L’homme qui courait après sa chance

Après le formidable Carnet de santé foireuse, Pozla imagine L’homme qui courait après sa chance, un joli conte aux éditions Delcourt jeunesse.

Pauvre paysan, un homme enchaîne les déconvenues : il joue toujours de malchance. Se demandant où est passé sa chance, il décide d’aller quérir des conseils auprès d’un ermite après avoir discuté avec un escargot.

Quittant sa modeste demeure, le pauvre hère débute son périple. Il croise alors le chemin d’un tigre maigre et affamé…

Allant de désillusions en déboires, on est presque en peine pour ce gentil bonhomme ! Pozla ne l’épargne pas, lui mettant à chaque fois des bâtons dans les roues. Cette très jolie fable initiatique bénéficie de tout le talent de l’auteur du Carnet de santé foireuse.

Ce récit à répétition est dans la veine de contes populaires des frères Grimm, Perrault ou Andersen. Il s’approcherait même de celui des Musiciens de Brême. Ce sont les rencontres du héros qui le font avancer. La malchance doit se transformer en chance, il n’a pas d’autre choix tant sa vie en est impactée tous les jours.

Les lecteurs apprécient aussi le dessin de Pozla. Pour L’homme qui courait après sa chance, il réalise de très belles planches où l’humour est très présent. Son trait et les expressions de personnages apportent de la chaleur et de la drôlerie au récit. Il suffit de regarder la première page de garde pour être épaté par le richesse des situations du héros.

L’homme qui courait après sa chance : un excellent conte jeunesse initiatique !

  • L’homme qui courait après sa chance
  • Auteur : Pozla
  • Éditeur : Delcourt Jeunesse, collection Les enfants gâtés
  • Prix : 13.95 €
  • Parution : 14 octobre 2020
  • ISBN : 9782413026631

Résumé de l’éditeur : Accablé par la malchance qui lui colle à la peau, un homme se laisse convaincre d’aller consulter l’ermite de la montagne, seul en capacité de résoudre son problème. En chemin, il croise des compagnons d’infortune. Un tigre sans appétit, un arbrisseau pitoyable et une jeune femme désespérée. C’est décidé, il défendra leur cause auprès du sage de la montagne et reviendra leur donner ses conseils !

 

Gravé dans le sable

Avec habileté, Jérôme Derache et Cédric Fernandez adaptent Gravé dans le sable, le surprenant polar de Michel Bussi chez Philéas.

Pour ses premières publications, la toute jeune maison d’édition Philéas – rapprochement de Jungle et Editis – dévoile deux adaptations : Le syndrome [E] basé sur le roman de Franck Thilliez et Gravé sur la sable fondé sur le livre de Michel Bussi.

Dans ce surprenant polar sur une toile de fond historique, les lecteurs sont emmenés (baladés ?) par une habile narration et une intrigue à tiroirs déconcertante. Les vérités d’un jour – d’une page – ne sont pas celles du lendemain. On navigue entre les époques avec dextérité.

L’on suit Alice à la recherche de la vérité concernant la mort de son ancien petit ami sur les plages du Débarquement de Normandie en 1944. Complots, non-dits et secrets se couplent à la vengeance et aux tueurs à gage, le tout pour un somme rondelette de 1,4 millions d’euros.

Jérôme Derache est à l’initiative de cette adaptation du livre du romancier français (Nymphéas noirs). Il a choisi avec intelligence une intrigue forte qui fait la part belle aux rebondissements.

Il est accompagné au dessin par Cédric Fernandez, impeccable dans la réalisation de ses planches. Son trait réaliste lui permet de proposer des pages très équilibrées et d’un beau classicisme.

Gravé dans le sable : un bel album pour les amateurs de l’œuvre de Michel Bussi, pour les amoureux de polar et d’Histoire !

