Dans le taxi

Un conducteur de taxi collectif vit sa ville par l’entremise de ses clients. Barrack Rima dévoile ses rencontres Dans le taxi, un très bel album aux éditions Alifbata, entre Liban et littérature.

Les éditions Alifbata ont publié deux formidables titres : La fatma au parapluie et Le pain nu. A ces deux ouvrages singuliers et forts, l’on peut y ajouter Dans le taxi.

Barrack Rima raconte le Liban et Beyrouth. Dans le début de l’album, il brosse le portrait de la cité millénaire au bord de la Méditerranée. On la découvre ouverte sur le monde et culturelle.

Puis, il repense à sa ville natale de Tripoli au Liban, à ne pas confondre avec celle de la Libye. Le conducteur du taxi collectif s’avère amoureux de littérature et de poésie. Les client.es plutôt aisés se retrouvent sur la banquette à l’arrière du taxi. Ils devisent sur la situation du pays ou de l’évolution des mœurs. Ils boivent un café lorsque le taxi s’arrête pour laisser entrer un petit garçon habillé en fille…

Dans le taxi, c’est à a fois doux, bienveillant et dur; la vie en somme. Dans le taxi, c’est le retour de Barrack Rima dans sa ville natale, pour retrouver ses racines et répondre aux questions que la vie lui pose. Son noir et blanc est lumineux, ses personnages sont hétéroclites et son récit passionnant.

Dans le taxi, c’est une très belle plongée dans le Liban, celui de Barrack Rima, celui du brassage, de l’ouverture, de la culture et de la littérature.

  • Dans le taxi
  • Auteur : Barrack Rima
  • Éditeur : Alifbata
  • Prix : 18 €
  • Parution : 08 janvier 2021

Résumé de l’éditeur : Après Beyrouth, la trilogie, Barrack Rima retourne au Liban pour accompagner le lecteur dans sa ville natale, Tripoli. Le voyage que Rima nous propose ici est un retour intimiste à la dimension familiale et à l’enfance. Un voyage dans l’espace et dans le temps qui mêle rêves et réalités, dont le point de départ est un rêve d’enfant resté inexpliqué, et la destination, le besoin inassouvi de le démêler.

Pour accomplir ce retour aux origines, Rima choisit un taxi collectif. Ce moyen de transport en commun, si répandu au Liban, est un vrai microcosme grouillant de vie et de vies, où les passagers se partagent, le temps d’un parcours, non seulement une voiture mais aussi des histoires, devenant à la fois narrateurs et spectateurs. Cet espace public en mouvement devient ainsi le théâtre où les récits des uns et des autres nourrissent la quête de l’auteur.

L’exil, le sentiment d’étrangeté, la dimension de l’entre-deux, le masculin et le féminin, l’amour, la sexualité et la poésie, les interdits et les tabous – ceux fantasmés et ceux que l’on retrouve dans le répertoire de la poésie arabe classique -, sont parmi les nombreux sujets explorés à bord de ce taxi qui accompagne l’auteur dans sa recherche intime, au bout de son rêve d’enfant.

L’ermite maudit

Le club des détectives des Mystères de Hobtown sont de retour dans une belle enquête L’ermite maudit, signée Kris Bertin et Alexander Forbes.

Quelle belle idée ont eu les éditions Pow Pow de publier la série Les mystères de Hobtown ! Après un premier volume L’affaire des hommes disparus (en sélection Polar à Angoulême 2021), le duo d’auteurs Bertin/Forbes récidive avec un nouveau mystère mis sur la route du célèbre club de détectives de lycéens.

Dans ce deuxième opus, la petite ville d’Hobtown (une cité fictive) est encore en émois. Quelques mois après le premier dossier, une deuxième affaire surgit.

Comme tous les ans, l’ermite sort de sa cachette pour approcher de la ville. Il titube sous les regards de la foule. Mais voilà, il aurait disparu. Le club ne peut pas enquêter sur ce fait-divers parce que les vacances de Noël approchent et que chaque membre rejoint sa famille pour ces moments importants de la fin d’année. Quant à Pauline et Brennan, ils se retrouvent à l’académie Knotty, un lieu étrange et mystérieux…

Les deux auteurs d’Halifax au Canada poursuivent l’ouverture de leur univers policier avec un nouveau très bel opus. Ils réinventent le genre noir avec intelligence. Dans la veine des polar des années 1950-1960, ils tissent une intrigue haletante et accrocheuse. Ils impriment une atmosphère de suspense à leur récit qui tient en haleine leur lectorat. Il y a du Twin Peaks de David Lynch dans cette belle série. Leurs lycéens forment un groupe de personnalités hétéroclites mais très complémentaires. A la lisière du fantastique, L’ermite maudit joue avec délice avec les codes des romans noirs.

