Geofront

Notre avis : Geofront est un monde souterrain dans lequel résident tous les exclus de la société. Parmi eux, il y a Komigida, Théo et son père qui vont vivre des aventures dans Geofront, le manga signé Reibun Ike aux éditions Taifu Comics.

Théo et son père, tueur à gages habitent un appartement dans le Geofront – un monde souterrain loin des habitants de la surface de la Terre. Pour garder le petit garçon et lui donner des cours, son père a choisi Komigida, un étudiant brillant qui ne rêve que d’une chose : continuer ses études dans une université à l’extérieur de ce monde si sombre et régit par la mafia. Il faut dire qu’il est quasiment impossible pour un habitant originaire des souterrains de trouver un travail à la surface, il faut donc terminer premier de sa faculté pour aller y vivre.

Ainsi la vie à trois commence à plaire de plus en plus au jeune garçon et son professeur particulier aussi – il gagne plutôt très bien sa vie – et le père lui fait de plus en plus confiance; le laissant souvent seul avec son fils pour aller terminer ses contrats…

Voilà un titre original et plutôt accrocheur des éditions Taifu Comics ! Les histoires courtes dévoilées par Reibun Ike sont portées par des personnages intéressants d’un point de vue psychologique : le professeur à domicile, jeune, beau, brillant, prévenant et maniaque; le fils, joyeux qui recherche une nouvelle maman et le père, tueur à gages, beau, musclé. D’ailleurs la relation entre les deux adultes est assez ambiguë, entre attirance et répulsion. Komugida est aussi attiré par Temisun, une danseuse dans bar pour prostituées. De plus, il y a même des couples gays dans le manga mais leur relation est toujours montrée d’une point de vue simple, positive et de couple – sans sexe – comme notamment Peto et son ami.

Les récits ont pour toile de fond un monde souterrain, confiné, sombre et qui semble aux mains d’hommes de la mafia. Ce huis-clos – qui ressemble à la série télévisée La Belle et la Bête (Beauty and the Beast) diffusée sur La cinq dans les années 90 – apporte aussi son lot de tensions et d’envie de liberté. La violence émaille aussi les pages de ce recueil. De belles histoires entre romance et action, teintées d’un humour appréciable.

  • Geofront
  • Auteure : Reibun Ike
  • Editeur : Taifu Comics
  • Prix : 8.99€
  • Parution : 16 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Un monde souterrain dans lequel résident tous les exclus de la société. Komugida veut quitter à tout prix les sous-sols de Geofront en s’inscrivant dans une université à la surface, mais revient finalement vivre sous terre pour travailler en tant que professeur particulier d’un jeune garçon possédant des dons de divination, du nom de Theo. Le père de ce dernier, Nagasa, est d’après lui un « tueur de la mafia » !  Une vie somme toute ordinaire pour les habitants de ces souterrains, qui tentent tant bien que mal de survivre dans un milieu hostile et exclu de la surface de la Terre.

Pandora #1

Notre avis : Les éditions Casterman lancent un nouveau magazine Pandora qui met en lumière des histoires courtes d’auteurs de bande dessinée.

Alors que la presse BD a de plus en plus de mal à exister dans les kiosques – il ne reste que Spirou, Psykopat, L’écho des savanes, Fluide Glacial pour la pré-publication et DBD, Casemate… pour le décryptage) – Casterman relance cet objet éditorial sous la forme d’un très bel album broché de 264 pages de créations originales. Alors que l’éditeur avait tiré sa révérence dans ce domaine en 1997 après l’arrêt de (A)suivre, il propose 27 mini-récits de très grande qualité proposés par des auteurs talentueux.

A contrario de Spirou mais dans la lignée de Papier proposé par les éditions Delcourt et Lewis Trondheim, Pandora ne mettra pas en avant des pré-publications d’albums ou de série connues mais des one-shot indépendants, afin d’explorer des formes nouvelles de récits. Il est à souligner que Pandora est un joli hommage à Corto Maltese (le célèbre personnage de Hugo Pratt ayant rencontré une jeune femme portant ce prénom) mais aussi à la première femme de l’Humanité dans la Mythologie Grecque.