  • Gravé dans le sable
  • Scénariste : Jérôme Derache, d’après le roman de Michel Bussi
  • Dessinateur : Cédric Fernandez
  • Editeur : Philéas
  • Parution : 29 octobre 2020
  • Prix : 19.90 €
  • ISBN : 9782491467043

Résumé de l’éditeur : Quel est le prix d’une vie ? Pour Lucky, joueur ayant la chance du diable, la mort est un jeu comme un autre. Alors, en juin 1944, à la veille du débarquement en Normandie, il n’hésite pas à miser sa vie pour une hypothétique fortune. Lucky va perdre la vie, persuadé que sa sublime fiancée Alice Queen empochera la mise… Mais ce n’est que 20 ans après la mort de son amour qu’Alice va découvrir des bribes de vérité… Et encore, comment le prouver ? De la Normandie aux États-Unis, Alice se lance en quête du rétablissement de la mémoire de son homme… au risque de réveiller les démons du passé. Autour d’elle, chacun croit détenir la vérité et semble résolu à tuer pour la protéger. Gravé dans le sable, paru en 2014, est la réédition du premier roman écrit par Michel Bussi, Omaha Crimes.

Le trésor de Lucio

Mikel Santos « Belatz » se penche sur la vie passionnante et trépidante de Lucio Urtubia Jimenez, un anarchiste espagnol dans Le trésor de Lucio, un très bel album édité par Rackham.

Quelle riche idée ont eu les éditions Rackham et Mikel Santos Belatz de nous faire découvrir Lucio Urtubia Jimenez ! Sa folle vie mouvementée et romanesque est extraordinaire ! Ce navarrais né en 1931 et décédé en 2020 ayant grandi dans une famille de tendance républicaine, deviendra un anarchiste de premier plan.

A la fin de sa vie, cet exilé en France raconte son destin hors du commun à Amaia, une jeune étudiante rédigeant son mémoire sur l’évolution de l’anarchisme depuis son apparition jusqu’à nos jours. Ainsi, les flash-backs sont nombreux, passant avec aisance d’une période à l’autre de la vie de cet homme d’exception.

Il a soutenu la lutte contre le fascisme en multipliant les braquages de banques et mis en place un système d’arnaque aux chèques de voyages qui ébranla la First National City Bank jusqu’à sa banqueroute. Proche du CNT (Confédération Nationale des travailleurs), il n’a jamais adhéré à aucun mouvement. Il ne se considère pas anarchiste mais plutôt comme un compagnon de route des mouvements et des luttes.

Le trait semi-réaliste de Belatz est idéal pour mettre en image cette vie si mouvementée de Lucio. Les planches sont équilibrées et très agréables à l’œil.

  • Le trésor de Lucio
  • Auteur : Mikel Santos « Belatz »
  • Éditeur : Rackham
  • Prix : 19 €
  • Parution : 10 septembre 2020
  • ISBN : 9782878272437

Résumé de l’éditeur : Figure emblématique de militant libertaire, Lucio Urtubia Jiménez est, avant tout, un homme d’action. Car, comme il aime souvent le répéter « Un révolutionnaire qui ne fait rien finit pour ressembler à un curé ». Toute l’existence de Lucio a été une lutte incessante contre l’oppression et pour un monde libre et juste ; au soir de sa vie, il a accepté de la raconter lors de longues entretiens avec Mikel Santos « Belatz » pour en faire une bande dessinée. C’est son héritage, le trésor de Lucio. De son enfance dans un village de Navarre à son émigration en France, de son travail de maçon à ses premiers contacts avec l’anarchisme, des expropriations au dépens des banques en soutien à la lutte contre le fascisme à la fabuleuse arnaque aux chèques de voyage qui a fait chanceler Citybank, la bande dessinée de « Belatz » ne néglige aucun épisode de l’aventureuse trajectoire de l’anarchiste navarrais dans un récit plein de force, de passion et d’action, tout comme la vie de Lucio.

 

 

Le fils du roi

Le fils du roi est le deuxième volume de la belle saga fantastique de Stanislas Moussé, débutée avec Longue vie. Un album accrocheur.

Après un premier volume enchanteur, Stanislas Moussé poursuit son histoire avec Le fils du roi. La précédente publication mettait en scène l’existence d’un jeune berger devenu roi après de nombreuses péripéties. Dans ce deuxième volume, le fils du roi lui succède sur le trône.

