Ruines

Notre avis : George et Samantha, deux new-yorkais, décident de prendre une année sabbatique à Oaxaca au Mexique. Elle, auteure et lui, peintre, se retrouvent dans une belle ville, dans une période trouble où le gouverneur réprime les manifestants d’enseignants. Peter Kuper met en scène ce merveilleux voyage initiatique dans Ruines, un roman graphique édité par çà et là.

L’auteur de Sticks and stones et Le système (nominé aux Eisner Awards en 1997 et 1998) s’est énormément inspiré de ses deux années passées dans la cité mexicaine avec son épouse par son récit en 2006.

Marqué par les soulèvements contre Ulises Ruiz Ortiz dit Uro que les habitants veulent chasser du pouvoir après des élections truquées, l’auteur réussit à nous faire ressentir à la fois la chaleur des mexicains, leur passion pour leur histoire et les cultures amérindiennes mais aussi le soufre des tensions entre pro et anti.

Son histoire est aussi celle des rencontres, des relations le tout avec un beau brin d’humour à travers les personnages de George mais surtout celui de Angelina l’aide-ménagère.

A noter que Peter Kuper travaille aussi pour le New Yorker, Libération et Time Magazine mais aussi pour le mensuel Mad avec sa série Spy vs Spy depuis 1996. En plus de tout cela, il a le temps d’être enseignant en bande dessinée à la School of Visual Arts de New York depuis 25 ans.

  • Ruines
  • Auteur : Peter Kuper
  • Editeur : çà et là
  • Prix : 28€
  • Parution : 23 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Ruines est le cinquième ouvrage que Peter Kuper publie chez çà et là. Il met en scène deux trentenaires new-yorkais, qui vont tenter de sauver leur couple au bord de l’implosion en venant passer une année sabbatique à Oaxaca, une petite ville provinciale mexicaine. George et Samantha se retrouvent confrontés à une double crise : celle de leur relation affective, et la crise politique que connaît la ville au moment où des manifestations d’enseignants sont violemment réprimées par le gouverneur local. En fil rouge de ce récit et symbole de cet aller sans retour pour l’un des protagonistes, Peter Kuper suit la migration d’un papillon monarque depuis les États-Unis jusqu’à la région d’Oaxaca pour se reproduire, un parcours de plus de 4000 km qui est aussi l’occasion pour l’auteur de montrer les ravages causés par l’homme sur son environnement.

Princesse Leia, l’héritage d’Aldorande

Notre avis : Après Dark Vador (Kieron Gillen et Salvador Larroca) et Luke Skywalker passe à l’attaque (de Jason Aaron et John Cassaday), les éditions Panini Manga poursuivent leur production autour de l’univers de Star Wars (des histoires inédites), avec un album  Princesse Leia signé Terry Dodson sur un scénario de Mark Waid. Cette histoire se déroule quelques secondes après Star Wars : un nouvel espoir (épisode IV).

Aldorande vient d’être tout juste détruite et un très grand nombre de ses habitants tués. La Princesse Leia se retrouve donc sans royaume mais pas résignée. Le triomphe des Rebelles est de courte durée et le chagrin des amis morts pour détruire L’étoile Noire encore très présent.

Depuis lors Leia Organa a l’impression de ne servir à rien à part réchauffer les cœurs dans des discours aux survivants. Elle croise alors Evaan, une pilote rescapée qui pense que sa tristesse est feinte. Si les premiers échanges sont froids et tendus, rapidement la jeune femme lui accorde sa confiance. Sans l’accord des chefs des Rebelles, elles quittent le vaisseau principal pour la planète Naboo afin d’y rencontrer incognito le seigneur Juun et le Premier Ministre Solo.

Si l’histoire de Mark Waid emporte moins que Dark Vador et Luke Skywalker passe à l’attaque, met aussi beaucoup de temps à démarrer. Ce ronronnement n’est pas si déplaisant, laissant entrevoir la personnalité forte de Leia, celle qui tiendra tête à Han Solo, celle qui n’aura pas froid aux yeux pour se battre et celle qui restera l’un des ciments de l’Alliance Rebelle.

