La Cité internationale de la BD d’Angoulême déclare sa flamme aux amours queer ! S’il y a UNE exposition à voir en ce moment dans la préfecture de Charente, c’est celle intitulée LGBTQomics, lettres d’amour à la bande dessinée. Parce que oui, la Cité met en avant tout le love et la tendresse d’un genre militant, inclusif, joyeux et coloré.

“Love’n’tendresse”
On pousse le rideau arborant les couleurs du drapeau LGBTQIA+ et tout de suite on se sent bien dans cet univers doux, chaleureux et bienveillant, notamment par l’ambiance distillée par le scénographe Bastien Pépin.
Alors, oui, pour que ce lieu soit si apaisant et calme, il en a fallu des luttes et des combats ! C’est ce que Irène Le Roy Ladurie et Jean-Paul Jennequin ont voulu montrer dans l’exposition LGBTQomics, lettres d’amour à la bande dessinée.

La première est chercheuse postdoctorante à l’université de Lausanne et spécialisée dans le domaine de la sexualité en bande dessinée. Le second est auteur, historien et spécialiste de la BD Queer. Ensemble, les deux commissaires ont choisi une déambulation chronologique. Simple mais logique tant il faut contextualiser historiquement la bande dessinée LGBT dans les mouvements pour l’égalité des droits.
Plusieurs salles se dévoilent aux visiteureuse.s. Il suffit pour cela de suivre les couleurs au sol et sur les murs.

“Tutti Frutti”
Pour débuter la déambulation, la première salle revient sur la période 1900 – 1950. Une cinquantaine d’années pour lesquelles la censure était à son apogée. Hors de question de parler d’homosexualité dans une très grande majorité des pays de notre planète.
Alors, les artistes de bande dessinée (comme dans tous les arts) ont trouvé des astuces pour en parler – à mots voilés – pour échapper aux différentes lois de censure.

Tarzan d’Edgar Rice Burroughs met en scène pour la première fois la nudité d’un homme. Un domaine jusqu’ici dévolu aux femmes pour plaire aux hommes. Face aux planches du héros de la jungle se trouve celles d’Alix de Jacques Martin. L’auteur strasbourgeois ayant confié qu’il lui semblait logique de mettre en avant l’homosexualité (cachée) dans sa série étant donné qu’elle se déroulait pendant l’Antiquité.
Plus loin, Fantasio déguisé en Spirette sous la plume d’André Franquin cohabite avec Mitchy, l’héroïne changeant de genre d’Osamu Tezuka.

“Nous les amoureux”
Après une période où se cacher n’était pas qu’un jeu, les années 1960 – 1970 sont une vraie ère de libéralisation de la sexualité. Mai 68 est passé par là et la bande dessinée se désape.
Mary Wings raconte sa vie de jeune femme découvrant son homosexualité dans Come out Comix (avec un X pour marquer le côté sexuel).

Harry Chess d’Al Shapiro s’anime dans la revue gay Drum, tandis que des dessins homo-érotiques de Tom de Finlande et d’Alex Barbier se trouvent à ses côtés. L’Espagnol Nazario jette ses idées érotiques dans Anarcoma (en France chez Misma) juste en face.

Pour protéger les yeux chastes des enfants (l’exposition est notée pour les + de 16 ans) qui s’y fourvoient, des tissus rouges couvrent ces “seins et autres que je ne saurais voir”.

A quelques pas, l’exposition met en lumière des auteurices japonais.e.s qui ont dessiné dans leurs mangas des personnages très queer. June Takemiya est l’une des premières à imaginer des Boy’s Love (romances homosexuelles), Moto Hagio (Le cœur de Thomas), Kazuo Kamimura (Plaines de Kantô) ou Osamu Tezuka (MW).

Quant à Copi, romancier, dramaturge et dessinateur argentin francophone, il est mis à l’honneur par sa série La dame assise dans laquelle il évoque en creux son homosexualité.

“Smalltown Boy”
La période des années 1980 – 1990 n’est pas la plus simple pour les communautés gay. Le Sida fait d’énormes ravages chez les homosexuels. Les morts se comptent par milliers. C’est ce moment où l’on voit émerger de nombreuses revues collectives qui donnent la parole à toustes les queers. Notamment Gay Comix.

On retrouve dans ses pages : Howard Cruse, l’auteur de Stuck Rubber Baby qui met en scène les luttes intersectionnelles aux États-Unis ou encore Alison Bechdel qui débute sa série Dykes to Watch Out for (L’essentielle des gouines à suivre chez Même pas mal).

