Entretien avec Philippe Gauckler pour Kebek

À l’occasion de la sortie du tome 2 de « Kebek »  aux éditions Daniel Maghen, Philippe Gauckler  nous a accordé un peu de son temps pour parler avec nous, entre autre, de ce nouvel album. Un entretien des plus enrichissants.

Tu vas nous parler de la sortie du second et dernier tome de Kebek. C’est inscrit sur la couverture avec cet autocollant.

C’est presque ironique, lors de mes deux dédicaces des personnes m’ont dit qu’il y avait des points de suspension à la fin de l’histoire. Il y a une incitation à brûler ce sticker.

Cette histoire pourrait avoir des univers parallèles ?

Merci, je vois que tu as exactement perçu le principe des pots dont on ne retrouve pas le couvercle. Théoriquement un scénariste boucle toutes les pistes pour ne perdre personne. Moi j’ai laissé des pistes potentielles pour ne pas fermer les propositions. Il y a des pistes qui partent comme des fumées et je n’ai pas le contrôle de l’itinéraire de ces fumées.

Avant de parler plus en détail de l’album, peux-tu nous parler de toi ?

À l’origine, je voulais entreprendre des études d’architecture, mais ça m’a vite saoulé. Dans l’architecture ce que j’aimais, c’étaient les dessins. Donc je me suis réorienté pour perfectionner mon dessin.

Comme je ne faisais pas ce que je voulais, je me suis lancé dans un projet en même temps que les Arts Appliqués. J’ai écrit à René Barjavel parce que j’avais fait l’adaptation de « La nuit des temps ». Je voulais lui montrer une quinzaine de pages. Je suis allé le voir et il m’a encouragé sur cette piste.

<p>Illustration de La Nuit des temps par Theo Guignard pour le hors-serie du Point Pop << Les chefs-d'oeuvre de la science-fiction >>.</p>

J’en parle parce que récemment les ayant-droits m’ont interdit de parler de Barjavel ! Mais je continue parce que cet auteur était un homme absolument adorable, très encourageant, qui a été formidable sur le projet. Il m’a présenté à son éditeur. C’est allé relativement loin.

Comment as-tu fait pour intégrer le monde de la bande dessinée ?

Je suis allé à Lyon pour présenter mes pages à Jean-Pierre Dionnet, qui se trouvait avec les dessinateurs de Métal Hurlant à la librairie Expériences. Dionnet m’a dit qu’il fallait qu’on se voit à Paris avec quelque chose de plus court. J’ai trouvé qu’il avait raison et s’est effacé mon envie d’adapter « La nuit des temps » au profit de Métal hurlant.

Amazon.fr - METAL HURLANT N°50 - Margerin Druillet Flaubert Moebius Goimard Crespin - Livres                    Metal Hurlant année 1980

À l’époque, en 80 ou 81, il n’y avait pas d’autre alternative, c’était le journal aimant de tous les univers visuels alternatifs qu’on trouvait nulle part. Et j’ai oublié l’autre phare qu’était René Barjavel pour qui j’ai une admiration et énormément d’amitié.

Tu as travaillé pour Métal Hurlant jusqu’à la fin et après ?

Quand tout ce qui était dans Métal Hurlant s’est éparpillé un peu partout, il a perdu sa vocation à être le seul journal à en parler. Donc ça s’est éteint et j’ai dû trouver des alternatives. Chez Métal Hurlant, comme jeune dessinateur, j’ai gagné ma vie dès le début, je pouvais vivre et payer mon loyer.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui pour les jeunes auteurs ?

Oui il y a quelques auteurs fulgurants qui sont délivrés de toute pression alimentaire pour faire de la bande dessinée.

Après j’ai travaillé dans la pub pour faire de storyboards et des rushs et en parallèle j’ai fait une série aux Humanoïdes Associés avec Thierry Smolderen qui s’appelle « Convoi ».

