Maudit sois-tu #1

Nous sommes en 2019.  Les égouts de Londres dépeignent l’atmosphère lugubre qui ne quittera jamais ce premier tome de Maudit-sois tu. Dedans s’y déroule une chasse à l’homme dont Nicholas Zaroff est l’instigateur. La pauvre future victime n’a aucune chance de s’en sortir. Accompagné d’une créature tout droit sorti de nos pires cauchemars, Zaroff prend un plaisir diabolique à traquer l’homme dont les dernières heures ont sonné.

Le ton est ainsi donné. Cette première scène annonce une histoire qui va nous glacer le sang jusqu’à la fin de cette première partie du triptyque qu’est Maudit sois-tu. Et ce n’est pas le sinistre et malfaisant protagoniste qui va se priver d’afficher ses intentions de cruelle vengeance. Auprès de qui ? Et pourquoi ? Deux hommes et deux femmes qui n’ont apparemment aucun lien entre eux, ont pourtant la malchance de posséder un point commun qui les conduira à être la cible du Comte oligarque russe Zaroff.

Avec le non moins terrifiant Docteur Moreau, spécialiste de la xénotransplantation, le plan machiavélique du chasseur d’hommes est minutieusement préparé pour dresser le piège aux quatre descendants de l’aïeul du Comte. Il ne reste plus qu’à les convoquer un à un. La toile se tisse inexorablement autour d’eux…

2019, 1848, et 1816. Trois dates choisies pour raconter les trois tomes de Maudit sois-tu. Le scénariste Philippe Pelaez a choisi une narration à rebours pour s’approprier le personnage de fiction né de la plume de l’écrivain Richard Connell. Zaroff revit grâce à l’auteur mais à notre époque. Ceux qui ont vu Les Chasses du Comte Zaroff, le film de Ernest B. Schoedsack trouveront plus de références et de similitudes à l’adaptation libre de Pelaez qu’à la suite imaginée par Runberg & Miville-Deschênes sortie quelques mois auparavant. Philippe Pelaez s’amuse à confronter personnages de fiction et réels avec une aisance qui font de ce Maudit sois-tu un récit captivant dès Zaroff, titre de ce premier tome.

Au-delà de l’histoire prenante et pesante à souhait, la réussite de ce premier épisode réside incontestablement par le rendu graphique de Carlos Puerta. Habitué à dessiner des créatures venue de nulle part dans Adamson, le dessinateur de Jules Verne et l’Astrolabe d’Uranie, prouve qu’il est à l’aise dans cette ambiance fantastique voire horrifique. Pour cette nouvelle aventure, Carlos Puerta délivre, une nouvelle fois, une partition graphique de haute volée. Même s’il fait partie de ces artistes de la bande dessinée où l’on doit réellement rester avec lui pour ne pas perdre le fil de ses personnages aux traits parfois déstabilisants, le jeu en vaut toujours la chandelle.  Si, au détour de ses décors somptueusement glauques, vos yeux associent certains visages à des noms célèbres tels Joel McCrea ou peut-être Michelle Pfeiffer, ce n’est pas anodin. Puerta ne fait jamais rien par hasard.

Zaroff, le premier tome de Maudit sois-tu est impressionnant dans la tension palpable retranscrite par leurs auteurs. L’originalité de cette histoire veut que l’on commence par la fin. Ce qui augure moult questions. Gageons que le deuxième tome permettra d’en apporter quelques réponses.

 

  • Maudit sois-tu #1 : Zaroff
  • Scénariste : Philippe Pelaez
  • Dessinateur : Carlos Puerta
  • Éditeur : Ankama
  • Prix : 15,90 €
  • Parution : septembre 2019
  • ISBN : 979-1033509783

Résumé de l’éditeur : 2019, un homme est retrouvé mort dans les égouts de Londres. L’enquête se dirige rapidement vers la petite amie du défunt, car leur liaison a été arrangée par leur employeur commun, Nicholas Zaroft Ce mystérieux oligarque russe n’a en fait qu’un seul but : se venger de ceux qui, 170 ans auparavant, ont causé la perte de son aïeul. Pour y parvenir, il va réunir leurs quatre descendants et les traquer dans une vaste chasse à l’homme… La trilogie Maudit sois-tu, Zaroff – Moreau – Shelley mêle personnages fictifs et réels, avec une pointe de fantastique. Grâce à une narration à rebours (2019, 1848 et 1816), chaque récit apporte des réponses au précédent.

