L’autre monde

Les éditions Mosquito dévoilent L’autre monde, le récit fantastique jeunesse signé Davide Garota et Jonathan Barja.

Alors que le tonnerre gronde, Marc arrive en trombe dans la chambre de ses parents. Il a peur et veut dormir avec eux. Malgré ses suppliques, ils ne se réveillent pas.

Il est alors surpris par Sbidiblit, un petit être venu de Dessoudli. Il s’est retrouvé chez Marc à cause d’Hermès, un géant malfaisant ayant pris le contrôle de son pays. Le petit garçon vainc sa peur, se vêt d’un imperméable, s’arme d’une épée de bois et entre dans le creux d’un tronc d’arbre…

L’autre monde est un joli conte très simple. Sans révolutionner le genre, Davide Garota et Jonathan Barja imaginent une aventure fantastique plaisante. Construit comme une quête initiatique, ce récit plait par son duo de personnages attachants (Marc et Sbidiblit). Pourtant au départ, les deux sont craintifs , mais vont se révéler être deux valeureux personnages. Le troisième les rejoignant – le golem – sera lui aussi un allié fort utile dans leur quête pour déloger Hermès du pays de Dessouli.

  • L’autre monde
  • Scénariste : Jonathan Barja
  • Dessinateur : Davide Garota
  • Editeur : Mosquito, collection Lily Mosquito
  • Parution : 10 juillet 2020
  • Prix : 14 €
  • ISBN : 9782374181004

Résumé de l’éditeur : Alors que Sdibidlit, petit monstre, débarque dans le monde des humains pour échapper un magicien, il rencontre Marc, un jeune garçon de dix ans. Ce dernier va se joindre à lui pour éviter que le magicien ne prenne le pouvoir. Mais la route est encore longue pour les deux compagnons, qui au fur et à mesure des rencontres, vont s’apprivoiser et s’apprécier. La peur, le partage, l’amitié n’auront plus de secrets pour eux à travers cette aventure qui s’annonce difficile.

Victor Java. La voix du peuple

Maxence Emery et Joséphine Onteniente dévoilent Victor Jara, une très jolie biographie du chanteur chilien engagé dans ce pays sud-américain sous la présidence de Salvador Allende et la dictature de Pinochet. Passionnant !

Victor Jara était un immense chanteur populaire au Chili. Cette belle biographie retrace avec soin et habileté le parcours de cet artiste engagé, dans un pays sous le joug militaire du tyran Pinochet. Sa vie très courte – il meurt à 40 ans – fut partagée entre la musique et son combat pour le bien de tous.

Si l’on connait la fin dramatique de Victor Jara -torturé et abattu de 44 balles dans le Stade national – son parcours force le respect. D’ailleurs, le corps du héros-artiste au Chili fut exhumé en 2009 sur ordre de la présidente de la république Michelle Bachelet afin de recevoir les honneurs de la nation par de grandes funérailles.

Le scénario de Maxence Emery s’ouvre sur les dernières heures de Salvador Allende. Reclus dans le palais présidentiel, il se suicide à cause d’une pression immense des partisans de Pinochet.

Quelques 20 pages plus tard, l’on découvre le jeune Victor dans sa famille. Son père violent frappait sa mère. Pour s’évader un peu de ce quotidien morose, le jeune adolescent se lie d’amitié avec un camarade qui lui apprend la guitare.

Sa mère décède d’une crise cardiaque, il entre au séminaire, mais il ne s’y plait pas, s’engage dans l’armée puis est retenue dans le chœur de l’université. C’est le début d’une riche carrière qui fera de lui un artiste populaire au Chili.

Ce parcours saisissant et passionnant est très bien conté. Le lecteur est facilement happé par une vie si dense. On le sait, une biographie en bande dessinée n’est jamais aisée. Les 170 pages s’enchaînent avec fluidité et l’on est accroché par ce parcours hors-norme et tellement humain de Victor Jara.

La partie graphique de Joséphine Onteniente est douce, très lisible et plaisante. Ce ressenti est accentué par de magnifiques couleurs faites de grands aplats et un trait épais d’une belle souplesse.

