À l’occasion du Festival de la Bande-Dessinée d’Angoulême 2025, mais aussi pour la sortie de son nouvel album Blasfamous, nous avons eu le plaisir de rencontrer Mirka Andolfo.

-
Pour commencer, comment allez-vous ? Passez-vous un bon festival ?
Mirka Andolfo – Oui, je passe un bon festival, merci.
-
Pouvez-vous nous raconter votre parcours pour les lecteurices qui découvrent votre travail ?
Mirka Andolfo – Je suis artiste depuis plus d’une dizaine d’années maintenant. J’ai commencé comme coloriste pour des bande dessinées jeunesse et, notamment, pour Disney. Après cela, j’ai réalisé mes propres histoires. On retrouve Sweet Paprika, Contro Natura ou, encore, Mercy. J’ai également travaillé pour DC Comics. Aujourd’hui, je suis présente ici pour mon dernier projet : Blasfamous.
-
Avez-vous des choses à nous dire sur la condition de la femme dans votre milieu professionnel ?
Mirka Andolfo – Si on regarde les années passées, il y a de plus en plus d’inclusivité et de respect. Il est plus simple de travailler dans ses conditions.
-
Dans plusieurs interviews, vous précisez que vous vous inspiriez du manga pour Sweet Paprika. Tout récemment, le titre a été publié au Japon. Quel effet cela vous a fait ?
Mirka Andolfo – Je suis vraiment vraiment trop contente que Sweet Paprika soit publié au Japon. Initialement, c’est une véritable lettre d’amour pour le manga, même s’il ne s’agit pas d’un manga en tant que tel. D’autant plus qu’il l’est dans une grande maison d’édition japonaise : Kadokawa.

Illustration liée à Sweet Paprika – @Mirka Andolfo
-
Est-ce que cela vous donne des idées pour des projets futurs ?
Mirka Andolfo – Absolument, oui ! Actuellement, je travaille sur un projet tourné vers le marché américain, mais j’ai vraiment envie de travailler dans l’univers du manga.
-
On sent que vous êtes attachée à vos personnages et, surtout, à Paprika. On le remarque par votre photo de profil sur les réseaux sociaux ou sur les différentes illustrations que vous réalisez. Est-ce qu’il a été difficile pour vous de vous détacher de son personnage pour travailler sur celui de Clélia pour Blasfamous?
Mirka Andolfo – Oui et non. Je m’amuse également à dessiner le personnage de Clélia. Même si Paprika est la plus amusante et celle qui me procure le plus de satisfaction. Pour moi, il n’est pas simple de me détacher de mes personnages.
-
Dans vos travaux, vous évoquez le rapport au corps, le regard des autres ou, encore, la sexualité. On sent que ce sont des thèmes pour lesquels vous attachez une importance particulière. Pouvez-vous nous en parler davantage ?
Mirka Andolfo – Dans Blasfamous, je ne parle pas beaucoup de ces sujets à la différence de Sweet Paprika. À mon sens, le fait de se sentir soi-même ou d’être conscient de sa sexualité sont des sujets importants à aborder. Par ailleurs, le personnage de Clélia a été réalisé ainsi car, dans les livres et dans les films, les personnages plus size n’ont pas souvent confiance en eux. Même si le message transmis par l’histoire est très fort, le personnage ne l’est pas tant que ça. Du coup, j’ai décidé de faire d’elle une femme forte et sûre d’elle pour changer les états d’esprits. Je me disais « Elle doit se sentir forte et belle ! ».

-
Avez-vous un processus créatif particulier dans la réalisation de vos projets ?
Mirka Andolfo – Oui, je commence tout d’abord par dessiner le protagoniste. Une fois que le design d’un personnage me plaît, j’écris une histoire autour de celui-ci. Voilà tout.
-
Il y a beaucoup de représentations de la dualité entre les anges et les démons dans vos œuvres. Pourquoi choisir celle-ci et pourquoi vous parle-t-elle autant ?
Mirka Andolfo – C’est difficile comme argument, mais j’ai toujours été fascinée par cette dualité. Le fait que je puisse jouer avec elle, me permet de représenter le diable, qui pourtant a une image vue d’un mauvais œil, d’une manière plus humaine et amusante. Je peux également avoir ce contraste avec les anges. J’aime tellement cette dualité.

