En vacances avec des BD jeunesse – partie 1

Tout au long de l’année, des albums de bandes dessinées jeunesse sont publiés. Parfois, nous n’avons pas eu le temps de vous en parler. Voici donc En vacances avec des BD jeunesse – première partie, 7 titres à découvrir pour les plus jeunes.

Myrmidon au pays des ninjas de Loïc Dauvillier et Cecil (éditions La gouttière)

Myrmidon au pays des ninjas de Loïc Dauvillier et Cecil (La gouttière)

C’est en 2013 que Loïc Dauvillier et Thierry Martin donnent naissance à Myrmidon, un petit garçon qui, dès qu’il enfile un costume, vit des aventures folles.

Aujourd’hui, le scénariste a invité Cecil à mettre en image la 8e aventure de Myrmidon. Alors qu’il se promène, le petit garçon découvre un cerisier en fleur. Patatras, il tombe et découvre le costume d’un ninja. Deux katanas, une chemise, un pantalon et un ruban pour attacher ses cheveux. Le voici en véritable soldat japonais !

Myrmidon est une très jolie série pour les enfants à partir de 2 ans. Sans texte, elle est idéale pour les non et primo-lecteurs. L’intrigue repose toujours sur le même schéma : Myrmidon enfile un costume et devient le temps d’une aventure, le personnage du costume. Dragon, cow-boy ou cosmonaute, il a déjà vécu mille vies ! Cette première bande dessinée pour les tout-petits, à l’image de la merveilleuse série Petit Poilu, est drôle, tendre et le personnage principal, attachant. Dans ce nouvel opus, Myrmidon va jouer des katanas contre de vrais ninjas !

Myrmidon au pays des ninjas de Loïc Dauvillier et Cecil (éditions La gouttière)

De Cecil, nous connaissons son travail pour les plus grands (Le réseau Bombyce, Holmes). Et si son trait réaliste fait des merveilles sur ces deux séries, la bande dessinée jeunesse lui va très bien. Pour une première, c’est une réussite ! Il s’est parfaitement emparé du personnage créé graphiquement par Thierry Martin.

Myrmidon au pays des ninjas : laissez-vous embarquer dans cette très belle aventure pour les tout-petits.

Le monstre au violon de Richard Petitsigne et Olivier Supiot (La Gouttière)

Le monstre au violon de Richard Petitsigne et Olivier Supiot (La Gouttière)

Poursuivons avec un album de nouveau édité par La Gouttière, dans la collection Do Ré Mi Chat : Le monstre au violon. Ce quatrième titre de ce label autour de la bande dessinée et de la musique classique a eu les honneurs dans l’exposition des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens en juin dernier.

Pour cet opus, Richard Petitsigne et Olivier Supiot imaginent un récit fantastique inspiré de la Symphonie n°4 de Mendelssohn.

Bertie et ses amis ont terminé leur journée de classe. Les petits monstres partent jouer dans la forêt mais Bertie est hypnotisé par une mélodie s’échappant d’une maison isolée. C’est une jeune femme qui joue du violon. Elle lui prête ensuite un instrument. C’est décidé, de retour chez lui, il s’entrainera à en jouer. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde…

Le monstre au violon de Richard Petitsigne et Olivier Supiot (La Gouttière)

Comme l’explique dans notre interview Marie Cavanne, éditrice de Do Ré Mi Chat, cette collection doit permettre de “Faire faire aux enfants un premier pas dans la musique.” Les lecteurs découvrent l’histoire en écoutant en même temps les morceaux de musique classique.

Le monstre au violon est une jolie histoire avec des monstres tout mignons comme Olivier Supiot sait les dessiner magnifiquement. Et c’est le plus gros point fort de l’album : la partie graphique. Le jaune de Bertie est éclatant. Et les planches de l’auteur de Lili Crochette bénéficient de beaux aplats de couleurs pétillantes.

Le monstre au violon : un nouvel bel opus de la collection Do Ré Mi Chat, un label mêlant habilement bande dessinée et musique classique.

Nikuko du port de pêche de Sugisaku, d’après l’œuvre de Kanako Nishi (Le renard doré)

Nikuko du port de pêche de Sugisaku, d’après l’œuvre de Kanako Nishi (Le renard doré)

Après la musique, continuons notre voyage vers l’Est et le Japon avec Nikuko du port de pêche, une très jolie série manga éditée par Le renard doré.

Dans un petit village portuaire typique. Nikuko vit avec sa fille Kikurin. La première a 38 ans, célibataire et cabossée par une vie qui n’est pas un long fleuve tranquille. La seconde, sa fille de 11 ans, est très introvertie, tout le contraire de sa mère.