  • Victor Jara. La voix du peuple
  • Scénariste : Maxence Emery
  • Dessinatrice : Joséphine Onteniente
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Parution : 09 septembre 2020
  • Prix : 23 €
  • ISBN : 9782374181004

Résumé de l’éditeur : Santiago, 11 septembre 1973. 14 heures, précisément. Le président socialiste Allende vient de se donner la mort d’une balle dans la tête avec son AK-47. Les putschistes viennent de réduire à néant les espoirs d’un pays et d’une gauche plurielle qui se voulait unificatrice. Le général Pinochet, appelé le « traître » par le leader socialiste quelques heures avant le coup fatal, régnera d’une main de fer sur le pays pendant seize années et les stigmates de sa dictature sanglante resteront à jamais gravés dans l’esprit des Chiliens. En parallèle se joue l’avenir d’un artiste populaire non moins fameux. Son nom : Victor Jara ; son arme : une guitare. À quarante ans, le chanteur se retrouve embarqué avec de nombreux autres militants dans le Stade national et subit la torture. On retrouvera son corps criblé de balles (44, en tout) dans un terrain vague. La fin est funeste ; la vie à la hauteur de l’homme. Cette bande dessinée ambitionne de retracer la vie du chanteur, de son enfance paysanne jusqu’à sa fin tragique. Un parcours saisissant, dont elle décrit les moindres aspects, de la vie privée jusqu’à l’engagement politique. Une bande dessinée pour rétablir sa mémoire et témoigner d’une époque ou les aspirations d’un homme et d’un peuple furent renversées par le fascisme.

Cachée ou pas j’arrive !

Lorsque des personnages imaginés par Lolita Séchan s’amusent avec ceux de Camille Jourdy, cela donne Cachée ou pas j’arrive ! un très joli album jeunesse édité par Actes Sud.

Bartok invite Nouk chez lui, dans sa grande maison, pour jouer à cache-cache. Le jeune Biloba commence à égrener les chiffres jusqu’à 7. Un temps important pour que la jeune fille puisse trouver un endroit pour se cacher…

Sans trop dévoiler ces cachettes ni l’intrigue, l’on peut dire que Cachée ou pas j’arrive ! est un très joli album dessiné par deux autrices talentueuses.

Cette excellente bande dessinée bénéficie donc d’un mélange de deux univers graphiques certes différents mais qui se conjugue à merveille. La douceur de l’un répond à la douceur de l’autre. Lolita Séchan (Les brumes de Sapa) met donc en scène son héros de papier Bartok Biloba (Tout le monde devrait rester tranquille près d’un petit ruisseau et écouter & Une échappée de Bartok Biloba), sa malice et son dynamisme avec Nouk, l’héroïne de papier (Les Vermeilles) de Camille Jourdy. Les 38 pages sont belles et l’intrigue accrocheuse.

Sous les pinceaux de Camille Jourdy et Lolita Séchan, une banale partie de cache-cache se transforme en une aventure fantastique et drôle. Les jeunes lecteurs suivent donc en parallèle les deux héros. Le premier compte (on suit les chiffres grâce à un fil en haut des pages de droite) et la seconde cherche un belle cachette.

Cachée ou pas j’arrive ! : un voyage entre une grande maison et un immense jardin, porté par un merveilleux dessin. Un conte tout en douceur peuplé de créatures fantastiques. 1.2.3.4.5.6.7…

  • Cachée ou pas j’arrive !
  • Autrices : Lolita Séchan et Camille Jourdy
  • Editeur : Actes Sud BD
  • Parution : 9 septembre 2020
  • Prix : 13.50 €
  • ISBN : 978-2330130152

Résumé de l’éditeur : Une partie de cache-cache écrite et dessinée à quatre mains. Lolita Séchan et Camille Jourdy s’amusent à faire jouer leur personnages respectifs dans l’univers de la famille Biloba. A partir de 4 ans.

Tracnar et Faribol

En parallèle de sa série Triple galop, Benoît Du Pelloux dévoile Tracnar et Faribol, une aventure animalière, entre conte, fantastique et complots.

