Mémoires de Viet Kieu 4

Clément Baloup poursuit sa formidable série Mémoires de Viet Kieu avec Les engagés de Nouvelle-Calédonie. Encore un excellent opus édité par La Boîte à Bulles.

Clément Baloup est un auteur qui nous plait de plus en plus chez Comixtrip. Son talent graphique et ses mises en lumière d’anonymes émigrés broyés par le système, sont passionnants !

Pour chacun des 4 volumes et le hors-série des Mémoires de Viet Kieu, l’auteur français né en 1978 aborde les questions de l’immigration mais également des problématiques sociales dans les pays d’origine des migrants et dans ceux d’arrivée. La qualité des histoires et sa solide documentation lui ont valu de nombreuses récompenses.

Si les premiers volumes parlaient des migrants asiatiques (Vietnam; Chine, Taiwan…), ce nouvel opus se déroule en Nouvelle-Calédonie.

L’auteur de Dans l’ombre de Don Giovanni met en scène des habitants de l’île française. Certains comme Thi Gia, une immigrée vietnamienne, vient travailler dans les mines de nickel à ciel ouvert dans les années 1930. Sur le paquebot l’emmenant en Nouvelle-Calédonie, elle rencontre Chuc son futur mari.

Les lecteurs découvrent ainsi les conditions parfois inhumaines dans ces entreprises françaises. Surnommés Chan Dang, ses premiers volontaires vietnamiens, furent ensuite rejoints par des milliers de Tonkinois.

Avec une grande justesse, Clément Baloup raconte une partie de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, territoire assez méconnu des métropolitains, son histoire l’est aussi fortement. Le caillou fascine par ses paysages, attire par ses populations kanaks et mélanésiennes.

  • Mémoires de Viet Kieu, tome 4 : Les engagés de Nouvelle-Calédonie
  • Auteur : Clément Baloup
  • Editeur : La Boîte à Bulles
  • Parution : 07 octobre 2020
  • Prix : 14,50 €
  • ISBN : 9782849533758

Résumé de l’éditeur : L’histoire des Vietnamiens en Nouvelle-Calédonie commence à la fin du 19e siècle, alors que les entreprises françaises ont besoin de main d’oeuvre pour exploiter les mines de nickel de l’île. On laisse croire aux candidats indochinois, écrasés par la misère chez eux, qu’il s’agit d’une aubaine. De nombreuses vagues d’engagés vont se succéder jusqu’en 1945. Durant ce demi-siècle marqué par l’esprit colonial, les engagés sont maltraités, sous prétexte de soumission au code de l’indigénat, au même titre que les Kanaks. Une majorité d’entre eux retournent au Vietnam après la seconde Guerre Mondiale. Mais près d’un millier d’entre eux sont restés sur le Caillou, donnant naissance à une communauté forte aujourd’hui de plus de 2500 personnes. Composante active de la mosaïque ethnique de l’île, la communauté vietnamienne rappelle que les enjeux entre loyalisme et indépendantisme ne se résument pas à une dualité entre blancs et noirs. Mêlant investigation et témoignage, Clément Baloup nous emmène à la découverte d’un épisode méconnu de l’histoire coloniale française sur une île à la fois infernale et paradisiaque.

La franc-maçonnerie dévoilée

A travers le portrait d’initiés, Arnaud de la Croix et Philippe Bercovici mettent en lumière la franc-maçonnerie dans une bel album, La franc-maçonnerie dévoilée.

Depuis quelques mois, la thématique de la la franc-maçonnerie a le vent en poupe dans le monde du 9e art. Après Grand Orient et L’épopée de la franc-maçonnerie, les éditions Le Lombard s’essaient à un portrait de cette société si mystérieuse avec La franc-maçonnerie dévoilée, un très joli album d’Arnaud de la Croix et Philippe Bercovici.

A travers des portraits de membres célèbres, ils tentent de faire connaître la franc-maçonnerie aux profanes. Le scénariste dépeint la vie de 19 d’entre eux. L’auteur de Hitler et la franc-maçonnerie et Les Illuminati peut ainsi reconstituer le puzzle de ces obédiences faiseuses de fantasmes dans nos sociétés modernes. Dix-neufs personnalités composent donc ce recueil très instructif.