Moi Mikko et Annikki

Un couple décide d’emménager à Annikki, un quartier historique de Tempere en Finlande. Tiitu Takalo raconte son histoire dans Moi Mikko et Annikki, une récit autobiographique entre histoire, revendications fortes et racines chez Rue de l’Echiquier.

En 2006, Tiiki, une autrice de bande dessinée finlandaise connue, se rend dans un festival de musique à Annikki, un quartier de Tempere, la seconde agglomération de Finlande.

L’année suivante, Mikko lui achète un de ses albums. C’est le début du rapprochement. Trois ans plus tard, ils sont sur le point d’emménager dans cet îlot de la ville. Alors que les alentours de ce quartier fait de maisons de bois sont menacés par des promoteurs immobiliers voraces, la résistance se met en place. Les habitants s’entraident pour préserver et protéger ces lieux uniques, au charme fou…

A travers 248 pages, Tiiki Takalo raconte cette tranche de vie où elle tomba amoureuse de Mikki mais également d’Annikki. Cette jeune autrice de BD – elle a publié plusieurs albums depuis 2004 – se met en scène pour raconter sa relation avec son compagnon faite de hauts et de bas avec la lutte pour la préservation de cet environnement original et unique.

Pour cela, elle fait des bons dans le temps pour raconter l’histoire de ce quartier typique finlandais. Et c’est parfois cela qui est le plus compliqué à lire. Ces digressions semblent parfois un peu longues.

Pour les scènes contemporaines, tout est là : la rénovation, l’entraide, la solidarité, les tracas administratifs, le manque d’argent, les politiciens ou le classement en zone historique.

En choisissant de partager son combat, Tiiki Takalo peut aussi aborder des thèmes modernes : la nature, la place de la ville dans un pays, la place des habitants dans une ville, les pressions politiques et financières.

Moi Mikko et Annikki : plongez dans un monde méconnu des Français.es., celui de la Finlande et de ses traditions. Avec Tove Jansson, Ville Ranta ou Kati Kovacs (voir notre Top), Tiiki Takalo est une autrice finlandaise à suivre.

  • Moi, Mikko et Annikki
  • Autrice : Tiiki Takalo
  • Editeur : Rue de l’échiquier
  • Prix : 21.90€
  • Parution : 16 janvier 2020
  • IBAN : 9782374251943

Résumé de l’éditeur : D’inspiration autobiographique, cette bande dessinée relate l’installation d’un jeune couple dans le quartier d’Annikki, l’un des très rares îlots historiques encore préservés de la ville de Tampere, en Finlande. Tiitu Takalo relate le combat acharné que mènent ensemble les habitants de ces maisons de bois face à la voracité des promoteurs immobiliers, souvent de mèche avec les édiles locaux. Cette chronique sensible est rythmée par le récit des moments forts de l’histoire de Tampere, depuis sa fondation à la fin XVIIIe siècle, et notamment son riche passé industriel et ouvrier. Ce choix narratif permet de montrer que la richesse d’un quartier ou d’une ville réside dans son patrimoine, et que sa préservation est la clé de nos identités collectives comme de nos avenirs possibles.

Le patron est une copine

Nagabe, l’auteur de L’enfant et le maudit, dévoile Le patron est une copine, une fiction fantastique humoristique autour de la différence.

Vincent Failnail est un homme surprenant. La journée il est le chef respecté d’un service d’une grande entreprise, la nuit, il se travestit dans un club privé.

Si le titre de ce manga n’est pas très heureux, l’histoire de Nagabe est formidable ! Cette comédie fantastique repose sur un personnage charismatique à la double-vie.

Failnail est un dinosaure massif, intelligent et plaisant à la gente féminine. Sérieux dans son travail de chef de service, il ne l’est plus le soir lorsqu’il revêt des habits de femmes pour devenir Fal, une sublime travestie.

L’on connaissait Nagabe pour sa merveilleuse série L’enfant et le maudit, son dessin brillant, précis et fouillé; il met de nouveau son style graphique à contribution pour livrer un one-shot de haut-vol. Pour cela, il met en scène des animaux anthropomorphes, élégants et d’une grande vivacité.