La partie graphique de Terry Dodson possède de nombreuses lacunes : les vingt premières planches souffrent d’un manque de clarté dans la mise en scène à l’intérieur des vignettes qui s’estompera non sans mal à partir de l’épisode 3 de l’album; mais la grosse difficulté du dessinateur réside dans l’illustration des visages : trop changeant d’un case à l’autre et surtout uniquement des plans de 3/4; ce qui limite les expressions et fige les personnages.

  • Princesse Leia, L’héritage d’Aldorande
  • Scénariste : Mark Waid
  • Dessinateur : Terry Dodson
  • Editeur : Panini Comics
  • Prix : 13€
  • Parution : 04 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Capturée par l’Empire, la princesse Leia na jamais trahi ses convictions malgré l’anéantissement de sa planète natale Aldorande. Après son sauvetage, elle rejoint la bataille au côté de l’Alliance rebelle et participe à la destruction de l’Étoile noire. Suite à cette victoire, Leia décide de partir en mission dans le monde souterrain de Sullust où elle espère trouver des survivants de son peuple.

Ogrest #2

Notre avis : Coup de cœur de la Rédaction Comixtrip, Ogrest est un excellent manfra (manga français) de Mig. Le premier volume présentait le célèbre personnage issu de la galaxie Dofus; sa création, son père adoptif Otomaï et sa charmante amie Dathura (poupée vivante); il se terminait sur la transformation physique et l’évolution psychologique du petit ogre vert; tout cela agrémenté d’une belle intrigue et d’une partie graphique époustouflante.

Le deuxième opus est dans la même veine que la précédente publication : tourment psychologique, combat ou quête d’identité. Pour pimenter son intrigue Mig met en scène la mystérieuse Lacrima qui aurait un passé commun avec Dathura. Il revient aussi sur la création des poupées du dieu Sidida. Cela permet de donner du rythme au récit par ces trois très histoires qui s’entremêlent habilement; le tout grâce à une narration solide. Le lecteur sent tout  le potentiel de ces mini-récits et l’auteur de Un petit livre oublié sur un banc (avec Jim, Grand Angle) se laisse des portes ouvertes pour les développer.

Si le scénario est accrocheur et habile, la partie graphique est plaisante et agréable à l’oeil. On le sent Mig prend du plaisir à décliner Ogrest en manga et le lecteur lui dit un grand merci !

  • Ogrest, volume 2
  • Auteur : Mig
  • Editeur : Ankama
  • Prix : 6.95€
  • Parution : 30 octobre 2015

Résumé de l’éditeur : Découvrez la véritable histoire d’Ogrest, le légendaire ogre du Monde des Douze ! Alors qu’Otomaï ne sait plus comment protéger ceux qu’il aime des attaques extérieures, le pire arrive : Dathura disparaît ! Ogrest, amoureux transi de la poupée, veut partir immédiatement à sa recherche, fonçant tête baissée sans écouter les conseils avisés de son père. Il embarque avec Lupa, une mystérieuse Sacrieuse accompagnée d’enfants et d’une bande de mercenaires, en direction de l’inconnu.

L’actu en patates #4

Notre avis : Avec What a wonderful world de Zep, L’actu en patates est l’un des blogs dessinés le plus visité du site lemonde.fr

Depuis 7 ans, Martin Vidberg offre sa vision du monde qui l’entoure tous les jours à travers un dessin d’actualité. Les éditions Delcourt proposent le quatrième recueil de ses meilleurs illustrations 2014-2015 intitulé Mieux vaut en rire !

Comme à son habitude, l’auteur ouvre son album par un récit plus intimiste le mettant en scène, lui et sa famille. Ainsi, il explique l’inspiration lui veut alors qu’il prend sa douche; sa femme étant toujours agacé des poils de barbe qu’il laisse sur le lavabo.