Sans oublier l’humour, Arnaud de la Croix survole ainsi la vie de ces adeptes. En 8/10 pages, il arrive à évoquer ce sujet si délicat et parfois sensible chez certains. Fantasmes de tous les complotistes, la franc-maçonnerie règnerait sur le monde

De Willard de Honnecourt à Tristan Bourlard, en passant par Rudyard Kipling ou Mozart et même Heinrich Himmler, ces personnalités ont joué un rôle plus ou moins essentiel dans l’essor de la franc-maçonnerie.

Du côté de la bande dessinée, Hugo Pratt, le créateur de Corto Maltese, est ainsi évoqué. En 1977, l’auteur italien devient compagnon et imagine une histoire à son héros de papier, Corto à Venise, faisant intervenir les francs-maçons.

  • La franc-maçonnerie dévoilée
  • Scénariste : Arnaud de la Croix
  • Dessinateur : Philippe Bercovici
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 22,50 €
  • Parution : 09 octobre 2020
  • ISBN : 9782803677559

Résumé de l’éditeur : Sulfureuse, mystérieuse, mystique, obscure, la franc-maçonnerie continue aujourd’hui encore d’alimenter tous les fantasmes. Réseau d’influences, société secrète ou discrète, liens avec les Illuminati, origine templière : nombreuses sont les rumeurs qui courent à son sujet. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Qu’est-ce qui peut être assez important pour réunir des personnalités aussi différentes que Benjamin Franklin, Mirabeau, Mozart, Rudyard Kipling, Maria Deraismes ou encore Himmler ? L’historien Arnaud De La Croix et l’auteur de BD Philippe Bercovici nous font pénétrer dans les coulisses de l’ordre maçonnique à l’échelle internationale. Ils dévoilent la réalité derrière le mythe, en approchant dix-huit personnages-clés, célèbres ou méconnus, qui ont compté dans l’histoire de la maçonnerie et pour qui la maçonnerie a compté.

 

Crevette, les premières années

Elodie Shanta enrichit l’univers de Crevette avec Les premières années, une histoire se déroulant avant l’album précédent. Encore un petit délice.

Dans la publication précédente, les lecteurs faisant la connaissance de Crevette, apprentie-sorcière vivant avec Gamelle et Joseph. Dans Les premières années, Elodie Shanta imagine le préquel à l’histoire précédente. Ainsi la petite Crevette habite avec sa maman, une grande sorcière que tout le monde vient consulter pour ses petits ou gros tracas.

La maman et la fille aiment à se promener au marché ou rendre visite aux habitants ayant besoin de services de la sorcière.

De leur côté, Gamelle et Joseph sont dépités. Leur château tombe en ruine. Il n’y a qu’une seule solution pour trouver de l’argent : le petit démon accepte le travail avec son oncle. Il doit alors récupérer les âmes des gens qui ont passé un pacte avec le diable…

Dans ce nouveau volume de Crevette, Elodie Shanta fait encore merveille ! Son univers fantastique jeunesse est toujours aussi plaisant et charmant. L’autrice de Cécil et les objets cassés aborde de nombreux thèmes avec habileté et bienveillance. Ainsi, elle évoque la transmission parent/enfant, les peurs enfantines et la désobéissance des enfants. Pour ce dernier point, l’autrice fait un bel hommage à René Goscinny et Obélix.

Elle alterne avec maîtrise l’histoire entre Crevette et sa maman et celle de Gamelle et Joseph. Ce procédé lui permet de tenir en éveil ses jeunes lecteurs. Bien évidemment, les deux récits se rejoindront dans la seconde partie de l’album.

Du côté du couple de garçons, Joseph doit travailler pour subvenir aux besoins du foyer. Écrivain, Gamelle a du mal à gagner de l’argent. Elodie Shanta peut ainsi aborder les soucis financiers dans le couple mais également le mythe de Faust. Son oncle démon propose des pactes aux vivants en contrepartie de leurs âmes, sans aller jusqu’à la mort comme dans le célèbre roman. Joseph fait œuvre de beaucoup de délicatesse envers les signataires et se métamorphose en psychologue.

Crevette, les premières années : un bel album fantastique jeunesse porté par un dessin coloré et charmant !

  • Crevette, Les premières années
  • Autrice : Elodie Shanta
  • Éditeur : La Pastèque
  • Prix : 16 €
  • Parution : 16 octobre 2020
  • ISBN : 9782897770907

Résumé de l’éditeur : La suite du grand succès d’Élodie Shanta à la Pastèque !

