Entretien avec Gwénola Morizur et Camille Benyamina pour Montagnes russes

À l’occasion de la sortie de Montagnes russes chez Grand Angle, Gwénola Morizur et Camille Benyamina nous avaient accordé un peu de leur temps pour nous parler de ce dernier album. Cet entretien a été réalisé le 29 mai 2021 lors du live sur la page Instagram de Yoann Debiais @livressedesbulles.

En raison d’un problème technique au début du live, cet entretien débute avec la seule présence de Camille Benyamina.

Camille pourrais-tu te présenter ?

Camille : Je suis illustratrice, bédéiste. Je suis diplômée en édition de l’école Emile Cohl à Lyon, pour travailler sur les illustrations. Puis j’ai fait ma première bande dessinée. Depuis maintenant 10 ans, je suis installée à Montréal

Je suis également lead artist à temps plein pour une compagnie qui crée des applications mobiles. Donc je travaille sur la bande dessinée et les illustrations le soir et essentiellement le weekend.

Est-ce un choix d’avoir deux activités professionnelles ou aimerais-tu plus te concentrer sur une seule ?

Camille : Le jeu vidéo me permet une certaine liberté. J’aime aussi le fait de travailler en équipe. Ça m’apporte beaucoup de choses différentes de la bande dessinée, notamment pour la communication et l’entraide entre collègues.

En bande dessinée, on travaille tout seul dans sa case. On parle à peu de gens, exceptés son éditeur et quelques personnes pour avoir des retours. C’est un travail très solitaire.

Comment est-ce que ça se passe pour toi ?

Camille : C’est un travail tellement long qu’on reste enfermé chez soi tout le temps. J’ai fait le test de travailler à l’extérieur, mais ce n’est pas possible du tout. Pour ceux qui travaillent en traditionnel, ce n’est pas évident avec les feuilles qui volent. Même quand on travaille sur écran, il y a la lumière de l’extérieur qui gène.

As-tu essayé de travailler dans un atelier d’artistes ?

Camille : Non, j’ai toujours travaillé chez moi toute seule, je trouve très agréable d’avoir son cocon, de pouvoir gérer son propre planning. J’aime travailler au calme avec de la musique, des podcasts.

Pour ceux qui ne te connaissent pas, tu as travaillé sur Les petites distances avec Véro Cazot et Violette Nozière. Tu as vraiment fait évoluer ton dessin, comment t’y es-tu prise ?

Camille : Le style graphique me vient en lisant le scénario, je m’adapte à l’histoire. Je ne décide pas d’avance ce que je vais faire. Ça vient avec l’inspiration.

Pour Les petites distances, je voyais un trait vraiment délicat et des couleurs plus aquarellées. C’est pareil pour Montagnes russes, je voulais des couleurs douces et de la chaleur dans les teintes, avec un trait fluide, sans trop de volume. Quelque chose de léger et poétique.

C’est différent de l’univers de Violette Nozière.

Camille : Oui, je voulais m’adapter à l’ambiance années 30 avec un dessin plus rétro. Ça collait bien avec le sujet également.

Gwenola Morizur rejoint le live à ce moment.

Gwenola, à ton tour, peux-tu nous dire qui tu es ?

Gwénola : Je suis scénariste de bandes dessinées et autrice d’albums jeunesse. J’ai scénarisé deux bandes dessinées, Montagnes russes est la troisième. Bleu pétrole, ma première est une belle aventure en collaboration avec Fanny Montgermont. Je me suis inspirée de l’histoire de mon grand-père, qui était maire d’une commune ( Ploudalmézeau) quand s’est échoué l’Amoco Cadiz en 1978. Une des plus grandes marées noires du siècle! C’est également une histoire intime puisque je raconte les liens qui unissent les membres de ma famille et comment ils vont être bouleversés par cette catastrophe.