-
Dans Blasphamous, le thème de la musique et des popstars est central. Existe-t-il des groupes de musique qui ont influencé ou inspiré la création de votre histoire ?
Mirka Andolfo – Pour toute l’histoire, je me suis beaucoup inspirée du groupe de métal Ghost. Concernant le personnage de Clélia, qu’il s’agisse de son caractère comme de ses tenues, je me suis tournée vers Lady Gaga.
-
Est-ce que la musique a joué sur l’aspect graphique de vos planches ?
Mirka Andolfo – Oui, ça a joué. Les bandes dessinées que j’ai pu réaliser par le passé ressortent beaucoup dans mon travail. Dans Blasphamous, il y a un mélange entre le dark et la comédie. On retrouve bel et bien l’énergie de Mercy et Sweet Paprika. C’est donc un ensemble entre la musique et mes travaux.
-
Est-ce qu’il y a d’autres thèmes sur lesquels vous aimeriez vous exprimer et vous n’en avez pas encore eu l’occasion ?
Mirka Andolfo – Je le découvrirai ! (rires) J’aime beaucoup travailler mes projets et en faire des différents à chaque fois. Je suis donc à la recherche de ces thèmes pour mes projets futurs.
-
Vous réalisez beaucoup d’illustrations de vos personnages passés. On pense à Paprika, notamment. Est-ce que la réalisation de ces illustrations qui sont, en soit, des petites scènes, des histoires, qu’il n’y a pas au sein de l’œuvre d’origine, ne vous donne pas envie de travailler à nouveau vos personnages dans le cadre d’un projet ?
Mirka Andolfo – Absolument ! Comme j’ai pu le dire, je n’abandonne pas le personnage de Paprika. Mais si on regarde, l’histoire n’est pas totalement finie. Il existe Sweet Paprika Black, White & Pink (inédit en France) qui est un recueil d’histoires du quotidien de Paprika réalisées par d’autres auteurices.

Sweet Paprika by Peach Momoko – Photo de NostalgiaInk
-
Vous aimez bien que d’autres artistes s’imprègnent de vos personnages ?
Mirka Andolfo – C’est vraiment intéressant de voir comment les autres artistes voient mes personnages et comment ils peuvent les insérer dans un récit. Donc, oui.
-
Travaillez-vous sur un nouveau projet ?
Mirka Andolfo – Oui, il y a un projet en cours. Je retourne vers mes histoires d’horreur. Cela parlera de vampires car c’est indémodable. Je n’en dirai pas plus ! (rires)
-
Que lisez-vous en ce moment ? Qu’avez-vous aimé découvrir, récemment ?
Mirka Andolfo – En ce moment et c’est assez drôle de le dire, mais je suis en pleine lecture de Jurassic Park car j’ai toujours aimé lire cela durant mon enfance. Je lis aussi des mangas. J’ai bien aimé The Summer Hikaru Died qui va bientôt sortir en adaptation animée sur Netflix. Mais il y a également Ranma ½ et Death Note.

Un grand merci à madame Mouhoub Hajare pour la traduction lors de cette rencontre.
Entretien réalisé le vendredi 31 janvier lors du festival international de la BD d’Angoulême 2025.
- Blasfamous
- Autrice : Mirka Andolfo
- Éditeur : Glénat
- Prix : 19,50 €
- Parution : 19 janvier 2025
- Nombre de pages : 160
- ISBN : 9782203284241
Résumé de l’éditeur : Combien de fans vaut votre âme ?
Clelia est la reine de la pop ! Elle électrise les foules, subjuguées par sa voix angélique et son charisme quasi divin. Car dans cette Société de strass et de paillettes, l’Ordre, qui représente l’unique Église, a fait de ces stars des déesses modernes. En coulisses, les anges et les démons capitalisent sur l’exaltation des fans, ecstasy mystique qui leur procure un pouvoir colossal ! Tous n’ont d’yeux que pour Clelia. Mais combien de temps encore la Bienheureuse préférée de l’Amérique va-t-elle captiver les caméras ? Elle a beau être au top du classement des likes, elle commence à montrer des signes de fatigue et son équilibre mental vacille. L’apparition d’une nouvelle Messie au charme énigmatique vient bousculer son pouvoir et défier l’Ordre. Entre culpabilité, colère et perte d’estime de soi, la pop star la plus adulée au monde doit faire face à la cruauté du Système. Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour défendre son règne ?
Entre surnaturel, comédie déjantée et références religieuses, la nouvelle série de Mirka Andolfo nous plonge dans l’industrie de la musique pop à travers un univers sombre à l’intensité visuelle et narrative époustouflante ! Fusionnant la fantaisie urbaine mythologique d’American Gods et l’esprit sardonique de The Good Place, Mirka aborde plusieurs thèmes aux résonances actuelles tels que la santé mentale, l’adoration des idoles, la légitimité des célébrités ou encore le rôle des médias, dans un récit explosif et moderne.