Il invente une triangle amoureux, proche des vaudevilles. Failnail est tiraillé entre deux hommes diamétralement opposés. Qui choisira-t-il ? Dans Le patron est un copine, il est question d’homosexualité, de séduction, de repères d’identité, d’affirmation de soi, de rejet, d’acceptation, de solidarité mais avant tout d’amour.

Le patron est une copine est un excellent titre manga, un seinen fort, subtil et intelligent !

  • Le patron est une copine
  • Auteur : Nagabe
  • Editeur : Komikku
  • Prix : 8.50 €
  • Parution : 28 novembre 2019
  • IBAN : 9782372874823

Résumé de l’éditeur : On va suivre les aventures de Vincent, un chef de département d’une grande compagnie japonaise. Il est respecté et admiré de tous et son avis compte beaucoup. Mais au-delà ce de statut prestigieux, il cache un secret pour le moins étonnant : le soir, il se transforme en hôtesse de bar dans les quartiers chauds ! Il abandonne son costume pour une robe moulante et sexy, et il en fait des tonnes pour le plus grand plaisir des clients ! Vous l’aurez compris, nagabe bouscule les codes et nous emporte une nouvelle fois dans un univers singulier. Mais contrairement à la noirceur de L’Enfant et le Maudit, on est ici dans une comédie déjantée et hilarante sur une double vie pas comme les autres. Nagabe nous éblouit par son talent et la force avec laquelle il sait créer et raconter des histoires. J’attire votre attention sur un autre élément clé de la série : le dessin. Les personnages de la série sont des animaux et nagabe les a réalisés avec un brio qui laisse bouche bée. Les couvertures et les visuels intérieurs sont des oeuvres d’art. Le tracé et les pages couleur sont vraiment impressionnants. Avant d’être un mangaka à succès, nagabe était un artiste qui publiait ses dessins en ligne. Il a été remarqué par ce talent visuel et de nombreux croquis d’animaux de l’époque sont des prototypes des personnages du PATRON EST UNE COPINE. On est devant un hit en puissance, à la fois drôle et sublime. Nagabe montre avec ce one shot qu’il faudra définitivement compté avec lui dans l’univers manga.

Uderzo l’irréductible

Cocréateur de Jehan Pistolet, Tanguy & Laverdure, Oumpah-Pah et Astérix, Albert Uderzo se livre dans un album d’entretiens avec Numa Sadoul dans Uderzo l’irréductible. Passionnant !

La version 2019 de ces entretiens avec Albert Uderzo est une nouvelle édition augmentée parue en 2001. En effet, Numa Sadoul – grand intervieweur des maîtres du 9e art (Hergé, Franquin, Gotlib, Moebius, Tardi…) – avait de nouveau rencontré le génial dessinateur en 2005. Ainsi, les lecteurs peuvent (re)découvrir les trois face-à-face de trois jours en février 1999 et celui datant d’il y a quatre ans.

Ecrivain et chroniqueur pour Les cahiers de la BD pendant 15 ans, Numa Sadoul a cette force et cette conviction qu’il réussit à les faire accoucher de leurs souvenirs même les plus coriaces. D’un naturel timide, le géant d’origine italienne se confie avec facilité et franchise au journaliste.

Alors que de nombreuses interviews d’Albert Uderzo ont déjà été publiées, Numa Sadoul arrive quand même à tirer des anecdotes et des moments d’émotions que l’on ne connaissaient pas chez le dessinateur.

Une vingtaine d’heures d’archives sonores sont ici restituées à l’écrit pour le plus grand bonheur des amateurs d’Uderzo, de ses personnages ou tout simplement des amoureux de la bande dessinée.

Numa Sadoul (L’anneau du Nibelung avec France Renoncé) navigue entre les époques, fait des allers-retours dans le passé du dessinateur. Il parle avec émotion de cet amour fraternel pour René Goscinny avec lequel il imagina la plus grande saga du 9e art, Astérix.

Il y a son enfance, ses premiers émois graphiques, sa famille, son frère, son envie d’être clown (un point commun avec Goscinny) et de ses débuts comme intervalliste.