Nos embellies, mon deuxième album avec Marie Duvoisin, est l’histoire de quatre personnages. Ils vont faire un bout de chemin ensemble et réparer chacun un morceau de leur vie.

Couverture Bleu pétrole          Couverture Nos embellies

Camille qu’est-ce que ça t’a apporté de faire des études de dessin  ?

Camille : Beaucoup de choses. J’étais passionnée par le dessin. J’en faisais tout le temps mais il me manquait les bases, qui m’ont été inculquées pendant ces années. Cette école nous apprend les bases académiques du dessin mais on va toucher également à la sculpture, l’animation. On travaille aussi l’étude documentaire, la bande dessinée. C’est complet et on ne peut que s’améliorer. J’ai beaucoup progressé. C’est vraiment une école d’études supérieures où il faut être présent tous les jours, avec un emploi du temps organisé.

Quelles ont été alors tes premières réalisations en sortant de l’école ?

Camille : Il y a eu les Contes russes (avec Ivan Djock), mon premier contrat avant de faire Violette Nozière (avec Eddy Simon). Il y a eu également le Kâma sûtra en bande dessinée encore avec Eddy Simon et une bande dessinée avec Gaet’s pour le collectif Bermuda.

Je reconnais que les Contes russes ont pris un sacré coup de vieux.

 

          Couverture contes russes en bandes dessinées         

                Amazon.fr - Projet Bermuda T03 - Bournel-Bosson, Simon, Gaet's, Dupré La Tour, Florence, Girard, Christophe, Collectif - Livres

Oui mais tu as pris confiance en toi ?

Camille : C’est normal, au bout de onze ans de travail, on commence à avoir une petite confiance même si on n’est jamais sûr de soi et qu’on se remet toujours en question. On apprend toujours et on évolue toujours.

Gwenola, comment t’es venue l’idée d’être scénariste ?

Gwénola : Je n’ai pas pensé les choses comme cela. J’écrivais depuis toujours et j’avais cette histoire particulière à raconter, celle de Bleu pétrole. Ça n’allait pas sous forme de roman. En découvrant le docu-fiction, je me suis retrouvée dedans. Ça collait bien avec l’histoire que je voulais raconter. Je ne voulais pas être trop bavarde et faire confiance au dessin.

La marée noire est un évènement particulièrement difficile. Les gens me disaient qu’il n’y avait pas de mots pour décrire le désastre écologique que c’était. Donc tout collait bien avec l’image. Alors j’ai cherché à écrire un scénario de bande dessinée.

Comment as-tu procédé alors ?

Gwénola : Je suis allée voir des scénaristes dont j’admirais le travail. Je leur ai posé des questions sur la façon de faire. J’ai beaucoup été accompagnée par Emmanuel Lepage qui m’a accordé du temps. Il a été très généreux pour m’aider. Je lui ai parlé de mon projet et il m’a dit, en tant que dessinateur car il a les deux casquettes, comment il aimait que soit scénarisé un texte. Il a envie qu’on lui laisse de la liberté.

J’écris mes scénarios page par page,  à ma manière un peu littéraire, proche du roman. Je me suis mise à raconter des histoires comme ça. Avec Bleu pétrole, j’ai découvert que j’aimais l’aspect visuel, avoir des images très vite.

Quelle est l’origine du projet Montagnes russes ?

Gwénola : Je me suis inspirée de l’histoire de mon oncle et ma tante qui ont essayé d’avoir un enfant pendant des années. Petite, j’ai vécu ça de ma place d’enfant. J’ai grandi avec les mots PMA, FIV. J’écris aussi pour réparer des choses qui n’ont pas fonctionné dans la vie ou sur des sujets qui me touchent

Au départ, je voulais écrire l’histoire d’amour de ce couple qui est très beau et très soudé. Je suis allée vers eux pour leur demander de me la raconter.

Ont-ils accepté tout de suite ?

