Kazuo Kamimura : l’estampiste du manga

Né en 1940 et décédé en 1986 au Japon, Kazuo Kamimura est un maître mangaka très important dans son pays. Cet auteur de seinen et de gekiga (manga pour adultes) de très grande valeur voit son oeuvre mise en lumière dans une rétrospective de 150 originaux lors du Festival d’Angoulême et ce pour la première fois en France. A ne rater sous aucun prétexte !

KAMIMURA : LE PEINTRE DE L’ERE SHOWA

Décédé très jeune à 45 ans, Kazuo Kamimura a laissé une empreinte forte dans l’univers du manga gegika (manga pour les adultes abordant des sujets graves, sociaux ou historiques). Au Japon, son œuvre fait l’objet d’un véritable culte. Malgré une très courte carrière, il a énormément dessiné et cela lui a valu le surnom de Peintre de l’ère Shôwa (1926-1989, ère de paix éclairée, qui précède l’ère actuelle). Il faut souligner que ses mangas se sont vendus à des millions d’exemplaires dans son pays. En France, les lecteurs l’ont découvert à partir de 2007 grâce aux éditions Kana (Lady Snowblood, première série du mangaka).

KAMIMURA SUBLIME LA FEMME

Il a beaucoup travaillé sur les femmes japonaises des l’après Seconde Guerre Mondiale comme La femme de Shôwa (lire notre chronique) et Le club des divorcés (en Sélection Patrimoine à Angoulême cette année, lire notre chronique). Ainsi, il a voulu rendre sa place à ses Japonaises dans un monde encore très masculin et machiste.

Si les sujets abordés dans ses séries sont emprunts d’une très grande gravité (la prostitution, le Japon sous contrôle américain, la reconstruction du Japon, les mutilations, les humiliations, le sort des geishas, , les gouvernements corrompus, la politique, les centres de rééducation…), il sublime la femme par un trait simple et souple est d’une grand force graphique et d’une belle élégance. Dans l’exposition, des parties sont consacrées aux femmes, aux fleurs et à l’érotisme.

Et le festivalier apprend que Quentin Tarentino s’est fortement inspiré de Lady Snowblood pour créer son personnage de O-Ren dans Kill Bill.

Les nombreuses planches (quelques-unes à voir ci-contre dans le diaporama) sont d’une beauté fulgurante, d’une grâce que peu d’auteurs japonais voire européens peuvent atteindre.

Kamimura, l’estampiste du manga : une exposition à ne pas rater !

Article posté le vendredi 27 janvier 2017 par Damien Canteau

L'EXPOSITION

Communiqué du Festival

Né en 1940 à Yokosuka, ville portuaire sur la péninsule de Miura, Kazuo Kamimura sort diplômé à 23 ans de la section de design des Beaux-Arts et se fait engager dès sa sortie de l’université, dans une agence de publicité. À peine trois ans plus tard, il bifurque vers la création de manga, registre pour lequel il produira énormément en très peu de temps, avec des pics à plus de 400 planches de manga par mois pendant ses années les plus productives, avant de disparaître prématurément, en 1986, à l’âge de 45 ans. Assistant du maître du manga Osamu Tezuka, Kamimura s’est associé à de grands noms du scénario – Kazuo Koike, Yu Aku ou encore Ikki Kajiwara – quand il n’est pas lui-même le scénariste de ses livres. Sa carrière a véritablement coïncidé avec la croissance de la popularité du gekiga, un genre du manga spécifiquement destiné aux lecteurs adultes qui se définit par ses scénarios sophistiqués et sa mise en scène qui flatte la profondeur psychologique. Ce registre « dramatique », comme le souligne le terme en japonais, a favorisé l’émergence de styles qui conjuguent l’innovation formelle à un réalisme cru, parfois graveleux.

Explorer l’âge d’or du gekiga à travers Kazuo Kamimura, c’est pénétrer une esthétique à la merveilleuse facture rétro, révélant un monde où l’élégance et la sexualité sont bien plus au cœur des préoccupations des auteurs de manga qu’elles ne le sont aujourd’hui. Par la popularité de ses gekiga, Kamimura est devenu une sorte de célébrité. Travaillant dur le jour pour mieux jouir de la nuit, il disparait en léguant à ses innombrables lecteurs une œuvre à l’esthétique unique qui dessine en creux le portrait d’une société japonaise alors encore sous tutelle américaine. Quant à l’épanouissement des femmes dans ce contexte, il est écartelé entre la tradition patriarcale et les promesses de libertés importées avec la société de consommation occidentale. L’impossibilité de cette réalisation dans le sentiment amoureux est le thème central de Lorsque nous vivions ensemble, avec lequel Kamimura connaît le succès dès 1972.

L’année suivante, les trilogies Le fleuve Shinano et Folles passions explorent à nouveau la quête de cette chimère qu’est l’amour véritable, ainsi que Le Club des divorcés et sa description du quotidien d’une femme seule dans la société patriarcale japonaise. Parmi les thèmes constitutifs de l’œuvre du mangaka, la vengeance occupe également une place centrale, corollaire de la passion amoureuse, en particulier grâce au personnage de Lady Snowblood, une jeune meurtrière à la beauté froide partie en croisade dans le Japon du XIXe siècle. Concubinage, passion irrésolue, jeunesse dans la campagne de l’après-guerre… tels sont les tourments intimes que Kamimura traite avec la fougue et l’emphase des auteurs de manga d’action. Parallèlement à son travail de mangaka, Kamimura répond par ailleurs à de très nombreuses commandes d’illustrations parmi lesquelles près de 260 couvertures de magazines qui rejoignent les problématiques et les thèmes abordés dans ses œuvres de fiction.

Cette exposition est une occasion exceptionnelle, pour les amateurs de manga autant que pour le grand public, de découvrir plus de 150 planches et illustrations de Kazuo Kamimura. Exposées pour la première fois en France, elles soulignent la particularité de son style et assoient le talent de cet auteur hors-normes.

RENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES

Musée d’Angoulême du 26 janvier au 12 mars 2017

  • Production : 9eArt+
  • Scénographie : Catherine Chabrol et Dominique Clergerie
  • Commissariat : Stéphane Beaujean

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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