Bone

Les éditions Michel Lafon publient Bone, l’adaptation en bande dessinée du roman de George Chesbro, signée Roger Seiter et Frédéric Pontarolo.

A travers 128 pages, le duo d’auteurs Seiter/Pontarolo nous emporte avec une grande aisance dans un polar à suspense. La lecture est plaisante et accrocheuse. Il faut souligner que le scénariste sait y faire pour tenir en haleine son lectorat. L’auteur de Trou de mémoire (avec Pascal Regnauld) et Seule contre la loi (avec Vincent Wagner) a su aspiré tout le sel du roman de George Chesbro pour en décliner un très bon album.

Vendu à plus de 50.000 exemplaires, le roman de l’auteur américain est un polar/thriller d’une redoutable efficacité. Il nous plonge dans les bas-fonds de New-York dans les pas d’un tueur en série. Les lecteurs suivent Bone, un sans-abri ayant perdu la mémoire (un thème cher à Seiter). Il est découvert, hagard, dans un parc de la ville, un fémur à la main.

Après une semaine de coma et une grosse pneumonie, Bone se réveille dans un hôpital. Les médecins l’examinent sous toutes les coutures. Un lieutenant de police l’interroge sur des corps décapités. Il s’avère que l’amnésique possède de grandes connaissances et une large culture. Qui est-il ? A-t-il des liens avec le serial killer ?

Si Roger Seiter fait un bon travail, que dire du dessin de Frédéric Pontarolo ? Il est beau et d’une grande justesse. Son trait semi-réaliste anguleux est idéal pour apporter son lot de suspense au récit. Ses couleurs sont magnifiques.

  • Bone
  • Scénariste : Roger Seiter, d’après le roman de George Chesbro
  • Dessinateur : Frédéric Pontarolo
  • Éditeur : Michel Lafon
  • Prix : 20 €
  • Parution : 28 mai 2020
  • ISBN : 9782749942742

Résumé de l’éditeur : Qui est Bone ? Un parmi les milliers de sans-abri qui hantent les rues de New York ? D’où vient le fémur humain qu’il tient dans la main ? De quel enfer revient-il ? Qu’y-a-t’il vu pour perdre la parole et la mémoire ? Pourquoi son apparition dans Manhattan semble-t-elle être à l’origine d’une série de meurtres sanglants ? Est-il le tueur maniaque qui décapite les clochards pendant la nuit ? Un thriller émouvant, qui est aussi un véritable cri d’alarme sur une société qui laisse mourir quotidiennement de faim et de froid ses membres les plus démunis. Un polar social puissant dans les bas-fonds de New York !

 

Mauvaise herbe #1

Passées les magnifiques premières pages en couleur où se dessinent un chat et deux personnages aux regards perdus ou accusateurs – qui nous seront présentés plus tard – c’est la très jeune Honoka qui nous fait entrer dans le « Teen Reflexology Hello Sunrise« . Les propositions qu’elle donne au lecteur ou plutôt à son « client » contrastent violemment aux suppléments évoqués sur l’écriteau voisin. Bien que l’établissement se protège par un simple écrit de pratiques sexuelles interdites, Mauvaise Herbe débute avec Honoka, adolescente prostituée dans une maison close.

Il faudra une descente de police pour qu’Honoka n’ait pas à donner son corps cette fois. Ni elle, ni les autres filles mineures aux réactions mitigées face à cette arrivée surprise des forces de l’ordre. Entre celles animées par la honte et d’autres plutôt furieuses qu’on leur enlève leur « travail », elles finiront par rentrer toutes dans leur foyer. L’une d’entre elles attire soudainement l’attention du lieutenant sur place Hajime Yamada. En prenant sa carte étudiante à la photo ancienne, sa réaction spontanée nous fait penser qu’il connaît ce visage. On comprendra vite pourquoi il lui est si familier.

Shiori Umino, à peine seize ans, reste là, impassible, le visage aussi figé que sur sa photo d’identité. Aucune émotion ne se dégage à travers ses yeux. Si ce n’est une certaine fatalité. Comme si elle ne devait rendre de compte à personne. D’ailleurs, bien que sa mère eut été prévenue, elle ne viendra pas la chercher au commissariat. Une collègue du lieutenant finira par la ramener chez elle. C’est alors que sortira le premier mot de sa bouche quand sa mère lui ordonnera de s’excuser face à l’agent de police : « Pardon ».