On l’oublie trop souvent mais Uderzo est l’un des rares dessinateurs à avoir excellé dans le dessin réaliste (les planches de Tanguy & Laverdure sont à tomber par terre) mais également dans le dessin humoristique avec Jehan Pistolet, Oumpah Pah et Astérix (les planches d’Astérix sont à tomber par terre).

Uderzo l’irréductible, ce sont 256 pages de bonheur absolu. Une très belle façon aussi de revisiter l’histoire du 9e art ! Il y a bien entendu ses amitiés, sa femme, Sylvie, ses débuts délicats, son succès, l’argent, son daltonisme (ses difficultés à coloriser) ou encore les studios Idéfix.

Mille vies en une, une existence hors-norme pour un maître de la bande dessinée !

  • Uderzo l’irréductible
  • Auteur : Numa Sadoul
  • Editeur : Hors Collection
  • Prix : 20 €
  • Parution : 02 octobre 2019
  • IBAN : 9782014001167

Résumé de l’éditeur : Ecrivain, comédien, metteur en scène, Numa Sadoul est le « questionneur » de référence de la B.D. Retrouvez dans ce livre les entretiens déjà publiés en 2001, enrichis de nouveaux entretiens avec Albert Uderzo. Une nouvelle édition enrichie et généreusement illustrée de crayonnés, d’esquisses, et de planches des personnages dessinés par Albert Uderzo.

Eliott

Les éditions Lapin dévoilent Eliott, un recueil de gags humoristiques et déjantés signé Joseph Safieddine et Wouzit.

Eliott est un quadra roux aux longues bacchantes et grosses lunettes. Après plusieurs décennies chez ses parents, il décide de quitter le foyer familial et de voler de ses propres ailes. La réaction de ses vieux : aucune !

Joseph Safieddine (L’enragé du ciel, Monsieur Coucou) s’en donne à cœur joie dans ce recueil de 128 pages. Tout est bon pour rire. Plus c’est crétin, plus on aime !

Pas très beau, plutôt limité intellectuellement, Eliott multiplie les situations grotesques, souvent scato et de mauvais goût.

Le découpage est rythmé toujours de la même manière : un gaufrier de 4 vignettes avec une chute dans la dernière. Wouzit met en image ces mini-récits par un dessin à la palette numérique moderne et vivant. L’auteur de Le grand rouge (Manolosanctis) et Darwin (Poivre et sel) réalise des planches lisibles agrémentées de grands aplats de couleur.

  • Eliott
  • Scénariste : Joseph Safieddine
  • Dessinateur : Wouzit
  • Éditeur : Lapin
  • Prix : 13 €
  • Parution : 22 novembre 2019
  • ISBN : 9782377540594

Résumé de l’éditeur :  Eliott va en soirée, Eliott nage, Eliott pêche, Eliott exploite les mamies… Bref Eliott vit sa vie ! C’est ce que nous découvrons dans une série de strips courts, d’illustrations et une histoire plus longue, tous aussi trash que drôles !

Cassandra Darke

Lorsque Cassandra loge Nicki, cela frictionne et donne des étincelles. Posy Simmonds imagine cette rencontre au sommet , ce duel déséquilibré dans Cassandra Darke, aux éditions Denoël Graphic.

Après Tamara Drew et Gemma Bovery, la géniale Posy Simmonds nous enchante de nouveau avec Cassandra Darke. Nommé dans la sélection polar 2020 à Angoulême, ce récit s’inspire de la nouvelle de Charles Dickens, Un chant de Noël, publié en 1843. L’autrice britannique transpose son propos dans notre époque contemporaine en gardant les thématiques d’origine : le déclassement social, le rejet de l’autre, l’avarice, l’envie et la jalousie.

Cette histoire très noire, met en scène  Cassandra, vieille femme acariâtre, ayant hérité de tableaux de son défunt époux. Proche de sa grosse fortune et misanthrope, elle aime tacler fortement tous ceux qui l’entoure ou qu’elle rencontre. C’est cette personnalité forte et entière qui fait l’intérêt de l’album.

Alors que nous l’avions connu plus inspirée – Cassandra Darke n’est sans doute pas son meilleur album – il reste la force de la narration de Posy Simmonds, qui attire les lecteurs comme des aimants. Cette alternance de vignettes et de textes en prose a toujours fait le charme de ses productions.