Atom Agency

Les éditions Dupuis dévoilent le deuxième volume d’Atom Agency, la sympathique série polar signée Yann et Olivier Schwartz.

Pendant la Seconde guerre mondiale, « les Rochambelles » composaient une unité d’ambulancières, au plus près des blessés sur le front. Parmi ces volontaires au grand cœur, il y avait Annette, l’une des plus valeureuse.

Cinq ans après le conflit armé, le 36 quai des orfèvres est en effervescence. Les policiers de la PJ sont sur le point de coffrer l’ennemi public n°1 : René la canne. Cette unité célèbre de la police est dans les starting-blocks pour doubler le célèbre commissaire Borniche.

Alors que Tigran Vercorian part pour arrêter le malfrat, Krikor l’interpelle pour lui demander de retrouver Annette, l’infirmière « Rochambelle ». Mais voilà, le commissaire n’a pas le temps de s’occuper de ce dossier. Il envoie Krikor vers son fils, détective à Atom Agency.

Après un premier tome qui nous avait enchanté, Atom Agency est de retour dans une nouvelle enquête qui fleure bon les années 1950.

Il faut souligner que Yann s’est y faire pour dérouler une intrigue prenante. Le prolifique scénariste aime perdre son lectorat dans les méandres de ses histoires. Pour ce deuxième tome d’Atom Agency, il aborde le sujet du grand banditisme qu’il couple avec une disparition mystérieuse. Il imagine ces deux dossiers avec une toile de fond dans la communauté arménienne de Paris. Depuis le Génocide de 1915, la diaspora de ce pays est important en France. Des Arméniennes et des Arméniens n’hésitant pas à servir leur pays d’adoption dans des actes héroïques de résistance.

Petit hanneton s’inscrit dans la grande tradition des polars noirs du magazine Spirou incarnés par la merveilleuse série Gil Jourdan de Maurice Tillieux. Yann fait d’ailleurs un clin d’œil en mettant en scène ce diable d’inspecteur Crouton.

Pour agrémenter son récit d’une pointe d’humour, il fait utiliser de l’argot à certaines personnages comme Jean Gabin, alors Moncorgé. On croise aussi Jean Marais.

Décidément les années 1940-1950 conviennent bien au trait ligne claire d’Olivier Schwartz. Après Le groom vert-de-gris et La femme de léopard (toujours avec Yann), l’auteur de l’Inspecteur Bayard donne corps à des personnages si caractéristiques de cette période d’après-guerre. Gabin et Marais sont également très réussis.

Atom Agency : une très jolie série polar entre enquête, secrets, rebondissements et humour sur fond historique.

  • Atom Agency, tome 2 : Petit hanneton
  • Scénariste : Yann
  • Dessinateur : Olivier Schwatrz
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 15,95 €
  • Parution : 16 octobre 2020
  • ISBN : 9791034737987

Résumé de l’éditeur : Depuis la fin de la guerre, personne n’a revu Annette, la belle ambulancière : une héroïque « Rochambelle », cette unité féminine intégrée à la 2e division blindée du général Leclerc. Cinq ans plus tard, c’est l’ébullition au 36 Quai des Orfèvres : le commissaire Vercorian est sur le point de coffrer l’ennemi public n°1. Alors quand un ancien compagnon de la 2e DB vient lui demander son aide pour retrouver Annette, il se débarrasse de l’affaire en vantant les mérites de son fils, le détective privé de l’Atom Agency.

Passe misère

Arpentant la France à bord de sa vieille voiture, Georges, commercial, tombe en panne. Il va devoir rester plusieurs jours dans un petit village. Pierre Maurel imagine Passe misère, une très belle chronique sociale.

Pierre Maurel, auteur de bande dessinée (série Michel : Michel et les temps modernes, Michel fils des âges farouches, Michel et le grand schisme) fut accueilli en résidence dans le quartier prioritaire de Couloneix-Chamiers en Dordogne. Pendant cette période, l’artiste a imaginé une histoire se déroulant dans ce village dordognot.

Pour son récit, il s’est librement inspiré du long-métrage de Jean-François Stévenin, Passe montagne. Dans Passe misère, les lecteurs suivent Georges, un commercial parcourant les routes de France.