Le trait semi-réaliste d’Alexander Forbes est rétro à souhait comme le veut le récit de son comparse Kris Bertin.

  • Les mystères de Hobtown : L’ermite maudit
  • Scénariste : Kris Bertin
  • Dessinateur : Alexander Forbes
  • Éditeur : Pow Pow
  • Prix : 19 €
  • Parution : 04 décembre 2020
  • ISBN : 9782924049815

Résumé de l’éditeur : Le temps des fêtes approche, mais les mystères ne prennent pas de vacances dans la petite ville de Hobtown en Nouvelle-Ecosse. Quelques mois après avoir résolu l’affaire des hommes disparus, le club de détectives amateurs dirigé par Dana doit à nouveau mener l’enquête. Cette fois, Pauline et Brennan sont envoyés à l’académie de Knotty Pines – qui forme l’élite de Hobtown depuis plusieurs générations. Mais les sombres corridors de cette prestigieuse institution abritent de nombreux secrets, dont une terrible malédiction.

Bergen

Les éditions çà et là dévoilent Bergen, la très bel album de Anja Dahle Øverbye autour du thème de la dépression. Émouvant !

Maria et Johanna sont des amies de longue date. Elles vivent en colocation, elles vont dans la même université et travaillent dans le même magasin pour subvenir à leurs besoins. Régulièrement, comme de nombreux jeunes elle sortent et font la fête… Jusqu’ici tout semble normal, mais Maria souffre de dépression, petit à petit son état se dégrade et a un impact de plus en plus important sur sa vie, ses cours et sur son amitié… Est-ce que cette amitié sera assez forte pour résister ?

La dépression est un sujet que nous connaissons tous plus ou moins, de près ou de loin nous y avons tous été confronté (un ami, un parent, une connaissance). Anja Dahle Øverbye après nous avoir parlé de la violence scolaire dans  » Sous le signe du grand chien » aborde dans un livre partiellement autobiographique une nouvelle fois un thème très actuel. Avec sa douceur et sa sensibilité, elle nous montre l’évolution de la maladie et les impacts sur la vie des étudiantes mais aussi sur leur amitié qui est soumise à de fortes tensions. J’ai réellement une profonde affection pour l’autrice et pour son univers graphique en noir et blanc.

Sans être trop pesant ou oppressant, elle arrive à nous émouvoir. J’aime énormément quand le dosage entre l’histoire et le graphisme nous conte une histoire humaine sur le fil du rasoir. Une fois de plus, Anja Dahle Øverbye a réussi son pari et je vous recommande très fortement cette lecture touchante.

  • Bergen
  • Autrice : Anja Dahle Øverbye
  • Éditeur : çà et là
  • Prix : 17 €
  • Parution : 21 janvier 2021
  • ISBN : 9782369902881

Résumé de l’éditeur : Bergen, deuxième plus grande ville de Norvège, est le cadre d’un récit partiellement autobiographique, dans lequel Anja Dahle Overbye raconte comment une amitié entre deux jeunes femmes est mise à l’épreuve par la dépression de l’une d’elles. Maria et Johanna sont amies de longue date et elles se réjouissent de faire leur rentrée en première année de fac ensemble. Elles partagent un appartement, travaillent dans le même magasin de vêtements pour arrondir leurs fins de mois et sortent beaucoup, au cours de soirées très arrosées. Mais Maria souffre de dépression et son état empire pendant l’année ; elle cumule les aventures sans lendemain alors qu’elle est en couple et boit de plus en plus. Elle se met à sécher les cours et elle a le sentiment de s’enfoncer dans des sables mouvants. Il faudra toute la patience de son amie et de sa thérapeute pour que Maria parvienne à progressivement s’en sortir. Dans ce deuxième roman graphique, Anha Dahle Overbye aborde avec délicatesse et pudeur la thème de la dépression chez les jeune dans un récit qui est dans le prolongement des tensions entres adolescentes décrites dans son précédent livre, Sous le signe du grand chien.

Battue

Alors qu’elle vient de perdre son père, Camille décide de renouer avec les Blanchistes, un groupe de chasseurs violents pour étayer l’article d’un ami journaliste. Marine Levéel et Lilian Coquillaud dévoilent Battue, un album hors-norme glaçant et questionnant sur notre monde actuel.