Le verbe haut, la répartie et la faconde de l’héroïne apporte un humour so british agréable et bien senti. L’opposition entre Cassandra et Nicki est, elle aussi, savoureuse. La femme est tout ce que la veuve n’est pas : jeune, frivole, libre et instable. Serait-elle jalouse de cette jeunesse ?

Londres est un personnage à part entière comme a pu le montrer nos amis de Fantrippers dans leur guide pop culture consacré à la capitale anglaise.

Comme dans ses précédentes publications, Posy Simmonds  réalise de magnifiques planches, belles, modernes et chaleureuses.

  • Cassandra Darke
  • Autrice : Posy Simmonds
  • Editeur : Denoël Graphic
  • Prix : 21€
  • Parution : 04 avril 2019
  • IBAN : 9782207142813

Résumé de l’éditeur : Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre… Affinant encore sa virtuosité unique, entre roman et bande dessinée, Posy Simmonds poursuit la fresque de l’Angleterre moderne entreprise dans ses livres précédents et donne sa vision au scalpel du Londres brutal et fascinant d’aujourd’hui, «entre paillettes et galères». Son coeur, comme toujours, penche pour les chiens perdus, mais le portrait qu’elle trace de Cassandra, cette femme trop riche à l’hiver de sa vie, est vibrant d’empathie. Pur plaisir. Pur Posy.

 

Ninn 4

Ninn et son tigre de papier poursuivent leurs aventures dans ce quatrième volume éponyme, signé Jean-Michel Darlot et Johan Pilet.

Ninn est décidément une série fantastique jeunesse addictive ! Cette aventure folle nous régale depuis 2015, par des tomes 1, 2 et 3 de très grande qualité.

Jean-Michel Darlot laisse vagabonder son esprit fertile pour délivrer de nouveau un tome prenant. Dans La cathédrale de fer, la Seine sort de son lit et inonde Paris. Sa crue est historique, dépassant le record de 1910.

La petite fille tente toujours de comprendre son passé, savoir d’où elle vient, pour mieux savoir où elle va. Élevée par un couple d’hommes, avec son tigre de papier, elle parcourt les stations de métro sous l’eau. Elle croise le fantôme d’une petite fille et plonge dans les souvenirs de la Seconde guerre mondiale où les Nazis faisaient travailler les femmes.

Cette magnifique quête d’identité, celle folie fantastique est portée par le très beau dessin de Johan Pilet. Il suffit d’observer ses merveilleuses couleurs numériques grâce à des brosses tout en douceur, pour convaincre les plus réticents à lire cette saga. Le trait est vif et le découpage dynamique.

Ninn : plongez dans les entrailles de Paris en suivant cette petite fille en quête de son passé. Enjoy !

  • Ninn, tome 4 : La cathédrale de fer
  • Scénariste : Jean-Michel Darlot
  • Dessinateur : Johan Pilet
  • Éditeur : kennes
  • Prix : 15.95 €
  • Parution : 20 novembre 2019
  • ISBN : 9782875808462

Résumé de l’éditeur :  Alors que le métro parisien se retrouve mystérieusement inondé, Ninn et son Tigre de Papier tentent désespérément de regagner la surface. Durant leur périple, ils tombent sur de vieux ennemis assoiffés de revanche. Que manigancent donc les Idées Sombres et les Ferrailleurs, ces étranges personnages masqués qui hantent le sous-sol? Pourquoi cherchent-ils absolument à réveiller la Cathédrale de Fer? Et quel est réellement ce terrible édifice, qui se cache sous Paris depuis la Seconde Guerre mondiale? Ce voyage en eau trouble promet de grandes révélations…

Lily et doudoumonstre

Lily découvre Doudoumonstre sous son lit. Ensemble, ils vivent de folles et drôles d’aventures sous la houlette de Mic et Val. Lily et Doudoumonstre, un premier volume sympathique édité par Bamboo.

En se couchant, Lily aperçoit un monstre sous son lit. Alors que sa maman ne la croit, elle apprivoise cette gentille créature poilue et colorée.

Ecrit sous forme de gags sur demi-planche, Lily et Doudoumonstre est plutôt bon, chaleureux et amusant. Un petit album sans prétention qui ravira les plus petits.