Dans ce quatrième opus, le lecteur retrouvent avec délice les personnages publics représentés en patates dans des situations amusantes; Martin Vidberg rebondissant à un fait d’actualité. Ainsi le Président Hollande doit se défaire de l’ex-première dame de France, Valérie Trierweiller, et ne plus cacher sa nouvelle compagne, Julie Gayet. Il doit aussi faire face au conflit syrien, la hausse chômage, le FN qui s’enracine après les Municipales et les Européennes, le débat sur le travail du dimanche, le Gouvernement Valls et les départs de Hamon, Filippetti et Montebourg ou encore la crise des Mistral avec la Russie.

Dessinateur de presse qui commence à être reconnu en France, Martin Vidberg n’oublie pas ses mentors (Cabu, Wolinski ou Tignous) tombés à la rédaction de Charlie, mais aussi l’après-attentat, la liberté d’expression et la dangerosité du métier. Sans être méchant, souvent avec bienveillance, l’auteur du Journal d’un remplaçant réussit sa mission : faire rire avec l’actu !

  • L’actu en patates, tome 4 : Mieux vaut en rire !
  • Auteur : Martin Vidberg
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 16.95€
  • Parution : 25 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Retrouvez le regard drôle et mordant de Martin Vidberg dans une hilarante rétrospective qui vous fera vivre et revivre les événements de ces dernières années sous le signe de l’humour. Enrichi de nombreux inédits et d’un fil rouge sur le métier de dessinateur de presse, ce best-of 2014-2015 sera l’occasion de retrouver tous ceux qui ont fait l’actualité pour le meilleur et pour le. rire !

 

Undertaker #2

Notre avis : Xavier Dorison et Ralph Meyer poursuivent l’aventure d’Undertaker, dans un deuxième volume qui referme l’histoire impulsée dans le premier tome. Avec 50 000 exemplaires vendus, la série débutait ainsi de la plus belle des manières, récompensée par une nomination dans la Sélection Polar Angoulême 2016.

Si la comparaison avec Blueberry opérée par l’éditeur pour des fins commerciales est usurpée; le premier opus de ce très bon western était haletant misant sur le croque-mort à la gâchette facile et une intrigue autour d’un trésor stimulante.

Ce deuxième volume s’ouvre sur le canyon entr’aperçu dans le tome 1 et plus particulièrement sur les personnages principaux Jonas Crow, Rose et Lin sa gouvernante, toujours sur le trajet de la mine d’or pour enterrer Cusco. Derrière eux, les soldats les poursuivent tandis que les mineurs souhaitent protéger leur bien.

Si le précédent opus était très intéressant, celui-ci est moins convaincant. Si les qualités entrevues dans Le mangeur d’or sont ici réelles, l’intrigue semble moins accrocheuse. Les planches concernant le canyon même si elles sont rythmées auraient pu être plus ramassées. Restent les bagarres mortelles, les personnages très bien campés et le dessin abouti de Ralph Meyer.

  • Undertaker, tome 2 : La danse des vautours
  • Scénariste : Xavier Dorison
  • Dessinateur : Ralph Meyer
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 13.99€
  • Parution : 27 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Jonas Crow, croque-mort ; Rose, gouvernante anglaise ; et Lin, domestique chinoise, doivent ramener la dépouille remplie d’or du vieux Cusco au filon « Red Chance ». Ils ont trois jours. Trois jours, un corbillard, 50 miles à parcourir et une ville entière de mineurs survoltés à leurs trousses ! « La Danse des vautours » est la suite du 1er tome d’Undertaker, un western décoiffant signé par deux maîtres de la B.D. : Xavier Dorison et Ralph Meyer.

Le pays de la nuit et autres instants imaginaires

Notre avis : Les éditions Nobi Nobi proposent un très beau recueil d’histoires poético-fantastiques pour enfant, Le pays de la nuit et autres instants imaginaires, 10 récits signés Kenya Ohba.