L’autrice de Fun Home ou C’est toi ma maman ? a même créé un Where’s Mo ? dans la veine de “Où es Charlie ?” que l’on retrouve en grand format sur un des murs de l’exposition.

Ralf König et ses aventures homo-érotiques (Mignardises) sont aussi accrochées (parfois cachées sous du velours rouge). L’auteur allemand côtoie Kate Charlesworth (A Pink Story) et l’auteur britannique David Shenton (qui ont aussi travaillé ensemble).

L’exposition LGBTQomics glisse aussi, dans pratiquement toutes ses salles, des couvertures du Gai Pied. Cette revue française créée par Jean Le Bitoux est publiée de 1979 à 1992. Ses pages accueillent régulièrement des bandes dessinées, notamment celles de Copi.

“Le jardin extraordinaire”
Les murs suivants mettent en lumière les périodes 1995 – 2002 puis 2010 – 2020. On y retrouve des planches d’Hugues Barthe (Dans la peau d’un jeune homo), de la série Journal de Fabrice Neaud, Maia Kobabe (Genre Queer), Lisa Mandel ou Virginie Augustin (Astrid et Nolwenn, Joe la pirate).

Viennent ensuite les pages du Bleu est une couleur chaude de Jul’Maroh qui explosent notre rétine. Bichon de David Gilson (la plus jolie des séries jeunesse queer), se retrouve à côté de Salon de beauté de Quentin Zuttion, Le cercle du dragon-thé de K. O’Neill (coup de coeur jeunesse Comixtrip) ou Le mari de mon frère de Gengoroh Tagame (la plus jolie série manga queer tout public). Sans oublier les facéties drolatiques de Pochep.

“Relax”
Il faut être relax (et avoir plus de 16 ans) pour entrer dans une salle à part mettant en scène le sexe gay. Derrière le rideau rouge sont visibles des oeuvres de Gengoroh Tagame (version BDSM) ou des planches de La nuit mange le jour de Paul Burckel et Hubert. Mais également celle de Megg, Mogg & Owl de Simon Hanselmann.

« Montero (Call Me By Your Name) »
Si le parcours chronologique se termine, l’exposition LGBTQomics se poursuit avec des salles thématiques comme les Superhero.ïnes avec la mise en lumière de Northstar, le premier superhéros gay, convolant en jolies noces en 2012 avec Kyle Jinadu.

Le coming out trouve toute sa place dans l’exposition. Ainsi, on découvre des planches de Coming In de Carole Maurel et Elodie Font, de Transformer la superbe bande dessinée de Nicoz Balboa sur la transition, d’Eclore d’Aude Mermilliod ou de Ligne droite d’Hubert et Marie Caillou.

Juste quelques mots pour mettre en avant deux autrices visibles à cet endroit. Anneli Furmark et son sublime Walk me to the corner et Spinning de la formidable Tillie Walden.

Enfin, les premiers émois se découvrent dans un couloir aux couleurs arc-en-ciel. Neuf artistes internationaux explorent ce thème dont notamment Quentin Zuttion, Joseph Kai, Tommi Parrish, Michael DeForge ou Roberta Gregory.

« Rise Like a Phoenix »
Les membres de la rédaction de Comixtrip ont souvent pris l’habitude de parler de bandes dessinées queer et LGBTQIA+ dans ses pages (comme vous pouvez le voir avec les nombreux liens dans cet article). Des thématiques importantes à leurs yeux pour plus d’inclusivité et d’égalité. De modestes contributions pour soutenir des combats pour plus de justice sociale.

Alors si vous voulez soutenir le Love et la tendresse queer, précipitez-vous à la Cité internationale de la BD d’Angoulême (c’est jusqu’au 21 mars 2027) pour voir LGBTQomics. Lettres d’amour à la bande dessinée, le magnifique travail historique proposé par Irène Le Roy Ladurie, Jean-Paul Jennequin et Bastien Pépin.
- Pour prolonger l’exposition, vous pouvez lire notre interview de Molly Knox Ostertag, auteurice du Garçon sorcière et The Deep Dark, qui revient notamment sur son travail autour du fantastique et de la censure et souligne que : « Plus que jamais, les histoires queer sont importantes à raconter ! «

Renseignements complémentaires
LGBTQomics. Lettres d’amour à la bande dessinée
du 28 mai 2026 au 21 mars 2027
Musée de la bande dessinée – Quai de la Charente – 16000 Angoulême
- Commissaires d’exposition : Irène Le Roy Ladurie et Jean-Paul Jennequin
- Scénographie : Bastien Pépin
- Site de la Cité BD : https://www.citebd.org/
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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