Sans révolutionner le genre, Mic imagine des histoires tendres et drôles. Parents, chat, dessin, bac à sable, jeux extérieurs, parc, apprentissage de la lecture, piscine, école, l’été ou Noël, tout est bon pour sourire.

  • Lily et Doudoumonstre, tome 1
  • Scénariste : Mic
  • Dessinateur : Val
  • Éditeur : Bamboo
  • Prix : 10.95 €
  • Parution : 08 janvier 2020
  • ISBN : 9782818974759

Résumé de l’éditeur : Avec lui, c’est bêtise sur bêtise… et c’est trop bien ! Quand Lily découvre un monstre dans sa chambre, elle n’a pas peur du tout. C’est vrai qu’il est grand, qu’il est fort et qu’il sent des pieds. Mais il sait faire des bulles-coeur avec ses fesses et, surtout, il fait des câlins tout doux ! Alors, entre Lily et Doudou-monstre, c’est tout de suite un roman d’amitié qui commence. Et si c’est dur à accepter pour les parents, pour les amis et surtout pour le chat de la famille, ce n’est pas grave. Parce qu’un copain comme celui-là, on n’en trouve pas tous les jours.

L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque

Thierry Vivien a encore frappé ! La force est de nouveau avec lui par le nouvel opus de sa série parodique autour de Star Wars. L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque : tout un programme !

Déjà le huitième volume de cette saga décalée et drôle pour Thierry Vivien. Né en 1969, cet auteur a baigné dans l’univers de Star Wars dès son plus jeune âge. Qui de mieux qu’un bébé Yoda tel que lui pouvait imaginer ces gags en un planche autour de Luke, Leia, Dark Vador ou Palpatine ?

A l’image de Freaky Mousse ou Bloody Harry d’Alexandre Arlène, il n’hésite pas à tordre la réalité des films de George Lucas pour le plus grand bonheur de son lectorat.

Jeux de mots, jeux sur le noms, situations cocasses ou ubuesques, tout est là pour faire rire ! Un running-gag revient au fil des pages de ce nouveau bon recueil : le découpage de personnages au sabre-laser.

L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque : un album à offrir aux fans de la saga Star Wars. C’est bête mais tellement drôle !

  • L’ultime retour de la guerre du retour contre-attaque
  • Auteur : Thierry Vivien
  • Editeur : Jungle
  • Prix : 15€
  • Parution : 06 novembre 2019
  • IBAN : 9782822226387

Résumé de l’éditeur : Composé d’illustrations inédites et de textes indécents de finesse et de virtuosité, ce poignant voyage aux confins de la galaxie relativise et rassure : c’est le bordel partout en ce moment.

 

Le club des chats casse la baraque

Plume, Choupi et Nounours sont de retour dans le nouvel opus de la série Le club des chats, un recueil de Yoon sun park chez Misma.

Après un premier volume qui nous avait beaucoup plu, Le club des chats délecte encore les jeunes lecteurs grâce à des aventures toujours aussi sympathiques.

En sélection pour le Fauve jeunesse à Angoulême 2020, ce deuxième opus est composé de courts chapitres comme le précédent volume. Yoon sun park imagine des histoires décalées et drôles, avec toujours autant de malice.

Nous retrouvons Marie et ses trois chats-chipies-choupis qui vivent leur petite vie de folie, enchaînent les bêtises et font tourner en bourrique leur propriétaire.

Dans ce nouveau tome, l’autrice de Hong Kiltong invente des aventures qui lorgnent de plus en plus vers le fantastique, l’onirisme et la poésie. Ses chats sont « chou » et les humains débordés.

Le trait de l’autrice de L’espacée (avec Thomas Gosselin) ravit les pupilles. Les couleurs sont pop et le dessin humoristique tout en rondeur.