Encore troublé par cette rencontre, Hajime Yamada divulgue rapidement la raison pour laquelle Shiori l’a subitement ramené quelques années en arrière. La ressemblance avec sa propre fille disparue dans un tragique accident est saisissante. Hajime, qui ne s’est jamais vraiment remis de ce drame, va tout faire pour venir en aide à Shiori dont la détresse est à son paroxysme.

Mais pour cela, il faudra qu’il gagne sa confiance…

Si un seul mot devait définir l’ambiance de ce premier tome de Mauvaise herbe, la solitude sortirait aisément du lot. Que ce soit au travers de Shiori ou d’Hajime en passant par la mère de la jeune fille ou de ce chaton, chaque personnage traduit une terrible fracture sociale. Comme s’ils n’existaient pas, comme si chacun d’entre eux errait dans une société où prime le chacun pour soi.

Seul Yamada donne l’espoir d’un retour à l’empathie en prêtant cette attention particulière à Hajime.

Quelle sensibilité que nous offre là Keigo Shinzô ! On connaissait déjà le talent artistique du mangaka japonais avec son surprenant et drôle l’Auto-école du collège MoriyamaAvec Mauvaise herbe, il dépeint des tranches de vie plus sombres voire dénonciatrices de la société nippone. Tellement de passages dans ce premier volume relatent une ambiance pesante qu’on a envie de respirer un bon coup à la dernière page. Mais surtout, on a envie que le réconfort et l’entraide s’invitent au prochain tome.

Avec son dessin fluide, ses visages marquants et ses scènes aussi violentes physiquement que psychologiquement, Shinzô nous emmène dans son monde avec une salve d’émotions Il suffit de découvrir les premières planches et de se laisser emporter.

  • Mauvaise herbe #1
  • Scénariste : Keigo Shinzô
  • Dessinateur : Keigo Shinzô
  • Traduction : Aurélien Estager
  • Éditeur : Le Lézard Noir
  • Prix : 13,00 €
  • Parution :  16 janvier 2020
  • ISBN : 978-2353481644

Résumé de l’éditeur : Au cours d’une descente de police dans une maison close miteuse maquillée en salon de massage, le lieutenant Yamada rencontre Shiori, une lycéenne fugueuse qui lui rappelle sa propre fille aujourd’hui décédée. À peine raccompagnée chez elle par la police, Shiori disparaît de nouveau, fuyant les coups de sa mère abusive. Yamada part à sa recherche, mais la jeune fille désemparée trouve refuge chez un inconnu à la bienveillance plus qu’équivoque.

À travers ce drame abordant de nombreuses questions contemporaines, Keigo Shinzô explore la face sombre et sordide de la société japonaise contemporaine.

Kiroho

Passeur d’âme, le professeur Charles est appelé en renfort par le maire d’une commune car il a peur qu’un Kiroho ne hante sa ville. Rémi Guérin et Brunowaro dévoilent Kiroho, un album édité par Ankama.

Le professeur Charles est un passeur d’âme. Il tente de remettre dans le droit chemin les Kirohos, des esprits coincés entre notre monde et le portail de la renaissance. Il est l’un des rares à les voir. C’est pourquoi, on fait souvent appel à lui pour les traquer.

Ce jour-là, le maire de Bois-sur-mer vient lui demander son aide. Des marins de l’Amaru ont tous disparu. Charles sent que des Kihiros peuvent alors errer dans la ville. Accompagné de Lise, son assistante, le professeur débarque dans la station balnéaire avec tous ses accessoires…

Habitué des séries à succès et de grande valeur (City Hall, Booksterz), Rémi Guérin imagine une belle histoire d’esprits vagabonds coincés entre la Terre et l’au-delà. Dans des colères noires car ils ne peuvent pas rejoindre le portail de la renaissance, ils prennent des formes différentes et terrorisent les vivants. Les personnages sont bien campés. Les relations entre Lise et Charles sont ambiguës mais prometteuses.