Des récits de bande dessinée anthropomorphique jeunesse, il y en a beaucoup mais pour les ados/adultes, c’est moins fréquents (Blacksad, Le château des animaux, Lapinot…). Dans la veine du récit d’aventures animalier tel De cape et de crocs, Benoît Du Pelloux invente une fable enlevée et accrocheuse.

On y suit les pas de Tracnar et Faribol, brigands filoux renard et loup. Leur chemin croise celui de Felicity, la fille unique du roi. Depuis la mort de son épouse et mère de Félicity, ce dernier déprime. Plus rien ne l’amuse ni le distrait. Il dépérit. Jusqu’au jour où, il rencontre Perfidy, perfide comme son nom l’indique. Le roi lion a décidé de céder son trône à la dauphine mais sa nouvelle épouse est furieuse. Tout ce petit monde tente d’exister malgré les trahisons et autres complots à la cour.

En ouvrant l’album, on est tout de suite impressionné par la partie graphique de Benoît Du Pelloux. Autodidacte, cet auteur excelle dans les récits animaliers. Chez Bamboo, il a notamment publié trois séries autour du cheval : Triple galop, Eden et Zoé & Pataclop. Ce genre lui sied à merveille. Son bestiaire est très beau. L’aspect de leurs corps et leurs mouvements sont réussis.

  • Tracnar et Faribol
  • Auteur : Benoît Du Pelloux
  • Éditeur : Bamboo
  • Prix : 14.50 €
  • Parution : 30 septembre 2020
  • ISBN : 9782818977033

Résumé de l’éditeur : Une aventure animalière pleine d’action et de magie ! Il était une fois un roi dépressif. Il était une fois un roi dépressif qui s’était laissé séduire par une sorcière avide de pouvoir. Il était une fois deux petits malfrats, Tracnar et Faribol, voleurs de bas étage, roublards et peu scrupuleux, qui étaient loin d’imaginer que leurs chemins allaient croiser celui de la princesse Félicity, la fille unique du roi. Il était une fois une princesse dont l’âme était prisonnière de Perfidy, la sorcière. Il était une fois un conte dont Charles Perrault ou les frères Grimm auraient aimé écrire l’histoire et que l’on va vous conter.

Le département des théories fumeuses

Portrait fantaisiste de l’univers des sciences, Le département des théories fumeuses est un très joli recueil de strips signé Tom Gauld. Encore une merveille !

Après Vous êtes tous jaloux de mon jetpack et En cuisine avec Kafka (Eisner Award en 2018), les éditions 2024 poursuivent la publication de l’œuvre du génial Tom Gauld avec Le département des théories fumeuses.

Finies les recettes et circonvolutions culinaires et littéraires, l’auteur écossais pose son regard aiguisé et ironique sur le monde des sciences. Comme les deux précédentes publications, l’auteur de Police lunaire régale son lectorat de ses fulgurances écrites. Pleines pages ou strips de quelques vignettes, il déploie tout son talent de conteur, de narrateur et son sens inné de la chute.

Exercice de style ô combien délicat, jamais Tom Gauld ne faute. Aucun page n’est ratée. Toutes ont le sceau du grand auteur de Goliath. Ses personnages bâton sont toujours vifs d’esprit et drôles. Parfois, ce sont les récitatifs qui suppléent les dialogues de certaines pages.

Amateur de science-fiction, Tom Gauld s’est efforcé à chaque strip de ne pas trop lorgner vers ce genre pour se concentrer avant tout sur l’univers scientifique.

Géométrie, mathématiques, sciences expérimentales, chimie ou robotique, tout est là pour faire rire les lecteurs par des trouvailles et autres dialogues savoureux.