Pour chaque des petites histoires, le mangaka met en scène un ou plusieurs enfants dans leur vie de tous les jours qui prend un ressort extraordinaire grâce à des adultes ou des animaux. Parmi ces récits, il y a :

  • Aujourd’hui mon chien arrive. Un petite fille qui attend l’arrivée d’un petit caniche et qui se retrouve avec un ours blanc, persuadé que c’est un vrai chien…
  • Le pays de la nuit. Une petite fille qui habite au pays de la nuit et qui ne reçoit jamais aucun courrier, est aidée par un facteur spécial qui lui propose d’écrire une lettre, de la mettre en bouteille et de la jeter à la mer…
  • La forêt. Depuis que son petit frère est né, une fillette se sent rejetée par sa maman. Alors qu’elle vient de gagner une belle bille à l’école, elle la perd dans le couffin du petit. Chagrinée, elle décide de s’enfuir dans la forêt. Là, elle rencontre un autre garçon qui va jouer avec elle aux billes…
  • Le déménagement. A l’école maternelle, un petit garçon est heureux de ses journées; il faut dire que qu’il adore sa maîtresse. Il a une drôle d’idée : s’enfermer dans le placard de la classe afin de voir comment elle vit…

Kenya Ohba propose ainsi 10 courts récits sensibles, touchants, oniriques et teintés de fantastique. Construits comme de belles fables qui se déroulent au Japon, il sublime ainsi les relations entre les enfants, enfants/parents, mais aussi la nature, le tout dans une infinie tendresse et douceur.

Son trait en noir et blanc est proche des films d’animation (dans la veine de Miyazaki) ce qui permet d’installer de la chaleur dans ses planches. A lire et à offrir pour les plus jeunes !

  • Le pays de la nuit et autres instants imaginaires
  • Auteur : Kenya Ohba
  • Editeur : nobi nobi !
  • Prix : 14€
  • Parution : 19 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Comment les enfants parviennent-ils à rendre extraordinaire une journée tout à fait banale ? Simplement en laissant libre cours à leur imagination débordante ! Grâce à elle, rien de plus facile pour faire la connaissance du postier du Pays de la nuit, adopter un caniche nain plutôt impressionnant, se perdre dans une mystérieuse forêt, effrayer le Grand Méchant Loup des contes, accueillir une nouvelle camarade de classe très « chouette »… et vivre bien d’autres situations aussi tendres qu’étonnantes.

Le cheval d’orgueil

Notre avis : Il y a 40 ans, Pierre-Jakez Hélias publiait Le cheval d’orgueil. Pour commémorer le succès de ce roman (2 millions d’exemplaires vendus), Bertrand Galic le décline en bande dessinée aidé par Marc Lizano aux pinceaux.

Sous-titré Mémoires d’un breton au pays bigouden, l’album retrace l’enfance et l’adolescence de Pierre-Jakez Hélias entre la Première Guerre Mondiale et les années 30. Le lecteur découvre ainsi la vie des villageois, la famille du héros – plus particulièrement le grand-père – ses amis et surtout un région à l’identité forte qui lutte pour sa survie. A l’époque, le pouvoir souhaite que les langues régionales laissent la place au français en cours.

Pour le scénariste, le roman « évoque un territoire cher à [son] cœur et surtout des thèmes qui [le] touchent énormément : la quête d’identité, la filiation, la transmission ». Quant à Marc Lizano « les valeurs défendues par Pierre-Jakez Hélias autour de l’éducation, de l’humanisme, des racines et de la culture » sont importantes à transmettre.

Plutôt réussie, cette adaptation de l’autobiographie de l’auteur breton possède un charme désuet et est emplie de belle nostalgie. Reste la dessin de l’auteur de La petite famille (La Gouttière) qui rend le récit merveilleux.