Si le récit est engageant, classique mais bien mené, la partie graphique nous convainc beaucoup moins. Brunowaro a débuté sa carrière d’illustrateur dans l’animation et le jeu vidéo. Il a notamment travaillé sur la série Wakfu et le film Dofus. Kiroho est sa première bande dessinée. Le parti-pris du dessinateur était un vrai hommage aux séries animées des années 1980, notamment le Sherlock Holmes de Miyazaki. Cela aurait pu être intéressant mais ses cadrages (souvent trop larges), sa mise en scène (les personnages sont noyés dans certaines cases) et les postures de ses personnages trop figées, sont mal à propos. Dommage car la rondeur de son trait, ses couleurs bien senties et ses créatures, sont réussis. Restent quelques planches agréables.

L’univers étant assez riche, une deuxième histoire – voire une série – peut être envisagée. En gommant ses erreurs graphiques, Kiroho peut se développer et devenir intéressant.

  • Kiroho, tome 1 : Les disparus de Bois-sur-Mer
  • Scénariste : Rémi Guérin
  • Dessinateur : Brunowaro
  • Éditeur : Ankama
  • Prix : 13.90 €
  • Parution : 27 mars 2020
  • ISBN : 9791033511465

 

 

La couleur tombée du ciel

Après le succès des montagnes hallucinées  et de Dans l’abîme du temps qui a remporté le prix de la série 2020 à Angoulème, Gou Tanabe continue ses adaptations des chefs-d’oeuvre de H.P. Lovecraft avec La couleur tombée du ciel  toujours éditée chez Ki-oon.

Un projet de barrage va mettre sous l’eau toute une vallée américaine. Le responsable du projet est chargé d’effectuer les derniers relevés dans cette vallée maudite et désertée. Plus personne n’ose vivre ici. Plus personne sauf Mr Pierce le dernier habitant de cette zone où rien ne pousse et où le sol est orné d’une fine poussière de cendre grise.

Étrangement Mr Pierce se réjouit que cette vallée et que son habitation soient englouties à jamais par les eaux. Il commence alors à raconter l’histoire de cette terre et de cette mystérieuse météorite.

Un jour.. une mystérieuse météorite s’abat sur ce secteur où vivent les Pierce et les Gardner. Cette nouvelle génère une grande effervescence dans cette zone généralement calme. De nombreux scientifiques s’y précipitent et mènent des analyses mais au bout de plusieurs jours, la météorite implose…

Que s’est-il passé? Et que va-t-il se passer?

A partir de ce jour, la faune et la flore commencent à s’altérer. Des phénomènes étranges se multiplient et la famille Gardner sombre de manière inquiétante…

Cette lecture est passionnante. Gou Tanabe adapte avec brio les œuvres de Howard Phillips Lovecraft connu et reconnu comme un des maîtres du fantastique et de l’horreur.

Le lecteur est happé par le récit de plus en plus sombre et inquiétant. Gou Tanabe, avec son dessin réaliste et très sombre, nous implique profondément dans cette histoire où les forces de l’univers nous envoient un message lumineux de destruction.

  • La couleur tombée du ciel
  • Auteur : Gou Tanabe d’après l’œuvre de Lovecraft
  • Editeur : Ki Oon
  • Parution : 05 mars 2020
  • Prix : 15 €
  • ISBN : 9791032705940

Résumé de l’éditeur : C’est la chute d’une météorite qui serait à l’origine des étranges phénomènes qui agitent la Lande Foudroyée dans la région d’Arkham. Depuis, c’est la nuit que cette énigmatique couleur se propage lentement, souillant tout ce qui l’entoure : d’abord la flore, puis la faune jusqu’à l’homme, ne laissant derrière elle qu’abomination et putréfaction…

Tous les albums

Les anges d’Auschwitz

Et si le commandant nazi d’Auschwitz était déstabilisé par une histoire d’anges ? C’est le coeur d’album Les anges d’Auschwitz, un récit poignant de Stephen Desberg et Emilio van der Zuiden.

Varsovie, Pologne. David grandit dans une famille bienveillante. Son père aime à lui raconter des histoires d’anges. A 18 ans, il rencontre Hanna. Ils veulent se marier mais un drame va les séparer. Les Allemands ont envahi la Pologne et mettent en place des lois raciales. Des soldats viennent les arrêter. Le père de David est abattu. Ils sont emmenés dans le Ghetto de la ville puis transférés par les trains à bestiaux vers Auschwitz et son camp de la mort.