  • Le département des théories fumeuses
  • Auteur : Tom Gauld
  • Éditeur : 2024
  • Prix : 15 €
  • Parution : 18 septembre 2020
  • ISBN : 9782901000426

Résumé de l’éditeur : Et voici le troisième recueil des brillants strips de Tom Gauld ! Après avoir révélé les liens occultes entre robotique et littérature dans Vous êtes tous jaloux de mon jetpack, puis démystifié les affres de la création avec En cuisine avec Kafka, Tom Gauld retourne au laboratoire de ses premières amours : robots à lunettes, scientifiques approximatifs et pandémies interplanétaire… Avec finesse et facétie, Tom Gauld brosse cette fois un portrait fantaisiste du monde des Sciences ! De son oeil acéré, il décortique le jargon des physiciens nucléaires, explore les recoins mystérieux des labos de recherches, et se prend de tendresse pour quelque bactérie insignifiante et délaissée… Et l’on s’amuse avec lui des théories fumeuses qui sortent de ces cerveaux surchauffés ! Certes, ce n’est pas grâce à ce livre que vous comprendrez les équations différentielles, mais vous saurez enfin comment faire rire votre cousine entomologiste aux repas de famille et ça, c’est une découverte majeure.

Journal de Julie Delporte

Après Moi aussi je voulais l’emporter, les éditions Pow Pow publient le journal de l’autrice française Julie Delporte.

Publié un première fois aux éditions L’Agrume, le Journal de Julie Delporte est pourtant son tout premier album. Les éditions Pow Pow ont tout d’abord publié ses deux bandes dessinées plus récentes : Moi aussi je voulais l’emporter et Je vois des antennes partout.

Journal intime et carnet de bord très intelligemment mis en image, ce témoignage d’une jeune française plait par ses idées très variées, n’ayant parfois pas de connexions entre elles.

Julie Delporte a débuté l’écriture de ce journal après une rupture amoureuse ce qui lui confère une atmosphère entre nostalgie, ressentiments et démons du passé.

Néanmoins, cet album n’est pas aussi sombre qu’il en a l’air. Il y de ci, de là des lueurs d’espoirs, des petits riens qui font un grand tout. Cette douceur est notamment accentué par une colorisation aux crayons de couleurs très agréable.

  • Journal
  • Autrice : Julie Delporte
  • Éditeur : Pow Pow
  • Prix : 22 €
  • Parution : 20 août 2020
  • ISBN : 9782924049563

Résumé de l’éditeur : « Depuis que tu es parti, je dessine tous les jours ». Témoignage à la première personne d’une rupture amoureuse et des mois qui suivent, Journal est le premier livre de Julie Delporte – qui a notamment signé Je vois des antennes partout et Moi aussi je voulais l’emporter aux Editions Pow Pow. D’abord publié à L’Agrume en 2014, ce livre fondateur dans son oeuvre est désormais disponible chez Pow Pow, accompagnée d’une nouvelle note de l’autrice.

 

Kase-san & Yamada

Yamada et Kase sortent ensemble depuis le lycée. Elles viennent d’arriver à Tokyo dans leur fac respective. Yamada en horticulture et Kase en sport. Elles sont éloignées, avec des emplois du temps séparés. Pour les deux amoureuses, cette nouvelle vie est un vrai défit.

Kase-san & Yamada est le sixième volume de la série Kase-san, un yuri de Hiromi Takashima. Intitulé Kase-san & les belles-de-jour, le premier tome sortie en France en mai 2019 nous introduit ce couple naissant de jeunes campagnardes. Cette nouvelle histoire est le début d’une nouvelle série, publiée chez Taifu comics, qui nous emmène dans leur aventure post-lycée.

La vie tokyoïte est une vrai rupture avec la vie en pleine nature. Pour certain, la ville, le bruit et les gens représentent un véritable angoisse. Pour des adolescentes tout juste étudiantes, il faut prendre de nouvelles habitudes tout en apprenant à devenir adulte. Parfois en trouvant un job en même temps que les études.

Pour Yamada et Kase, il leur faut aussi trouver de nouveaux repères dans leur relation. Avant, elles étaient ensemble tout le temps. Mais maintenant, elles sont séparés par 40 minutes de train et des obligations différentes. C’est la naissance de la jalousie aussi, car une nouvelle vie amène de nouvelles rencontres. Et si chacune connaissait les amies de lycée de l’autre, désormais toutes nouvelles connaissances est une concurrente potentielle.

