En 2025, le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême a voulu honorer le travail de la scénariste Julie Birmant, récipiendaire du Prix Goscinny de la meilleure scénariste pour le premier tome de sa série Dalí t.1 – Avant Gala, l’année précédente. Avec cette exposition Les Herbes folles, qui lui est consacrée au Musée du Papier, le Festival met en lumière son formidable travail de scénariste.
Une plongée dans l’Histoire de l’art moderne au 20e siècle grâce à Clément Oubrerie et Catherine Meurisse, mais également une mise en lumière de femmes insoumises et mystérieuses telles que Isadora Duncan, Fernande Olivier, Gala ou Renée Stone.

Des portraits d’Herbes folles
Comme l’expliquait Marguerite Demoëte, commissaire de l’exposition lors de la visite guidée en compagnie de l’autrice, elle et sa collègue Cathia Engelbach, s’étaient attachées à montrer comment des voix de femmes incroyables furent invisibilisés par certains artistes.
Ces femmes, Julie Birmant s’est attachée, à travers son œuvre, « à décrire, écrire et réécrire leur vie ». Elle désirait ainsi mettre en lumière ces herbes folles qui avaient eu un parcours singulier.

Les deux commissaires de l’exposition ont donc travaillé aux côtés de Julie Birmant, qui eut d’ailleurs la surprise de découvrir « son » exposition en même temps que les premiers visiteurs de la visite réservée à la presse. Les dessins originaux de Clément Oubrerie et Catherine Meurisse allaient ainsi nous aider à retracer le travail de la scénariste autour de ces Herbes folles.
« Réaliser des choses bizarres, qui mettent en valeur les planches présentées. »
Une scénographie originale
Comme le précisait Cathia Engelbach, il était important de signaler qu’elle et sa consœur n’avaient pas travaillé seules. En effet, cette exposition a été réalisée en collaboration avec les membres de l’Atelier Maciej Fiszer. Pour insister sur le côté organique et faire référence au surréalisme de Dali, l’équipe n’a pas hésité à réaliser des choses bizarres, qui mettent en valeur les planches présentées.

L’intention de cette exposition était de faire entendre le geste de la scénariste. Bien souvent, c’est quelque chose qui est évoqué pour les peintres et les dessinateurs. On parle d’ailleurs de patte ou de style. Mais en ce qui concerne le travail de Julie Birmant, il s’apparente plus à celui d’une poétesse qui éveillerait des images pour que le dessinateur puisse les révéler.
La voix de Julie Birmant
Julie Birmant venant de la radio, il était évident pour les deux commissaires de l’exposition que les visiteurs puissent écouter la voix de la scénariste. Les scénographes ont donc réfléchi à la façon de mettre en avant sa voix et ses propos. Cela explique donc les points sonores à certains endroits de l’exposition, où Julie explique comment elle conçoit ses albums.

Si d’ailleurs vous désirez également entendre et écouter la voix de Julie Birmant, elle a participé le 26 janvier 2025 à l’émission sur France Inter Autant en emporte l’Histoire de Stéphanie Duncan, dont le titre était « 1929, Salvador Dali et Gala, la valse avec la folie ».

Autant en emporte l’histoire avec Julie Birmant
Une façon de se rendre compte que la voix de Julie Birmant ressort aussi bien à la radio que dans ses récits.
« Ces mauvaises herbes qui une fois installées deviennent indispensable au biotope. »
Herbes folles, pourquoi ce titre pour une exposition ?
Ce titre est celui que Julie Birmant aurait aimé choisir pour son premier album en tant que scénariste il y a 15 ans. Pour elle, les herbes folles sont toutes ces femmes dont il est question dans l’exposition. Ainsi l’expliquait Cathia Engelbach, « c’est une façon de faire un parallèle avec ces mauvaises herbes qui une fois installées deviennent indispensable au biotope ».