Séparé des siens et d’Hanna, il espère grâce à sa croyance aux anges. L’Oberstumpführer Karsten dirige d’une main de fer le camp de concentration. Les humiliations et les morts se multiplient de jour en jour. Mais David semble intéresser le commandant. Il est intrigué par la vision du jeune juif sur les anges…

Des milliers d’albums de bande dessinée ont déjà abordé le thème de la Seconde guerre mondiale et des centaines, les camps de concentration. Il est donc toujours extrêmement délicat de s’y pencher. Mais, voilà, il s’agit de Stephen Desberg, le très grand scénariste ! Et pour cela, il a choisi de le raconter de manière subtile par la thématique des anges gardiens.

Alors qu’officiellement le régime nazi honnissait la religion, l’Eglise catholique et l’Eglise protestante ne se sont jamais mises en travers de la folie destructrice d’Hitler. Parfois même pour imposer sa stature de chef, il n’hésitera pas à utiliser des méthodes et des symboles chrétiens (ils sont détournés mais le fond est là). Donc les anges, qui sont avant tout issus de rites païens puis récupérés par la christianisme, sont une ouverture intelligente pour parler de camps de la mort.

Cette croyance déstabilise au plus haut point Karsten. A cause de David, le camp bruisse et cette lueur d’espoir est intolérable aux yeux du commandant. Il y a donc une connotation spirituelle voire philosophique dans le récit du scénariste de Billy the cat.

L’horreur, les morts et la souffrance sont superbement mis en image par Emilio van der Zuiden. Les visages de ses personnages sont d’une grande expressivité. Le trait est sobre et le découpage efficace, pour laisser un maximum d’espace au récit et à l’émotion.

Les anges d’Auschwitz : un album fort, dur et interrogateur. Une belle surprise !

  • Les anges d’Auschwitz
  • Scénariste : Stephen Desberg
  • Dessinateur : Emilio van der Zuiden
  • Éditeur : Paquet
  • Prix : 17 €
  • Parution : 12 février 2020
  • ISBN : 9782888909781

Résumé de l’éditeur : La vie s’écoulait paisiblement à Varsovie en cet hiver 1929. Une famille heureuse, loin de se douter que cette paix ne durera pas longtemps. 1939, l’invasion allemande. Les juifs sont conduits dans le ghetto, première étape avant les camps… Auschwitz, l’horreur. Alors si un ange se présente à vous, il ne faut pas le laisser s’envoler. Elle s’appelait Hannah, et ce fut mon ange. Mais que peut un ange face à la barbarie, à l’indicible, au pire… Auschwitz aujourd’hui, c’est un silence qui hurle. Un silence pour nous laisser imaginer l’écho de l’horreur, la mémoire des cris et des prières. Parmi les portraits du souvenir, celui de David. Le regard de la douleur, mais aussi de l’espoir. La volonté de ne pas avoir été abandonné, de ne pas lâcher prise. Car même au coeur de l’inhumanité, les anges ne peuvent jamais être loin. Et celui qui pleure n’est pas toujours celui qui souffre le plus…

Les enfants de la résistance, tome 6 : Désobéir

Le Service du travail obligatoire est au cœur du nouvel opus de la série Les enfants de la résistance signée Vincent Dugomier et Benoît Ers. Encore un merveilleux tome ! Passionnant et accrocheur !

Que dire de plus que nous n’ayons dit sur Les enfants de la résistance ? Nous n’avons plus d’adjectifs pour qualifier ce qui restera dans le monde du 9e art comme la série jeunesse référence sur la Seconde guerre mondiale.

Beau, trop faible. Intelligent, un euphémisme. D’une grande justesse historique, trop lisse. Nous pensions avoir atteint le summum avec les cinq précédents volumes, c’était sans compter sur l’imagination fertile du duo Ers et Dugomier.

Si les journalistes et la critique saluent Les enfants de la résistance, le public plébiscite la série (Prix des collégiens à Angoulême en 2016 notamment). Le succès est mérité et se compte par milliers d’albums vendus : 500 000 exemplaires depuis la sortie du premier tome en 2015. Pour la seule année 2019, 230 000 albums vendus (dont 60 000 du premier volume !). Attention, c’est vertigineux, il s’en vend 5 000 en moyenne chaque semaine ! Cela pourrait faire tourner la tête des auteurs mais non, ils ne se reposent jamais sur leurs lauriers.