Des auteurs étrangers (Katsuhiro Otomo, Johan de Moor, Lorenzo Mattotti, Aapo Rapi, Eleanor Davis, Fabio Viscoglisi, Brecht Evens, Art Spiegelman, Manuele Fiorn et Ville Ranta) croisent la route d’auteurs français ( Bindi & Rossi, Pirus, Tripp, Brigitte Fontaine, Clavel, Alfred, Pastor, Dupré de la Tour, Götting, Mangin, Toulhoat, Bajram, Ravard, Coatalem, Loustal, Killoffer, Matz, Lehmann, Harambat, Menu et Vivès). Toutes les histoires sont d’une très grande qualité et impressionnantes, néanmoins on peut en mettre quelques-unes en lumière :

  • DJ teck morning attack, une très belle histoire d’anticipation de Katsuhiro Otomo. La venue sur Terre, dans les montagnes de l’Afghanistan (?) d’un robot que les habitants essaient de détruire…
  • Canetor de Michel Pirus ou les récits en une planche d’un canard et de ses amis.
  • La secousse de Jean-Louis Tripp ou la découverte de la sexualité pendant l’adolescence de l’auteur.
  • Le résumé de Dal et de Moor. De la naissance de l’Humanité à sa fin.
  • Cartolina de Alfred. Un jeune garçon se rêvant en acteur grec est embêté par 4 petites frappes.
  • Lucky day de Jean-Claude Götting. Un homme qui vient de gagner un gros lot dans un jeu pense que c’est son jour de chance…
  • La boîte de Pandore de Valérie Mangin, Ronan Toulhoat et Denis Bajram. Le mythe de Pandore en histoire muette.
  • Le bec dans l’eau de François Ravard. Une femme tente de séduire et de donner envie sexuellement à son mari.
  • La fugue de Séraphin Chanut de Matthias Lehmann. Un jeune garçon rejeté par ses amis, ses camarades de classe fuit de chez lui.
  • La rivière de Jean Harambat. Une belle histoire poétique autour de Danny, un pêcheur rêveur.
  • Le peintre de Bastien Vivès. Un homme sort son chevalet et commence à peindre une femme décédée.
  • Pandora, n°1
  • Auteurs : Collectif
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 18€
  • Parution : 13 avril 2016

Résumé de l’éditeur : La revue Pandora présente des récits autonomes, des short stories, et des nouvelles sous forme de bandes dessinées mais aussi de quelques textes littéraires illustrés.
Ouvrir Pandora est une expérience de lecture incomparable : la preuve par l’exemple que la bande dessinée conserve un immense potentiel de séduction et que l’imagination peut apporter une autre vision du monde.
Tous les sujets peuvent être abordés, tous les genres revisités, tous les styles inventés sans aucune thématique imposée. La créativité et le plaisir sont prioritaires.
Pandora s’adresse à tous les lecteurs, qu’ils soient des lecteurs de romans et de bande dessinée ou des spectateurs de films et de séries télé.
La diversité des talents publiés dans Pandora – diversité géographique, narrative et artistique – donne à la revue la dimension d’un panorama extrêmement complet du meilleur de la créativité de la bande dessinée en 2016 !

Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka

Notre avis : Recevoir une gifle de la part de sa maîtresse va bouleverser la vie de Masatomo; par ce geste, il refusera d’aller à l’école. Syoichi Tanazono raconte sa propre histoire dans Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka aux éditions Akata.

Masatomo Tanhashi, 7 ans, est un petit garçon comme les autres. Agréable, souriant et toujours de bonne humeur. A l’école, il est dans la classe de CP de Mme Oshima. Cette grosse dame n’est pas des plus commodes. Alors qu’on lui a toujours expliqué qu’il fallait dire lorsque l’on ne comprenait pas, il se lève et se dirige vers le bureau. Là, après sa question, l’enseignante le gifle. A partir de cet incident fâcheux et douloureux, il va sombrer dans une phobie scolaire aiguë : mal de tête et cauchemar avec un homme en noir. Pensant qu’il n’est pas normal, son rapport à l’école est alors altéré. Malgré les changements de professeur, un précepteur et même un psychologue, rien n’y fait, il ne va en classe que par intermittence.

Manga de 288 pages, Sans aller à l’école je suis devenu mangaka est un récit semi-autobiographique de Syoichi Tanazono. Basée donc sur des faits réels, l’histoire est quasiment vraie. Comme il le souligne dans la postface : « les années ont passé depuis, et j’arrive à regarder cette histoire d’un point de vue objectif. Les bons moments comme les mauvais dessinés dans cette œuvre sont tous liés à la personne que je suis devenue aujourd’hui ». Cette distance lui a permis d’offrir un récit mélancolique, dur et bouleversant. Il permet aussi aux lecteurs de se poser des questions sur l’éducation au sens large du terme, rendre hommage aux professeurs – même s’il en existe des désagréables – de se dire qu’un simple geste peut conditionner une vie, que les encouragements restent la meilleure arme pour grandir, s’intégrer et réussir, a contrario de l’humiliation et les phrases assassines dites par les adultes.