     Couverture Karen Springwell tome 1 - convoi               Couverture Karen Springwell tome 3 - les joueurs de convoi

    Couverture Le ciel de Convoi - Karen Springwell, Tome 4             

Je trouvais que la bande dessinée nous isolait trop. Il n’y avait pas de réunions comme chez Métal Hurlant. J’ai eu peur de travailler tout seul dans mon coin. J’aime bien le travail personnel, solitaire mais il faut trouver une compensation. Et je l’ai trouvée en travaillant dans l’agence de pub. Ça a duré jusqu’à il n’y a pas longtemps.

Puis tu t’es lassé de la science-fiction ?

Paradoxalement, la science-fiction m’angoissait et produisait des univers négatifs qui contestaient mon devenir spirituel. La science-fiction devrait être associée à un futur dans lequel on a envie d’aller.

Tu n’étais pas dans la dystopie ?

La dystopie, c’est intéressant intellectuellement. On réfléchit à tout ce qui pourrait se passer de mal. La littérature c’est jouer à se persécuter et quand on a fini, on ferme le livre et on est inatteignable.

Ça permet d’aborder le pire ?

C’est amusant de voir qu’à l’occasion de cette crise, on ressort « 1984″, « Le meilleur des mondes » , des dystopies qui transforment l’être humain en troupeau docile. Des romans écrits il y a 70 ans ont produit la dystopie parfaite.

« 1984 » en quatre albums, c’est le hasard du calendrier ! C’est comme si on avait donné un problème à résoudre à quatre dessinateurs et là on a quatre copies différentes. Ce qui prouve la richesse graphique de la bande dessinée contemporaine. C’est impressionnant.

Couverture 1984            Couverture 1984

                   

N’hésitez pas à retrouver notre dossier sur 1984 ICI

Ce qui est bénéfique pour le lecteur qui va trouver ce qu’il recherche.

Le livre a été plébiscité, il a de nouvelles traductions. Je l’ai écouté en livre audio quand je dessinais. On se retrouve dans un état enfantin, on nous raconte une histoire. C’est une autre action que le livre ou la bande dessinée.

Il y a des idées intéressantes, la frustration, l’obéissance ou la persécution. C’est difficile de comparer ce qui se passe maintenant avec ce qu’il s’est passé en Argentine, au Chili, dans la Russie soviétique et l’Allemagne nazie. Au niveau intellectuel, il y a un enjeu qui est assez similaire avec la pression sur l’individu et tous les moyens de pression comme la culpabilité.

On vit un moment de fiction où on expérimente.

Peux-tu nous parler de ce que tu as fait avant de revenir à la science-fiction ?

Oui « Prince Lao », un rêve d’enfance que de m’adresser à des enfants avec une histoire, une quête initiatique. Je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête, peut être un désir d’enfant. J’ai eu deux petits garçons après.

                     

           Couverture prince lao tome 3 - le pirate des cîmes         

Ont-ils lu cette bande dessinée ?

Oui bien sûr, ils ne les relisent pas comme les « Gaston ». Ils sentent que le sujet est un peu grave, que c’est papa qui l’a fait. Je ne leur ai pas dit qu’inconsciemment, j’avais fait cette bande dessinée pour eux, mes futurs enfants que j’aurais plus tard.

Quelle différence avec une bande dessinée pour les adultes ?

On structure le récit en 45 pages, trois fois quinze, et chaque page doit donner envie de tourner la page. Organiser comme un mini récit sur deux pages avec une chute à la fin qui donne envie de découvrir la suite. On peut avoir cette rythmique dans l’écriture mais il faut avoir pas mal de cases par page. Je me suis amusé à faire cela pendant toute l’histoire, les quatre tomes de « Prince Lao ».

Après « Prince Lao », tu as écrit « Koяalovski ».

J’avais la volonté d’en faire plus. À la fin du troisième tome, on se retrouve avec une petite équipe de personnages. Comme une équipe de « Mission Impossible » avec le fond et l’arrière-fond de l’histoire, l’énergie du futur.

                   

Cela pouvait alimenter toutes sortes de thriller. J’avais trouvé tout un tas de renseignements sur le pétrole, toutes les énergies développées en Russie et en Chine. Mais aussi sur la conquête spatiale parce qu’il y a des projets sur l’énergie qui passent par l’espace. On avait un sujet qui n’était pas trop limité et qui était lié à des problématiques telles que la voiture électrique.