Quel album ! Quelle claque ! Les éditions 6 pieds sous terre ont eu une riche idée que d’accepter de publier ce récit glaçant de Marine Levéel et Lilian Coquillaud.

Camille est groggy. Elle doit revenir dans son village d’enfance après tant d’années. Son père est mort. Elle le sait, en regagnant le foyer familial, son passé va lui éclater au visage comme un boomerang. Il faut souligner qu’elle avait quitté sa région parce qu’elle n’était plus du tout en phase avec les idées réactionnaires de son père. L’homme était à la tête des Blanchistes, un groupuscule de chasseurs violents et suprémacistes.

Son ami journaliste lui conseille alors de renouer avec ses anciens amis. Infiltrée parmi eux, elle doit lui fournir des informations pour un article à paraître. Et si ses instincts refaisaient surface ? Et si elle ne pouvait pas avoir assez de recul et retomber dans les travers des Blanchistes ?

Battue : Un album glaçant de réalisme

Tout est oppressant et glaçant dans Battue. Marine Levéel  a vraiment mis en place une atmosphère de fin du monde, proche du survivalisme pour conter son récit. Elle a d’ailleurs utilisé des bribes de sa propre histoire pour conter cette bande dessinée. Cette grande battue à laquelle participe Camille pour réintégrer le groupe est angoissante. Les hommes – elle est la seule femme – sont animés de plus bas instincts grégaires.

Tuer et chasser pour montrer sa virilité, faire peur à des étrangers pour montrer sa suprématie de Blancs, tels sont les enjeux de l’album, les racines du mal, des racines profondes qui refont parler d’elles depuis quelques années. En ce sens, Battue est un album très moderne.

Camille est la fille du chef défunt. En cela, elle a le droit de porter une arme et retrouver sa place parmi les siens, ses frères de sang.

Battue, c’est aussi la façon dont un enfant tente de s’éloigner de ses parents toxiques, essayer de ne pas retomber vers l’Enfer.

Et il y a l’ami journaliste qui met Camille en danger, qui lui même est pourchassé. Dire la vérité au monde, faire comprendre aux autres que ces groupes sont composés d’innommables personnes, tel est le rôle si essentiel du journaliste de terrain.

Battue bénéficie de tout le talent graphique de Lilian Coquillaud. Ses aquarelles sont magnifiques. Il donne de la chaire par des textures de matière d’une grande force. La beauté de ses dessins tranchent avec le propos si noir et angoissant du récit. La chevelure rousse de Camille est flamboyante sous ses pinceaux. Elle est comme un tache solaire dans les teintes bleutés et vertes des planches.

Ce somptueux album est nommé dans la Sélection officielle du festival d’Angoulême 2021. Une place de choix pour une histoire aux accents contemporains.

  • Battue
  • Scénariste : Marion Levéel
  • Dessinateur : Lilian Coquillaud
  • Éditeur : 6 pieds sous terre
  • Prix : 24 €
  • Parution : 15 octobre 2020
  • ISBN : 9782352121589

Résumé de l’éditeur : Alors qu’elle mène une nouvelle vie, loin de sa contrée natale et de ses racines, Camille reçoit la visite d’Hassan, un ami d’enfance devenu journaliste. Des retrouvailles amères qui font ressurgir un passé qu’elle avait chassé depuis longtemps. Hassan cherche à infiltrer la « Grande Battue », chasse exclusive menée une fois l’an dans les montagnes de leur région par les Blanchistes, un groupuscule d’influence néo-païenne et réputé proche de l’extrême-droite. il voudrait mettre au jour ce mouvement et son idéologie, persuadé depuis toujours que cette chasse cache les complots ou les exactions qui permettraient de les dissoudre. Camille, fille repentie d’un Blanchiste, pourrait l’aider dans sa mission. très froide, la jeune femme prend rapidement congé de son vieil ami : elle ne veut plus se pencher sur cette part de son histoire. Les hasards de la vie, avec la mort de son père, figure tutélaire de ce mouvement, se chargeront de brouiller ses plans et la feront replonger dans ce passé haï qu’elle avait fui enfant, grâce à sa mère.

Sam a des soucis

Un pistolet. Un costume de super-héros. Un accident. Tout bascule. Geoff dévoile Sam a des soucis, un superbe album jeunesse édité par Casterman.

Avec les jumeaux Titouan et Joshua, Sam aime trainer dans la décharge publique pour y découvrir de vrais trésors. Un jour, ils découvrent un pistolet en état de marche.