  • Le club des chats casse la baraque
  • Autrice : Yoon-sun Park
  • Editeur : Misma
  • Prix : 18€
  • Parution : 10 mai 2019
  • IBAN : 9782916254715

Résumé de l’éditeur : Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête des chats ? C’est la question que l’on se pose parfois quand on les voit chasser une simple boule de papier, attaquer leur propre queue ou plonger toutes griffes dehors dans un carton… Et si tout ce petit manège n’était en fait qu’un leurre, une ruse pour nous éloigner de la Vérité ? Et si les chats faisaient partie d’un réseau organisé, d’une confrérie secrète et qu’il existait une porte vers un monde parallèle ? De l’autre côté, on découvrirait LE CLUB DES CHATS, un cercle de félins rusés complotant mille et une bêtises. Et qui sait ? On finirait peut-être même par découvrir que les chats sont des extraterrestres à la conquête de l’univers ! Yoon-sun Park revient avec un nouvel album du CLUB DES CHATS. Bien loin d’avoir fait le tour du sujet, ses chats lui donnent toujours autant de fil à retordre et vont mettre la baraque sens dessus dessous. On retrouve Choupi, Plume et Nounours dans des histoires complètement folles au rythme endiablé ne laissant aucune minute de répit pour leur maîtresse Marie et les habitants du village. Ahhh, mais comment en vouloir à ces boules de poils trop mignonnes qui viennent se lover sur nos genoux en ronronnant ?

Hubert Reeves nous explique les océans

Après la biodiversité et les forêts, les éditions du Lombard poursuivent leur œuvre éducative envers les jeunes lecteurs avec Hubert Reeves nous explique les océans, un très bel album de l’astrophysicien, David Vandermeulen et Daniel Casanave.

Astrophysicien mondialement reconnu, homme de sciences et grand humaniste, Hubert Reeves plonge le jeune lecteur dans le cœur des océans.

Comme pour l’album sur la biodiversité, Hubert Reeves convoque les mêmes enfants – représentant le côté Candide – et la jeune femme pour l’accompagner dans son périple.

Non loin d’Etretat, il leur parle de strates, de couches sédimentaires et de tectonique des plaques. Au Mont-Saint-Michel, il explique le phénomène naturel des marées, et dans le Grand Nord, il les emmène en expédition sous-marine.

Comme lorsque l’on écoute ses conférences ou ses interventions télévisées, Hubert Reeves est toujours d’une grande clarté dans ses propos. Vulgarisateur, passeur de savoirs et de connaissances, il se met au niveau de ses interlocuteurs sans jamais les infantiliser.

Depuis quelques décennies, l’astrophysicien alerte le monde des ravages de l’être humain sur les écosystèmes, le dérèglement climatique ou de sauver abeilles et lombrics.

Album nommé dans la Sélection des écoles à Angoulême, Hubert Reeves nous explique les océans est à mettre dans toutes les petites mains, curieuses ou non, pour comprendre les fonds marins, leur richesse et leur fragilité.

  • Hubert Reeves nous explique les océans
  • Scénaristes : Hubert Reeves et David Vandermeulen
  • Dessinateur : Daniel Casanave
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 13.45€
  • Parution :  11 octobre 2019
  • ISBN : 9782803673100

Résumé de l’éditeur : Notre planète est couverte par l’immensité des océans, leurs ressources et leur biodiversité sont indispensables à l’avenir de la Terre, car ce sont des mers que la vie est arrivée. Hubert Reeves nous explique dans un merveilleux voyage qui nous emmènera jusqu’aux grands fonds qui regorgent de nombreux volcans immergés, pourquoi les océans sont salés, comment fonctionnent les vents et les courants marins qui agissent sur notre climat, …

Le voyage de Marcel Grob

Marcel Grob a froid. Près du radiateur du bureau du juge d’instruction, le vieil homme de 83 ans est encore groggy de la violente arrestation subie dans la nuit depuis son domicile. Pourquoi est-il ici ? De quoi est-il accusé ? Les multiples questions du juge Tonelli vont progressivement l’amener à comprendre les raisons pour lesquelles il se retrouve confronté à lui.

Et c’est lorsque le magistrat demande à Marcel si sa formation de mécanicien-ajusteur lui a permis d’exercer ce métier au sein de la Waffen-SS, que tout va s’enclencher. Spontanément dans le déni, l’alsacien réfute tout engagement dans une des forces allemandes les plus meurtrières de la Seconde Guerre mondiale. Mais parmi toutes les pièces à conviction présentes, un objet apportera la preuve irréfutable qu’il a bel et bien intégré la 16e Division SS des Panzergrenadiers en juin 1944.