N’écoutant que son courage, il entre dans une forteresse. Là, il découvre un géant enchaîné. Alors que l’immense créature tente de l’attraper, l’édifice s’effondre libérant le géant. Ce dernier ravage alors le pays…

Avec son merveilleux style graphique en noir et blanc, Stanislas Moussé continue de nous passionner avec cette très jolie suite de saga. Cette aventure fantastique n’épargne pas le lecteur. Les combats et les morts se multiplient au fil des pages. Le géant dévaste tout sur son passage, le fils du roi à ses trousses.

Sans aucun texte, Stanislas Moussé réussit à nous captiver par une histoire au demeurant simple mais graphiquement superbe. Les décors sont foisonnants, riches et précis. Les hachures et autres arrondis nous subjuguent.

Encore un beau volume, vivement le suivant !

  • Le fils du roi
  • Auteur : Stanislas Moussé
  • Éditeur : Le Tripode
  • Prix : 20 €
  • Parution : 12 novembre 2020
  • ISBN : 9782370552471

Résumé de l’éditeur : Longue vie racontait la vie d’un homme qui, de modeste berger, devient un roi puissant. Cette véritable « saga », au sens littéral, s’achevait sur la mort du roi et l’héritage qu’il laissait à sa descendance, après une vie de péripéties et de batailles. Stanislas Moussé décide, dans ce deuxième opus, de nous raconter l’histoire de cette descendance, du fils du roi. Avec lui, c’est tout à la fois un nouvel héros qui se révèle, un nouveau destin qui se joue et le trait, le style, de Stanislas Moussé qui s’affirme, se renforce, frappe l’oeil.

Pendant ce temps

La vie d’une famille et de leurs voisins après la disparition mystérieuse d’Odd, le père est ébranlée. Pelle Forshed met en scène ce basculement dans Pendant ce temps, une très jolie bande dessinée éditée par L’Agrume. Surprenant !

Sten est un jeune adolescent timide et réservé. Sa passion de collectionner les papillons lui vaut les railleries de ses camarades. Peu importe, il la poursuit.

Quant à son père, il tente d’établir le contact avec ses nouveaux voisins. Il apprend par Magdalena, sa voisine, que son époux a disparu. Elle essaie de faire bonne figure auprès de ses enfants en leur annonçant que leur père est en voyage. Cette surprenante disparition entraine d’étranges conséquences sur l’ensemble du paisible quartier…

Pour son deuxième album édité en français, Pelle Forshed frappe fort ! L’auteur imagine une polar qui ne dit pas son nom. En effet, la disparition d’Ott est un prétexte pour parler de relations humaines. Cet évanouissement dans la nature de l’homme entraîne des effets sur les habitants du quartier. Chacun va « subir » des désagréments psychologiques dans sa vie.

Dans Pendant ce temps, Pelle Forshed aborde habilement les notion d’absence, les relations père/fils, les relations de couple ou encore l’époque charnière de l’adolescence. Ainsi, l’auteur suédois brosse avec subtilité le portrait d’anonymes de la middle-class. Éloge de la lenteur – on a l’impression qu’il ne se passe rien (à tort !) – l’album fleure bon la mélancolie.

Sans effusion ni artifices superflus, Pelle Forshed parle des angoisses de notre temps. Il faut goûter tout le sel de ces 192 pages, prendre le temps de tout savourer tant l’histoire est délicieuse.

  • Pendant ce temps
  • Auteur : Pelle Forshed
  • Traductrice : Aude Pasquier
  • Éditeur : L’Agrume
  • Prix : 20 €
  • Parution : 24 septembre 2020
  • ISBN : 9782490975174

Résumé de l’éditeur : Odd, un père de famille sans histoires, a mystérieusement disparu. Dans cette banlieue paisible de Stockholm, tout le monde s’interroge. Comment a-t-il pu abandonner femme et enfants et partir sans laisser aucune trace ? Cette étrange disparition va révéler les failles et les tourments de tous les habitants, une microsociété en apparence tranquille, mais sur le point de se fissurer…
Dans un style toujours subtil et épuré, Pelle Forshed signe ici un deuxième album au scénario soigné dans lequel se mêlent mélancolie existentielle et humour noir.

