Oscuro en Rosa

Oscuro en Rosa de Tony Sandoval, c’est plus qu’un album, c’est une histoire coquine pour un public averti chez Glénat.

Après une journée venteuse, Gloria ne résiste pas à l’appel de la rivière. Ce bain la remplit de plaisir. Le plaisir pris avec un songe, un homme albinos aux cheveux blancs … Cette union change, son corps. Elle a maintenant en elle une excroissance qui surgit ou se rétracte… Ce changement engendre de nouveaux désirs et de nouveaux plaisirs qu’elle n’hésite pas à explorer.

Vous l’aurez compris ce n’est ni Nocturno, ni Les échos Invisibles, mais une lecture pour adultes dont je vous parle. Mais Tony Sandoval a toujours ce don pour nous conter des histoires. Il y a toujours un aspect fantastique et il glisse dans ses récits de nombreuses métaphores. Bien entendu il y a du plaisir, du désir (on est dans la collection Porn’Pop) mais il nous parle aussi de changements à travers cette jeune femme qui se découvre autrement. Et comme toujours avec cet auteur, il faut se laisser porter, transporter même.

Oscuro en rosa n’est pas à mettre entre toutes les mains mais pour celles qui sont en âge de la lire. Surtout n’hésitez pas à vous laisser envahir par cet album et par l’univers de Sandoval. Ayez confiance en lui et le plaisir sera au bout de cette lecture.

  • Oscuro en rosa
  • Auteur : Tony Sandoval
  • Éditeur : Glénat, collection Porn’Pop
  • Prix : 24,95€
  • Parution : 25 août 2021
  • ISBN :  9782344041369

Résumé de l’éditeur : Serpent de mer. Au terme d’une journée printanière, sur les rives sauvages d’un point d’eau marécageux, Gloria s’est surprise à tomber dans un étonnant songe érotique. Un homme à la peau blanche lui est apparu, comme émergeant des flots, il était nu. Ensemble, ils ont fait l’amour et de cette relation éphémère n’est resté à Gloria qu’un souvenir brumeux ainsi qu’une étrange excroissance au niveau de l’entrejambe : un nouvel appendice s’apparentant à un pénis rose. Cette transformation a éveillé en elle de nouveaux désirs. Gloria vit ce changement comme une nouvelle existence. Les bouleversements dans son corps altèrent sa relation au monde et rendent son quotidien bien plus excitant qu’auparavant… À la manière de Tim Burton, Tony Sandoval fabrique pour chaque oeuvre un nouvel univers visuel et poétique. Son dessin parvient à combiner dans les pages d’Oscuro en rosa : langage pornographique, métaphores initiatiques et délires surréalistes.

Entre les lignes

Une adolescente se retrouve chez sa tante après le décès de ses parents. Une jeune fille en deuil change de vie auprès d’une bien étrange femme écrivaine, maladroite et franche. Dans « Entre les lignes« , Tomoko Yamashita relate leur quotidien délicatement.

Asa rencontre Makio lorsque ses parents décèdent dans un accident de voiture. Asa est alors en 3ème année de collège. Makio est écrivaine. C’est une femme étrange. Elle n’aimait pas sa sœur, la mère d’Asa. Elle est très franche et ne sais pas comment cohabiter avec une adolescente. Makio ne tient pas non plus sa maison comme une adulte. C’est souvent le bazar chez elle et elle ne sait pas cuisiner.

Makio est vraiment une femme étrange.

Ou simplement une personne normale, loin de l’imaginaire maternelle qu’Asa avait auparavant des adultes.

Asa a 15 ans. La mort de ses parents, c’est une étrange chose. La tristesse a du mal à sortir. Elle ne sait pas comment s’exprimer. Si on lui demandait, elle dirait que ça va. Et ça va vraiment. Elle change de vie, de quotidien.

Vivre avec Makio, cette étrange femme, c’est peut-être pour le mieux. Elles apprennent à se côtoyer. L’une pour faire son deuil, l’autre par obligation moral, car on ne laisse pas une adolescente toute seule. Mais cela signifie aussi pour Asa découvrir le monde des adultes. Et pour Makio, découvrir une forme de sociabilisation qu’elle avait évitée jusque-là. Elle qui n’est pas du tout à l’aise en société.

Ce sont deux vies chamboulées que nous raconte Tomoko Yamashita. Avec de la tendresse, de la délicatesse et une belle dose d’étrange maturité.Un voyage en terre inconnue pour ses héroïnes, mais que tout lecteur lira sans doute avec une forme de nostalgie affectueuse.

Le dessin très épuré accompagne bien l’état d’esprit d’Asa et le mentale peu accessible de Makio. Il y a très peu de paysage. Pour ainsi dire, il n’y a que le minimum syndicale. Chaque scénette quotidienne a droit à sa petite touche d’humour.

C’est un manga simple et doux. Apaisant à lire avec ses héroïnes attendrissantes. Une histoire délicatement racontée par Tomoko Yamashita, édité chez Kana.