Ils décident alors de mettre à profit leur découverte en se déguisant et en faisant peur aux automobilistes. Mais voilà, une conductrice prend peur lorsqu’elle voit l’arme et sa voiture se retrouve dans le ravin près de la plage…

Assumer ses actes et grandir, tel est le cœur de Sam a des soucis, l’excellent album de Geoff. Dans son récit, l’auteur aborde avec une infinie tendresse la période charnière de l’adolescence. Ce moment où l’on est plus un enfant mais pas encore un adulte, ce moment où l’on aime encore jouer et l’on découvre le monde qui nous entoure. Faire des bêtises et braver l’interdit sont autant de moments de bonheur pour ces trois garçons. Il faut aller contre l’autorité et les adultes, malgré les conséquences parfois désastreuses des actes.

Il y a aussi les mensonges pour ses couvrir ou les complots pour se dédouaner. Sam a des soucis parle ainsi de faits universels avec tact.

La liberté des jeux est aussi à coupler avec la découverte des corps. Sam éprouve ses premiers émois dans ce récit intimiste d’une grande justesse.

Le dessin de Geoff est lui aussi très réussi. Il ajoute parfois des flous dans ses contours pour apporter encore plus de suspense et de troubles ressentis par ses personnages de papier.

Sam a des soucis : un très joli titre jeunesse entre amitié, trahison, mensonge et amour. Un album nommé dans la Sélection des prix scolaires d’Angoulême, catégorie Collèges.

  • Sam a des soucis
  • Auteur : Geoff
  • Éditeur : Casterman
  • Prix : 29,90 €
  • Parution : 16 octobre 2019
  • ISBN : 9782203181120

Résumé de l’éditeur : Après Lily, voici Sam. Membre discret de la bande formée avec Titouan et Joshua (respectivement frère jumeau et amoureux secret de Lily), Sam va se retrouver malgré lui dans une drôle d’histoire. Un jour, tandis qu’ils se promènent à la décharge publique, l’un de leurs lieux favoris, les garçons trouvent un pistolet : pas un jouet, mais un vrai pistolet… qui va leur donner une bien mauvaise idée. Revêtus d’improbables uniformes de soldats, ils provoquent un accident de voiture dont Lily est témoin, et qui va donner à Sam l’occasion de se comporter en héros… au risque de devenir plus populaire que Joshua à l’école. Dans cette nouvelle histoire bretonne, où l’on retrouve les personnages de Lily a des nénés, Geoff confirme subtilement son goût pour la couleur directe et pour l’aventure à hauteur d’enfant, ces histoires où les problèmes d’adultes apparaissent lointains tandis que les petits soucis peuvent prendre des proportions insoupçonnées !

Edika anthologie 1979-1984

Pour fêter les 80 ans d’Edika, les éditions Fluide Glacial débutent la publication d’une anthologie de son œuvre prévue en six volumes. Humour en vue !

Né le 17 décembre 1940 à Hélipolis en Egypte, Edouard Karali – dit Edika – fut l’un des piliers du journal humoristique Fluide Glacial. Pendant 40 ans, il fit marcher son imagination pour réaliser des planches d’une drôlerie inégalée. Le premier volume de son anthologie court sur les années 1979 – 1984. Les lecteurs découvrent alors les premiers pas du futur grand auteur de bandes dessinées.

C’est en 1979 qu’Edika pousse la porte du journal « d’umour& bandessinées » Fluide Glacial. Il y est accueilli avec bienveillance par le maître Gotlib, Claire Bretécher et Mandrika.

Le style graphique d’Edika est reconnaissable parmi des milliers de dessins. Ses personnages longilignes et leurs longs nez apportent énormément d’humour. Il faut bien évidemment y ajouter de très belles femmes à la poitrine généreuse et l’on obtient moult dessins drôles.

Adapte d’un humour so british de non-sense, Edika balade ses crayons sur ses planches pour le plus grand bonheur de son lectorat. Clarke Gaybeul, le chat apathique mais aussi Bronski le coléreux ou encore la famille Proko, sont autant de personnages amusants de l’auteur.

Edika fera aussi les beaux jours de Pilote, Charlie Mensuel, Métal Hurlant et créera également le journal Psikopat, qui paraitra entre 1982 et 2019.

Les 6 volumes représentant 309 histoires pour 1870 pages de bandes dessinées seront publiés en deux ans ! Un exploit à la hauteur de ce génie du gag.

Cette anthologie est nommée dans la Sélection patrimoine du Festival d’Angoulême 2021.