Kase-san & Yamada est un yuri plein de légèreté. Une suite qui se lit sans connaître la précédente série. Les personnages sont sympathiques et attachants, il n’y a pas trop de prise de tête et beaucoup d’affection. C’est une virgule apaisante dans une journée.

  • Kase-san & Yamada
  • Auteur : Hiromi Takashima
  • Éditeur : Taifu Comics
  • Prix : 7,99€
  • Parution : 25.09.2020
  • ISBN : 9782375062180

Résumé de l’éditeur : Chargée comme d’habitude de l’entretien des fleurs du lycée, Yamada fait un jour la rencontre de la grande et athlétique Kase, de la classe d’à-côté. Plus rapide que les garçons, plus charmante que les garçons, Kase est pour Yamada bien plus qu’une fille qu’elle aimerait être : elle est celle avec qui elle aimerait être. Mais elle ignore que son affection n’est pas à sens unique, et que Kase admire le sérieux et la féminité de la pourtant discrète Yamada. Les deux filles se rapprochent l’une de l’autre, et rapidement bourgeonne entre elles un sentiment bien particulier. Après plus d’une année de lycée ensemble, Kase et Yamada obtiennent leur diplôme et vont à l’université. Un peu plus adultes, un peu plus indépendantes, elles sont désormais prêtes à encore plus de découvertes ensemble !

Fluff for the Flightless

Hagi, autrice de yaoi et autre boys-love revient chez Taifu Comics avec sa première création en fantaisie. Dans un monde peuplé de dieux, Fluff for the Flightless marie à merveille amour et lutte contre la discrimination.

32 monts célestes abritent les Dieux et leurs serviteurs. Les dieux sont soignés par des anges. Mais parmi eux, Shin est un paria. Pourvu d’ailes atrophiées, il ne peut pas voler. Bientôt, on l’envoie servir le dieu du 32e mont. De tous, c’est celui qui est le plus parcouru par la corruption, une sorte de fumée noire qui contamine les êtres divins qui la touche. Shin y découvre son nouveau maître : une boule de poil pelucheuse, blanche comme neige avec de grands yeux bienveillants. Sans qu’il parvienne à se rappeler pourquoi, cette créature solitaire lui est familière. Elle éveille en lui une profonde nostalgie. Se connaissaient-ils déjà avant ?

Hagi précise que Fluff for the flightless est sa première histoire de fantaisie. L’univers qu’elle dépeint est vaste. Grâce aux nombreuses portes qu’elle laisse ouvertes, il se place en territoire fertile pour notre propre imagination et pour d’autres aventures.

C’est une histoire adorable, douce avec une pincée de mystère. Fluffy de bout en bout. Le Dieu étrange et l’ange handicapé sont tous deux en lutte contre la discrimination qu’ils subissent. Cette quête de reconnaissance et d’affection est justement ce qui les rapproche.

« Chez toutes les espèces, il est habituel que les êtres différents soient mis à l’écart. » La discrimination qui justifie leur rencontre souligne aussi la place si normalisé de cette injustice dans nos sociétés. Finalement leur différence devient le seul atout des monts célestes pour venir à bout d’un problème.

Fluff for the Flightless de Hagi, chez Taifu Comics, est une romance entre hommes mignonne. Son univers de fantaisie fait honneur à une autrice qui s’y aventure pour la première fois. Autant de place est accordée à la discrimination qu’à la romance, ce qui en fait un manga agréable et intéressant à lire. C’est une bonne lecture, rafraîchissante et pelucheuse à souhait.