Ce VRP aime plus que tout au monde, sa vieille voiture. Sur une petite départementale, cette dernière tombe en panne. Il découvre alors le village de Chamouneix. Le seul garagiste du coin lui explique qu’il lui faudra trois jours pour réparer son véhicule. Voilà, Georges coincé dans ce coin campagnard…

Non loin de Périgueux, Chamouneix (contraction de Couloneix et Chamiers) sert de décor à Passe misère, une très jolie chronique sociale; un récit au plus près de ces habitants si accueillants et chaleureux.

Pierre Maurel est l’un des auteurs qui hume le mieux l’air du temps, qui parle le mieux des petites gens, celles de la France d’en-bas. Son regard aiguisé de fin observateur lui permet de livrer un récit d’une grande justesse. On aime ses anti-héros, poches de nous. Avec une grande bienveillance, il les magnifie, sans jamais s’en moquer.

Passe misère, c’est une photographie de la France, un instantané d’une parenthèse enchantée où l’humain prime avant tout.

  • Passe misère
  • Auteur : Pierre Maurel
  • Éditeur : Ouï Dire / Les requins marteaux, collection Transhumance
  • Prix : 16 €
  • Parution : 22 octobre 2020
  • ISBN : 9782919196463

Résumé de l’éditeur : Georges, commercial sillonnant la France, tombe en panne de voiture. Derrière des feuillages, apparaît le nom d’une petite commune de Dordogne, où il va échouer pendant trois longs jours, le temps que sa tire soit remise d’aplomb. L’occasion pour lui de découvrir Chamiers, petite bourgade à l’apparence morne, avec son pmu, ses barres d’immeubles où il va séjourner, ses jardins ouvriers nourris au jus pas très bio d’une usine de produits chimiques… mais aussi, derrière cette façade banale, des artistes en résidence, des personnalités atypiques, un monde insoupçonné plein de vie hors des clous du monde « normal » , des histoires de mouton perdu et d’un Raël de passage. Pierre Maurel, artiste en résidence à Chamiers sur plusieurs mois, donne une vision très personnelle de la vie d’une bourgade près de Périgueux, par le prisme du film « Le Passe-montagne » de Jean-François Stevenin.

 

Akissi 10

Dix ans de bêtises pour Akissi ! Marguerite Abouet et Mathieu Sapin dévoilent le dixième recueil de la facétieuse et toujours amusante petite fille. Drôle et intelligent !

Depuis ses débuts, Akissi nous régale de ses bêtises et de ses réparties qui font mouche ! Lecteurs assidus de ses aventures africaines, à chaque fois nous sommes émerveillés et amusés par cet univers si riche.

Pour ce dixième recueil, nous sommes toujours charmés par Akissi. Pas de baisse de niveau pour cette géniale série. Alors qu’à chaque nouvel album, Marguerite Abouet dit à Mathieu Sapin qu’elle ne trouvera pas de nouvelles idées, elle se creuse les méninges et laisse vagabonder son esprit pour renouveler son stock d’histoires.

Au menu de cet alléchant album, cinq courts récits :

  • Fait maison : Pour Noël, Akissi reçoit une poupée et son frère Fofana, un vélo. Or la petite fille rêve d’avoir une bicyclette…
  • Jeu coloré : Akissi et ses deux amies tentent de soigner un bébé malade…
  • Enfermés dedans : Le covid arrive dans le pays. Les écoles sont fermées, le télétravail encouragé et les masques obligatoires…
  • Avant et après : Le père d’Akissi retrouve ses élèves. Il leur soumet les recommandations d’usage…
  • Sauve qui peut : La bande d’ami.es d’Akissi joue les sauveurs. Ils tentent d’aider les plus petits et les animaux en mauvaise posture…

Ce dixième d’Akissi est donc en prise avec l’actualité liée au Covid. Les adultes préconisent les gestes barrières et la jeune héroïne le fait dans une planche où quatre conseils sont donnés.

Comme d’habitude, les expériences d’Akissi finissent en catastrophe pour le plus grand bonheur des jeunes lecteurs. C’est drôle, c’est dépaysant et c’est charmant !

  • Akissi, tome 10 : Enfermés dedans
  • Scénariste : Marguerite Abouet
  • Dessinateur : Mathieu Sapin
  • Éditeur : Gallimard BD
  • Prix : 10.90 €
  • Parution : 04 novembre 2020
  • ISBN : 9782075150095

Résumé de l’éditeur : Scénario de Marguerite Abouet. Dessin de Mathieu Sapin. D’après l’univers graphique de Clément Oubrerie

Iruma à l’école des démons

Iruma est vendu par ses parents à un démon. Le vieillard excentrique expédie le jeune homme à l’école des démons. Et si ses camarades découvrent que c’est un humain -un casse-croûte – Tant pis !