Il faut souligner que Dugomier et Ers se connaissent depuis très longtemps. Ils ont œuvré sur la merveilleuse série Muriel et Boulon (6 albums entre 1995 et 2001) mais également sur Les démons d’Alexia (7 albums de 2004 à 2011) et Hell School (3 albums de 2013 à 2014). Bref, un duo qui s’apprécie et cela se ressent dans leur travail.

Pour ce sixième opus des Enfants de la résistance, les jeunes lecteurs retrouvent François, Lisa et Eusèbe, le cerveau du réseau Le lynx à Pontain-L’écluse. La jeune adolescente est paniquée : l’Allemagne a déclaré la Guerre totale, une guerre éclair et dévastatrice. Avec cette annonce, le conflit entre dans une phase encore plus terrible. Il faut dire que les Nazis ont subi un lourd revers à Stalingrad en 1943. Les Russes les ont fait plié, aux prix d’un très grand nombre de morts.

Pire, le village est secoué par le recensement pour le Service du travail obligatoire. Le trio ne laissera pas partir les jeunes hommes pour l’Allemagne…

Les enfants de la résistance : une magnifique série grand public sur la période de l’Occupation allemande en France pendant la Seconde guerre mondiale. Six albums à posséder dans sa bédéthèque !

  • Les enfants de la résistance, tome 6 : Désobéir
  • Scénariste : Vincent Dugomier
  • Dessinateur : Benoit Ers
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 10.95 €
  • Parution : 24 janvier 2020
  • ISBN : 9782803675579

Résumé de l’éditeur : L’Allemagne a décidé de faire venir de force des travailleurs français pour faire tourner ses usines. Le STO est instauré. François, Lisa et Eusèbe décident d’aider les récalcitrants à fuir. Mais les autorités ont aussi créé la Milice française et c’est une menace supplémentaire qui se profile pour tous les résistants…

 

Stop Work

Cadre à l’ancienne, Fabrice adore son métier mais l’arrivée d’une nouvelle cheffe de service le rend fou. Jacky Schwartzmann et Morgan Navarro dévoilent Stop Work, un album incisif sur le monde de l’entreprise aux éditons Dargaud.

Rondelles SA. Comme tous les jours, Fabrice Couturier s’y rend pour y travailler. Cadre aux services des achats, il adore son entreprise et aime plaire à Guillaume, le grand patron, ce qui agace ses collègues. A peine arrivé, il se voit confié Hugo, stagiaire de 3e.

Il lui présente Pierre et Sarah, une angoissée de la vie, avec qui il travaille. Il poursuit la visite au local CGT. Fabrice donne la mission à Hugo de photocopier des archives.

Chez lui ce n’est pas mieux, sa femme s’éloigne de lui. Il préfère regarder des vidéos porno sur son ordinateur. Sa fille Lili est une adolescente en rébellion qui adore taguer les murs de son lycée. Il a aussi un autre enfant : Thibault.

Son métier change du tout au tout depuis quelques temps. Lui qui n’aime que négocier avec les fournisseurs se voit chaperonner par une nouvelle cheffe de service. Il aurait aimé avoir le poste, il faudra qu’il attende encore un peu. Mais, ce qui l’énerve le plus ce sont les nouvelles normes d’hygiène et de sécurité…

Ce portrait caustique et cynique de l’entreprise des années 2010 est assez drôle. Jacky Schwartzmann imagine le quotidien de ce cadre quinquagénaire dans un monde professionnel en pleine évolution. Cadre à l’ancienne, il est dépassé par les nouvelles normes, mais aussi les nouvelles formes de management. Le scénariste s’en donne à cœur joie pour fustiger tout cela. Des « presque accidents » aux formations pour descendre un escalier, tout y est.

Habile observateur, Jacky Schwartzmann possède un œil aiguisé sur l’entreprise. L’open-space n’a plus de secret pour lui. L’absurdité des taches et des nouvelles normes font son bonheur. Il invente une galerie de personnages très typés mais bien campés. Et si la révolution venait de l’ancien monde ?

Pour l’accompagner sur Stop Work, l’auteur a fait appel à Morgan Navarro pour le dessin. Découvert par son blog Ma vie de réac hébergé par Le Monde (adapté en bande dessinée par Dargaud), le dessinateur réalise des planches d’une belle lisibilité par un trait ligne-claire et des grands aplats pour les couleurs.