  • Le cheval d’orgueil
  • Scénariste : Bertrand Galic, d’après Pierre-Jakez Hélias
  • Dessinateur : Marc Lizano
  • Editeur : Soleil, collection Noctambule
  • Prix : 17.95€
  • Parution : 16 décembre 2015

Résumé de l’éditeur : Récit autobiographique, Le Cheval d’Orgueil de Pierre-Jakez Hélias a rencontré un succès phénoménal

en librairie (près de 2 millions d’exemplaires circulent à ce jour dans le monde).
Cette oeuvre, qui brille par son authenticité et sa force, retrace l’enfance et l’adolescence d’un petit Breton du pays bigouden, entre la Première Guerre mondiale et le milieu des années 30. Avec lui, se révèlent les visages d’une famille, la personnalité d’un village, les contours d’une région. On découvre un « pays », celui d’une nation paysanne luttant pour sa survie. Touchés par la sensibilité qui émane du regard de l’enfant, Bertrand Galicet Marc Lizano ont souhaité revisiter un passé, un patrimoine en explorant, dépoussiérant et adaptant ce récit pétri de mystère, de rêve et d’aventure.

Et quel plus beau moment que celui de la commémoration des 20 ans de la disparition de l’auteur et des 40 ans de l’oeuvre !

 

Esmera

Notre avis : Tel le sticker collé sur la couverture « Pour public averti », l’album Esmera de Zep et Vince trouble par son côté cru et pornographique. Le créateur de Titeuf, pour une fois se retrouve au scénario. Son récit à la fois fantasmagorique et fantastique ravira les amateurs d’érotisme et de porno-chic, les autres n’y trouveront pas leur compte.

Pour mener à bien son propos, il met en scène Esmera, une femme d’une soixantaine d’années, qui se rappelle ses premiers émois physiques lorsqu’elle avait 16/18 ans. Avec son amie Rachele, plus expérimentée dans ce domaine qu’elle, elle rêve d’une première fois magique. Pourtant ce sera un coup vite fait de quelques minutes avec Gabriele dans une clairière en marge d’une fête de village. Essayant toutes les acrobaties possibles, même avec sa copine, elle n’est pas satisfaite. Jusqu’au jour où elle découvre qu’au moment ultime du plaisir, elle se retrouve avec un attribut masculin entre ses cuisses et qu’elle prend l’aspect d’un homme. Horreur ! Que faire ? Elle qui espère toujours une vraie relation fait fuir les prétendants lorsqu’ils découvrent cette métamorphose. Elle se dit alors que le mieux est d’en profiter, enchainant les coups d’un soir. Lassée, elle sortira avec une femme bi puis un homme bi, pouvant jouer sur les deux côtés de sa nouvelle sexualité.

Disons-le tout net : cet album n’est pas très bon ! L’histoire qui navigue avec le rêve et le fantastique n’emballe guère. Le schéma narratif et la narration est d’un classicisme attendu et même l’idée originale du début n’affole guère les émotions du lecteur. Se voulant une histoire moderne par sa thématique contemporaine : la recherche d’identité sexuelle, le bissexualité, l’homosexualité ou le genre; tout semble ici si artificiel. Coincée dans un corps interchangeable mais incontrôlable, nous avons plutôt de la pitié pour Esmera que de l’admiration pour cette forme de liberté dans sa sexualité.

Alors qu’il s’était essayé à une histoire plus adulte (Une histoire d’hommes, Rue de Sèvres), s’en sortant avec les honneurs, il n’arrive pas à franchir le pas dans l’érotisme.Ce n’est pas parce que l’on met dans son récit des fellations, sodomies ou cunnilingus que cela va toucher le lecteur ! Il faut un peu plus de corps dans le texte. Son complice sur Les chronokids (avec Stan, Glénat) propose une partie graphique plutôt aboutie. Son trait semi-réaliste, agrémenté de couleur sépia, lui permet de composer des planches efficaces. Des erreurs dans les visages et les expressions sont vite oubliées par les courbes généreuses des femmes.

