Pandora, volume 2

En avril, les éditions Casterman lançaient une nouvelle revue, Pandora qui mettait en lumière des histoires courtes d’auteurs de bande dessinée. Le volume 2 est dans les bac en ce mois de septembre. Histoires courtes et auteurs de grands talents sont au sommaire de cet excellent recueil de 264 pages.

PANDORA : LE RENOUVEAU DE LA REVUE DE BANDE DESSINÉE

Alors que la presse BD a de plus en plus de mal à exister dans les kiosques – il ne reste que Spirou, Psykopat, L’écho des savanes, Fluide Glacial pour la pré-publication et DBD, Casemate… pour le décryptage – Casterman relance cet objet éditorial sous la forme d’un très bel album broché de 264 pages de créations originales. Alors que l’éditeur avait tiré sa révérence dans ce domaine en 1997 après l’arrêt de (A)suivre, il propose 34 mini-récits de très grande qualité proposés par des auteurs talentueux.

A contrario de Spirou mais dans la lignée de Papier proposé par les éditions Delcourt et Lewis Trondheim, Pandora ne mettra pas en avant des pré-publications d’albums ou de série connues mais des one-shot indépendants, afin d’explorer des formes nouvelles de récits. Il est à souligner que Pandora est un joli hommage à Corto Maltese (le célèbre personnage de Hugo Pratt ayant rencontré une jeune femme portant ce prénom) mais aussi à la première femme de l’Humanité dans la Mythologie Grecque.

AUTEURS ÉTRANGERS ET AUTEURS FRANÇAIS SE CROISENT

Des auteurs étrangers (Jirô Taniguchi, Vittorio Giardino, Aapo Rapi, Johan de Moor, Art Spiegelman, Nancy Pena, Ville Ranta ou Katsuhiro Otomo) croisent la route d’auteurs français (notamment Jean-Marc Rochette, Jean-Claude Götting, Jacques de Loustal, Jean-Christophe Menu, Victor Hussenot, Michel Pirus, Matthias Lehmann, Grégory Panaccione, Terreur Graphique, René Follet, Killoffer, Léonard Chemineau, Joub ou Anthony Pastor). toutes les histoires sont d’une très grande qualité et impressionnantes.

Néanmoins on peut en mettre quelques-unes en lumière :

  • Extinction de Jean-Marc Rochette (auteur du Transperceneige). Un orang-outang se pose la question : Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Un excellent récit en noir et blanc sans texte qui nous interpelle et questionne notre rapport à la nature.
  • Menu d’hôpital de Masayuki Kusimi et Jirô Taniguchi (auteurs des Rêveries du gourmet solitaire). En voulant ranger des colis, un homme tombe et se retrouve à l’hôpital, les côtes cassées. Il découvre alors les repas de l’établissement. De nouveau, un vagabondage culinaire pour le gourmet solitaire qui forcé par une blessure laisse les restaurants de quartier pour des repas à l’hôpital.
  • Un bon fils de Jean-Claude Götting (auteur de Watertown). Alors qu’il vient enterrer sa mère dans sa ville natale, Odett croise Tom, un vieil ami du secondaire. Ils évoquent alors leur passé et leur présent. Dans son style singulier mais ô combien merveilleux, l’auteur livre une histoire simple mais poignante de deux hommes qui se retrouvent.
  • SOS Valise 2 de Jean-Christophe Menu (auteur de Chroquettes). Alors qu’il avait égaré sa valise dans le volume 1 de Pandora, Menu se réveille affolé dans son lit pendant un festival. Mais il ne peut pas aller dédicacer car il n’a pas de pantalon… Encore une facétie de Jean-Claude Menu, drôle qui apporte du rire grâce à beaucoup d’auto-dérision.
  • Les pensées de Victor Hussenot (auteur de Les spectateurs). Que se passe-t-il dans le cerveau d’un homme ? Voilà la question que Victor Hussenot se pose à travers ces 17 planches sublimes à l’encre. Encore une formidable pépite qui fait réfléchir par un jeune auteur talentueux.
  • Canetor de Michel Pirus (auteur de Rose profond) ou les récits en une planche d’un canard et de ses amis. Drôle, simple et décalé.
  • Explosion à Conakry de Matthias Lehmann (auteur de La favorite). Scènes de vie en Guinée. L’auteur suit les pas de Diallo qui tente de survivre. De nouveau, Lehmann nous enchante avec des planches en noir et blanc très vivantes.
  • Restyling de Grégory Panaccione (auteur de Un océan d’amour). Un auteur de bande dessinée qui cherche un peu de tranquillité pour préparer son nouvel album se rend dans un hôtel. Mais l’établissement a connu une tragédie : un client devenu fou a assassiné toute sa famille… Revisitant les séries de genre, Panaccione lorgne du côté de l’horreur mais mâtiné d’humour. Un régal.
  • Le collectionneur de Terreur graphique (auteur du Le petit livre de la BD). L’auteur de bande dessinée se souvient des nombreuses collections qu’il a pu compilé pendant ses années d’enfance, d’adolescence et encore aujourd’hui : billes, pin’s ou vinyles. Encore une fois, Terreur graphique nous accroche avec une histoire amusante, celle d’un homme qui devient fou s’il ne récupère pas un disque tant convoité.
  • Les veilles de l’amateur de cauchemar de Killoffer. Comme dans son très bel album Killoffer tel qu’en lui-même enfin, Killoffer décline une histoire entre rêve et réalité, un cauchemar qui aurait pu lui arriver.
  • Chat de Jean Harambat (auteur de Ulysse les chants du retour). Dans le camp de Changi au large de Singapour tenu par des militaires, Ronald, dessinateur, est convoqué par le nouveau capitaine avec ses dessins… Formidable raconteur d’histoire comme dans son album paru chez Actes Sud, Jean Harambat décline un beau récit où l’art triomphe de la terreur.
  • Oiseaux de la Nouvelle-Espagne de Nancy Pena (auteure de Madame, l’année du chat). A l’époque moderne, un explorateur avide d’argent se rend dans une cité aztèque pour piller les richesses… Nancy Pena dévoile une histoire plutôt sombre mais avec l’élégance de son dessin entrevu dans Médée.
  • La poupée de Anthony Pastor (auteur de Sentier des reines). Dans une ville abandonnée, un petit garçon rencontre une petite fille avec une poupée dans sa poussette… Belle histoire mâtinée de fantastique, La poupée est un récit aux airs post-apocalyptiques empli de suspense.
Article posté le samedi 01 octobre 2016 par Damien Canteau

  • Pandora, volume 2
  • Auteurs : Collectif
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 18€
  • Parution : 21 septembre 2016

Résumé de l’éditeur : La revue Pandora présente des récits autonomes, des « short stories », et des nouvelles sous forme de bandes dessinées mais aussi de quelques textes littéraires illustrés. Ouvrir Pandora est une expérience de lecture incomparable : la preuve par l’exemple que la bande dessinée conserve un immense potentiel de séduction et que l’imagination peut apporter une autre vision du monde. Tous les sujets peuvent être abordés, tous les genres revisités, tous les styles inventés sans aucune thématique imposée. La créativité et le plaisir sont prioritaires. Pandora s’adresse à tous les lecteurs, qu’ils soient des lecteurs de romans et de bande dessinée ou des spectateurs de films et de séries télé. La diversité des talents publiés dans Pandora – diversité géographique, narrative et artistique – donne à la revue la dimension d’un panorama extrêmement complet du meilleur de la créativité de la bande dessinée en 2016 !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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