  • Anthologie Edika, volume 1 : 1979 – 1984
  • Auteur : Edika
  • Éditeur : Fluide Glacial
  • Prix : 29,90 €
  • Parution : 17 juin 2020
  • ISBN : 9782378783761

Résumé de l’éditeur : Amateurs d’histoire à chute, passez votre chemin. Amoureux d’humour brut et foutraque, cette intégrale est pour vous !Depuis plus de 40 ans, Édika a éclaboussé Fluide Glacial et ses lecteurs de son génie de l’absurde et son humour coloré.

Cascade

Cascade est un OLNI (objet littéraire non identifié). Édité par L’Association, ce très bel album de Fabio Viscogliosi est à la croisée des mondes, entre réflexions philosophiques et référence à la pop culture.

Nommé dans la Sélection officielle du Festival d’Angoulême, Cascade est un formidable titre hybride. Pour sa troisième publication à L’Association (Au coeur du monde, Da Capo), il laisse son esprit vagabonder à travers 120 pages.

Cascade met en scène un âne gris, avatar de papier et alter ego de Fabio Viscogliosi. L’auteur de la région lyonnaise réalise de très belles planches où son propos se développe sur une page uniquement.

Les récitatifs pleins de verve se retrouvent sous ses vignettes, à l’ancienne. Il alterne ainsi les grandes illustrations et les cases classiques. Il y a de la réflexion et de la philosophies dans les paroles de l’animal mais également dans les pages où il n’apparait pas. Ainsi dans les planches intitulées Miscellanous, Viscogliosi met en lumière des animaux anthropomorphes mais également des objets.

L’âne gris invoque les souvenirs de Fabio Viscogliosi, se laissant bercer par une nostalgie agréable et positive. Il aborde aussi des œuvres littéraires et cinématographiques qui lui sont chères.

  • Cascade
  • Auteur : Fabio Viscogliosi
  • Éditeur : L’Association
  • Prix : 32 €
  • Parution : 18 septembre 2020
  • ISBN : 9782844147820

Résumé de l’éditeur : Quel est le point commun entre Galilée, Robert Bresson, Ettore Sottsass, saint François d’Assise et Robert Walser ? Rien a priori, si ce n’est de se retrouver convoqués par Fabio Viscogliosi dans son dernier ouvrage, Cascade. Réflexions métaphysiques, bribes de souvenirs, références au cinéma et à la littérature se trouvent mêlées dans ce livre album haut en couleurs. Les 103 planches du volume constituent autant de tentatives d’arrêter le temps en isolant une idée, un souvenir ou une sensation et fonctionnent comme des variations regroupées sous une même atmosphère colorée. Fabio joue avec des formes aux couleurs franches et aux contours bien délimités pour bâtir des visuels ludiques à la limite de l’abstraction. Un travail qui évoque ses oeuvres à la peinture acrylique. Il met également en scène le fameux âne, alter-ego de papier et personnage récurrent de son univers graphique – figure que l’on retrouve également sur les pochettes de ses albums, car Fabio est également musicien. À la fois livre de notes et de souvenirs, Cascade s’attaque au joyeux chaos de la pensée pour tenter de le mettre en forme(s). Il s’agit de son troisième ouvrage publié par L’Association.

 

Billy Noisettes

Billy est un créature faite de mouches. Chassée de la maison, elle va vivre des aventures fantastiques délirantes sous la plume de Tony Millionaire dans Billy Noisettes. Une fable fantaisiste complètement barrée !

Quelle riche idée ont eu les éditions Huber de publier Billy Noisettes ! Prix Eisner du meilleur auteur humoristique 2007 pour Billy Hazelnuts (Billy Noisette) et Sock Monkey: The Inches Incidents, l’auteur américain né à Boston en 1956, régale ses lecteurs d’un étonnant conte fantaisiste où tout est fou !

Madame Rimperton n’en peut plus des souris dans sa maison. Pour tenter de les chasser, elle imagine une créature faite de restes de tourte à la viande et de menthe. Mais voilà, cette terrifiante bestiole prend vie après que des mouches se soient glissées dans les orbites de ses yeux. Billy aux mouches venait de naître.

Mais en voyant la créature, Mme Rimperton la prend en pitié et remplace ses mouches par des noisettes, ainsi Billy aux mouches devint alors Billy Noisettes. Il vit de drôles d’aventures et croise Becky la jeune fille éprise de sciences, Rupert Châtaigne un lutin, Eugène amoureux de Becky mais également un bébé hibou et un crocodile mécanique…

Dit comme cela, Billy Noisettes pourrait paraître désordonné et foutraque. Point du tout ! Tony Millionaire sait où il veut en venir en nous contant cette histoire fantastique. La créature parcourt des mondes étranges dans cette fable fantaisiste très drôle et décalée.