Julie Birmant complétait les propos de la co-commissaire de l’exposition en ajoutant qu’être une herbe folle, c’était également un choix politique. Le choix de ne pas être domestiquée, que ce soit dans le domaine privé ou professionnel. Cela correspond à une forme d’idéal esthétique mais aussi politique.
« C’est un cadeau qu’il lui avait fait. »
Le travail de Clément Oubrerie
Au fur et à mesure de la visite de l’exposition, Julie Birmant constatait, émue, que les dessins de Clément avaient été très bien mis en valeur. Les dessins de Dali sont à ses yeux vraiment somptueux et la scénariste nous confiait avoir obtenu de son compagnon que ceux-ci ne soient pas vendus pour qu’elle puisse les garder en intégralité. C’est un cadeau qu’il lui avait fait.

Cette exposition permet aux visiteurs de découvrir que Clément Oubrerie travaille la plupart du temps case par case, mais surtout une case par planche afin pouvoir dessiner dans le détail.
Quant à l’originalité du parcours de cette exposition, les commissaires ont choisi de faire progresser les visiteurs dans l’ordre chronologique inverse des parutions des albums de Julie Birmant. Une façon très originale de remonter le temps jusqu’au débuts de la scénariste.
Des prénoms de femmes ayant existé…
Toutes les parties de l’exposition portent des prénoms féminins Gala, Fernande, Renée (Stone), Isadora (Duncan). Excepté pour Drôles de femmes, l’album réalisé avec Catherine Meurisse, le titre a été laissé tel quel, puisque cette bande dessinée parle d’une dizaine de femmes.
Fernande Olivier, Julie a fait sa connaissance quand elle passait à Montmartre devant ce qui était Le Bateau Lavoir. Cette femme est restée avec Picasso quatre ou cinq ans au début des années 1900. Son histoire correspond à la première collaboration avec Clément Oubrerie.

Pour Isadora, Julie Birmant s’y est pris en deux temps avec Il était une fois dans l’Est et Isadora. Dans ces deux albums, a scénariste a voulu mettre en avant l’histoire entre Isadora et Sergueï Essénine, une danseuse et un poète dans la Russie soviétique, mais également l’idéal projeté d’Isadora sur le communisme.
Ou pas
Les biographies de ces femmes sont un fil conducteur pour cette exposition puisque toute vie est une aventure. En ce qui concerne Renée Stone qui est un personnage fictionnel, Julie Birmant a emprunté des traits à Agatha Christie et à son œuvre. Quant à son physique, Clément Oubrerie s’est inspiré de celui de Renée Perle, une mannequin roumaine qui servit de modèle au photographe Jacques Henri Lartigue.

De Catherine Meurisse, Julie Birmant appréciait son art de la synthèse. La dessinatrice et membre de l’Académie des Beaux-Arts avait écouté la série documentaire réalisée par la scénariste sur des femmes. Ces fameuses herbes folles qui avaient « réussi à faire une carrière tout en gardant leur intégrité et en restant elles-mêmes« . Elles eurent alors envie de travailler ensemble. Ce fut la période de leurs débuts à Angoulême au milieu de personnalités de la bande dessinée telles que Florence Cestac ou Wolinski.

Il est à noter que cette exposition consacrée à Julie Birmant se poursuivra jusqu’à mi-mars 2025, alors n’hésitez surtout pas à aller à la rencontre de ces Herbes Folles à travers le travail de Julie Birmant, Clément Oubrerie et Catherine Meurisse.
Informations
Exposition Julie Birmant, Les Herbes folles du 30 janvier au 15 mars 2025
- Musée du Papier, 134 Rue de Bordeaux, à Angoulême
- ouvert de 13h45 à 18h du mardi au vendredi, de 14h à 17h30 le samedi et le dimanche, fermé le lundi.
- commissariat de l’exposition : Cathia Engelbach et Marguerite Demoëte
- scénographie de l’exposition :
- Atelier Maciej Fiszer
- production : 9eArt+ / FIBD
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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