J’adore mon chat (mais il s’en fout complètement)

Alberto Montt est dingue de son félin ! L’auteur chilien raconte sa passion dans J’adore mon chat (mais il s’en fout complètement), un livre d’illustrations très drôle.

On savait les Japonais fou de chats (Junji Ito, Le vieil homme et son chat…), moins les Chiliens. L’auteur des excellents Roucou et Fichtre ! livre ses sentiments et son attrait irrésistibles pour les matous.

Il explique avec malice et humour pourquoi il a décidé d’écrire un livre sur les chats. Si plus petit, il était entouré de chiens (ses parents adoraient), ses huit tantes aiment profondément les félins. Subissant leurs foudres, il les adopta avec le temps. Alberto Montt fait preuve d’une auto-dérision immense dans ce petit guide. Ne dit-on pas que les hommes habitent chez leur chat et non l’inverse ?

Il aborde la grande notion de chatophilie grâce aux dix préceptes établis par lui-même; évoque la domestication des chats et enfin imagine une amusante encyclopédie insolite. L’album de 126 pages se conclut par une galerie de chats mis en image par les autrices et les auteurs ça et là dont entre autres Derf Backderf, Lucia Biagi, Ville Ranta, Marcello Quintanilha, Emilie Gleason ou encore Anneli Furmark.

  • J’adore mon chat (mais il s’en fout complètement)
  • Auteur : Alberto Montt
  • Traductrice : Eloïse de la Maison
  • Éditeur : çà et là
  • Prix : 14 €
  • Parution : 22 octobre 2020
  • ISBN : 9782369902867

 

 

Asadora ! tome 3

Asa est devenue une jeune pilote. Tandis que les Jeux Olympiques se rapprochent, le gouvernement se tourne vers elle et lui propose une étrange et secret contrat…

Depuis que Kasuga lui a appris à piloter, Asa fait des petits contrats de publicité lors d’événement. Ils  couvrent les frais de l’avion mais ça ne l’aide pas à accomplir ses ambitions. Asa veut retrouver le monstre qu’elle a vu il y a 5 ans pendant le typhon. Elle est convaincue que sa famille est toujours vivante et que le monstre les a emporté.

Le gouvernement aussi s’intéresse à la créature. Sans armée offensive depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’état japonais cherche des solutions pour enquêter sur la créature et protéger la population. A une semaine des JO de 1964, ils contactent Kasuga et Asa pour observer le monstre s’il surgit. L’affronter si le pire arrive. Pour Asa c’est une aubaine. Elle peut enfin chercher le monstre et sa famille.

Asadora ! tome 3, aux éditions Kana, est l’occasion de retrouver l’énergie de son héroïne, son caractère curieux et intrépide. Mais aussi de la découvrir plus mature et complexe. Asa grandit, son univers s’élargit et ses nouvelles rencontres amènent autant de questions que de réponses.

Le mystère autour de la créature est toujours aussi insondable. Mais petit à petit les acteurs se mettent en place pour l’élucider. Les réponses sont encore loin mais Asa et ses camarades sont de plus en plus préparés à les dénicher.

Naoki Urasawa nous a habitué à des séries seinen riches. Avec le 3e tome, Asadora ! gagne encore en profondeur. La série se pose en digne successeur de Monster (pour ne citer que lui) et Asa en digne petite sœur de Yawara, l’héroïne judoka. On prend Asadora ! tome 3 avec plaisir. Heureux de poursuivre l’aventure tumultueuse d’Asa. Et on en ressort invariablement avec cette question : mais c’est quoi, ce monstre ?