  • Esmera
  • Scénariste : Zep
  • Dessinateur : Vince
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 24€
  • Parution : 16 décembre 2015

Résumé de l’éditeur :

À la fin des années 1960, Esmera Santeneo grandit à l’école pour fille du Sacro Cuore en Italie. C’est dans cet environnement austère que la jeune fille voit ses premiers désirs charnels naître en elle. Partageant ses sentiments avec son amie Rachele, Esmera vivra ses premières expériences avec des garçons. Dans l’Italie des années 1960, l’éducation sexuelle est balbutiante et le plaisir de la femme, optionnel. Les premières aventures d’Esmera sont souvent décevantes mais riches en enseignements. Quand enfin elle parvient à maîtriser son plaisir, elle découvre que son corps possède un pouvoir unique et exceptionnel : elle change de sexe avec chaque orgasme ! En se retrouvant dans la peau d’une femme ou d’un homme, Esmera aura la possibilité d’explorer relations amoureuses et jouissances d’un double point de vue : masculin et féminin. De plus, vieillissant deux fois moins vite que le commun des mortels, cette « super-héroïne » charnelle traversera le siècle jusqu’aux années 2010 et sera le témoin privilégié de l’évolution de la sexualité et du plaisir au cœur de notre société.

Les vieux fourneaux # 3

Notre avis : Wilfrid Lupano et Paul Cauuet dévoilent la troisième aventure de leur série Les vieux fourneaux, intitulée Celui qui part, qui met en lumière la vie de Mimile dit La Biouche.

Pour lutter contre les grands groupes pétro-chimiques qui produisent des pesticides, Pierrot se déguise en abeille mais se fait arrêter par la police. De leur côté, Antoine et Mimile se retrouvent sous un déluge immense dans le Sud de la France. Obligés d’écoper, ils distribuent les bassines et aident les habitants plongés sous d’immenses inondations. De plus côté, les brebis de Berthe risquent la noyade mais sont sauvées in extremis. Il faut dire que la vieille femme fait peur et plus personne ne lui parle depuis des décennies. Pourtant Sophie aime aller lui acheter des oeufs et elle ne comprend pas d’où vient cette tradition ridicule.

Avec plus de 300 000 albums vendus, la série a trouvé son public.  Il faut dire que le trio de papis est sympathique et les trois personnages truculents. Le premier volume a d’ailleurs obtenu le Prix du Public à Angoulême en 2015 et c’était mérité. Alors que l’univers était bien installé, l’idée des plus intéressantes; patatras, le deuxième opus était moins bon. Quant à  celui que l’on tient en main, c’est dans la veine de Bonny and Pierrot très moyen. Alors que l’intrigue met en lumière des problématiques actuelles (les pesticides ou les inondations dans le Sud de la France à cause du sur-bétonnage), il faut attendre la seconde partie de l’album pour enfin connaître la vie de Mimile. Le début est donc enlevé mais pas réellement nécessaire. La partie graphique est quant à elle plutôt bonne, dans la veine des deux précédentes.

Est-ce que les deux auteurs ont été pressé par l’éditeur pour sortir trois albums en deux ans ? Pour surfer sur le succès avant qu’il ne décline ? D’où la difficulté à se renouveler. Dommage cette série méritait mieux.

  • Les vieux fourneaux, tome 3 : Celui qui part
  • Scénariste : Wilfrid Lupano
  • Dessinateur : Paul Cauuet
  • Editeur : Dargaud
  • Prix : 11.99€
  • Parution : 13 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Après deux albums en 2014, voici le troisième tome, très attendu, des Vieux Fourneaux ! Lupano et Cauuet se penchent cette fois sur le cas de Mimile, qui a passé sa vie à bourlinguer dans le Pacifique, entre bourre-pifs, rugby et amitiés au long court. Pirate un jour, pirate toujours ! En parallèle : Pierrot et son collectif « Ni Yeux Ni Maître » jouent les abeilles tueuses, et Sophie apprend qu’à la campagne, on ne prend pas ses oeufs de poule chez les vieilles chouettes. Bref, les « vieux fourneaux » sont de retour, pétant la forme !