Pourquoi es-tu retourné en 2019 à la science-fiction et as-tu changé d’éditeur ?

Je suis allé voir Daniel Maghen pour lui présenter des pages parce que je n’étais pas sûr que Le Lombard me suive sur ce projet. Il a eu un regard très juste, il a pris mes pages en me disant que certaines étaient moi et que les autres étaient impersonnelles. C’est la première fois que quelqu’un m’interrogeait de cette manière. Je suis revenu la semaine suivante avec les pages modifiées. J’ai effacé des couleurs à l’encre avec de la javel et je les ai refaites pour leur donner une tonalité homogène.

Ce sont des trucs qu’on peut faire sur Photoshop en deux secondes. Mais moi j’ai toujours été sur du papier, j’utilise des moyens traditionnels et l’eau de javel décolore les couleurs sur le papier.

Il a été convaincu par le fait que je l’ai écouté et m’a dit de continuer.

Est-ce que comme Yannick Corboz, tu as eu l’impression d’avoir plus de liberté dans l’approche graphique ?

Complètement. J’ai tenu ma discipline par rapport à l’avancement du récit. L’idée de faire des doubles pages a un intérêt narratif, on montre quelque chose qu’on n’aurait pas montré autrement.

Peux-tu maintenant nous parler de « Kebek » ?

Je suis revenu à la science-fiction, à mes premières amours. « La nuit des temps » m’avait marqué au sortir de l’adolescence. Il y a quelque chose d’universel avec cette histoire. Maintenant je dispose de plus de moyens techniques et je peux tenir le rythme de 200 pages.

J’ai relu le livre et il a déclenché beaucoup de sensations non liées aux images mais liées à des sentiments. C’est un roman d’amour qui prend au cœur. Alors qu’en bande dessinée on est plus dans la péripétie, il faut montrer, être visuel, surtout dans ce type d’aventures fantastiques.

Comment t’y es-tu pris alors ?

J’ai contourné le roman. Je m’en suis approché sans essayer de le caricaturer. Je ne voulais pas le trahir.
De plus, on m’avait dit que ce roman avait été fait à partir du roman de Erle Cox « La sphère d’or » qui date de 1923 en Australie, édité en 1925 en France. Quand je l’ai lu, j’ai trouvé des analogies avec « La nuit des temps ».

Il fallait que je m’en éloigne parce qu’il y a une dispute visiblement dans la légitimité du sujet. J’ai voulu parler d’une sphère diamant, matière précieuse et trouver quelqu’un dedans. Dont on ne sait pas où, dont ne sait pas quand. C’est tout l’intérêt du thème de « La belle au bois dormant ».

On réveille quelqu’un porteur de quelque chose, mais on ne sait pas de quoi.

Comment as-tu fait pour écrire le scénario de Kébek ?

Pour « Kebek » j’ai développé un argumentaire similaire à ce qui se passe dans ces romans. Mais qui se passe au Québec, avec une immense faute d’orthographe ! Non, c’est l’origine du mot Québec. C’est une découverte qui se fait dans une mine de diamants, qui pourrait être réelle parce que je me suis inspiré de documents, et qui se trouve au nord du Québec.

Une sphère en diamant est découverte dans cette zone. Elle est parfaite, elle est creuse, donc on finit par l’explorer et découvrir ce qu’il y a dedans.

« Kebek » c’est l’histoire de l’équipe technique qui la découvre et les conséquences de ce(ux) qu’on trouve à l’intérieur. Qui sont ces personnes ?

Dès le début, tu commences très fort !

Dès la deuxième page, je tue le héros. C’est une erreur à ne pas faire.

D’où vient le nom de ton héros, parce que Roy c’est le nom de la première route entre Montréal et Québec ?

Et bien, ça fait encore une chose supplémentaire qui s’est faite à mon insu.

Et Koks, le nom de famille de ton héros, est-ce un clin d’œil à Erle Cox ?

Oui, le vrai nom de mon personnage c’est Roy Lee Koks, donc RL Koks, comme Erle Koks. Les droits de « La nuit des temps » ont été vendus en 2020 par les ayants droit pour l’adaptation en bande dessinée, 70 ans après la mort de Erle Cox, décédé en 1950.

