C’est ainsi que j’ai découvert Le David, 19e tome de la série de Raoul Cauvin et Willy Lambil.

Les tuniques bleues tome 19 : Blutch, Cornélius, David, un trio marin et marrant

Pour rappel, voici de quoi ça cause : Les Nordistes mènent un blocus naval sur les côtes de la Caroline du Sud. Mais au large de Charleston, les bateaux nordistes commencent à exploser sans raison apparente. Le président Lincoln fait envoyer deux espions dans la ville pour tenter de découvrir quelle arme secrète s’y cache. Évidemment, Chesterfield et Blutch sont les deux espions en question…

Non, les Tuniques Bleues, ce ne sont pas juste des gags

Des Tuniques Bleues, on retient évidemment la dimension comique : les charges immodérées de Stark (non, pas Tony, l’autre), la lâcheté de Blutch face au combat, la servilité de Chesterfield… Mais moi, ce qui me marque à l’époque, notamment avec cet album, c’est la dimension historique.

Comme Goscinny avant lui avec Lucky Luke, Cauvin s’appuie sur des éléments réels pour construire ses premières aventures en Guerre de Sécession. Des faits marquants et surprenants. Mais peu connus, puisque nous enseignons mal cet événement historique, dans la scolarité française.

Les tuniques bleues tome 19 : Le steampunk se cache aussi dans la réalité

Ici, c’est donc l’apparition des premiers sous-marins dans la guerre moderne qui est le cœur de l’intrigue. Il y a presque une dimension steampunk, science-fiction, dans ce moment précis. Une technologie mystérieuse, novatrice, qui pourrait changer le cours de la guerre. Et ça, ça me faisait vibrer enfant.

Plus de trente ans plus tard, l’effet joue encore pleinement. J’avais bien entendu oublié les détails du récit. Je n’avais en tête que la nature du mystère, dévoilée dès la couverture. On n’a vu plus gros divulgâchage. Mais la mission d’espionnage, la découverte du secret et toutes les péripéties liées, forment un excellent vecteur pour avancer dans l’intrigue. Evidemment, nous sommes dans une série humoristique. Le plan est assez ridicule, mais on peut féliciter Cauvin de ne pas ridiculiser trop ses protagonistes. Blutch et Chesterfield seront découverts et seront ainsi encore plus en difficulté qu’ils ne l’étaient au départ de la mission.

Les quiproquos et les hasards, c’est pratique

Évidemment, de nombreux hasards bienvenus permettent aux héros de s’en sortir. La crédibilité de l’aventure n’est pas ce qui est recherché. Ce qui compte, c’est de favoriser l’effet comique et les gimmicks de la série. Blutch réussit sa mission et aurait dû être libéré de ses obligations militaires. Mais évidemment, un quiproquo final l’oblige à rester dans l’armée… Mais c’est aussi cela qu’on aimait, en lisant les aventures des Tuniques Bleues.

Les tuniques bleues tome 19 : que dire du dessin de Willy Lambil alors ?

Vous noterez la petite touche passée. Car avec tout le respect dû aux auteurs passés sur la licence, je ne cache pas une grosse fatigue sur la série. Willy Lambil accuse son âge et depuis Requiem pour un bleu, ses gimmicks me lassent.
Ici, Lambil est en pleine possession de ses moyens, en pleine force de l’âge. Son dessin est solide, en pleine maîtrise. Le contrôle de ses outils est exemplaire. Son trait est souple et plein pour ses personnages, ferme et droit pour ses décors. L’artiste va encore pouvoir maturer quelques albums (pour ma part je place cela à Les cousins d’en face, en 1985, mais la chose se discute) mais en l’état, c’est le design iconique de Lambil que nous avons dans cet album.

La bonne et la mauvaise nostalgie

Voilà, ce voyage en enfance s’arrête donc ici. Cela a été un vrai plaisir de retrouver une série que j’affectionne. Oui, la nostalgie a pleinement joué, mais pas pour les mauvaises raisons. Pas pour suivre aveuglément une série complètement dépassée. Mais pour apprécier ce pour quoi elle a marqué les esprits, ce pour quoi elle est devenue culte, dans le milieu de la BD franco-belge. Cauvin et Lambil ont aimé produire de la bande dessinée d’aventure comique et pendant plusieurs dizaines d’albums, ils ont su le faire avec talent et constance. Merci à eux.  

PS : À noter que j’ai fait cette lecture sur un exemplaire d’origine et donc en album souple et non pas cartonné.  À cette époque, le cartonné n’était pas disponible en première édition…

Rendez-vous la semaine prochaine pour une nouvelle chronique BD de 1982 !

Article posté le dimanche 04 janvier 2026 par Yaneck Chareyre

  • Titre : Les tuniques bleues tome 19 – Le David
  • Scénariste : Raoul Cauvin
  • Dessinateur : Willy Lambil
  • Éditeur : Dupuis
  • Date de publication : avril 1982
  • Prix : 12€95
  • ISBN : 9782800108766

résumé éditeur : Le gros, c’est Cornélius Chesterfield, sergent zélé et discipliné de l’armée du Nord des Etats-Unis. Le petit, c’est Blutch, un malin râleur et désabusé qui ne rêve que de déserter. Pris dans les affres de la Guerre de Sécession, ces deux-là font ce qu’ils peuvent pour échapper aux ennuis que leur valent des chefs bornés, des ordres aberrants et un destin décidément contraire… À travers des histoires pleines de rire et d’action, Lambil et Cauvin nous offrent une critique acerbe des absurdités de la guerre et du militarisme obtus.

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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