Pieter et le Lokken

Notre avis : Après le très bon La poudre d’escampette, de Chloé Cruchaudet, la collection Les enfants gâtés de la maison d’édition Delcourt propose Pieter et le Lokken, une fable pour jeune lecteur signée Olivier Supiot sur un scénario de Olivier Ka.

Autour du village de Pieter, les oiseaux ont disparu et les habitants ont peur depuis que les lokkens ont élu domicile dans la forêt. Le père du jeune garçon part souvent avec d’autres hommes détruire les larves de ces êtres terribles. Sous leurs airs d’ange lorsqu’elles naissent, les créatures en grandissant, se transforment en véritable démons destructeurs. Mais un jour, Pieter tombe sous le charme de l’une d’elles, encore bébé; il désobéit aux adultes en la gardant. La ville est alors menacée.

On a connu Olivier Ka plus inspiré dans ses autres scénarios (l’excellent Pourquoi j’ai tué Pierre, avec Alfred, Delcourt) ! Pour cette fable pour enfants, il distille du fantastique avec ces drôles de créatures, Les lokkens (doux petits animaux se transformant en méchants comme Les Grimlins). Même si son petit personnage est ambivalent (charmant mais naïf et désobéissant) et le décor merveilleux (un village du nord de l’Europe sous la neige au milieu d’une forêt), l’intrigue s’avère très (trop ?) classique. Il faut dire que la morale de l’histoire est un peu trop gentillette : ne désobéissez jamais aux adultes !

Voulant rendre un bel hommage au peintre flamand Brueghel, Olivier Suppiot réussit un peu son entreprise. Les décors enneigés et les effets graphiques « contes de Noël » sont plutôt bien rendus. Son trait tout en rondeur est efficace, agrémenté de couleurs chaleureuses aux crayons et à la gouache.

  • Pieter et le Lokken
  • Scénariste : Olivier Ka
  • Dessinateur : Olivier Supiot
  • Editeur : Delcourt, collection Les enfants gâtés
  • Prix : 14.50€
  • Parution : 18 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Dans le village de Pieter, cela fait longtemps que les oiseaux ont disparu à cause des Lokken. Les larves de ces êtres fantastiques sont charmantes et pourtant, c’est à cette étape de leur vie qu’il faut les tuer, avant qu’elles ne se transforment en monstres destructeurs. Mais Pieter tombe sous le charme de l’une des chimères, qui lui procure d’incroyables et dangereux pouvoirs.

 

HMS, l’intégrale

Notre avis : Parues entre 2005 et 2011 (trois dyptiques) chez Casterman, les aventures de HMS (Her Majesty’s ship ou His Majesty’s ship) sont compilées en intégrale, cette fois-ci aux éditions du Long Bec. Cette grande fresque historique autour de la thématique de la mer est mise en page par Johannes Roussel sur un scénario de Roger Seiter.

1795. Pris en pleine tempête, trois navires La Danaé, le Thames et la Miranda sont au plus mal. Ce dernier sombre et les rares rescapés réussissent à monter sur le premier cité. John Fenton, l’un d’entre eux, est un tout jeune diplômé en médecine. Il est accusé de la mort d’une juge lorsqu’il était à terre. Embarqué un peu de force sur le premier bateau, il se retrouvera avec les vrais assassins du magistrat. De plus, le commandant de bord le nomme docteur du navire après les décès de Wood qui serait tombé en mer et du chirurgien en chef.

Ce récit de trame classique sur la thématique maritime du XVIIIe siècle est pimenté par une intrigue policière à bord. Ce huis-clos permet donc d’installer une ambiance lourde. Ajouter à cela un jeune médecin qui doit découvrir les meurtriers et l’on obtient une histoire plutôt réussie et qui plaira aux amateurs de ce genre de bande dessinée. La seule coïncidence trouble est la présence des assassins du juge (un peu facile, non ?).