Le jeune Iruma n’est pas né sous une bonne étoile. Il est même né avec un poisse surprenante. Ses parents sont maîtres dans l’art de faire n’importe quoi. Le garçon a grandit en enchaînant les plans nuls et dangereux, noyé dans la négligence la plus totale mais avec la fâcheuse manie de dire … « Oui »… à toutes les demandes.

C’est peut-être sa caractéristique principale, à Iruma. Il ne sait pas dire « non » de peur de froisser ou de peur d’être malmené. Bref. Un jour ses parents invoquent un démon, « par curiosité ». Et manque de pot, ça fonctionne. Ni une ni deux, ils lui donnent leur fils contre de l’argent. Une jolie vente contre laquelle Iruma n’aura pas su dire non.

Sauf que le démon en question, c’est un vieux bonhomme excentrique qui a toujours rêvé d’avoir un petit-fils. Et en plus, il est directeur de l’école des démons !

Iruma se voit donc imposé d’entrer à l’école des démons, tout humain qu’il est – rappelons ici que les démons mangent les humains – malgré sa poisse monumentale, il se débrouille étonnamment bien !

Il pourrait même découvrir le sens du mot amitié, celui du mot famille. Se redécouvrir lui-même et voir son avenir, dans les tréfonds des enfers, devenir bien plus amusant et ambitieux que dans le monde des humains.

Iruma à l’école des démons est une comédie jeunesse pure souche. Drôle , décalé. Iruma est ce qu’on appelle un « cinnamon roll« . Une brioche à la cannelle. L’expression désigne un personnage incroyablement doux et gentil mais qui est confronté à plus de souffrance qu’il ne le mérite (comme Midoriya Izuku et Kamado Tanjiro). Dans Iruma à l’école des démons, la partie « souffrance » est désamorcée par des situations comiques récurrentes.

Grâce à une farandole de personnages variés et colorés, l’Enfer peint par Osamu Nishi est un voyage initiatique très amusant. Un Shônen bourré de péripéties curieuses et de bonnes promesses pour la suite.

A l’heure où j’écris cette chronique (un vendredi matin à 7h) 4 tomes sont sortis et le 5e arrive le 27 janvier, chez Nobi-Nobi, par le crayon d’Osamu Nishi. Public visé ? Tout le monde, dès 11 ans !

  • Iruma à l’école des démons
  • Auteur : Osamu Nishi
  • Éditeur : Nobi-Nobi
  • Prix : 7,20€
  • Parution : 16 septembre 2020
  • ISBN : 9782373493863

Résumé de l’éditeur : Un jour, le jeune Iruma devient, bien malgré lui, le petit-fils adoptif d’un papy démon excentrique. Une nouvelle vie commence alors pour lui à Babyls, une école peuplée de monstres en tout genre, où personne n’a jamais vu d’humain mais tout le monde rêve d’en dévorer un ! Et entre les démons qui le défient en duel, les succubes extravagantes et les épreuves scolaires mettant sa vie en péril, Iruma ne pourra compter que sur un atout : sa gentillesse désarmante. Mais comment un humain au bon cœur va-t-il pouvoir survivre dans cet enfer ?!

Batman Curse of the White Knight

Sean Murphy est de retour dans l’univers du Chevalier noir avec Batman Curse of the White Knight. Génial !!!

Après un formidable premier volet de saga, Sean Murphy poursuit son incursion dans l’univers batmanien avec l’excellent Batman Curse of the White Knight. Fini Jack Napier et sa main mise sur Gotham City grâce aux élections contre Batman, voici le retour de l’Homme chauve-souris. Il faut dire que le meilleur ennemi de Bruce Wayne avait vu sa personnalité remonter à la surface dans la deuxième partie du premier volet.

Dans cet album, l’auteur de The Wake appuie son intrigue sur la fondation de la ville de Gotham City mais également sur le passé de la famille Wayne. Si le premier volume était extrêmement politique (racisme, précarité…), ce deuxième tome l’est beaucoup moins, se concentrant sur l’aspect humain des personnages.