  • Fluff for the Flightless
  • Autrice : Hagi
  • Editeur : Taifu Comics
  • Parution : 24 juillet 2020
  • Prix : 8.99€
  • ISBN : 9782375062043

Résumé de l’éditeur : Au cœur de la montagne céleste vivent des dieux et leurs serviteurs. Parmi ces derniers, Shin fait figure de cas à part. Alors que tous autour de lui sont dotés de splendides ailes, celles du jeune homme ne se sont jamais développées. Minuscules et noires, elles lui valent les railleries de ses pairs. Après des années de formation, on lui confie enfin la charge d’un dieu, sur le mont le plus reculé de la montagne. Mais l’être qui s’y trouve n’a pas grand-chose de divin, puisque c’est une énorme et mystérieuse boule de poils blanche. Et, pour une raison qu’il ignore, ce dieu d’une grande gentillesse mais complètement silencieux lui semble étrangement familier… 

Middlewest

Oppressé et très mal dans sa peau, Abel fuit son père tyrannique. Skottie Young et Jorge Corona imaginent son épopée dans Middlewest, une très belle quête initiatique chez Urban Comics.

Plus les jours passent, plus Abel déteste son père. Vrai tyran, violent verbalement et physiquement, l’homme ne lui laisse rien passer, pas même une panne de réveil pour aller distribuer les journaux. Sa mère est partie depuis bien longtemps, laissant son fils aux mains de cet homme ultra-violent.

Après sa livraison, Abel est de retour à la maison. Une insulte, une gifle et tout s’emballe. Dans sa fuite, le jeune adolescent est frappé par une créature mystérieuse en plein cœur.

« Le vent est violent, par ici. Je le hais. Et parfois, je crois que lui aussi. Comme s’il allait m’avaler et me recracher. »

Accompagné de son fidèle ami le renard, Abel monte dans un train pour s’éloigner le plus possible de son père. Il croise alors des personnes et des créatures fantastiques, alors que son cœur lui joue des tours…

Middelwest c’est la série young adulte fantastique qui va plaire aux adolescents ! Le récit de Skottie Young est une très belle quête initiatique entre magie, créatures fantastiques, relations humaines et combats contre ses démons intérieurs. L’auteur de I hate Fairyland imagine est histoire construite comme un conte où le héros, Abel, est en prise avec la violence de son père et de la société.

Si le récit part sur les chapeaux de roues, il devient un peu confus pour reprendre de plus belle à la fin de ce premier volume (sur 3). En choisissant un adolescent, Skottie Young peut parler de cette période charnière de la vie d’un homme : rejet de la violence et des règles, envie de protection physique et psychique, envie d’un ailleurs meilleur et puissance du corps. Tel Jack dans La mécanique du coeur de Mathias Malzieu, cet organe a un rôle important dans Middlewest. Il est le point central de la vie par le sang et l’écrin des sentiments.

Le gros point fort de ce récit c’est la partie graphique proposée par Jorge Corona. Accompagné aux couleurs par Jean-François Beaulieu, le dessinateur réalise de magnifiques planches. Les personnages, les créatures et le renard sont somptueux sous ses pinceaux.

  • Middlewest, tome 1 : Anger
  • Scénariste : Skottie Young
  • Dessinateur : Jorge Corona
  • Coloriste : Jean-François Beaulieu
  • Éditeur : Urban Comics, collection Urban Link
  • Prix : 14.50 €
  • Parution : 11 septembre 2020
  • ISBN : 9782381330068

Résumé de l’éditeur : Depuis le départ de sa mère, Abel est élevé d’une main de fer par un père rongé par le chagrin. Un mot, un geste, un affrontement de trop, qui laissera dans le coeur d’Abel des séquelles profondes et, sur son torse, une marque indélébile. Accompagné de son ami le plus fidèle, un « Jiminy Cricket » aux allures de renard, le jeune garçon choisira de fuir pour mieux se reconstruire loin de la violence paternelle. Un périple à travers un pays fantastique marqué par des rencontres toujours plus extraordinaires, au cours duquel Abel devra se poser les bonnes questions s’il veut surmonter ses erreurs passées et se réconcilier avec son histoire de famille.

 

Robilar ou le maistre chat

Lorsque David Chauvel décide de revisiter Le chat botté, cela donne Robilar ou le maistre chat, un conte décalé et drôle mis en image par Sylvain Guinebaud. Miaou les griffes sont de sorties !