Gwénola : C’est l’art de mettre en confiance. C’est un moment magique quand on nous confie une parole. On se connaît bien, donc ils ont vite été en confiance. J’ai écrit le scénario, puis je le leur ai envoyé. Je me suis détachée de leur histoire. Il y a des choses qui fonctionnaient. Comme leur attachement à un moment à un petit garçon.

Comme le personnage d’Aimée, ma tante travaillait dans une crèche et s’est attachée à un petit garçon qui a fait partie de nos repas de famille. C’est le personnage de Julio. Dans la vraie vie, cet enfant n’avait plus ses parents mais ça ne collait pas au scénario. J’ai cherché pendant longtemps et un de mes amis m’a conseillé de regarder Mommy, le film de Xavier Dolan (2014). C’est le film qui a amené le personnage de la maman,  Charlie.

Mommy : Bande-annonce officielle - YouTube

Peux-tu nous parler de l’histoire des Montagnes russes ?

Gwénola : C’est l’histoire d’un couple, Aimée et Jean, qui cherche à avoir un enfant par PMA. Aimée travaille en crèche et va s’attacher à un petit garçon qui s’appelle Julio et le prendre sous son aile.

Charlie, sa maman, a trois enfants et est complètement débordée par sa vie, la vie. En s’occupant de Julio, Aimée va également s’attacher à Charlie et devenir son amie.

Gwénola, comment en es-tu arrivée à travailler avec Camille ?

Gwénola : J’avais lu et adoré Les petites distances. Je l’ai dans ma bibliothèque, je l’ai beaucoup offert, beaucoup prêté. Il y a dans le dessin de Camille tout ce que je cherchais pour cette histoire. La notion d’intimité chez la femme et son corps. Je lui ai envoyé un mail avec le scénario et j’ai croisé les doigts.

Camille, combien de temps as-tu mis pour accepter le scénario de Montagnes russes ?

Camille : En général je réponds assez rapidement aux propositions des éditeurs ou des scénaristes. Malheureusement, je dois faire des choix, parce que je ne peux travailler que sur un seul projet à la fois. Alors c’est au coup de cœur, comme pour le scénario de Gwen.

Je ne connaissais pas l’histoire de sa famille et Gwen m’a laissée complètement libre pour développer les visuels. J’avais carte blanche et tu as accepté mes propositions.

Gwenola : Moi j’apporte mon imaginaire et je le confie à un autre imaginaire. Si je vais chercher Camille, c’est que je fais confiance à son dessin. Toutes tes propositions étaient super et je n’ai pas regretté. Je ne voulais pas que l’histoire vraie t’influence.

Camille pose une question à Gwénola :

Gwénola, est-ce que ton oncle et ta tante ont vu Montagnes russes terminé ?

Gwénola : Ma tante l’a vu mais mon oncle est décédé avant la fin du projet. Elle a suivi les étapes et elle vient de le recevoir. C’est plein d’émotions.

Comment tes proches ont-ils vécu cette mise en dessin de leur vie ?

Gwénola : Je mets toujours une distance quand j’écris. Je me suis inspirée de leur histoire, mais je me suis autorisée à en faire autre chose. Ma tante m’a dit qu’il y avait des choses dans les dessins qu’elle ne ferait jamais, comme manger dans une boîte. Aimée est un personnage qui s’inspire d’elle mais qui est devenu quelqu’un d’autre.

Comment vous êtes-vous organisées pour travailler ensemble et vous êtes-vous déjà rencontrées ?

Camille : Au début du projet, on s’est rencontrées en vrai à Paris. Pour l’une comme pour l’autre, c’était important d’avoir un vrai contact. Je n’ai pas beaucoup l’occasion de rentrer en France donc on a forcé le destin.

Puis on a découvert que c’était possible de travailler à distance. C’est ce qu’on fait depuis le début de ce projet. Et c’est ce que je fais avec les éditeurs français depuis onze ans.