Nikuko travaille dans un restaurant de grillades. Kikurin l’observe comme elle observerait le monde, avec des yeux de pré-adolescente. Elle a souvent honte de sa mère, qui se porte bien parce qu’elle mange énormément. Mais surtout, la petite fille n’est pas dupe des hommes manipulateurs qui entourent Nikuko.

Nikuko du port de pêche de Sugisaku, d’après l’œuvre de Kanako Nishi (Le renard doré)

Ainsi va la vie dans Nikuko du port de pêche. De très jolies tranches de vie du quotidien de deux personnages sympathiques et extrêmement attachants. La mère et la fille sont à des années-lumière l’une de l’autre. Le sang les rapproche, pas leurs caractères. C’est ce piquant entre les deux qui fait apprécier cette série. Tout est matière à rire et à réfléchir dans ce manga. Sous ses airs gentillets et naïfs, Sugisaku, par l’entremise des livres de la romancière Kanako Nishi, évoque le temps qui passe, les relations mère-fille et le passage à l’adolescence. On aborde aussi l’école, les garçons, les filles, les clans, mais aussi les livres que lit Kikurin, de repas généreux.

Le dessin de Sugikasu est tout en délicatesse et tendres. Le côté rétro années 80 fonctionne à merveille sur les lecteurs.

Nikuko du port de pêche : un moment enchanté entre une fille et sa mère, entre tendresse, piquant et amour filial.

Ally et Gator de James Burks (Les aventuriers d’ailleurs)

Ally et Gator de James Burks (Les aventuriers d’ailleurs)

Ce n’est pas de la mer que débarque Gator mais des tuyaux des toilettes ! Ally et Gator est un album humoristique édité par Les aventuriers d’ailleurs.

Un petit garçon achète un bébé alligator pour 2.50$ ! Mais rapidement son chien, sa mère et son père lui demandent de s’en débarrasser. Il le jette dans la cuvette des toilettes. Dans les eaux des égouts, Gator grandit. Il est devenu très intelligent après avoir lu des livres et s’être instruit sur internet. Il rencontre alors Ally, une jeune adolescente…

Ally et Gator de James Burks (Les aventuriers d’ailleurs)

Ally et Gator, c’est un ouvrage digne des séries animées Hanna & Barbera ! Une loufoquerie entre un animal sauvage et une petite fille. L’amitié impossible au départ entre un alligator et un être humain. Il est énorme, elle est fluette. Mais tous les deux sont intelligents. Ils vont alors vivre des aventures décalées sous la plume de James Burks, un auteur de comics américain.

C’est drôle, c’est fou et le duo n’hésite pas à faire plein de bêtises. Gator protège d’ailleurs toujours Ally de camarades désagréables. Le dessin tout en rondeur est moderne et très dynamique dans les mouvements.

Ally et Gator, pour rire d’un duo improbable d’une petite fille et son ami, un alligator.

L’île des mythes d’Anaïs Halard et Sole Otero (Casterman)

L’île des mythes d’Anaïs Halard et Sole Otero (Casterman)

Dans un pays lointain gouverné par la reine Dumésa, une école de sorcières et de sorciers. Dans ses murs, on y trouve Isia, Betty Boop, Pio un yokaï ou encore Blanche-Neige. Elles y étudient la magie.

Mais on ne peut pas dire que Isia soit une excellente sorcière. Ses capacités semblent limitées. Et chez elle, ses parents n’en sont pas non plus convaincus.

Pour prouver à tout le monde qu’elle est capable d’être une grande sorcière, Isia participe au grand tournoi. Un concours de magie à l’issue duquel les lauréats seront envoyés sur l’île céleste. Ils seront alors l’élite, celle qui protège la population du royaume. Isia est aidée dans sa tâche par Sora, sa voisine.

L’île des mythes d’Anaïs Halard et Sole Otero (Casterman)

Référence à la pop culture, tournoi de magie, école de sorcière, quête initiatique, apprentissage et humour sont au cœur de L’île des mythes. Si la base de l’histoire imaginée par Anaïs Halard semble classique et déjà vue, l’autrice de Sacha et Tomcrouz la fait vite glisser vers un récit singulier et original. Avec une héroïne peu sûre d’elle, mise à mal par ses camarades parce que très moyenne en magie, la scénariste explore des thèmes contemporains comme la sororité ou les aidants (Isia participe au tournoi pour soigner son père aveugle).

L’ambiance mystérieuse et magique est portée par le très beau dessin de Sole Otero. Les créatures magiques sont magnifiques, les couleurs flashy bien senties et le découpage dynamique.

Le premier tome de L’île aux mythes est plaisant et accrocheur grâce à une héroïne attachante et un dessin excellent !