Robilar est un Rominagrobis XL ! Chat domestique gras et oisif, il vit en pacha dans le superbe domaine des Carabia, seigneur des terres locales. C’est la propriétaire des lieux qui en est la plus gaga. Elle décide même de l’emmener avec elle pour une audience au roi. Poudré et coiffé, il prend place dans le carrosse avec le gouvernant et le fils Carabia. Ce dernier est voué à se marier avec la dauphine alors qu’il préfère sans conteste les hommes.

Sur le chemin, un ogre marche sur l’attelage faisant trois morts sur le coup ! Reste alors le poudré, coiffé et peu athlétique Robilar. Apeuré, il croise des villageois peu avenants et une bande de chats errants qui le rosse. Recueilli par le fils du meunier, il se refait une santé et jure de se venger des cuistres croisés sur sa route…

Quelle excellente idée a eu David Chauvel de s’attaquer au conte du Chat botté ! Sous sa plume, le texte de Charles Perrault devient savoureux et très drôle. Le scénariste de La route de Tibilissi (avec Alex Kosakowski) joue avec les codes des fables, tisse des liens avec la pop culture (chanson de Michel Legrand, dialogues de Michel Audiard, comptines populaires…), écrit en vieux françois approximatif et multiplie les rebondissements et autres surprises tout au long de son album.

Robilar est revanchard – et c’est ce qui nous plait – utilise les uns et les autres, les uns contre les autres pour arriver à ses fins. Seul le fils du meunier a grâce à ses yeux. Les nobles et souverains sont ridiculisés par les fastes de leurs orgies et leurs faiblesses intellectuelles. Tout cela est drôle et jouissif !

La partie graphique est assurée par Sylvain Guinebaud. Accompagné aux couleurs par Lou, le dessinateur du tome 1 et 7 de la série Détectives réalise de très jolies planches. Son trait lisible et son découpage dynamique achèvent de nous convaincre de lire cet album, qui n’est pas à mettre entre les mains des enfants; comme les contes populaires de Grimm, Perrault et Andersen. Ces derniers ont de nombreux sous-entendus sexuels qui ne peuvent pas être entendus par des oreilles chastes. Ceux du fils Carabia et son gouvernant dans le carrosse sont savoureux.

Robilar ou le maistre chat : un conte fantastique pour les ados/adultes drôles et décalé !

  • Robilar ou le maistre chat, tome 1 : Maou !!
  • Scénariste : David Chauvel
  • Dessinateur : Sylvain Guinebaud
  • Coloriste : Lou
  • Éditeur : Delcourt, collection Conquistador
  • Prix : 15.50 €
  • Parution : 30 septembre 2020
  • ISBN : 9782413037361

Résumé de l’éditeur : Robilar est un chat domestique qui coule des jours heureux auprès d’une comtesse dont l’obsession est de marier son fils à la fille du roi. Un jour qu’ils cheminent tous ensemble vers le royal château, un ogre vient malencontreusement pulvériser le carrosse, ne laissant parmi les débris qu’un seul survivant : Robilar. Anéanti, perdu, chassé, passé à tabac, il ne doit son salut qu’à la gentillesse d’un fils de meunier et décide de le remercier… à sa façon.

 

Sacha et Tomcrouz, tome 3 : Les shaolins

Après la période des Vikings et celle du Roi-Soleil, Sacha et Tomcrouz se retrouvent dans la Chine du XVIIe siècle. Anaïs Halard et Bastien Quignon dévoilent la troisième aventure de ce duo jeunesse sympathique.

Sacha est content. Il est missionné pour apporter les devoirs à Jade, sa camarade de classe actuellement absente. Arrivé chez elle, il sonne mais elle n’entend pas. Il grimpe à l’arbre et assiste à une scène entre la jeune fille et sa grande sœur. Il est impressionné par sa dextérité en arts martiaux.

De retour chez lui, Sacha a l’idée d’apprendre le kung-fu afin de l’enseigner par la suite à Jade. Il décide d’aller rencontrer maître Fang Zhong en  Chine. Ni une ni deux, il fonce dans son repaire secret et fait éternuer Tomcrouz. Ils atterrissent alors en Chine au XVIIe siècle.

