Masterclass John Romita Jr. FIBD 2025

John Romita Jr. est l’un des dessinateurs les plus connus de Spider-Man, si ce n’est de Marvel Comics. Il a dessiné Superman et co-créé Kick-ass. Le festival international de la BD d’Angoulême lui a consacré une masterclass pendant son édition, à laquelle nous étions présents. Un théâtre bondé a reçu une leçon d’humanité sauce new-yorkaise.

John Romita Jr. : J’étais comme Spider-Man, un ado maladroit, athlétique et new yorkais

The Prowler by John Romita SrSa première création, John Romita Jr l’a présentée, tout gamin, à Stan Lee. « Il s’appelait The Prowler, j’avais 13 ans et je voulais devenir dessinateur. Je l’avais imaginé à partir d’un rôdeur [traduction de « prowler »] qui agissait dans mon quartier du Queens. Stan a détesté le dessin, mais adorait le nom. Pourtant, le personnage a fini par exister, mon père l’a dessiné et c’est lui qui a choisi d’en faire un afro-américain. Nous étions dans les années 60. C’est ça qui a fait Marvel. Ces créateurs qui s’engageaient socialement. »

Cette déclaration faite par John Romita Jr. au cours de la masterclass, illustre bien tout le propos de l’événement. Plus qu’un artiste, c’est un chapitre de l’Histoire de l’éditeur Marvel Comics, qui était présente à Angoulême.
Parce qu’il est le fils de son père, John Romita, immense dessinateur, notamment de Spider-Man. Parce que comme rappelé par Chris Stupnicki, le modérateur de la rencontre, il a lui-même dessiné Iron Man, les X-Men, Thor ou Spider-Man, parmi les plus grandes références de la « maison ses idées ». Parce qu’il est ce fils d’immigré italien new yorkais et donc le reflet du métissage culturel dans lequel s’est toujours construit l’éditeur. Marvel a toujours été woke. Si vous ne l’aviez jamais vu, c’est que vous vous mentiez à vous-même. Ou que vous avez changé.

Pas de problème pour l’appeler « junior »

Vivre dans l’ombre de son père ? C’est souvent une angoisse quand un fils reprend le même travail que son géniteur. Pas pour John Romita Jr. Pendant toute la rencontre, le dessinateur n’aura de cesse de louer les vertus de John Romita Sr. « Tais-toi, fais le boulot et prouve de quoi tu es capable. C’est le conseil qu’il m’a donné et que j’ai suivi. Mon père ne m’a pas donné de leçons de dessin, il m’a donné des leçons de vie. Et comme il est un véritable génie, il m’a poussé à apprendre de moi-même. D’ailleurs, au départ, il ne voulait pas que je devienne dessinateur de bande dessinée. Comme toute une génération, il était né dans la Grande Dépression, il travaillait avec acharnement, jusqu’à plus d’heure, pour nourrir sa famille. Pourtant, je suis devenu ce même homme attaché à sa chaise. »

Marvel Way of life

Vivre dans l’ombre de l’univers Marvel ? Il est celui qui a dessiné Tony Stark alcoolique. Il est celui, surtout, à qui on a confié le traitement du 11 septembre 2001 dans l’univers Marvel. Amazing Spider-Man Vol.2 #36, scénarisé par Joe Michael Straczynski, sera ce moment iconique dans lequel le plus new yorkais des super-héros Marvel devra faire face. « C’est le seul sujet qui m’ait mis mal à l’aise. J’ai failli refuser de le faire, vu le traumatisme que cela représentait pour moi, pour nous. Mais je pense que l’art peut tout montrer, peut tout exprimer. Alors j’ai accepté de le faire. » Emotion palpable chez l’artiste, émotion partagée par le public angoumoisin.

Le monde de Spider-Man, de toute façon, c’était le sien. Celui de son père, le quartier de son enfance. « Chaque jour, je pouvais m’imaginer Spider-Man vivre près de chez moi, quand j’étais gamin. Et puis quand j’ai dessiné le personnage à mon tour, j’ai mis plein de choses de notre appartement familial dedans, pour incarner cet appartement de jeune homme fauché. Les enseignements de la vie quotidienne étaient ma meilleure source d’inspiration pour Spider-Man. »

John Romita Jr. et le pouvoir de la narration

Daredevil by Nocenti and John Romita JrEt pourtant, c’est finalement de Daredevil, dont on a senti l’artiste le plus fier. Parce qu’en travaillant avec la scénariste Ann Nocenti, il a accédé à une liberté plus grande : la narration. Jusqu’alors, Romita Jr. s’est décrit comme soumis à ses scénaristes, plus installés que lui. Dans une dynamique plus égalitaire, le travail avec Nocenti lui permet de travailler la mise en scène et donc d’innover. L’Omnibus Daredevil par Nocenti et Romita Jr., récemment publié chez Panini Comics, saura vous en convaincre. L’émotion était encore palpable quand l’artiste a évoqué sur scène le choix de l’encreur. « L’éditeur, Ralph Macchio, m’a demandé avec qui je voulais travailler. J’ai lancé le nom d’Al Williamson, un peu par défi. C’était déjà un encreur historique. Ralph l’appelle directement, échange quelques mots, et Williamson accepte, aussi simplement que cela. Ça s’annonçait dingue, dès le début. Williamson est un grand dessinateur. Mais il me disait que la différence entre nous, c’était que lui n’était pas capable de produire des histoires en dessin. Ce qui nous rendait complémentaires. »

Une boule d’amour et de talent nommée John Romita Jr.

De l’émotion, de l’anecdote personnelle, ce jour-là, John Romita Jr. en distribua à tout le théâtre. C’était une personnalité émouvante, empathique, bienveillante et créative, qui se tenait face à la salle. Une émotion parfaitement retransmise aux francophones par le traducteur Miceal Beausang-O’Griafa, en totale osmose avec le monstre sacré qui se tenait à ses côtés.

A tel point que c’est sur une standing ovation que s’est terminée l’heure de Masterclass.

Face à un grand nom de l’Histoire de la Bande Dessinée, que le FIBD récompensa 24 heures plus tard d’un Fauve d’honneur. Quand public et institutions sont d’accord, il n’y a pas de place au doute.

Article posté le dimanche 09 février 2025 par Yaneck Chareyre

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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