Si parfois le manga peut paraître long et répétitif, il a le mérite de mettre l’accent sur un phénomène en recrudescence chez les plus jeunes : la phobie scolaire du à la pression grandissante mise sur les frêles épaules des élèves.

Soutenu par Akira Toriyama, créateur de Dragon Ball, le travail de Syoichi Tanazono fut repéré par le maître mangaka alors qu’il n’avait que 13 ans. Celui qui refuse les entretiens avec les dessinateurs en herbe, pense d’ailleurs qu’il ne lui a rien appris lors de ses visites et confie dans la postface : « En effet pour moi, le manga n’est pas un art que l’on apprend, mais plutôt l’art de perfectionner sa propre sensibilité ».

  • Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka
  • Auteur : Syoichi Tanazono
  • Editeur : Akata
  • Prix : 9.55€
  • Parution : 25 février2016

Résumé de l’éditeur : Le jeune Masatomo aurait pu avoir une vie normale : jusqu’à son entrée à l’école primaire, il était en effet un petit garçon plutôt jovial. Mais hélas, en première année, et peu de temps après la rentrée, son trop colérique professeur lui donne un gifle particulièrement violente, et pas du tout justifiée. Dès lors, la spirale infernale commence pour Masatomo, qui n’ose plus retourner à l’école : peur du regard d’autrui et des rumeurs, incapacité à sortir de chez soi, difficultés d’intégration. Tous les ans, malgré les efforts de ses parents, mais aussi de nombreux professeurs et pédagogues, il n’arrivera jamais à suivre une scolarité « ordinaire ». Préférant passer ses journées chez lui, à copier des dessins de Dragon Ball. Et si, au fil des pages, une vocation salvatrice était en train de naître ?

La légende des Jean-Guy

Notre avis : Les Jean-Guy sont des êtres hautement intelligents et avides de sexe. Dans leur royaume de Longueuil, ils partagent leurs journées entre ces deux passions. Claude Cloutier parle de ces drôles de bêtes dans La légende des Jean-Guy aux éditions La Pastèque.

Les Jean-Guy se ressemblent, les garçons comme les filles s’appellent Jean-Guy. Leur pelage mi-polyester mi-coton  enveloppe un corps à 80% de grâce pure, ils arborent un gros nez et une queue avec une extrémité en forme de prise électrique. S’adonnant fréquemment au sexe, ils passent aussi leur journée à lire. Ces belles bestioles toute douces, Claude Cloutier les décrypte dans un album chapitré comme une encyclopédie. Ainsi le lecteur découvre : leur rituel amoureux, l’accouplement, les prédateurs, leur alimentation mais aussi le Jean-Guy vert ou la Saint Jean-Guy; le tout est mâtiné d’un très bel humour loufoque, agréable et sympathique (jeux de mots ou bestiaire à la Franquin).

L’auteur canadien mise aussi sur des seconds rôles qui font rire, tel Dieu Ouellet (l’être suprême de la région), Maurice Papineau (voyou capitaliste toujours prêt à faire du fric) ou Gino l’extra-terrestre. Son trait hachuré noir et blanc apporte aussi son lot d’humour à cette très belle réédition. L’auteur de Gilles la jungle avait imaginé la première fois ces adorables bestioles dans les pages du magazine Croc dans les années 90.

La légende des Jean-Guy est un classique de la bande dessinée québécoise.

  • La légende des Jean-Guy
  • Auteur : Claude Cloutier
  • Editeur : La Pastèque
  • Prix : 16€
  • Parution : 25 février2016

Résumé de l’éditeur : Il y a belle lurette, dans un royaume enchanteur que l’on nomme aujourd’hui Longueuil, vivaient tout plein d’animaux tous plus épais les uns que les autres. Parmi eux, se nourrissant de Kraft Dinner sauvage, les Jean-Guy s’adonnaient à leurs deux principales occupations: la culture et le sexe… Parue pour la première fois dans les pages du magazine Croc dans les années 90, La légende des Jean-Guy est un classique de la bande dessinée québécoise que nous rééditons aujourd’hui. Redécouvrez les Jean-Guy, Dieu Ouelet, Maurice Papineau et Gino l’extraterrestre!

Retour à Bandung

Notre avis : Première bande dessinée indonésienne publiée en France, Retour à Bandung est une autobiographie malicieuse et enjouée de Tita Larasati éditée par çà et là.