Si l’on pensait tout connaître de Bruce Wayne alias Batman (les albums étant nombreux), Sean Murphy réussit l’exploit de nous faire découvrir des facettes méconnues du milliardaire. Il vacille, il tangue et n’est ainsi plus sûr de rien. Il s’interroge même sur le bien fondé de son action. En cela, Batman Curse of the White Knight est jouissif.

C’est ainsi que l’on se plait à suivre cet album. Les 228 pages sont avalées d’une traite tant l’intrigue est forte. D’ailleurs ces deux premiers volumes (sur 3) place le Batman de Sean Murphy au panthéon du Chevalier noir. Entre revisite et hommage, l’auteur originaire du New Hampshire livre un très grand Batman.

Sa partie graphique est à la hauteur de son récit : anguleux, nerveux et empli de mouvements. Aidé à la couleur par Matt Hollingsworth et à l’encrage par Klaus Janson, l’auteur réalise encore de sublimes planches.

  • Batman Curse of the White Knight
  • Auteur : Sean Murphy
  • Coloriste : Matt Hollingsworth
  • Editeur : Urban Comics, collection DC Black label
  • Prix : 22.50€
  • Parution : 02 octobre 2020
  • IBAN : 9791026819752

Résumé de l’éditeur : Le fléau Jack Napier est de nouveau derrière les barreaux, mais la sérénité est loin d’être de retour à Gotham, et encore moins au Manoir Wayne, où Bruce peine à retrouver équilibre et sérénité. Son pire ennemi n’a pas seulement ébranlé ses convictions et sa raison d’être, il a également durablement saccagé l’image de Batman et sa légitimité aux yeux des habitants de sa ville. La disparition d’Alfred n’est pas sans séquelle non plus, bien qu’elle laisse derrière lui un héritage inattendu : le journal d’Edmond Wayne daté de 1685, premier de sa lignée à s’être installé à Gotham et adversaire d’un certain Lafayette Arkham, dont les ossements ont été récemment découvert dans la cellule du Joker.

Nos temps contraires 1

Véritable fresque de science-fiction et habile space-opera, Nos temps contraires est signé Gin Toriko aux éditions Akata.

Arata, Tara, Caesar et Louis sont des  » néotènes  » et vivent dans une cité spatiale depuis que les hommes ont quitté la Terre. Malgré leur apparence de jeunes adolescents, il possèdent une grande maturité mais également une très longue espérance de vie. Dans cette cité tout est contrôlé, ils sont filmés 24H/24 et ils ne peuvent pas vraiment choisir leurs relations.
Mais un jour Louis tombe amoureux d’une femme qui n’est pas de son rang, l’histoire bascule…

Ce manga est d’une grande richesse, il aborde de nombreux sujets de près ou de loin : l’écologie, le contrôle des naissances, la privation des libertés, la technologie et l’amour bien entendu.

Le graphisme est magnifique et l’histoire bien menée. La fin nous intrigue et nous laisse encore tellement à découvrir. Et pourtant initialement je n’étais pas attiré par cette couverture mais quelle erreur.

Une lecture surprenante, juste, rythmée et construite de manière intelligente. Je ne peux que vous la conseiller quant à moi j’ai hâte de lire la suite.

  • Nos temps contraires, tome 1 : Je ne te laisserai pas mourir
  • Autrice : Gin Toriko
  • Editeur : Akata, collection Medium
  • Prix : 6,99 €
  • Parution : 22 octobre 2020
  • ISBN : 9782369743651

Résumé de l’éditeur : « Nos temps contraires » est l’une des dernières fresques de science-fiction japonaises de ces dernières années et particulièrement remarquée. Complexe et dense, cette série questionne sur le fonctionnement même des sociétés humaines. Avec des personnages variés et plusieurs niveaux de lecture, ce manga surprendra plus d’un lecteur ! L’humanité, ne pouvant plus vivre sur Terre, s’est réfugiée dans l’espace, cloîtrée dans des « Cocoons ». Arata, Tara, Caesar et Louis sont des enfants précieux : des  » néotènes « , ces êtres qui, malgré leur apparence prépubère, possèdent la maturité d’adultes. Leurs corps se sont adaptés à la vie dans l’espace et, à ce titre, ils incarnent l’espoir et l’avenir de la race humaine. Quand un jour, ces quatre-là rencontrent une mystérieuse femme aux longs cheveux verts, atteinte de la « maladie de Daphné », leurs destins basculent à jamais…

Kim Traüma

Dans l’univers de Freaks’Squeele, voici un nouveau venu : Kim Traüma, la série autour de l’infirmerie de la fac, signée Florent Maudoux et Rebecca Morse.