Comixtrip a une tendresse particulière pour Sacha et Tomcrouz. Très jolie série jeunesse, elle se base sur des scénarios toujours agréables d’Anaïs Halard et le superbe dessin de Bastien Quignon. Pour ce troisième volume, le duo d’auteurs a choisi la Chine pour la nouvelle aventure du petit chien et son maître. Les lecteurs passent ainsi des dinosaures au début de l’album aux villages et désert chinois. L’intrigue est menée tambour battant, il n’y a aucun temps mort, tout s’enchaîne dans un très joli tourbillon.

Amour, humour, solidarité et combats contre des Shaolins sont au cœur de ce nouvel opus encore très réussi. Comme à son habitude, Bastien Quignon nous régale de son univers graphique dynamique et très vivant. L’auteur que nous avions interviewé à Blois en 2017 pour la sortie du premier Sacha et Tomcrouz nous charme par un dessin très lisible et de magnifiques couleurs.

  • Sacha et Tomcrouz, tome 3 : Les shaolins
  • Scénariste : Anaïs Halard
  • Dessinateur : Bastien Quignon
  • Éditeur : Soleil, collection Métamorphose
  • Prix : 16.95 €
  • Parution : 23 septembre 2020
  • ISBN : 9782302081758

Résumé de l’éditeur : Sacha se rend en Chine au XVIIe siècle afin de se former auprès des moines Shaolin dans le but d’aider son amie Jade à se défendre contre sa sœur.

 

Naissance du tigre

Meurtres mystérieux et spiritisme sont au coeur de Naissance du tigre, un excellent polar signé Feldrik Rivat et Jean-Baptiste Hostache aux éditions Les humanoïdes associés.

Après L’exil, Les larmes du désert et Résurrection, l’écrivain Feldrik Rivat imagine son premier scénario de bande dessinée avec Naissance du tigre. Pour ce polar à la lisère du fantastique, le romancier s’est appuyé sur son livre La 25e heure parue aux éditions de L’homme sans nom.

On y suit les pas de Sélène Fouquart à Paris en 1889, épouvantée et apeurée par le fantôme de son ancien compagnon Victor Coqueret, coupable de crimes et guillotiné.

La jeune femme a pourtant l’habitude de frayer avec les morts, puisqu’elle communique avec eux grâce à la table Fouquart-Girardin, une de ses inventions. Paniquée à l’idée d’un retour de son ex-compagnon décapité, elle demande la protection de la police et plus particulièrement de l’inspecteur Lacassagne, un boxeur dont une partie du visage est mangé par un masque…

On se plait à lire Naissance du tigre, un album dans la veine d’Adèle Blanc-Sec de Jacques Tardi. L’intrigue simple nous plonge avec aisance dans ce Paris de la fin du XIXe siècle où les fantasmes vont bon train et les progrès scientifiques se déploient.

Le scénariste, Feldrik Rivat, assure des rebondissements et campe habilement des personnages faits d’ombres et de lumières.

Le gros point fort de l’album est à trouver du côté de la partie graphique signée Jean-Baptiste Hostache. A la tablette, il livre des planches extrêmement lisibles faites de grands aplats de couleurs sépia/marron/jaune et de gris/bleus. L’auteur de Clockwerx nous séduit agréablement par un dessin semi-réaliste anguleux très réussi.

  • Naissance du tigre
  • Scénariste : Feldrik Rivat
  • Dessinateur : Jean-Baptiste Hostache
  • Editeur : Les humanoïdes associés
  • Parution : 09 septembre 2020
  • Prix : 22 €
  • ISBN : 9782731627107

Résumé de l’éditeur : Paris, 1989. Hantée par l’esprit frappeur de son ex-compagnon, Sélène Fouquart fait appel à l’inspecteur Lacassagne. Celui-ci est un personnage haut en couleur, et son attitude devient de plus en plus étrange, au point de sembler lui-même suspect, lorsque des meurtres se produisent… Une enquête pleine de rebondissements et d’événements surnaturels.