De plus loin qu’elle s’en souvienne, Tita n’a que très peu d’images de son pays de naissance l’Indonésie. Celle qui naquit en 1972, n’en garde que de très bonnes. Pourtant en 1995, elle décida d’effectuer un stage d’un an en Allemagne. Puis, elle rejoindra les Pays-Bas, obtiendra son doctorat et rencontrera l’amour : Syb. Comme elle, expatrié indonésien, ils vivront 7 ans à Eindhoven. Ils se marièrent et eurent alors deux enfants. Le couple décide alors de revenir vivre en Indonésie en 2007.

L’acclimatation est rapide pour les deux adultes; les enfants ayant plus de mal avec la nourriture – tous les jours du riz, ils saturent – mais c’est l’occasion pour eux de découvrir le pays de leurs ancêtres, la folie douce et une grande liberté : la maison lorsqu’elle était étudiante qu’ils prennent comme demeure, les trajets en Angkot, les cicaks (lézards domestiques qui envahissent les maisons) ou le chat et le jardin. Mais aussi les problèmes administratifs, la circulation à vélo, les livres trop chers, le système d’ordures ménagères ou internet hors de prix. Quoiqu’il advienne, l’auteure le prend toujours avec optimisme, regarde le bon avant les désagréments. C’est ce qui en fait un petit album charmant et agréable, une façon de voyager dans un pays méconnu des Français.

C’est pendant son séjour en Europe que Tita Larasati se lance dans la bande dessinée. Elle décide de compiler ses aventures dans un journal de bord dont elle envoie les pages aux personnes de son entourage pour les tenir au courant – une manière très originale – puis son lectorat grandit et elle les publie sous les titre de Tita (4 volumes). L’Indonésie est un pays qui n’a pas de culture d’albums et de comics, elle choisit donc de créer sa propre maison d’édition Curhat Anak Bangsa (CAB) où en plus de se publier, met en lumière de nombreuses anthologies et histoires courtes d’auteurs indonésiens.

  • Retour à Bandung
  • Auteure : Tita Larasati
  • Editeur : çà et là
  • Prix : 14€
  • Parution : 21 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Tita Larasati est née 1972 à Jakarta, mais elle a fait ses études dans la petite ville de Bandung qui devient sa ville d’adoption. Diplômée d’une école d’ingénieur, elle part ensuite faire un doctorat aux Pays-Bas en 1998. Elle passera finalement neuf ans dans ce pays où elle se mariera avec un Hollandais et mettra au monde deux enfants. En 2007, Tita décide de revenir vivre à Bandung avec sa petite famille… C’est ce retour dans son pays et dans la ville de sa jeunesse qu’elle décrit dans Retour à Bandung, avec un regard à la fois occidental et indonésien, les petits riens du quotidien, la nourriture, les problèmes de circulation, le déphasage de ses enfants… Tita fait preuve de beaucoup d’humour, de poésie et de légèreté même dans les moments graves. Comme le décrit un autre grand spécialiste de l’autobiographie dessinée, Eddie Campbell: «Les charmantes et toujours accrocheuses histoires de Tita Larasati viennent d’une région du globe où les comic strips n’ont pas encore été accaparés par les névrosés.» Elle a connu un grand succès en Indonésie avec la publication de son journal en bande dessinée sous forme de blog sur le web, puis en série de livres.

Les onze mille vierges

Notre avis : Ralf König est de retour avec Les onze mille vierges, un récit épique autour de Sainte Ursule et les 11 000 jeunes qui firent un voyage à Rome. Il livre ainsi sa propre vision de la légende allemande, décalée, satyrique, acerbe et très drôle.

Selon une très ancienne légende allemande, en l’an 300, Ursule et 10 de ses amies firent un pèlerinage à Rome. Au retour de ce périple saint, elle subit le martyre et devint ainsi la sainte protectrice de la ville. Sur les murs de la basilique de la ville, une plaque fut découverte avec l’indication mystérieuse : XI M.V qui fut interprétée comme « onze mille vierges martyres ». Vers 1100, le commerce des reliques était prisée et forcément celles de ces 11 000 vierges. De nos jours, la salle dite Dorée de la basilique Saint-Ursule fut décorée par les ossements de ces femmes.

Comme pour ses précédentes publications (Prototype, Archétype et Antitype), Ralf König s’amuse avec la foi chrétienne ! Il s’attaque ainsi avec virulence aux préceptes de l’Église judéo-chrétienne, ses croyances et le commerce des reliques. L’auteur et caricaturiste allemand détourne et donne sa vision de cette légende de Sainte-Ursule. C’est débridé, c’est satirique, c’est parfois burlesque, c’est décalé et c’est amusant. Il faut dire que les Huns – qui attendaient le retour de ces 11 000 vierges à Cologne – n’étaient pas uniquement des hommes à femmes ! König, lui-même homosexuel, est un auteur qui s’est fait connaître à travers ses albums autour de la culture gay, qu’il aime mettre en scène de façon amusante et décalée; notamment La capote qui tue, Conrad et Paul ou Roy et Al.