Dans le Traüma Center, la formidable Kim prend soin des super-héros de la faculté. Cette doctoresse soigne les petits et gros bobos. Chez les patients surpuissants, tout est démultiplié dans les symptômes et autres blessures. Afin d’être performante, elle et ses équipes, elle se livre à de vraies enquêtes pour remettre sur pied au plus vite.

Lorsqu’arrive Vegetalyn, Kim Traüma sent tout de suite que son cas sera délicat. La super guerrière cache un profond mal-être…

Dans le monde de Freaks’Squeele, je veux : Kim Traüma ! Après Vestigiales, Rouge ou Funérailles, Florent Maudoux continue de s’amuser avec l’univers qu’il a créé. Pour ce très bon spin-off, il met en lumière le travail de cette médecin pas comme les autres. Pendant féminin de Docteur House, elle déménage sans jamais donner de leçon. Elle est intelligente et efficiente. Ses patients sont nombreux et ses talents de soignante permettent de remettre sur pied tous les super-héros.

Il faut souligner que “Plus le pouvoir est grand, plus les effets secondaires sont terribles”. Et ils savent à quoi s’en tenir les coéquipiers de Kim : Castor, Pollux et Val.

La lecture est agréable et peut s’effectuer sans avoir lu aucun des Freaks’Squeele et autres dérivés. Tous les éléments sont là pour passer un bon moment, notamment un très joli humour et des clins d’œil nombreux à la pop culture.

Côté graphisme, Florent Maudoux partage les planches avec Rebecca Morse. L’autrice d’Alyssa est d’ailleurs plus présente dans la deuxième histoire de Kim Traüma, Maudoux se contentant des décors. L’influence manga est fort dans les vignettes, notamment dans les combats et les grands yeux des personnages.

Pour compléter l’album, Isabelle Bauthian – scénariste de Dragons et Poisons avec Rebecca Morse – se fend d’une très jolie nouvelle sur l’univers de Freaks’Squeele.

  • Kim Traüma
  • Auteurs : Florent Maudoux et Rebecca Morse
  • Editeur : Ankama, label 619
  • Prix : 15,90 €
  • Parution : 23 octobre 2020
  • ISBN : 9782754830331

Résumé de l’éditeur : Le nouveau spin-off de Freak’s Squeele !Tomes auto-conclusifs (un tome par an) qui font suite à la série Freaks’s Squeele À chaque tome de Kim Traüma?: une histoire dessinée par Florent Maudoux (Freaks’ Squeele, Funérailles) et une histoire dessinée par Rebecca Morse (Dragon & Poisons, Drakoo en 2019) Couverture de Florent Maudoux – Planche de stickers incluse dans la BD – Nouvelle d’Isabelle Bauthian

Quitter la baie

Nommé en Sélection 12-16 ans à Angoulême 2021, Quitter la baie de Bérénice Motais de Narbonne conte le délicat passage de l’enfance à l’âge de l’adolescence. Sujet incandescent mêlé aux sujets environnementaux.

Magda ne sait plus trop où elle en est. Au collège ce n’est pas tous les jours tout rose et à la maison les conflits avec sa mère se multiplient. Il faut dire que sa vie est monotone depuis que Gaël et son frère Carmen – ses deux amis – ont quitté la Baie pour suivre des cours au lycée de la Métastation, la grande ville.

Lorsqu’ils reviennent à la Baie après une année scolaire, tout a changé, leurs esprits, leurs personnalités et leurs corps. Désormais, plus rien ne sera comme avant entre eux. Fini la pêche aux têtards et autres joyeusetés…

Quitter la baie de Bérénice Motais de Narbonne est un bel album sur l’adolescence mais pas que. Il aborde les sujets si sensibles de la transformation de la nature. Ainsi Magda, en parallèle de son changement physiologique, se questionne sur ce qui l’entoure et en particulier de l’environnement. Sa baie, elle la voit muter vers quelque chose de mauvais. Les émotions liées à son corps changeant se mêlent à celles de l’irréversibilité de la mutation de la nature.

Ce voyage introspectif met en lumière ces transformations urbaines de son si joli territoire natal. La bétonisation a même fait fuir les animaux; ils ont quasiment disparu ! Ainsi, Bérénice Motais de Narbonne laisse la parole à cette jeunesse – incarnée par les mouvements proches de Greta Thunberg – qui est abasourdie par le peu de considération des anciens pour la planète. On appelle d’ailleurs ce sentiment d’anxiété face aux changements environnementaux, la solostalgie.