Les ayants droit de « La nuit des temps » ont attendu de ne plus avoir d’ennuis potentiels avec ceux de « La sphère d’or » pour vendre les droits.

C’est une petite malveillance de ma part parce que j’adore René Barjavel. Jamais je n’ai vu des mots d’amour, des situations amoureuses aussi bien décrits que par cet auteur. Ce n’est pas pour rien qu’il est étudié en classe et que les jeunes filles adorent lire les mots de René Barjavel. Je lui dois ça.

Kebek est une inspiration. Je voulais l’assumer avec les défauts que ça peut contenir.

Le premier tome publié en 2019 s’appelle « L’éternité », le deuxième tome s’appelle « Adamante », quelle est la signification ?

         

C’est l’adjectif qui concerne le diamant.

Le titre « Kebek » est un palindrome. Je voulais faire avec le graphiste de Daniel Maghen, un B comme un 8 pour avoir un palindrome parfait qui se lise dans les deux sens et en le renversant. Le titre se lit dans tous les sens, c’est le principe de la sphère.

Tu as utilisé majoritairement du bleu, est-ce une référence au bleu Klein ?

Absolument, c’est comme un exercice, il y a des couleurs subsidiaires mais c’est le bleu comme signature. Il y a un moment dans l’histoire où je fais disparaître le rouge au profit du bleu. Le bleu devient narratif.

Yves Klein (1928, France – 1962, France) –  IKB 3, Monochrome bleu – 1960 – Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou

Pourquoi ton héros est-il une ancienne star du hockey ?

Le hockey est le sport majeur au Québec, c’est marrant comme itinéraire de reconversion. Il en avait marre de sa popularité et s’est reconverti.

La crosse de hockey figure dans l’album sous forme d’excroissances. J’ai glissé dans l’album plein de petits symboles.

Je n’ai pas fermé tous les couvercles et j’ai eu deux trois critiques. Mais j’ai disséminé de-ci, de-là des pistes. Les lecteurs ont trouvé que je laissais des volets ouverts et que je ne cherchais pas à raisonner à tout prix et à clore l’histoire.

Tu laisses donc le lecteur s’approprier la fin ?

C’est à nous de faire notre futur, on a du mal à le deviner avec la peur, le doute, l’angoisse. Tout est favorable aujourd’hui, personne n’est sûr de soi, et il ne faut pas se laisser engloutir par le doute qui nous attire vers le bas.

En ce moment le monde est en reconstruction et c’est à nous de le faire, pour que d’autres ne le fassent pas à notre place.

Qui est-elle et de quand vient-elle sont deux questions qu’on peut se poser quant à ton personnage féminin ?

Bientôt nous aurons de nouveaux modes de datation. Quand je terminais le tome 1, il y a eu des découvertes au Maroc et en Californie qui repoussaient la période de Néandertal de plus de 100 000 ans, l’existence de l’être humain normalement constitué.

Pour parler de la population des Cris, tu utilises le terme “Première nation” plutôt qu’Indiens ou Amérindiens, c’est voulu et fait exprès ?

Oui sans aucune équivoque, c’est le principe du premier occupant. C’est le respect des personnes qui étaient là avant la conquête. Je rappelle que les Français se sont a priori mieux conduits que les conquérants anglo-saxons. Ils ont commercé, se sont développés et se sont reproduits. Ils se sont adaptés sans avoir été rejetés.

Pour les Premières nations, on ne peut pas vendre la terre, on l’a empruntée à nos petits enfants. Le mode de pensée est inversé. Notre responsabilité c’est de ne pas abîmer cette terre où ils vont vivre.

Est-ce parce que tu fais énormément de recherches qu’il se passe autant de temps entre deux de tes albums ?

Je dois me partager entre scénariste et dessinateur. J’aime le poste de dessinateur parce que pendant ce temps là je peux écouter des podcasts, des livres ou de la musique. Et puis il y a le scénariste qui vient foutre son bazar, on éteint la musique, on arrête internet et là c’est le rabat-joie absolu. Je suis en permanence retenu par les pieds par ce scénariste embêtant.