Les onze mille vierges : c’est décapant, c’est drôle et corrosif ! A lire pour rire !

  • Les onze mille vierges
  • Auteur : Ralf König
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 22€
  • Parution : 30 mars 2016

Résumé de l’éditeur : C’est avec pas moins de onze mille pucelles que la princesse Ursula revient d’un grand voyage à Rome. Un voyage qui les mène le long du Rhin à Cologne, alors que la ville est assiégée par les Huns ! Or il est de notoriété publique que ces derniers ne s’encombrent pas d’étiquettes avec les femmes… Ralf König nous livre sa propre version d’une légende allemande dans cette nouvelle bande dessinée où Frères sadomasochistes, vierges aux violentes poussées d’hormones et barbares galbés se partagent l’affiche dans un cocktail détonnant !

Dolorès

Notre avis. Entre Bordeaux, Madrid et Alicante, Nathalie part à la recherche du passé de sa mère, Marie, à la mémoire défaillante. A la surprise de sa fille et de ses proches, elle se fait appeler Dolorès et parle couramment l’Espagnol. C’est la trame du récit-enquête que nous livre Bruno Loth à la Boîte à Bulles.

Après les excellents « Apprenti » et « Ouvrier »,  chez le même éditeur, Loth renoue avec ses premières productions, comme « Ermo » ( série en six tomes ) qui mettait déjà en images la guerre d’Espagne et ses fractures.

Des fascistes, un bateau, une petite fille à l’eau qui appelle sa mère au secours, peuplent les cauchemars de Marie/Dolorès. Pour tenter d’y voir plus clair et connaître l’histoire de sa mère, Nathalie se rend en Espagne, au printemps 2015, au moment même où le pays s’apprête à élire de nouveaux responsables politiques. Le mouvement des Indignados et le jeune parti Podemos proposent une nouvelle alternative.

Tout cela fait écho à une autre histoire, celle de centaines de milliers de républicains espagnols qui du 28 janvier au 15 février 1939 tentèrent de fuir Franco et la guerre civile. On appela cet épisode tragique ma Retirada, qui signe la fin de la Républque espagnole. Parmi tous ces hommes et ces femmes contraints à l’xil, il y avait aussi beaucoup d’enfants, dont sans doute la propre mère de Nathalie…

Mêlant fiction et réalité, Bruno Loth s’est aussi largement documenté, passant plusieurs mois dans le pays pour asseoir son récit. Le tout reste accessible et agréable à lire. On regrette- peut-être est-ce un parti pris?- l’omniprésence du noir et blanc et du sépia.

  • Dolorès
  • Auteur : Bruno Loth
  • Editeur : La Boîte à bulles
  • Prix: 18 €
  • Parution : 6 avril 2016

Résumé de l’éditeur : Déroutée par la soudaine capacité de sa mère, pourtant sujette à des trous de mémoire, à parler espagnol, Nathalie s’interroge : pourquoi veut-elle se faire appeler Dolorès ? Et d’où proviennent ses cauchemars persistants dans lesquels se côtoient les fascistes, Franco et un mystérieux bateau ? Pour répondre à ces questions, Nathalie décide d’enquêter sur le passé de sa mère, en Espagne. L’occasion pour elle de découvrir, et de nous faire découvrir, l’histoire de ce pays et les profonds changements qu’il a connus au cours du siècle dernier… Du 28 janvier au 15 février 1939, plus de 500 000 républicains espagnols tentent de fuir Franco et la guerre civile. Parmi eux, au moins 70 000 enfants atteindront la France. Est-ce là l’exil forcé que connut Marie, la mère de Nathalie avant son arrivée à l’orphelinat de Montpellier ?

Amazonia #1 Reportage en enfer

Notre avis : En pleine forêt amazonienne, un photographe est poursuivi par une troupe d’hommes qui veut récupérer son appareil photo. Pour leur échapper, il se réfugie dans une village indien. Reportage en enfer est le premier volume de Amazonia, un album de Jean-Claude Bartoll et Nicolas Otero aux éditions Emmanuel Proust.