  • Stop Work
  • Scénariste : Jacky Schwartzmann
  • Dessinateur : Morgan Navarro
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 18 €
  • Parution : 20 mars 2020
  • ISBN : 9782205082005

Résumé de l’éditeur : Acheteur et cadre « à l’ancienne », Fabrice adore son travail. Il attend impatiemment une promotion, qui, patatras, lui passe sous le nez. Aigri, il est de plus en plus insupporté par les nouvelles règles de conduite dans l’entreprise, dictées par l’EHS : Environnement, Hygiène et Sécurité, le service qui forme les employés à descendre des escaliers sans se casser le sacrum ou encore à manipuler des feuilles de papiers sans s’ouvrir les veines. Mais dans cette absurdité, Fabrice voit soudain une manière de se venger et de sabrer le fonctionnement de son entreprise…

La vague gelée

Surfeur, Nicolas tente de maîtriser ses démons lors d’une manche de championnat. EMG dévoile son récit dans La vague gelée, un album Tanibis.

San Telmo. Nicolas Marlin est en lice pour un ride de championnat de surf. Orphelin, il n’a plus de famille depuis une brouille avec son grand-père, Robert. Peu importe, ce qui le motive se sont les vagues, la glisse et se retrouver devant Alexei, son rival au classement.

Mais, comme souvent lors de cette manche, Nicolas n’aime pas surfer à San Telmo. C’est à cette endroit que son père, lui aussi surfeur, serait décédé. Après un ride catastrophique, il découvre son grand-père sur la plage…

Voilà, une bande dessinée surprenante d’un point de vue graphique. Énormément pixelisée comme les jeux vidéo d’arcade des années 90, elle peut rebuter certains lecteurs plus classiques. Tout est carré dans La vague gelée : les personnages, les décors jusqu’aux dialogues. D’ailleurs, c’est peut être l’un des reproches que l’on peut lui faire : ce manque de clarté dans la lecture des textes. Sinon, ce parti-pris graphique fort est plutôt plaisant.

Né en 1983 à Paris, EMG suit des études d’architecture avant de se lancer dans la bande dessinée. En 2009, il crée le fanzine Néant horizon et trois ans plus tard édite son premier album Tremblez enfance Z46. Passionné de mondes virtuels, il imagine La vague gelée dans cet univers.

L’histoire est simple. C’est celle d’un tout jeune majeur, surfeur, qui tente de se construire seul par son sport. S’il a une petite amie, il n’a plus de famille. Cette vague est une allégorie de sa vie : haute, dure à contourner mais avec toujours une envie de se dépasser. L’arrivée de Robert, son grand-père, va bouleverser sa vie.

Si l’on est conquis par une première partie très familiale et très humaine, la fin est moins accrocheuse. La faute à un récit qui glisse vers du fantastique et de la science-fiction moins maîtrisé et maladroitement amené dans l’histoire.

  • La vague gelée
  • Auteur : EMG
  • Éditeur : Tanibis
  • Prix : 18 €
  • Parution : 06 mars 2020
  • ISBN : 9782848410555

Résumé de l’éditeur : La participation de Nicolas Marlin, un surfeur professionnel, au concours de San Telmo a été catastrophique. Non seulement les conditions étaient désastreuses, mais en plus ce grand-père autoritaire qu’il déteste tant a reparu après des années d’absence. Une vague hors du commun lui donne cependant l’occasion de se replonger dans sa mémoire et d’affronter les angoisses qu’il cachait.

Ratafia Délirium, tome 1

Quand l’équipage du Kouklamou se retrouve envoyé aux confins de l’espace, cela donne Ratafia délirium, un nouveau arc narratif de la série humoristique de Nicolas Pothier et Frédérik Salsedo. Enthousiasmant !

Après huit tomes à voguer sur les mers, Ratafia s’offre une navigation interplanétaire avec ce Ratafia Délirium. Aussi dingue et drôle que la série-mère, elle embarque les lecteurs dans un space opéra déjanté et fou. Pour ce spin-off, Nicolas Pothier retrouve son comparse des débuts de Ratafia, Frédérik Salsedo – c’est Johan Pilet qui dessine désormais la série – et cela fait des étincelles.