De quand date la présentation de ton projet chez Daniel Maghen ?

De 2017. Idéalement ça aurait dû se passer différemment. Internet me joue des sales tours.

Aujourd’hui aimerais-tu travailler en collaboration avec quelqu’un ?

Je serais tout à fait favorable à me réserver à la partie dessinée pour pouvoir avancer. Que quelqu’un s’occupe de la partie écrite me soulagerait énormément.

Il y a deux trois scénaristes dont j’apprécie la cadence, ils ont une discipline très intéressante. Que ce soit Fabien Nury ou Xavier Dorison, ils sont vraiment très disciplinés. Wilfrid Lupano aussi. On sent que ces personnes sont vraiment très structurées. Je les envie parce que je suis absolument bordélique. J’ai plein d’envies que je veux canaliser et j’aimerais que quelqu’un vienne à ma rescousse et me dise « Bouge pas j’ai un truc à faire ».

Parfois, j’ai l’impression d’être un débutant.

Ta couverture ne serait-elle pas un hommage à Alfons Mucha ?

Totalement, je ne l’ai pas fait exprès. C’est bien après que je me suis rendu compte que j’ai fait quelque chose qu’Alfons Mucha cultivait. C’est en rapport avec le naturalisme de l’époque, les plantes et la nature.

                   

Ta bande dessinée tu ne l’avais présentée qu’à Daniel Maghen ?

Oui, je ne pouvais pas trouver quelqu’un de plus motivé, il donne le coup de poing mais il repêche. Il est difficile, exigeant. Quelqu’un avec qui il n’est pas facile de converser, silencieux. Mais j’ai trouvé une entente à demi-mot, on peut dire les choses. En même temps, il raisonne comme un éditeur, il se sent redevable. C’est quelqu’un de très motivé. Ça peut être très fatiguant pour ses collaborateurs d’avoir quelqu’un d’aussi exigeant. Mais c’est motivant.

Quand on établit une relation avec un éditeur, on espère qu’elle soit dans la confiance et la durée.

Comment se fait-il que ton texte comporte beaucoup d’expressions québécoises ?

J’en avais mis plus, mais ce n’était pas utile. Puis, je me suis vraiment rendu compte qu’il fallait vraiment parler québécois pour glisser ces expressions. Leurs jurons sont uniquement des mots sacrés, liés à la religion : tabernacle, ostie, Christ, la Vierge.

Peux-tu nous décrire ta façon de travailler sur le dessin et les couleurs ?

Les couleurs, ce sont des encres toutes bêtes, Pébéo colorex, qui ont une plasticité et une facilité d’emploi extrême. Elles sont tout papier et j’aime bien leur côté scolaire. Leur gamme dans les bleus notamment est extraordinaire. Avant je travaillais à la gouache.

Où t’installes-tu pour travailler ?

Quand j’écris, je peux le faire partout, même s’il y a du bruit et des conditions gênantes, parce que ça oblige à se concentrer et à se refermer. Quand on est à l’extérieur, on n’a pas de documentation, donc on puise dans notre fond à nous.

Chez moi, c’est la panique totale, j’ai toujours internet ou un bouquin avec moi qui va répondre à une question. Si je suis dehors, je dois procéder autrement.

Internet te ferait-il perdre du temps ?

C’est une espèce de puits sans fond. En ce moment, je suis trop sur les infos. Internet et Instagram sont délirants. Sur Instagram, il y a plein de dessinateurs qui font mieux que moi, c’est décourageant parfois. Quand je vais voir sur Pinterest des noms de peintres que j’ai notés, alors là je suis dégouté, tout a déjà été fait en dix fois mieux. Je ne sais pas comment font les autres dessinateurs pour s’en sortir.

J’ai repris chez Lorenzo Mattotti un thème d’inspiration que j’avais trouvé merveilleux, deux personnages qui nageaient, à la sanguine et à la pierre noire. Il y avait beaucoup de mouvement dans l’eau qui était autour. Ça s’appelle « Nell’acqua ». C’est un pur génie du crayon, de la composition et de la liberté. Son trait est à la fois enfantin et incroyablement mature.