Au coeur de la forêt amazonienne, Joss Kervn est venu faire des repérages pour un article sur la déforestation massive et l’isolement des populations locales. Alors qu’il a compilé des témoignages de brésiliens autochtones et pris des photos, il assiste à une bagarre sanglante entre des villageois et des hommes de main de cartels locaux. D’ailleurs ces derniers décident de raser et brûler toutes les habitations. Surpris par l’un d’eux, Joss est alors pourchassé par ses sbires à travers la jungle. Après de multiples péripéties, il se trouve à la lisière d’un village isolé…

Prévue en deux volets, la série Amazonia ravira les amateurs d’aventures pures. La jungle, un héros, une course-poursuite, des obstacles, des morts et un lieu de réconfort : tous les ingrédients – peu originaux – sont réunis pour passer un moment de lecture plutôt agréable. Même si au fond, en fermant le livre, on a pas retenu grand chose. La faute à un air de déjà vu ! Si la chasse à l’homme imprime un rythme haletant au récit, la partie concernant les indiens Achuars est la plus intéressante, notamment par les rites shamaniques et la réduction des têtes après la mort d’adversaires. Reste aussi la thématique intéressante de la déforestation – trop eu entrevue dans ce premier volume – qui devrait prendre, on l’espère, plus de place dans le second tome.

Si le récit de Jean-Claude Bartoll, ancien grand reporter, est très (trop ?) manichéen, le point fort de Amazonia est surtout à mettre à l’actif du dessin de Nicolas Otero. Il faut souligner que l’auteur de AmeriKKKa (avec Roger Martin , Emmanuel Proust) réussit admirablement en rendre l’ambiance de moiteur de la forêt et ses couleurs sont bien senties.

  • Amazonia, tome 1/2 : Reportage en enfer
  • Scénariste : Jean-Claude Bartoll
  • Dessinateur : Nicolas Otero
  • Editeur : Emmanuel Proust
  • Prix : 14€
  • Parution : 09 février 2016

Résumé de l’éditeur : Joss Kerven est un journaliste-réalisateur indépendant. à l’approche de la quarantaine, après de douloureuses vicissitudes personnelles, il décide de partir au Brésil afin de tourner un documentaire sur les indiens d’Amazonie. Mais Joss a l’art de se fourrer dans les ennuis. Il va prendre fait et cause pour de malheureux paysans sans terre violentés par des milices de grands propriétaires et sera accusé de meurtre. Il n’aura alors d’autre choix que de s’enfoncer dans la profondeur de la jungle brésilienne… Ses ennemis le croiront mort mais Joss va être recueilli par les indiens les plus terrifiants d’Amazonie : les Jivaros. D’abord terrifié et retenu prisonnier, il se fera accepter par le clan pour ses qualités propres et son courage. Il ira jusqu’à s’identifier complètement aux jivaros en vivant « hors du temps » au fond de l’Amazonie mais la justice des  » blancs  » ne l’a pas oublié pour autant… Itinéraire contemporain et aventureux d’un Européen qui va devenir un jivaro malgré lui… Et subir la violence du monde « moderne » qui menace les natifs de la forêt amazonienne.

Seul survivant #1 Atlanta-Miami

Notre avis : Etre le seul survivant d’un accident mortel de car n’est pas un long chemin tranquille. Max l’apprend à ses dépens malgré la volonté de Sam et Jennifer de lui changer les idées en partant pour la Floride. Christophe Martinolli et Thomas Martinetti au scénario et Jorge Miguel au dessin, dévoilent le premier album de Seul survivant, aux éditions Les Humanoïdes associés.

Parc forestier de Talladega en Alabama. Alice et Max partent en jeune couple en voyage. Comme l’ensemble des passagers du car, ils ne savent pas que quelques minutes plus tard le véhicule partira en fumée. La faute à un homme alcoolisé qui quittera subitement sa trajectoire. Le jeune homme sera le seul survivant de cet accident meurtrier – son seul souvenir : une cicatrice en forme d’éclair au-dessus de l’arcade. Pour lui remonter le moral, après cette épreuve, l’année suivante, Sam et Jennifer l’invitent en Floride. Pour égayer le voyage, ils ont aussi invité Sarah qui a des vues sur le jeune homme et Olivier, le cousin militaire de cette dernière. Si le trajet aurait pu être joyeux – des étudiants partent aussi en Floride, faire le fameux Spring break – Max change d’attitude à la vue du commandant de bord…

Christophe Martinolli et Thomas Martinetti ont décidé d’imaginer une série-concept d’après une histoire de Stéphane Louis et Andrew Henderson : « l’intrigue repose sur une spirale de catastrophes qui semblent inéluctables. » Ici, ils dévoilent un récit haletant, plutôt bien construit narrativement autour de Max et de son deuil difficile. En effet, tous les jours de sa vie, il se pose des questions, à envie d’en finir, à des envies de vengeance. En proposant ce voyage en avion, ils confinent leurs héros de papier dans un huis-clos angoissant, favorisant les montées de tensions et exacerbant les émotions. D’ailleurs ces sentiments montent crescendo au fil de pages pour un final à souhait.