Le joli monde de Finette de Nadia Berkane et Alexis Nesme (Oxymore)

Le joli monde de Finette de Nadia Berkane et Alexis Nesme (Oxymore)

Forêt de Bois-Joli. Barnabé vient tout juste d’y emménager. Mais l’ours est mal léché. “Grumpf !” répète-t-il sans cesse. Pour être grognon, ça il est grognon !

Même s’il n’est pas très aimable aux dires des habitants, Finette décide quand même de lui préparer des gâteaux. Elle est aidée par Chifoumi, le lapin.

Le premier jour, à l’invitation de Finette, Barnabé lui répond qu’il a piscine. Le deuxième jour, qu’il fait du tricot. L’ours n’a pas envie de voir la petite fille. Mais le troisième jour, une drôle de circonstance les fait se rencontrer…

Le joli monde de Finette de Nadia Berkane et Alexis Nesme (Oxymore)

Le joli monde de Finette est la nouvelle série de la collection P’tite Luciole des éditions Oxymore. L’autrice et directrice de collection Nadia Berkane imagine ce très joli conte animalier. Si l’histoire n’est pas des plus originales (un ours bougon, une petite fille qui essaie de l’amadouer), l’ambiance est, quant à elle, joyeuse. Elle est portée par l’altruisme de Finette et l’humour.

Après Bébé Koala, Nadia Berkane fait de nouveau équipe avec son compagnon Alexis Nesme. Et cela se sent qu’ils s’amusent dans cet album. La connexion est excellente. Auteur reconnu dans le monde du 9e art par les merveilleux albums Les enfants du capitaine Grant, Grabouillon et Horrifikland, il réalise de très belles planches. Son dessin numérique tout en rondeur et ses couleurs qui apportent beaucoup de matière sont superbes. Le découpage alternant les illustrations pleine-page et les planches avec 2,3 et 4 vignettes sans cadre et très arrondies sont idéales pour la fluidité de la lecture par les plus petits.

Le joli monde de Finette : un premier opus sympathique et beau.

Le racisme expliqué à ma fille de Marzena Sowa et Hélène Le Cam, d’après le livre de Tahar Ben Jelloun (Seuil Jeunesse BD)

Le racisme expliqué à ma fille de Marzena Sowa et Hélène Le Cam, d’après le livre de Tahar Ben Jelloun (Seuil Jeunesse BD)

En 1988, Tahar Ben Jelloun publie Le racisme expliqué à ma fille, un essai précieux, intelligent et puissant. Rapidement, le livre se vend énormément à plusieurs millions d’exemplaires, traduit dans 25 langues. Ce petit ouvrage de 220 pages fait date. Il est énormément lu dans les familles, à l’école, au collège. De nombreux débats sont ouverts dans les médias autour de l’ouvrage.

Dans Le racisme expliqué à ma fille, Tahar Ben Jelloun choisit le mode questions-réponses pour composer son livre. Il répond ainsi aux nombreuses interrogations de Mérième, sa jeune fille.

Aujourd’hui, Le racisme expliqué à ma fille est décliné en bande dessinée par Marzena Sowa et Hélène Le Cam. Et l’on peut souligner que l’ouvrage est malheureusement encore très actuel. Alors que les tensions sont de plus en plus fortes en France, que la xénophobie, l’antisémitisme et l’islamophobie voient leurs chiffres augmenter, Le racisme expliqué à ma fille est de nouveau indispensable. Et l’on pense au poète franco-marocain né en 1947, qui n’aurait peut-être pas cru encore cela valable aujourd’hui. Un éternel combat…

Le racisme expliqué à ma fille de Marzena Sowa et Hélène Le Cam, d’après le livre de Tahar Ben Jelloun (Seuil Jeunesse BD)

La scénariste de Dirty Rose et Hey Djo a bien travaillé Le racisme expliqué à ma fille. Elle reprend le schéma de Tahar Ben Jelloun : 10 concepts déclinés en petits chapitres. Ainsi, l’auteur du texte originel répond aux questions de sa fille. Du Racisme est-il universel au Racisme peut-il disparaître, en passant par Les origines du racisme ou La colonisation, c’est quoi ?, tout est extrêmement bien expliqué, avec des mots bien pesés pour parler aux enfants.

Pour accompagner Marzena Sowa, Hélène Le Cam réalise des planches redoutablement efficaces. Pour son premier album de bande dessinée, l’autrice marche dans les pas de Quentin Blake.

Plus que jamais d’actualité, Le racisme expliqué à ma fille est une très bonne adaptation de l’essai de Tahar Ben Jelloun. Une excellente manière de créer des débats enfants/adultes.

En vacances avec des BD jeunesse, une première partie pour découvrir des albums dans tous les univers jeunesse ! Bonnes lectures !!!

Article posté le vendredi 11 juillet 2025 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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