L’auteur américain met en scène un invention entre le Golem de la mythologie juive et la créature de Frankestein. Si Billy s’adoucit au fil des pages, devenant presque humain, il lui arrive de retomber dans ses travers proches de l’instinct. Il s’impatiente rapidement. Serait-il autre chose que l’on voit au premier abord ?

Billy Noisettes c’est aussi un conte initiatique où le héros grandit aux côtés de personnages qu’il croise. Il va d’épreuves en obstacles. Les surprises et les rebondissements sont nombreux dans le récit de Tony Millionaire. Il n’hésite pas à évoquer des références littéraires issues de la culture populaire du XIXe siècle. Son trait s’apparente ainsi aux gravures et autres illustrations de ce siècle mais également aux bandes dessinées des années 1920. Son découpage est efficace mettant en scène 3 ou 4 vignettes maximum par planche. Cela donne du mouvement et de la fluidité à son trait en noir en blanc.

Billy Noisettes est nommé dans la Sélection officielle du festival d’Angoulême 2021. Une belle jolie surprise d’un auteur peu connu en France (Oncle Gabby & The Adventures of Tony Millionaire’s Sock Monckey édités par Rackham).

  • Billy Noisettes
  • Auteur : Tony Millionaire
  • Éditeur : Huber
  • Prix : 22 €
  • Parution : 13 mars 2020
  • ISBN : 9782955261057

Résumé de l’éditeur : Tony Millionaire, le mythique auteur américain nous offre avec ce roman graphique une oeuvre Magistrale primée aux célèbrissimes Eisner Awards ! (meilleure bd Humoristique ! ) Dans ce merveilleux et visuellement magnifique hommage à Melville (Moby DIck), Shelley (frankenstein) et Gustave Doré, L’auteur revisite le mythe du golem en narrant la formidable épopée de Becky, petite scientifique avide de savoir et du heros éponyme, Billy Noisettes, (créature organique créée de toutes pièces avec des ingrédients de cuisine par les souris de la maison) durant une quête où les rebondissements et péripéties seront tous plus fou les uns que les autres ! Parcourir la terre entière et même plus pour retrouver la lune disparue ! ‘ Combattre un alligator à vapeur maléfique et sa bande de pirates’ Rapporter un oisillon fou mais abandonné à sa maman’ Se battre quotidiennement avec le chat de la maison pour asseoir sa domination et son leadership’ Rien de tout celà ne fera peur à notre colérique Billy Noisettes qui prendra un malin plaisir à parcourir les somptueuses pages de ce livre armé de ses plus fidèles atouts : SON MAUVAIS CARActère et son tempérament de feu ! En proposant aux lecteurs cette oeuvre foisonnante et époustouflante fourmillant de détails et de références à des oeuvres majeures de la culture du 20eme siecle, Tony Millionaire charismatique auteur américain fusionne l’esprit le plus sombre des anciens contes de fées avec une aventure absurde au possible pour proposer une histoire et un univers unique en son genre ! Véritable fuite en avant ne laissant pas une minute de répit tant visuellement que narrativement, Billy noisettes offre une expérience de lecture d’une intensité folle et installe définitivement Tony Millionaire à la table des grand !

Mauretania – une traversée

Les éditions Tanibis dévoilent Mauretania – une traversée, l’excellent recueil d’histoires courtes de Chris Reynolds.

Nommé dans la Sélection patrimoine du festival BD d’Angoulême 2021, Mauretania – une traversée est un album composé de plusieurs courts récits. Chris Reynolds met en scène des anonymes en prise avec le quotidien, faisant parfois intervenir des phénomènes surprenants.

Cet album de 292 pages est à la fois fascinant et hallucinant. Le point commun de ces différents récits : des détails qui transforment une histoire somme toute banale en un récit extraordinaire.

Parfois ancrées dans le réel (Passer sous le soleil, L’âge d’or), ces histoires prennent un tour d’anticipation avec Le cadran. Chris Reynolds n’oublie pas de glisser quelques pointes d’humour so british pour le plus grand bonheur de son lectorat.

Les récits composant Mauretania – une traversée ne sont jamais formés de la même manière. Ainsi, ils peuvent courir sur deux planches comme sur plusieurs chapitres.

L’auteur britannique utilise avec une grande précision l’art du gaufrier (ici, neuf vignettes). Les propos et son dessin font de Chris Reynolds, un auteur hors-norme !