Si le lecteur peut être étonné par cet enchaînement de catastrophes qui tombent sur les frêles épaules du personnage principal, il se laisse prendre par ce premier volume plutôt réussi et efficace. Les amateurs de ce genre littéraire seront ravis de lire Seul survivant, surtout que la partie graphique très réaliste convient parfaitement pour restituer l’ambiance électrique du récit. Si Jorge Miguel ne s’embarrasse pas trop de décors, il dévoile des planches au découpage rythmé qui convient au rythme angoissant de l’histoire.

  • Seul survivant, tome 1/3 : Atlanta-Miami
  • Scénaristes : Christophe Martinolli et Thomas Martinetti
  • Dessinateur : Jorge Miguel
  • Editeur : Les Humanoïdes Associés
  • Prix : 14.20€
  • Parution : 16 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Depuis le terrible accident de bus dans lequel il a vu périr sa petite amie, Max est rongé par la douleur et l’incompréhension. Pour lui changer les idées, ses amis l’invitent en vacances à Miami. Mais dès que l’avion décolle, les vieux démons refont surface. Max découvre que le pilote n’est autre que le chauffard qui a provoqué l’accident de bus…

Corps et âme

Notre avis : Après un très beau succès critique avec Balles perdues, le trio Walter Hill, Matz et Jef se reforme pour conter Corps et âme, un polar mouvementé plutôt réussi aux éditions Rue de Sèvres.

Franck est un tueur à gages réputé et craint. Il enchaîne les contrats comme par exemple l’assassinat de Sebastian Kaye le célèbre mannequin. Quelques semaines plus tard, il est reçu par Gleason pour une nouvelle mission : tuer un rival qui veut sa peau. Pour cela il doit attendre qu’il rentre en ville. Dans un bar, il rencontre Johnnie, une belle femme avec laquelle il aura une aventure. Le jour J, il pense effectuer facilement sa basse besogne mais il est stoppé dans son élan. Frappé à la tête, il se réveille quelques jours plus tard dans le corps d’une femme…

Si les 40 premières pages donnaient beaucoup d’allant à Corps et âme, le changement physique involontaire de Franck laisse un goût amer en bouche, faisant retomber un suspens jusque là très intéressant. Il faudra attendre de nouveau une quarantaine de planches pour retrouver un intérêt à l’histoire. Cette baisse de régime – qui est pourtant le nœud du récit – ne convainc guère. Néanmoins, les tourments psychologiques du personnage principal sont plutôt bien cernés et son envie de vengeance compréhensible.

Le récit de Matz et Walter Hill est en somme un bon polar qui aurait pu être un excellent polar sans cette petite baisse de tension au climax de l’histoire. Comme dans la série-phare qui l’a fait connaître, Le tueur (avec Jacamon, Casterman), Matz met en scène de formidables ambiances de suspens et de bas-fonds de San Francisco ou en Asie très réussies. La partie graphique de Jef est électrique et restitue parfaitement les ambiances de suspens. C’est fort et c’est piquant.

  • Corps et âme
  • Scénaristes : Walter Hill et Matz
  • Dessinateur : Jef
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 18€
  • Parution : 16 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Frank Kitchen, redoutable tueur à gages réputé pour son efficacité et sa discrétion tombe dans un piège et se retrouve dans une situation totalement inédite. La pire des vengeances n’est peut-être pas la mort…

Haïda #2, Frères ours

Notre avis : Taan et Nizhoni, deux petits indiens, vont mentir à leurs parents pour aller voir de plus près les animaux de la forêt interdite dans Frères ours, le deuxième volet de la très belle saga pour enfants Haïda signée Séverine Gauthier et Yann Dégruel, aux éditions Delcourt.

Comme à leur habitude, les enfants du village se retrouvent sur la plage autour de grand-père Ts’ang pour l’écouter raconter des histoires. Aujourd’hui, il a décidé de faire partager la légende de Kindawuss et Quissan, deux ours qui s’aiment. Barrés par leurs parents respectifs, ils décident de fuir dans la forêt pour y vivre leur amour. Intrigués par ce conte indien, Taan et Nizhoni partent dans la forêt interdite dans les pas de ces deux plantigrades.