Couverture Nell'acqua

Une exposition de tes planches est-elle prévue à la galerie Daniel Maghen ?

Oui, ce serait fin juin début juillet, ils disposent de tout. Une expo commune avec Ludovic Dubois qui a fait « On Mars » sous le nom de Grun. On doit partager les murs. Ils cherchent juste la bonne période, mais y a-t-il une bonne période en ce moment ?

J’encourage tout le monde à passer à la galerie, parce qu’en dehors des expos, il y a les grands classeurs qui sont accessibles à tout le monde. On demande à Olivier Souillé qui s’occupe de la galerie, pour les consulter. On est en contact avec le travail de dizaines de dessinateurs. Franchement, à chaque fois que j’y vais, c’est émouvant.

C’est bien mieux qu’un musée.

Y a-t-il un type d’histoire que tu n’as pas encore abordé et dans lequel tu aimerais te lancer ?

Oui, un univers enchanteur dans lequel il n’y aurait pas de lignes droites, pas vraiment heroic fantasy, mais quelque chose comme ça. Pour mettre en scène des personnages habités qui ont une résonance beaucoup plus moyenâgeuse visuellement. Même si on peut changer leurs connaissances. C’est un univers graphique qui m’intéresserait.

« Kebek » est maintenant terminé, as-tu un autre projet en cours ou qui va démarrer ?

J’ai des choses qui sont à différents niveaux de finition ou de maturité, mais je suis très attentif à la sortie du deuxième tome de « Kebek » pour orienter ma chasse.

Je ne suis pas un scénariste professionnel, je n’ai pas une multitude de sorties. Tout dépendra de mon occupation des prochaines semaines.

En attendant j’ai fait pas mal d’illustrations avec des thèmes à explorer : une vingtaine de grands formats exploratoires qui peuvent contenir un récit dans l’illustration et déclencher une envie de raconter quelque chose. Je me suis reposé en tant que scénariste et le dessinateur est parti à fond.

C’est donc difficile quand on est à la fois scénariste et dessinateur d’avoir plein de sorties à la fois ?

Je comprends cette lassitude, cette fatigue des méninges à vouloir toujours travailler à produire quelque chose avec du sens et à enchaîner. Je ne suis pas très visible dans mon itinéraire, mais cet itinéraire est logique. Je suis à l’étape « Kebek » et j’aimerais bien la prolonger, j’ai des idées pour la suite.

Mon éditeur est en attente des résultats pour savoir si on peut. Il y a des choses auxquelles je n’ai pas répondu dans le tome 2 de « Kebek ».

Est-ce qu’il y a des séries ou des auteurs qui t’ont marqué dernièrement ?

Il y a des jeunes auteurs qui sont formidables. Nicolas Pétrimaux avec “Il faut flinguer Ramirez”. Très réaliste, très punchy, le personnage principal est un mexicain improbable, il est muet. C’est un défi littéral cette bande dessinée, elle est géniale.

          Couverture Il faut flinguer Ramirez tome 2

J’adore Sean Murphy dans les comics, très proche d’un style européen. Il a un sens du trait très nerveux, c’est génial.

          Couverture Batman - curse of the white knight (éd. n&b)

Je vais citer des auteurs qui sont dans ma gamme. J’ai adoré « Carbone et Silicium » de Mathieu Bablet, une maturité incroyable. Ce sont des jeunes auteurs, ils sont formidables quand on les entend parler.

Que t’apportent ces jeunes auteurs ?

Ces trois auteurs qui ont développé des thèmes et ont amené quelque chose supplémentaire.

Mathieu Bablet parle de l’intelligence artificielle, on n’en a jamais parlé comme cela.

La façon dont Nicolas Pétrimaux parle du polar est juste géniale.

Sean Murphy travaille sur Batman, mais il a développé d’autres histoires. « Tokyo ghost » avec des personnages de super-héros avec un style et une dimension presque extraordinaires.

Mon travail a besoin de se nourrir d’admiration. Il y a un manque de découvertes dans les expos.

Y a t-il une bande dessinée que tu aimerais mettre en avant ?