Roger Seiter, en vieux routier du scénario (une quarantaine d’albums chez Casterman et Glénat, dont Lefranc, Le policier qui rit ou l’excellent Trou de mémoire) utilise à merveille une toile de fond historique propice à l’aventure et aux enquêtes. Le point fort de cette histoire est la belle mise en valeur du milieu maritime. Le lecteur ressent la houle, les embruns et les vagues. Le quotidien à bord est lui aussi un sans faute historique.

Nous apprécions moins la partie graphique proposée par Johannes Roussel. Le dessinateur allemand, qui a travaillé sur une dizaine d’albums (Après un si long hiver, Trajectoires ou Alsace 1576) s’il est à l’aise sur les décors, les navires ou les combats maritimes (il a obtenu des conseils précieux de Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine et auteur de nombreux ouvrages sur la marine) a beaucoup plus de mal concernant les personnages et plus particulièrement les visages (nous ne distinguons pas toujours qui est qui).

  • HMS, l’intégrale
  • Scénariste : Roger Seiter
  • Dessinateur : Johannes Roussel
  • Editeur : Long Bec
  • Prix : 39.50€
  • Parution : 20 novembre 2015

Résumé de l’éditeur : Les trois lettres HMS sont un préfixe de navire utilisé dans la Royal Navy qui correspondent à l’abréviation de Her Majesty’s Ship ou His Majesty’s Ship selon que le monarque anglais est de sexe féminin ou masculin…

La série met en scène des navires britanniques à la fin du 18eme siècle, à une période qui se situe entre la Révolution Française et les guerres napoléoniennes. Il s’agit donc de récits qui s’apparentent au genre littéraire des « récits maritimes ».

Les six volumes initialement parus chez Casterman racontent les aventures de John Fenton, un jeune médecin accusé de qui est emmené de force à bord de la Danaë, un navire de ligne de 74 canons. Il y fait ses débuts de matelot aux côtés de son ami Byam avant de se voir confié la charge de médecin du bord.A bord de la Danaë, John mène avec brio une enquête policière qui le fait remarquer par les services secrets de l’Amirauté britannique.

Fox’s garden

Notre avis : Au cœur de l’hiver, un jeune garçon aide une renarde à mettre au monde ses renardeaux. Camille Garoche dévoile cette sublime histoire d’amitié et d’entraide dans Fox’s Garden, publiée par Soleil.

Après les magnifiques Marie-Antoinette carnet de reine de Benjamin Lacombe, Billy Brouillard de Guillaume Bianco, Carnets de Cerise de Chamblain & Neyret, Chemin Perdu d’Amélie Fléchais ou encore Pinocchio de Jérémie Almanza, la collection Métamorphose donne carte blanche à la jeune auteure qui a fait ses études d’Arts graphiques aux Beaux-Arts de Cergy. Pour son récit muet d’une grande tendresse, elle réalise ses pages en papier découpé (elle explique son travail dans cinq pages à la fin de l’album).

Idéal pour les tout-petits, elle imagine une drôle de rencontre entre une renard et un jeune garçon. Cette opposition être humain-animal sauvage, si elle est peu originale, fonctionne ici à merveille. Chassée par les autres habitants du village, elle trouve refuge chez l’enfant qui lui apporte même de la nourriture.

Simple mais tellement bienveillante, cette histoire est poétique et d’un grand optimisme. A lire, à offrir !

  • Fox’s garden
  • Auteure : Camille Garoche
  • Editeur : Soleil, collection Métamorphose
  • Prix : 12.99€
  • Parution : 25 octobre 2015

Résumé de l’éditeur : Par une froide nuit d’hiver, une renarde cherche désespérément un abri pour mettre au monde ses petits… Les premiers flocons font leur apparition. Chassé tour à tour par les habitants du village, l’animal sauvage finit par se réfugier dans une serre, au fond d’un jardin… Depuis la fenêtre de sa chambre, un petit garçon l’aperçoit et décide de lui apporter son aide. Trouvera-t-elle une idée singulière pour le remercier ?…