  • Asadora ! tome 3
  • Auteur : Naoki Urasawa
  • Éditeur : Kana
  • Prix : 7,45€
  • Parution : 02 octobre 2020
  • ISBN : 9782505085263

Résumé de l’éditeur : Naoki Urasawa est de retour chez Kana avec sa toute nouvelle série phare : Asadora ! Urasawa parvient à rendre palpitant le mélange a priori improbable du récit de la vie tumultueuse d’une jeune fille, démarrant en 1959, avec une histoire de monstre godzillesque attaquant le Japon de nos jours. C’est addictif dès les premières pages ! Avec ce récit, on entre à nouveau avec bonheur dans le cinéma d’Urasawa, comme on le ferait dans celui d’un Tarantino !

La chanson de Renart

Vous connaissez Le roman de Renart, l’ancêtre des récits comiques de Théâtre ? Vous connaissez La chanson de Roland, le premier récit épique ?  La chanson de Renart, c’est le mélange des deux : de la comédie et du chevaleresque signé Joann Sfar.

On y retrouve Renart le rusé et fourbe renard qui est capable de tout même de trahir son meilleur ami et le loup Ysengrin son ami ainsi que d’autres personnages. Renart et Ysengrin vont devoir sauver le monde en proie à la méchanceté de Madame la mort. Est-ce que le seigneur des entourloupes va réussir sa mission et penser pour une fois au bien de tous ?

Vous avez dit comédie et récit chevaleresque dans la même histoire ? Et bien oui Joann Sfar, habitué des séries à succès comme Le Chat du rabbin et Petit Vampire, commence cette série qui devrait être composée d’au moins trois tomes. Tout de suite le lecteur est plongé dans l’univers de Joann Sfar qui a une patte bien particulière.

J’ai adoré et j’ai pris un très grand plaisir à suivre cet anti-héros (à qui on botterait bien le cul avec bottes de 7 lieues) essayer de sauver le monde.

La chanson de Renart : Une très belle série qui commence pour le plus grand plaisir de tous.

  • La chanson de Renart, tome 1/3 : Le seigneur des entourloupes
  • Auteur : Joann Sfar
  • Éditeur : Gallimard BD
  • Prix : 16 €
  • Parution : 16 septembre 2020
  • ISBN : 9782075134194

Résumé de l’éditeur : Dans un Moyen Âge mâtiné de fantasy, Renart, voyou malicieux et célèbre menteur, est embarqué dans de nouvelles aventures. Accompagné de son fidèle compère, le loup Ysengrin, cet éternel bouc émissaire rencontre Merlin l’Enchanteur… et endosse un costume qui n’est pas le sien: il doit sauver le monde d’un désastre imminent! Avec pour décor un terroir provençal où règne la magie et où les kabbalystes, les sorciers et les dieux grecs trouveront bientôt leur place, Joann Sfar rend hommage de manière inédite au récit médiéval devenu mythique.

Le silence est d’ombre

Le silence est d’ombre est le cinquième titre de la très jolie collection Les contes des coeurs perdus autour du travail du scénariste Loïc Clément.

Amun vit avec d’autres enfants dans un institut ou un orphelinat. Surpris par un incendie nocturne, le petit garçon erre depuis entre deux mondes.

« Dans un monde sombre, on ne craint pas les larmes versées lors de la perte d’un être cher. On ne craint pas davantage la faim ressentie après plusieurs jours d’une jeûne forcé ou même le froid des nuits d’hiver qui vous consume. Après une vie de violence, Amun goûte désormais à la sérénité. »

Amun rencontre alors Yaël avec qui il devient ami…

Magnifiquement mis en image par Sanoë, Le silence est d’ombre est une récit fort et parfois dur de Loïc Clément. Errant dans les limbes, entre terre et paradis, Yaël et Amun vivent de très belles aventures où l’amitié est la clef de voûte.

Se fondant sur le cycle de la vie, Loïc Clément dévoile une histoire moins optimiste et solaire que les précédentes faisant partie des Contes des coeurs perdus (Chaussette, Jeannot, Le voleur de souhaits et Chaque jour Dracula). Ainsi, Le silence est d’ombre est plus proche de Chroniques de l’île perdue pour son ambiance.

Le gros point fort de l’album réside dans le très beau dessin de Sanoë. La dessinatrice de La grande ourse (avec Elsa Bordier, Soleil, 2017) réalise de magnifiques planches aux merveilleuses couleurs.