Je crois que ce serait « Carbone et Silicium » qui m’a touché. Mathieu Bablet s’est vraiment donné de la peine pour les décors. Personne n’a parlé de l’intelligence artificielle ou des robots comme il en parle. Il y a de la poésie, de l’inventivité. C’est extraordinaire.

C’est le bouquin de science fiction qui arrache tout. C’est terrible pour les anciens de voir des jeunes dessinateurs qui ont tout pigé.

Un grand merci Philippe pour cet entretien.

Cet entretien et sa retranscription ont été réalisés en collaboration avec Claire @fillefan2bd dans le cadre du live qui s’est tenu le mercredi 03 mars sur la page Instagram de Yoann @livressedesbulles .
Vous voulez en savoir plus, n’hésitez pas à regarder ci-contre le replay du live.
Article posté le lundi 31 mai 2021 par Claire & Yoann

Kébek tome 1 de Philippe Gauckler
  • Kebek, tome 1 L’éternité
  • Auteur : Philippe Gauckler
  • Editeur : Daniel Maghen éditions
  • Prix : 19 €
  • Parution :  22 août 2019
  • ISBN : 9782356740748

Résumé de l’éditeur : Un récit de science-fiction situé dans la province de Eeyou Istchee Baie-James, région des Monts Otish, au Québec. Mine de diamant de « La grande Ourse ». Fin d’été. Une secousse fait trembler la terre, suivie d’un effondrement de terrain dans un secteur proche de l’exploitation. Roy Koks, le responsable de la prospection et la géologue Natane se précipitent pour examiner la nature des dégâts. Une grande partie de la colline s’est effondrée dans un glissement de terrain sans doute dû aux pluies incessantes qui se sont abattues sur la région depuis des semaines. En recherchant les causes de l’accident, les prospecteurs vont découvrir une faille qui donne accès à une cavité souterraine. Au centre de cette cavité, un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique…

Kébek tome 2 de Philippe Gauckler
  • Kebek, tome 2 Adamante
  • Auteur : Philippe Gauckler
  • Editeur : Daniel Maghen éditions
  • Prix : 19 €
  • Parution :  29 avril 2021
  • ISBN : 9782356740847

Résumé de l’éditeur : Roy Koks, responsable d’exploitation d’une mine de diamant, découvre sous la terre un gigantesque bloc de rocher parfaitement sphérique. Les premières analyses démontrent qu’il s’agit d’une structure diamantifère qui ne peut pas être d’origine naturelle. Une observation plus poussée nous apprend que la sphère est creuse et contient en son centre deux sarcophages semblant provenir du fond des âges. Le tome 1 se terminait sur l’excavation et l’ouverture d’un des deux sarcophages qui laissait découvrir une femme masquée inanimée. Roy, gravement brûlé, guérit de ses blessures à une vitesse que les médecins ne peuvent expliquer. La découverte de la femme à l’intérieur du sarcophage a enflammé les réseaux sociaux et le monde entier suit cette découverte humaine et scientifique. Qui est-elle, d’où vient-elle et surtout de quelle époque ? Les fresques murales découvertes à proximité de la sphère dateraient de 400. 000 ans, bien avant homo-sapiens. Et pourtant la sphère semble issue d’une technologie encore inaccessible à la science actuelle… « Elle » est vivante, et va bientôt pouvoir répondre à ces questions. Les pressentiments de Roy s’avèrent exacts : « Elle » communiquait déjà avec lui quand elle était prisonnière du sarcophage, et à la seconde où elle se dégage de son cocon protecteur, ils entrent en communication télépathique. Pour couper court aux questions, elle crée un écran liquide et « projette » les images de son monde, quelques instants avant qu’elle soit enfermée dans la sphère. Ce monde semble paisible, d’une beauté absolue… Quel danger a pu pousser quelques-uns de ses habitants à l’abandonner pour nous rejoindre à travers les âges ?

À propos de l'auteur de cet article

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Claire Karius @fillefan2bd & Yoann Debiais @livressedesbulles , instagrameurs passionnés par le travail des auteurs et autrices de bandes dessinées, ont associé leurs forces et leurs compétences, pour vous livrer des entretiens où bonne humeur et sérieux seront les maîtres-mots.

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