Le capitaine du Kouklamoon demande à son équipage de trouver l’eau de jouvence. Pour cela, ils font escale sur une planète. Là, Gaspard est sommé de boire dans un calice. Et l’on peut dire qu’il le boit tout de go et jusqu’à la lie, puisqu’il contracte alors une étrange maladie qui le rend tout blanc, tel un zombie…

Nous sommes toujours enthousiastes à la lecture d’un Ratafia. Nicolas Pothier sait y faire pour embarquer son lectorat sur les chemins de l’humour et de l’aventure. C’est toujours aussi tordant et jouissif. La faute à son imagination débordante et son esprit tortueux. Tels de bons albums d’Astérix ou de Trolls de Troy, le scénariste ne s’interdit rien et c’est pour cela qu’on l’aime. Il n’hésite pas à faire de grands détours juste pour un bon jeu de mots ni mettre ses personnages dans une panade interstellaire. Tout y est : les références, les clins d’œil et autres hommages aux maîtres de la bande dessinée (Moebius, Leji Matsumoto…), à la littérature, au cinéma (Robocop, Star Wars…) ou aux séries (Walking Dead). Oui, cet album est pop et il fait « pop » !

Et en plus, ce diable de Nicolas Pothier avait anticipé le coronavirus, puisque dans Ratafia Délirium, il parle de pandémie ou de laboratoires privés qui se gavent. Aidé aux couleurs par Sylvain Lauprêtre, Frédérik Salsedo se régale. Il réalise des planches sympathiques grâce à son trait humoristique qui convient parfaitement à la folie du récit.

Ratafia Délirium : vous reprendrez bien un peu de folie en ces temps de confinement ! On aime, on recommande !

  • Ratafia Délirium, tome 1 : Le mal blanc
  • Scénariste : Nicolas Pothier
  • Dessinateur : Frédérik Salsedo
  • Coloriste : Sylvain Lauprêtre
  • Éditeur : Vents d’Ouest
  • Prix : 11.50 €
  • Parution : 08 janvier 2020
  • ISBN : 9782749308661

Résumé de l’éditeur : Dans l’espace, tout le monde vous entendra rire… Après un sidérant voyage intersidéral, l’équipage du Kouklamoon se retrouve sur une petite planète sans nom, mystérieuse, sauvage et entièrement recouverte d’océans, d’où émerge un petit archipel sans nom au milieu duquel une petite île sans nom cache une petite source sans nom. L’eau qui coule de cette petite source sans nom aurait en revanche un petit nom : l’eau de jouvence. En effet, selon certaines sources (qu’on se gardera ici de nommer), cette eau donnerait, à celui qui la boit, la jeunesse éternelle ! Bien entendu, cette petite planète sans nom est aussi une planète sans visiteurs, car qui, dans toute la galaxie, serait assez stupide pour croire à ces gnoleries ? Les pirates fétiches de Nicolas Pothier et Frédérik Salsedo partent pour une nouvelle aventure hilarante… aux confins de la galaxie ! Pour l’occasion, c’est Frédérik Salsedo, le dessinateur originel de la série régulière Ratafia (désormais dessinée par Johan Pilet), qui reprend les commandes de ce spin-off. Ratafia Delirium, ou quand l’humour d’Astérix rencontre le monde sans limite de Star Wars

 

Y a pas photo !

Les éditions Les échappés dévoilent Y a pas photo ! un recueil de dessins de presse de l’immense Philippe Vuillemin. Amusant !

Né en 1958 à Marseille, Philippe Vuillemin est sans aucun doute l’un des meilleurs dessinateurs de presse français. Après L’écho des savanes – qu’il rejoint dès 1977 – Hara Kiri ou Charlie Mensuel, il est de retour dans les pages du journal Charlie Hebdo depuis 2015. C’est là qu’il peut faire briller son talent en illustrant « Les entretiens » une rubrique de l’hebdomadaire. Y a pas photo ! regroupe ainsi les dessins de celle-ci réalisés entre son arrivée et 2018.

Sans bouger de son canapé, il met en image tous les sujets de société abordés dans Les entretiens : la politique, la géopolitique, l’écologie, la santé, la religion ou la presse. Il illustre aussi la rubrique Ils ont marqué l’Histoire avec une grande H contant les pires bouchers à travers les époques, tel Tchapaïev, Gengis Kahn, Hernan Cortès, Turreau, ou Thomas-Robert Bugeaud. Il fait de même avec Les classiques de la littérature comme Moby Dick, Guerre et Paix, Le petit prince ou A la recherche du temps perdu.