Cela ne change absolument rien pour vous ?

Camille : On s’écrit, on s’appelle, on s’envoie les modifications, que ce soit du côté de Gwen pour le scénario ou moi en dessin. J’envoie des planches régulièrement, on en débat. C’est très fluide.

Gwénola : Avec tous les moyens qu’on a en ce moment, c’est simple en fait. Juste cette question du décalage horaire à prendre en compte dès le départ. Une fois que c’est fait, on peut échanger facilement.

Cette expérience vous donne-t-elle l’envie de collaborer à nouveau ensemble ?

Camille : Tout s’est très bien passé donc, si une autre aventure se présente, ce sera avec grand plaisir.

Gwénola : Comme le dit Camille, il faut trouver le scénario qui donne envie d’y passer deux ans. Moi aussi ce serait un grand, grand plaisir.

Avez-vous une appréhension quant aux retours ? (l’entretien a eu lieu avant la sortie de l’album.)

Gwénola : J’appréhende toujours une sortie d’album. J’ai l’impression qu’on dévoile quelque chose de moi, surtout quand il s’agit de scénarios qui touchent à l’intime ou des sujets très sensibles, dont on parle peu. Le dessin de Camille me donne confiance. Il porte tellement l’album. C’est un travail à deux. C’est toujours flippant la sortie d’un album.

Camille : C’est clair, on ne sait jamais quels seront les retours. J’ai une totale confiance dans le scénario que je trouve parfait. Au niveau du dessin, on voit toujours des erreurs. Il faut faire des choix, rien n’est jamais parfait.

Gwénola : Moi je ne les vois pas !

Le prénom du conjoint d’Aimée, Jean, n’apparait qu’à la quarantième page, était-ce un choix pour ne se focaliser que sur le personnage d’Aimée ?

Gwénola : Ce n’est pas un choix. Dès le début, le couple est posé dans une scène assez forte. Pour moi, il est tellement Jean que je n’ai peut-être pas voulu le nommer.

Camille : Le couple a des interactions, des dialogues dès le début du livre. Il n’y avait peut-être pas besoin d’évoquer son prénom.

Est-ce qu’il y a une raison particulière au choix de ces prénoms ?

Gwénola : Oui, je passe pas mal de temps à chercher les prénoms. C’est important pour moi et je ne les choisis pas par hasard. Comme pour Aimée. C’est un prénom qui a du sens.

Cette planche là est vraiment très forte.

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Camille : On voit le travail de la scénariste et de la dessinatrice. Gwen m’a écrit des mots sur cette scène mais il n’y pas de mots sur la planche. Il fallait exprimer en dessin ce qu’elle ressentait et tout ce que les femmes peuvent ressentir à ce moment-là. Une quête désespérée pour avoir absolument un enfant. On a essayé de faire en sorte que cette page soit très poignante.

Gwénola : Pour moi, cette planche est l’intervention de Camille. Quand tu nous l’a envoyée en couleur, je l’ai imprimée. Elle est dans mon bureau et je travaille tous les jours en face. Tout était dit sans mot.

Quand tu dis “ nous”, de quelle autre personne parles-tu ?

Gwénola : Oui, c’est Hervé Richez, le directeur de collection chez Grand Angle.

Camille : On ne veut pas arriver à la fin de l’album, tout envoyer et devoir faire plein de modifications.

Il y a pas mal de pleines pages dans Montagnes russes.

Camille : Oui ou des grandes cases. J’avais besoin de mettre quelques passages où on prend le temps de souffler, de mettre de l’espace. C’est important.

Comment s’est déroulé l’envoi du scénario ?

Gwénola : Je l’ai envoyé en entier, il était déjà validé chez l’éditeur. J’ai besoin de ça avant de contacter un dessinateur ou une dessinatrice. Pour être sûre et pouvoir parler des conditions financières.

Camille : Mais rien n’est jamais fixé, on échange.