  • Mauretania – Une traversée
  • Auteur : Chris Reynolds
  • Éditeur : Tanibis
  • Prix : 25,95 €
  • Parution : 19 juin 2020
  • ISBN : 9782848410531

Résumé de l’éditeur : À première vue, le monde de Mauretania ressemble au nôtre. On y prend le bus ; on y enchaîne les petits boulots ; on s’y remémore le passé avec nostalgie… Mais plus on le regarde de près, plus il paraît étrange. On y croise un détective enquêtant sur des immeubles qui disparaissent du jour au lendemain ; on tombe au coin de la rue sur une arche romaine qui semble avoir été construite la veille ; on y rencontre enfin « Monitor II », personnage énigmatique investi d’une lourde mission : veiller à l’équilibre du monde… Cette anthologie réunit de nombreux récits publiés à l’origine au Royaume-Uni entre 1985 et 1990 dans lesquels les règles du temps et de l’espace, ainsi que de la causalité sont malmenées, tordues, jusqu’à l’absurde. On voit poindre dans Mauretania des ingrédients issus du récit de genre – on y trouve par exemple des éléments de science-fiction, des enquêtes policières… – et un discret humour tout britannique. Mais de la même façon que le monde qu’il bâtit semble comme altéré, Chris Reynolds, que le dessinateur Seth décrit comme « l’auteur le plus sous-estimé des vingt dernières années », prend un malin plaisir à tordre les structures narratives classiques, à déjouer les attentes des lecteurs pour produire quelque chose d’indicible et de mystérieux.

Le serment des lampions

Faire un serment chez les enfants, ça compte ! Ryan Andrews met en scène Le serment des lampions, un album nommé dans la Sélection 12/16 ans du festival d’Angoulême 2021.

Lors de la fête de l’équinoxe d’automne, chaque année, la tradition veut que de très nombreux lampions soient lancés dans la rivière.⠀Et tous les ans, les enfants les suivent jusqu’au « rocher au visage » avant de faire demi-tour.⠀

Mais cette année, une bande d’enfants veut aller plus loin et découvrir la vérité. Est-ce que les lampions s’élèvent jusqu’aux étoiles comme le dit la chanson?⠀

Ils font un serment : Règle N°1 : Demi-tour interdit – Règle N°2 : On ne regarde pas en arrière. ⠀
Jusqu’où cette histoire va-t-elle les mener?⠀

Après avoir lu « Seules à Berlin », il me fallait une lecture qui me fasse voyager jusqu’aux étoiles et ce roman graphique de plus de 300 pages était parfait pour me faire parcourir ce doux chemin.

Ryan Andrews prend le temps, c’est assez rare pour le souligner, de bien poser l’histoire tout en arrivant à captiver le lecteur et à lui donner envie de lire la suite. ⠀

Il parle d’amitié, de courage, d’enfance, de partage des valeurs mais aussi de l’importance des belles choses manufacturées. ⠀

Tout a un sens dans cette lecture et ça fait du bien. Elle permet de s’évader, de voyager avec un ours, de parler à une magicienne qui fait des potions avec de la poussière d’étoile, de voir un chien qui marche sur l’eau et enfin de savoir où vont ces lampions.⠀

C’est une très belle histoire et qui sait, la magie qui en découle vous fera sûrement faire de beaux rêves.⠀

  • Le serment des lampions
  • Auteur : Ryan Andrews
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 25,95 €
  • Parution : 27 mai 2020
  • ISBN : 9782490676231

Résumé de l’éditeur : Tous les ans lors d’une veillée Ben et ses copains jettent une lanterne dans la rivière et suivent son périple à vélo en longeant l’eau. Cette année, cependant, ils sont bien décidés à aller jusqu’au bout et découvrir exactement où se retrouvent ces lampions. Rapidement le petit groupe se sépare et Ben, accompagné de l’étrange Nathaniel, poursuivent seuls l’aventure. C’est alors que le voyage prend une tournure surnaturelle.

 

Parker

Voleur professionnel, Parker est un vrai monument du polar noir signé Donald E. Westlake. Les éditions Dargaud dévoilent l’intégrale de la version BD déclinée par Darwyn Cooke. Merveilleux !

En quelque 20 romans, Donald E. Westlake a su donner un vrai caractère à Parker, un véritable professionnel de la cambriole. Cet univers est un des modèles du genre polar et de nombreux auteurs s’en sont inspirés.

Pour rendre un vrai hommage à Parker, l’auteur et Darwyn Cooke ont décliné son monde en quatre albums, réunis aujourd’hui dans une superbe intégrale, un pavé de 602 pages ! 602 pages d’un bonheur incommensurable ! Une claque, un folie ! On est enthousiastes à sa lecture et l’on aimerait que tous les amateurs de polar ou de BD puissent avoir dans leur bibliothèque ce pur chef-d’œuvre !