Jugé dans la soirée même par un tribunal un peu spécial mandaté par des familles de victimes, Marcel Grob n’a plus le choix. Il doit rouvrir ce tiroir enfoui dans sa mémoire dont lui seul détenait la clé. Le juge ne cessera de lui répéter : il est temps pour lui d’ouvrir son cœur. Marcel est prêt. Mais avant de commencer son histoire qui débutera le 27 juin 1944, il lui (nous) suggère de garder ça en tête : « Qu’est-ce que vous auriez fait à ma place ? »

Le Voyage de Marcel Grob retrace le destin bouleversant d’un homme dont les quelques mois évoqués expliqueront comment un jeune français de dix-sept ans a pu se retrouver mobilisé dans l’unité la plus redoutée et endoctrinée de la Seconde Guerre mondiale. Le IIIe Reich qui considère toujours l’Alsace-Moselle comme un territoire allemand vient y chercher du renfort pour pallier les pertes humaines de la Waffen SS. D’abord incorporés pour se battre aux cotés de la Wehrmacht (armée régulière et non nazie), seuls ceux qui étaient volontaires s’engageaient auprès de ces combattants fanatisés. Sauf ces quelques jeunes alsaciens, dont la seule « faute » est d’être nés en 1926, qui n’auront d’autre choix que d’y être automatiquement conscrits. On les appellera les Malgré-nous et Marcel Grob fera partie de ces dix mille jeunes alsaciens qui recevront cette convocation en 1944. Et ils avaient le « choix » : soit ils combattaient contre la France, soit ils refusaient et leur famille était déportée dans des camps de travail à l’Est.

« Ouvrir son cœur » : cette locution apparaît plusieurs fois dans Le Voyage de Marcel Grob. Comme si Philippe Collin, auteur de ce livre et petit-neveu de Marcel, insistait inlassablement pour que son grand-oncle se confie sur cette parcelle sensible de sa vie. Dans la réalité, Philippe Collin était très proche de Marcel Grob. Jusqu’au mutisme de ce dernier qui a généré logiquement de sérieux doutes quant à son implication dans le conflit mondial. Pour P. Collin ce silence traduisait un aveu. Avant de mourir en 2009, Philippe et Marcel ne se parlaient plus. Neuf ans après, cette bande dessinée, symbolise magnifiquement ce que l’auteur n’a pas pu lui dire : « J’ai compris ».

Et pour accompagner ce récit poignant, le coscénariste et dessinateur Sébastien Goethals offre une excellente partie graphique. De ces aspects floutés rappelant que nous sommes dans les souvenirs de Marcel, en passant par le massacre de Marzabotto où l’intensité ressentie est à son paroxysme. De ces couleurs bien distinctes selon l’époque narrée à ces visages traduisant moult émotions. S. Goethals emmène le lecteur dans son voyage et il l’accompagne volontiers.

En dédicaçant ce roman graphique à toute la jeunesse d’Europe, P. Collin et S. Goethals vont au-delà d’un hommage à tous ces Malgré-nous. C’est elle qui influe sur l’avenir. Mais pour cela il ne faut pas oublier le passé. Les erreurs d’hier doivent être rappelées à tous ces jeunes qui décideront de ce que sera le monde de demain. Rien de moralisateur. Simplement regarder derrière soi pour mieux avancer.

  • Le voyage de Marcel Grob
  • Scénariste : Philippe Collin
  • Dessinateur : Sébastien Goethals
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 24,00 €
  • Parution : octobre 2018
  • ISBN : 978-2754822480

Résumé de l’éditeur : 11 octobre 2009. Marcel Grob, un vieil homme de 83 ans, se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Et plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien rejoint la Waffen SS et est intégré dans la 16e division Reichsführer, trois mois après le débarquement allié en Normandie. Marcel se rappelle avec émotion de ce jour fatidique où, comme 10 000 de ses camarades Alsaciens, il fût embrigadé de force dans la SS. Non, il n’était pas volontaire pour se battre mais il n’avait pas le choix, il était pris au piège. Mais pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu il n’a pas été un criminel nazi. Alors, Marcel Grob va devoir se replonger dans ses douloureux souvenirs, ceux d un « malgré nous », kidnappé en 1944, forcé d’aller combattre en Italie, au sein d’une des plus sinistres division SS. Un voyage qui l’amènera à Marzabotto, au bout de l’enfer…