Entre onirisme et rêve; Bérénice Motais de Narbonne réalise un album de 200 pages très fort dans son propos et son graphisme. Elle y a mis un peu d’elle, mais a surtout voulu dépeindre avec justesse une jeunesse qui se cherche dans tous les termes.

  • Quitter la baie
  • Autrice : Bérénice Motais de Narbonne
  • Éditeur : Actes Sud BD
  • Prix : 23 €
  • Parution : 14 octobre 2020
  • ISBN : 9782330141233

Résumé de l’éditeur : Magda s’ennuie et erre dans la campagne depuis le départ à la ville de son frère et de son ami. À leur retour pour les vacances, ils constatent les transformations radicales dans le paysage de leur enfance…

 

Idées noires

Chef-d’œuvre humoristique, Idées noires d’André Franquin connaissent une nouvelle édition. Mais faut-il encore présenter ce recueil ?

Grand maître de la bande dessinée franco-belge et mondiale, André Franquin est surtout connu du grand public pour ses séries Gaston Lagaffe et le Marsupilami mais également pour sa reprise de Spirou et Fantastio.

Les connaisseurs et amateurs de l’artiste eux sont béas devant Idées noires, des gags en une planche parus à partir de 1977 dans Le trombone illustré (supplément du magazine Spirou) puis dans Fluide glacial.

Aujourd’hui les deux volumes d’Idées noires sont réunis dans une nouvelle édition soignée, à un prix raisonnable (16,90 €) sur un très beau papier offset.

Dans Idées noires, André Franquin laissait son imagination naviguer vers un humour très noir, chose qu’il ne pouvait pas se permettre dans ses série tout public. Cette facette sombre de l’immense artiste lui permettait d’aborder des thèmes plus adultes et non-censurés.

De la peine de mort à la religion, en passant par l’écologie, la chasse, l’armée ou la mort, tout était bon pour faire rire son lectorat. C’était glaçant et grinçant !

Si ces thématiques lui tenaient à cœur et qu’il pouvait aussi les décliner dans Gaston Lagaffe, il pouvait aller beaucoup plus loin dans le trash et le morbide.

Sans jamais tomber dans la vulgarité, André Franquin enchantait ses lecteurs d’une intelligence de propos. Cela les faisait aussi réfléchir. A la manière des artistes anglophones et leur fameux non-sense, il excellait dans ce genre si particulier. Dans cette version restaurée, les gags ont été remis dans l’ordre chronologique.

Le génie de l’auteur résidait surtout dans le sens innée du découpage et de la mise en scène dans les vignettes. Quelle claque à chaque gag ! Le rythme est millimétré comme un métronome; une musicalité à nulle autre pareil. En quelques cases, le maître amenait sa chute de l’idée. Une force graphique rarement égalée.

Un cahier de huit pages clôt Idées noires. Des recherches pour le bandeau-titre ou des croquis permettent de sentir tout le génie d’André Franquin.

Idées noires (nouvelle édition) : un cadeau de Noël idéal pour les amoureux d’André Franquin ou les amateurs d’humour noir. Un must à posséder dans sa bédéthèque !

  • Idées noires (L’intégrale complète)
  • Auteur : André Franquin
  • Éditeur : Fluide Glacial
  • Prix : 16,90 €
  • Parution : 04 novembre 2020
  • ISBN : 9791038200234

Résumé de l’éditeur : Le chef-d’oeuvre incroyablement visionnaire du 9e art méritait un écrin digne de ce nom. C’est chose faite avec cette intégrale qui rassemble les deux tomes de la série culte de Franquin ainsi qu’un court texte sur la genèse de l’oeuvre. Les Idées noires de Franquin, créateur de Gaston Lagaffe et du Marsupilami, nous révèle une nouvelle facette de ce merveilleux dessinateur à l’humour noir dévastateur et intemporel. Franquin démasque les visages hideux de notre barbarie civilisée : le nucléaire, la peine de mort, la guerre, la chasse et autres gentillesses du même tonneau. Comme le disait si bien Sacha Guitry : Lorsqu’après avoir lu une page d’Idées noires de Franquin on ferme les yeux, l’obscurité qui suit est encore de Franquin.