L’humour est  caustique, grinçant et cynique comme sait si bien le manier Vuillemin. On aime toujours autant son trait gras et brouillon dans les pas de Reiser.

Y a pas photo ! pour revenir sur des moments importants de ces cinq dernières années sous le prisme de Vuillemin !

  • Y a pas photo
  • Auteur : Philippe Vuillemin
  • Éditeur : Les échappés
  • Prix : 19.50 €
  • Parution : 19 septembre 2019
  • ISBN : 9782357661646

Résumé de l’éditeur :  Après plusieurs années d’absence en librairie, Vuillemin revient pour notre plus grand plaisir. Dans ce recueil, on trouvera plus de 100 dessins pleine-page du plus incorrigible des dessinateurs de la «bande à Charlie». L’humour dévasteur et le mauvais goût le plus jouissif sont à portée de main !

La voie du tablier 3

Après un tome 2 enchanteur, Kousuke Oono dévoile le troisième opus de La voie du tablier, l’excellent manga aux éditions Kana.

Les lecteurs continuent de suivre les aventures très drôles de Tatsu, l’ex-yakusa devenu homme au foyer. Celui qui se faisait appeler l’Immortel, ne l’est plus aux yeux de la mafia mais l’est aujourd’hui à ceux de sa compagne. Il est le roi de petits plats et des desserts.

Kousuke Oono sait y faire pour nous faire passer un excellent moment. Tout est génialement drôle dans les petites saynètes. Chaque chapitre est un petit moment de bonheur et de rigolade. Il faut souligner que le mangaka imagine des situations cocasses et très décalées pour l’ancien yakuza.

On le retrouve à quatre pattes essayant de terrasser un cafard, déguisé en père noël pour les enfants du quartier, en amant attentionnée pour le bien-être de sa petite amie, en serveur zélé ou en sauveur de four pour son copain. Tout est là pour nous faire rire. On y ajoute des chiens et un ex-mafiosa et l’on obtient encore un excellent opus.

S’il n’y avait que les histoires, mais il y a aussi la partie graphique. Le dessin de La voie du tablier est extrêmement bien maîtrisé. Les élans de folie de Tatsu sont aussi très forts. Le trait apporte aussi son lot d’humour.

Encore un volume épatant et drôle de La voie du tablier !

  • La voie du tablier, volume
  • Auteur : Kousuke Oono
  • Éditeur : Kana, collection Big Kana
  • Prix : 7.45 €
  • Parution : 14 février 2020
  • ISBN : 9782505076711

Résumé de l’éditeur : Depuis son mariage, Tatsu l’immortel mène une vie d’homme au foyer. Il était le plus terrible des yakuzas. Afin d’offrir un cadeau à son épouse, il va travailler à mi-temps pour la première fois dans sa vie !!

Vent mongol

L’auteur chinois Lu Ming se dévoile dans Vent mongol, un très bel artbook de ses illustrations et autres planches de bande dessinée édité par Mosquito.

Né en 1984, Lu Ming est un illustrateur talentueux. Après avoir suivi des cours à l’Académie centrale des beaux-arts de Chine, il débute sa carrière professionnelle en 1999 avec la publication Mélodie d’enfer (édité en France par Mosuito en 2014). Peintre amateur, il travaille aussi sur des films de son ami Tsui Hark (il fera l’adaptation dessinée du long métrage Seven Swords). Grapheur, il réalise aussi des films d’animation indépendants et travaille aussi dans la publicité.

Dans Vent mongol, les lecteurs découvrent toute la force et la maîtrise graphique de son dessin. Il produit tour à tour des illustrations de soldats, des scènes de science-fiction ou de foule dans un concert (pour Mélodie d’enfer), mais également des décors pour des histoires narrant des légendes chinoises. Il crée aussi des planches avec Bruce Lee pour son album L’âme du dragon. On le découvre aussi sculpteur. Son soldat ira jusqu’au festival de Burning Man dans le Nevada en 2018. Il devient ainsi le premier artiste chinois à s’y produire.

  • Vent mongol
  • Auteur : Lu Ming
  • Éditeur : Mosquito
  • Prix : 20 €
  • Parution : 07 février 2020
  • ISBN : 9782352835349

Résumé de l’éditeur : Lu Ming dessinateur virtuose ouvre ses archives, bande dessinée, illustration, publicité, cinéma…