  • Les contes des coeurs perdus : Le silence est d’ombre
  • Scénariste : Loïc Clément
  • Dessinatrice : Sanoë
  • Editeur : Delcourt Jeunesse
  • Parution : 07 octobre 2020
  • Prix : 10.95 €
  • ISBN : 9782413019718

Résumé de l’éditeur : Amun a beaucoup souffert durant sa courte existence et se sent désormais en sécurité dans ce monde protégé, loin du tumulte du quotidien. Il n’est guère pressé de quitter ce cocon pour repartir dans un nouveau cycle de vie. Il rencontre alors Yaël, bien plus extraverti et aventureux que lui. À deux, ils vont vivre des expériences uniques qui vont bouleverser leur vision des choses…

BDM 2021-2022

Le plus célèbre argus de la bande dessinée est de retour ! Le BDM 2021-2022 est plus imposant par sa version augmentée. Petit aperçu.

Depuis 1979, le BDM fait partie intégrante du monde du 9e art. Avec ses 22 éditions, il est la référence de l’argus et un catalogue encyclopédique très complet.

A l’époque, Michel Béra – le B – (aujourd’hui, il a quitté l’aventure), Michel Denni – le D – et Philippe Mellot – le M – ont pour ambition de répertorier l’ensemble de la production d’albums de bandes dessinées aussi loin qu’ils le pouvaient. Un travail titanesque !

Fonctionnant comme L’Argus pour les voitures sur le marché, chaque version de bandes dessinées peut avoir un prix en face de son titre pour que les professionnels, les journalistes et les collectionneurs puissent avoir une base fiable pour s’y retrouver. Ainsi l’édition originale de Bob Fish d’Yves Chaland de janvier 1981 est cotée 30€, celle de Libellule s’évade, série Gil Jourdan de Tillieux de 1959 s’élève à 1000€. Et ainsi de suite… Le tout par ordre alphabétique de titre.

En tout, ce sont environ 160 000 albums qui sont recensés avec détail, avec parfois un prix, parfois non. Selon la rareté bien évidemment, l’autrice/l’auteur, la série…

Si quelques versions du BDM faisait les beaux jours de la bande dessinée publicitaire, dans cet imposant pavé de 1480 pages, pas de pub mais le référencement de périodiques, de petits formats, de récits complets, de jeux et de disques.

En 41 ans, le BDM s’est écoulé à 300 000 exemplaires, un record pour ce style de livre. Bien évidement, ce succès, les auteurs le doivent avant tout à son côté inédit, sa richesse et sa base immense d’albums.

Avec le chapitre Astérix – l’édition originale de La serpe d’or datée de 1962 est cotée à 6 000€ – celui de Tintin est le plus consulté. C’est pourquoi les auteurs ont décidé de le toiletter. Entièrement revue, cette session comporte aujourd’hui 70 pages. Par exemple, le BDM côte à 35 000 € l’édition numérotée à 500 exemplaires du tirage de Les aventures de Tintin reporter du Petit Vingtième au pays des Soviets. Des mises en garde sont notées en préface de ce chapitre tant il est varié.

Le BDM 2021-2022 : le monument du 9e art de de retour dans une version augmentée et enrichie. Une excellente nouvelle !

  • BDM 2021-2022
  • Auteurs : Philippe Merlot, Michel Denni, Laurent Turpin et Isabelle Morzadec
  • Conception graphique et coordination : François San Millan
  • Éditeur : Les Arènes BD
  • Prix : 49 €
  • Parution : 04 novembre 2020
  • ISBN : 9791037502582

 

Sur la route de Whiskyville

Deux vagabonds sont accusés du meurtre de la femme d’un policier irlandais. S’ensuit une course-poursuite dans Sur la route de Whiskyville, un road-trip déjanté signé Macon Blair et Joe Flood.

Jed et Thanny, deux vagabonds, errent à la recherche de nourriture. Apercevant une femme mettant une tourte sur le rebord de son fenêtre, ils échafaudent un plan. Une belle opportunité pour le duo ayant l’estomac dans les talons. Cette femme, c’est Maggie, l’épouse de Ronan, un policier irlandais. Elle sort alors un pistolet et tente de tirer sur Jed et Thanny. Bouché, il explose, emportant une partie de sa main.