Gwénola : Des scènes ont complètement disparu, parce qu’elles n’avaient plus lieu d’être dans le storyboard de Camille. Il y a beaucoup d’échanges pendant cette période du storyboard.

Camille, comment as-tu fait pour trouver le visuel des personnages ?

Camille : Je n’ai pas fait beaucoup d’essais. Mais la première Aimée était trop rigide trop sérieuse. J’ai proposé un personnage un peu plus pétillant, rêveur. Je voulais également qu’elle soit forte dans ses expressions et dans son attitude. On s’est donc dirigées vers l’actuelle Aimée.

Montagnes russes Gwénola Morizur et Camille Benyamina Grand Angle          Montagnes russes Gwénola Morizur et Camille Benyamina Grand Angle

Cette histoire est également l’histoire de deux femmes diamétralement opposées, pourquoi ce choix ?

Gwénola : C’est un choix scénaristique. J’avais envie de parler de l’amitié entre femmes, même si elles viennent d’univers différents. Elles semblent toutes les deux dans une grande solitude. Aimée avec son obsession d’avoir un enfant. Charlie est seule avec ses enfants. Aimée est sincère, elle s’attache réellement à Charlie. Ce n’est pas de la manipulation. Chacune va apporter quelque chose d’elle à l’autre.

La vie d’Aimée est très figée, très stable. Charlie va lui apporter du peps et de la folie. Aimée va aider Charlie.

Au départ ce n’était pas évident que ces deux femmes puissent s’attacher l’une à l’autre.

Gwénola : L’attachement entre elles se fait très naturellement, c’était fort pour moi de parler de sororité, de choix des femmes et de la bienveillance de chacune. Il n’y a pas de jugement, même si un événement leur fait prendre une autre direction.

J’ai distillé plein de choses qui me mettent en colère dans le combat féministe. Je pose des questions sans y répondre. Ce n’est jamais frontal. J’essaie d’amener les choses avec douceur.

Le fait d’avoir recours à la PMA ne signifie pas qu’il y a systématiquement un problème chez la femme, ce peut être chez l’homme.

Gwénola : C’était le cas dans la réalité, je voulais en parler. Pour moi, c’est une histoire de couple et il y a, dès le départ, une bienveillance entre les deux. Jean dit bien à Aimée que si elle n’a pas la force de continuer, ils peuvent tout arrêter.

Camille, pour certains personnages tu t’es appuyée sur des membres de ta famille, pourquoi ?

Camille : Tous les auteurs de bandes dessinées ou illustrateurs s’amusent à mettre des personnes qu’ils connaissent ou auxquelles ils tiennent, des amis, de la famille. Surtout quand il y a des images de foule. On est inspirés par notre entourage. En plus, ça fait plaisir à nos proches, c’est un petit clin d’œil. Mais ce ne sont pas les personnages principaux.

L’album fait 80 pages, était-ce prévu dès le départ ?

Gwénola : C’est ce qui était posé au départ, peut-être un petit peu plus même. On a resserré avec des scènes qui n’étaient pas forcément nécessaires. Mais l’album était prévu comme une histoire complète.

Combien de temps est-ce que cet album a pris à chacune d’entre vous ?

Gwénola : Pour le scénario, c’est une histoire qui me suit depuis longtemps. Je l’ai fait macérer. Il y a eu huit mois entre la discussion avec mon oncle et ma tante et la fin du scénario. Avec les allers-retours chez l’éditeur.

Et pour toi Camille, en sachant que tu travailles à temps plein à côté ?

Camille : J’ai mis deux ans et deux mois. Pour moi c’est très raisonnable.

D’ailleurs ce n’est pas trop difficile de jongler avec ça?

Camille : Non c’est très organisé.

Gwénola, avais-tu mis le même temps pour Bleu Pétrole ?