Les pages s’enfilent avec délice et avec aisance grâce à une fluidité dans la narration et un dessin en bichromie (noir et bleu) hors-norme. Les planches de Darwyn Cooke sont sublimes, entre ombres et lumières. Pour renforcer les mouvements, certains d’entre eux sont sur-découpés en une multitude de vignettes.

Les rebondissements, les surprises, des planches muettes et des personnages dont les visages sont dissimulés, apportent du dynamisme et confère une vraie ambiance du suspense.

Parker : un héros charismatique, des surprises et un génial dessin. Ce recueil est nommé dans la Sélection polar du Festival d’Angoulême 2021.

  • Parker (intégrale)
  • Scénariste : Richard Stark
  • Dessinateur : Darwyn Cooke
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 45 €
  • Parution : 10 juillet 2020
  • ISBN : 9782205084931

Résumé de l’éditeur : Parker est le prototype du dur à cuir sans états d’âmes, brutal, froid et violent, qui n’éprouve que très rarement le moindre sentiment. Ce personnage a été créé par le « pape » du polar américain, Don Westlake, alias Richard Stark. Et c’est la superstar du comics Darwyn Cooke qui adapte les aventures du « chasseur » dans un style parfait : noir, au couteau, et sensuel. Cette magnifique intégrale regroupe les 4 volumes traduits chacun par des stars françaises : Tonino Benacquista, Matz, Doug Headline, Nicolas Richard.

SpeOpe

Avec SpeOpe, Asamiya nous embarque à bord du « Fragile » un vaisseau spatial aux missions un peu spéciales.

Opera Cat Rune est une capitaine non-standard. Exubérante, incapable de faire un atterrissage correcte, et coursière de l’espace improvisée. Avec ses deux acolytes, un martien à tête de Carlin (ne lui dites pas il se sentirai insulté) et un robot dévergondé, elle convoie des colis de toutes sortes. Légaux et illégaux, des vivants ou des objets.

Alors qu’ils amènent une jupitérienne vers sa planète natale, l’équipage du Fragile enchaîne les embûches et les mauvaises rencontres. Jusqu’à se rendre compte que leur mission n’est pas aussi innocente qu’elle semblait l’être….

SpeOpe premier tome nous emmène dans une mission rocambolesque, un tantinet rétro et rafraîchissante. C’est rien de moins qu’un Space Opera qui ne se prend pas au sérieux.

Les personnages ont un côté vintage. Un sorte de vieil Albator tourné sur l’humour plutôt que sur le dramatique. Opera rappelle un chouilla l’héroïne de Sillage, Nävis. Mais en beaucoup plus naïve et pimpante. Elles dégagent toutes deux une énergie à déménager les supernovas et ce n’est pas pour déplaire.

Le tome 1 va vite. Trop peut-être. L’histoire file à tout allure. Les actions s’enchaînent sans respiration. SpeOpe compile une mission de A à Z. Le décors est planté. Grand comme notre système solaire. Plein de vilains ridiculement sûr d’eux et de plans machiavéliques en perspective. On peut se demander alors si on retrouvera plus tard les personnages rencontrés ici.

Noeve a réalisé une superbe édition du manga. Le tome est joliment mis en valeur. Son graphisme tout en aplat de noir est très lisible, le papier est fin, la couverture souple comme une feuille. Cela ajoute à l’aspect étrangement baroque du manga futuriste.

SpeOpe d’Asamiya est un manga simple et humoristique, épique et dynamique. Une lecture fun pour un voyage stellaire capillotracté.

  • SpeOpe
  • Autreur : Asamiya
  • Éditeur : Neove
  • Prix : 7.95 €
  • Parution : 27 novembre 2020
  • ISBN : 9782490676231

Résumé de l’éditeur : SPEOPE nous offre une nouvelle aventure spatiale faite de voyages interplanétaires, de robots et de mécaniques rétro, ou les machines peuvent encore être réparées par des mains humaines, afin de nous offrir de sublimes poursuites en vaisseaux spatiaux. Nous voici embarqués dans l’incroyable aventure de l’équipe «Fragile» composée de Opera Cat Rune, accompagnée de ses fidèles associés: un chien et un robot. Un premier épisode qui exprime tout le potentiel de ce manga que nous propose le porte étendard de la cyber-bande dessinée qu’est KIA ASAMIYA. On ne boude pas notre plaisir de voir se développer, à travers les chapitres, les intrigues et son univers.