Quel bonheur de retrouver les deux petits indiens de la série Haïda ! Comme la précédente publication L’immortelle baleine, Séverine Gauthier fonde son récit sur une légende indienne des Haïda, peuple vivant sur un archipel canadien au large de la Colombie britannique. Pour cette histoire, l’aventure et la quête initiatique sont au coeur de l’album. Les hommes-ours donnent un aspect fantastique agréable et bien amené au récit. L’auteure de L’homme-montagne (avec Amélie Fléchais) ou encore Virginia (avec Benoît Blary, Casterman) impulse un rythme haletant à son histoire, teinté de suspens qui accroche le jeune lectorat.

Accompagné au dessin par Yann Dégruel, son récit enchantera aussi les plus âgés. S’il avait utilisé avec maestria la craie pour ses albums précédents Sans famille ou Genz Gys Khan, il nous charme avec son trait à l’aquarelle dans Haïda.

Frères ours : une petite pépite pour les plus jeunes !

  • Haïda, tome 2 : Frères ours
  • Scénariste : Séverine Gauthier
  • Dessinateur : Yann Dégruel
  • Editeur : Delcourt, collection Jeunesse
  • Prix : 10.95€
  • Parution : 16 mars 2016

Résumé de l’éditeur : Comme elle est étrange, cette histoire d’ours racontée par Grand-père Ts’ang. Si étrange que les jeunes Taan et Nizhoni vont mentir à leurs parents pour aller voir de plus près ces animaux si mystérieux qui habitent dans la grande forêt. Devant tant d’inconscience et ce grand danger que représentent ces imprévisibles carnivores, c’est une chanson qui va peut-être sauver la vie de nos deux comparses.

J’ai tué Marat

Notre avis : Dans la série « Une journée, un meurtre », la nouvelle collection de Vents d’Ouest (Glénat) propose ce mois-ci un J’ai tué Marat, thriller historique conçu et réalisé par le duo Laurent-Frédéric Bollée au scénario et Oliver Martin au dessin. Après Abel, l’archiduc François-Ferdinand, John Lennon ou Philippe II (Isabelle Dethan) – chroniqué par Comixtrip – , c’est un personnage célèbre de la Révolution Française qui est campé ici.

Le 13 juillet 1793, celui qu’on nomme « L’ami du peuple » est poignardé dans sa baignoire par une certaine Marie D’armont, plus connue sous le nom de Charlotte Corday, fougueuse descendante du célèbre Corneille. Bien que favorable à la Révolution qui s’est déclenchée dans le pays depuis quatre ans, elle n’en partage point les excès et exècre les promoteurs de la Terreur comme incarnée par le citoyen Marat.

C’est le récit de cette journée restée fameuse dans l’histoire qui nous est fait ici, tout en flasbacks et allers retours entre passé et présent des deux protagonistes. Le procédé narratif choisi est un dialogue imaginaire entre la victime et son assassin alors qu’ils viennent de se retrouver dans un lieu tout blanc, qu’on suppose être le paradis.

Les dialogues sont denses mais n’alourdissent pas les cases agencées de manière classique. Côté dessin, les détails architecturaux des décors et des costumes sont travaillés. Moins peut-être les expressions des deux personnages qui semblent ne jamais décolérer. L’ensemble reste d’une lecture agréable et constitue une bonne entrée en matière pour qui veut se familiariser avec cette période tourmentée du pays.

  • J’ai tué Marat
  • Dessin : Olivier Martin
  • Scénario : L.F.Bollée
  • Editeur : Glénat
  • Parution: 30 mars 2016
  • Prix : 14, 50 €

Résumé de l’éditeur. Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday assassine au couteau Jean-Paul Marat dans sa baignoire. Ils ne se connaissent pas, ne se seront vu que cinq minutes en tout et pour tout. C’est le temps qu’il aura fallu pour que tout bascule… Mais qui était Charlotte Corday, et pourquoi a-t-elle tué « L’Ami du Peuple » ? Bien que favorable aux idées révolutionnaires, cette jeune femme originaire de Caen considère les responsables de la Terreur comme le véritable poison de la société. Elle s’imagine que, par sa mort, Marat en sauvera des milliers. L’Histoire lui donnera tort…

Mettant en scène un dialogue imaginaire entre la victime et son assassin, LF Bollée et Olivier Martin reviennent en détail sur la journée du meurtre de Marat, et sur les motivations qui ont pu pousser une jeune femme de bonne famille à commettre un acte aussi terrible.