Gwénola : Non, ça a été beaucoup plus long, c’était mon premier album. Je traînais cette histoire depuis très longtemps, je tournais autour. Et il fallait que j’apprenne à écrire un scénario. Par contre le temps de dessin a été plus court,  Fanny (Montgermont) fait tout en couleur direct.

Je ne me rendais pas du tout compte de l’investissement qu’on met dans une bande dessinée. J’ai compris l’importance pour le dessinateur de bien choisir son scénario, parce qu’il va y passer un temps fou.
Je suis très reconnaissante quand une collaboration se fait,  car je mesure le temps que ça prend.

 Camille, peux-tu nous dire comment tu as travaillé sur Montagnes russes ?

Camille : Pour cet album, c’était entièrement du numérique. Dans Les petites distances, il y avait une partie tradi. Violette Nozière, c’était noir et blanc tradi et couleur numérique.
M

ais dans Montagnes russes, il y a quand-même des textures d’aquarelle qui sont mises par dessus.

Qu’est-ce que cela t’apporte de travailler en cent pour cent numérique ?

Camille : C’est sûr que c’est plus avantageux pour les retouches. Je peux mettre les personnages à part du décor. Il y a plus de flexibilité s’il y a des changements.

Avec le tradi, on doit faire des découpages, du bidouillage pour rattraper ou faire des modifications.
C’est une question pratique, le numérique va plus vite. Il faut tenir compte de ce critère. C’est important de trouver des raccourcis.

Gwenola, tu parles à un moment de faire son deuil, était-ce important d’appuyer sur cette phase là ?

Gwenola : Oui c’est très important. Un gros questionnement avec mon éditeur au départ, qui lui voulait une fin heureuse. Mais sa vision n’était pas la même que la mienne. Je ne trouve pas que l’album soit triste et il reste très lumineux.

D’ailleurs la fin reste ouverte.

Gwénola : Quelqu’un m’a fait un retour sur Instagram et m’a demandé s’il y aurait un tome 2. Je trouve sympa d’avoir des retours de lecteurs.

Camille : C’est bien, ça signifie également qu’on s’attache aux personnages !

Dans l’album on parle de désir d’enfant. Mais aujourd’hui il y a aussi l’inverse, le choix de ne pas avoir d’enfants.

Gwénola : Oui clairement, il y a un “foutez-nous la paix” avec tout ça. Je ne voyais pas cet album comme féministe en soi. Mais je suis pétrie de ces questions là, étant une femme qui vit dans une société patriarcale. Tous ces sujets me touchent énormément, je voulais en distiller dans l’album sans que ce soit frontal.

Camille : Sans donner de leçon. L’une comme l’autre, nous n’avons pas le même profil. Gwen tu as une famille, des enfants. Moi, je n’en veux pas du tout et je suis dans le cas où on m’a fait plusieurs fois cette réflexion en me demandant comment ça se faisait. C’est un choix.

Il y a encore un jugement automatique pour les femmes qui ne veulent pas fonder une famille. La femme est censée avoir un rôle de mère.

On ressent un véritable binôme entre vous .

Camille : C’est la sensibilité de la plume de Gwen.

Gwénola : Il y a les deux, c’est le dessin aussi. On avait cette même volonté et on s’est retrouvées dans cette sensibilité d’emblée, une envie de dire et d’aborder les choses de la même manière.

Gwénola tu as une bande dessinée qui est sortie il n’y a pas longtemps.

Gwénola : Oui , Tara, un été zéro déchet, une bande dessinée jeunesse sur l’écologie scénarisée avec ma sœur. C’était la première fois, c’était génial et on s’est bien amusées. Je pense qu’il y en aura d’autres, on a des projets en commun. Plutôt en bande dessinée pour le coup.

Quels sont vos projets en cours à toutes les deux ?

Gwénola : De mon côté, j’ai une bande dessinée qui est en route en collaboration avec Elléa Bird chez Jungle. Encore une histoire sensible, d’amour, avec un peu de fantastique cette fois. Une bande dessinée adulte. Et des projets en cours, mais pas encore signés.