Le mari, accompagné de deux collègues, course les deux malfrats qui montent in-extremis dans un train de marchandises. Quelques heures plus tard, Maggie décède. Ronan jure de retrouver les vagabonds et de se venger…

Dans l’Amérique de la Grande dépression, Sur la route de Whiskyville est une aventure mouvementée signée Macon Blair. Ce road-movie est construit comme une folle cavale entre les vagabonds et Ronan.

Si Jed et Thanny sont accusés un peu malgré eux et à tort, ils ne sont pas de mauvais bougres cherchant avant tout à voler pour se nourrir, sans faire de mal. Ressemblant aux personnages de O’Brother des frères Cohen, ils nous font aussi rire par leurs attitudes et leurs maladresses, ce qui les rend attachants malgré la mort de Maggie.

Ronan, furieux, dans une logique vengeresse – logique sa femme est décédée – lui ne nous est pas du tout sympathique.

Les rebondissements sont nombreux dans Sur la route de Whiskyville. Quant au dessin de Joe Flood, il est agréable et plaisant.

  • Sur la route de Whiskyville
  • Scénariste : Macon Blair
  • Dessinateur : Joe Flood
  • Éditeur : Rue de Sèvres
  • Prix : 18 €
  • Parution : 26 août 2020
  • ISBN : 9791026818885

Résumé de l’éditeur : Qui pourrait résister à l’appel d’un tel gueuleton quand on a l’estomac dans les talons ? Certainement pas Jed et Thanny, deux truculents vagabonds qui traînent leurs guêtres dans l’Amérique de la Grande Dépression à la recherche d’un eldorado aussi mythique qu’éthylique : Whiskyville. Mais tant pis pour la bâfre : accusés de la mort de sa femme par un crétin de flic irlandais qui en veut à leurs scalps, nos deux gaillards devront mettre les voiles vers des horizons plus cléments, semant le chaos et la sidération dans leur sillage. Une aventure déjantée à la poursuite du bonheur et de la liberté, menée tambour battant au son des banjos et des guimbardes.

Intraitable 3

Choi Kyu-sok poursuit sa plongée dans l’univers impitoyable de la grande distribution sud-coréenne et le syndicalisme dans Intraitable, le merveilleuse série édité par Rue de l’échiquier.

Depuis le tome 1, nous soulignons la force et l’intelligence d‘Intraitable, un manga glaçant et pédagogique signé Choi Kyu-sok. Après le deuxième opus, le mangaka continue de nous tenir en haleine avec la lutte syndicale d’employées d’une grande marque de distribution en Corée du Sud.

Ce nouveau volume met en lumière les tensions toujours aussi vives entre les dirigeants de l’entreprise et les employés. Depuis peu, une antenne syndicale a été créée dans le supermarché. La lutte s’intensifie. Les pressions et menaces sont de plus en plus nombreuses, notamment sur Lee Soo-in que sa hiérarchie tente de couper de ses compagnons de revendications.

Les sanctions iniques, les menaces physiques et les pressions psychologiques sont au cœur de ce troisième tome d’Intraitable. On est glacé d’effroi par ces méthodes de voyous. Le business avant les conditions de travail; l’argent et les bénéfices avant la santé des employés. Rien ne doit se mettre en travers des dividendes des actionnaires. Le capitalisme et l’ultra-libéralisme à l’échelle locale comme un exemple à plus grande échelle.

Encore une fois, Choi Kuy-sok livre un récit d’une grande justesse et très bien documenté où la tension est palpable à chaque page. Malgré les tentatives de mise sous éteignoir, les salariés continuent d’être solidaires et de s’opposer à un pouvoir pyramidal souvent sans cœur. Il n’y a plus de dialogue, il n’y a qu’une processus à sens unique, du haut vers le bas.

Prévue en six volumes, on attend avec impatience le quatrième opus tant cette série est prenante, intelligente et addictive, mieux qu’une série Netflix !