Camille : J’ai un projet mais je ne vais pas en parler tout de suite. Il me tient beaucoup à cœur et je serai seule sur ce projet. C’est la première fois que ça m’arrive. C’est très excitant et j’espère être à la hauteur.

Quelles sont les dernières bandes dessinées qui vous ont marquées ?

Gwenola : Il y a forcément Le chœur des femmes d’Aude Mermilliod. J’ai adoré comme j’avais adoré le roman et toutes ses bandes dessinées précédentes. Elle m’a beaucoup touchée. La bande dessinée qu’on a envie d’offrir.

Il y a aussi Traquée, la cavale d’Angela Davis de Fabien Grolleau et Nicolas Pitz. Une super bande dessinée.

Et j’en ai une dernière, j’ai une immense pile ! Hippie trail de Séverine Laliberté et justement Elléa Bird. C’est génial, je ne m’y attendais pas du tout et j’ai été complètement happée par l’histoire. Un road trip dans les années 70, très sensible aussi.

         

Couverture Hippie trail

Et toi Camille ?

Camille : Je n’ai pas pris énormément le temps de lire, mais dernièrement, j’ai lu Peau d’homme ( de Hubert et Zanzim) que j’ai vraiment aimé, je le recommande même s’il est recommandé partout. Il n’a pas nécessairement besoin de publicité.

Il y a également Olive de Véro Cazot et Lucy Mazel. Le scénario est génial et les dessins sont incroyables.

                   Couverture Olive tome 2

Couverture Olive tome 3

Je vous remercie du temps que vous m’avez accordé, avec un début de live un peu chaotique, mais l’essentiel était de pouvoir échanger autour de cette bande dessinée, belle, intelligente et douce. Un thème sensible et fort.

CET ENTRETIEN ET SA RETRANSCRIPTION ONT ÉTÉ RÉALISÉS DANS LE CADRE DU LIVE QUI S’EST TENU LE SAMEDI 29 MAI 2021 SUR LA PAGE INSTAGRAM DE Yoann Debiais @LIVRESSEDESBULLES .
SI VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS, N’HÉSITEZ PAS À REGARDER CI-CONTRE LE REPLAY DU LIVE.
Article posté le jeudi 16 septembre 2021 par Claire & Yoann

Montagnes russes Gwénola Morizur et Camille Benyamina Grand Angle
  • Montagnes russes
  • Scénariste : Gwénola Morizur
  • Dessinatrice : Camille Benyamina
  • Editeur : Grand Angle
  • Prix : 16,90 €
  • Parution :  02 juin 2021
  • ISBN : 9782818976005

Résumé de l’éditeur : Avoir un enfant est devenu une idée fixe pour Aimée et les échecs successifs de FIV sont de plus en plus durs à accepter. Dans la crèche où elle travaille, la jeune femme fait alors la connaissance de Charlie qui élève seule ses enfants. Elle s’attache rapidement à l’un d’eux, Julio, et se met peu à peu à outrepasser ses fonctions. Malgré cela, une amitié de plus en plus forte se tisse entre Aimée et Charlie. Mais quand la maman de Julio se rend compte du comportement d’Aimée vis-à-vis de son fils, elle se sent trahie par son amie. Les disputes et les règlements de compte entraînent alors les deux femmes sur les montagnes russes, dans ces hauts et ces bas qui ressemblent à la vie et dans ces sensations fortes à l’image de leur amitié.

À propos de l'auteur de cet article

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Claire Karius @fillefan2bd & Yoann Debiais @livressedesbulles , instagrameurs passionnés par le travail des auteurs et autrices de bandes dessinées, ont associé leurs forces et leurs compétences, pour vous livrer des entretiens où bonne humeur et sérieux seront les maîtres-mots.

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