  • Entre les lignes
  • Autrice : Tomoko Yamashita
  • Editeur : Editions Kana, collection Big Kana
  • Prix :  7,45€
  • Parution : 9 juillet 2021
  • ISBN : 9782505110408

Résumé de l’éditeurÀ 15 ans, Asa a perdu ses deux parents à la fois, dans un accident de voiture. Recueillie par sa tante Makio, romancière dans la trentaine, elle découvre soudain le monde à l’extérieur de son petit cocon familial.

Poussée à grandir trop tôt, trop vite, Asa n’est toutefois pas livrée à elle-même. Makio est là pour la guider dans son cheminement, avec beaucoup de maladresse mais du mieux qu’elle le peut malgré sa nature introvertie.

Chandrahas la légende de l’Immortel

Chandrahas la légende de l’Immortel. Il y a 15 ans, 7 guerriers ont sauvé le monde de la menace des Dragons. Ils sont devenus des héros adulés par le peuple. Himalaya pourtant voudrait bien que l’un d’entre eux crève. Et Arjuna, lui, voudrait bien tous les exterminer. Car en réalité, il n’y avait pas 7 héros. Mais bien 8. 

Les Dragons sont des créatures quadrupèdes qui menacent les hommes de leur faim et de leur rage. Pour les affronter, il faut être soit très nombreux et expérimentés. Soit avoir des pouvoirs spéciaux, on les appelle les Chandrahas. Et ceux-là ne sont pas nombreux. A vrai dire, il y en a 7, officiellement. Mais en fait, il y en a 9.

Himalaya est la fille de Garhwal de la danse de la Ronde. Elle a hérité de son pouvoir. Armée d’une seule flûte, elle peut commander aux dragons. Mais cette « princesse » a été abandonné par son père.

Arjuna est le guerrier « Immortel« . Le 8eme Chandrahas. Celui qui a été trahi et assassiné par les 7 autres.

Lorsqu’ils se rencontrent, c’est une vendetta violente et acharnée qui commence.

Au fil de leur périple, Himalaya fouille dans le passé de l’Immortel. Qu’est-ce qui a bien pu pousser les 7 héros à tuer un allié ? Quel relation entretenaient-ils réellement ? Quelle lien Arjuna a-t-il avec le Roi de ce pays ?

Tandis qu’elle remonte le fil des événements peu à peu, elle est au prise avec ses propres angoisses. Son assassin de père, pourri jusqu’à la moelle, est-il réellement ce qu’elle croit ?

Noyés sous une amertume profonde, les deux protagonistes nagent en réalité en pleine ignorance. Les événements qui agitent ce monde ont des résonances bien plus importes qu’ils ne le pensent avec leurs propres démons.

Sous couvert de mener une vengeance, c’est une quête de réponse que mènent Himalaya et Arjuna. Et peut-être au final, renouer avec leur famille.

Chandrahas la légende de l’Immortel est un manga jeunesse d’aventure sympathique et emballant. C’est une bonne évasion qui sait captiver le lecteur. Yuki Monji sait entretenir le mystère. C’est une série courte en 3 volumes, chez Kana, et c’est pile ce qu’il faut pour tenir le lecteur captivé jusqu’au point final.

  • Chandrahas, La légende de l’Immortel
  • Auteur : Yuki Monji
  • Editeur : Editions Kana
  • Prix :  6,85€
  • Parution : 23 avril 2021
  • ISBN : 9782505111399

Résumé de l’éditeurIl y a quinze ans, les Chandrahas, sept héros immortels, ont battu de puissants dragons et sont vénérés depuis comme des Dieux. Himalaya, une jeune fille qui a hérité de leur sang, a été abandonnée par son père et vendue comme esclave. Un jour, un jeune homme du nom d’Arjuna apparaît devant elle et se présente comme le « huitième héros qu’on a fait disparaître »…

Arjuna revient pour traquer et tuer ceux qui l’ont trahi ! La rencontre du 8e immortel et de la maligne charmeuse de dragons va marquer le début d’un terrible récit de vengeance, d’une double vengeance !

I’m standing on a million lives

I’m standing on a million lives est un Isekai de Pika Edition. Voici la fiche perso de notre héros : collégien taciturne, gamer chevronné, gamin des montagnes et fermier dans un univers de RPG où il joue sa vie avec deux camarades de classes. 

Yotsuya est un gamin de la campagne qui ne s’habitue pas à la vie tokyoïte. Enfermé dans sa bulle, il n’a pas d’ami au collège, passe ses journées à jouer au jeu vidéo, et n’a aucune envie de changer de quotidien. Mais voilà qu’un jour il se retrouve projeté dans un monde de fantasy médiéval à l’occidental avec deux camarades de classe. Des camarades pour le moins surprenantes : Shindô la populaire et Hakozaki, la faiblarde.

Sans attendre, un maître du jeu excentrique leur présente les règles et donne à Yotsuya sa classe de personnage. Le jeune homme se retrouve fermier. Il est armé d’une faux à broussaille et doit se battre au côté d’une mage sans réserve de magie et une guerrière incapable de soulever son épée.

Dès lors, Yotsuya, Shindô, Hakozaki alternent entre leur vie de collégiens et leur vie d’aventuriers. Ils peuvent se retrouver dans le jeu à n’importe quelle moment. Le maître du jeu leur donne une mission. A chaque partie, un autre joueur les rejoint. Mais il y a des risques bien réels : Si les trois joueurs meurent dans le jeu en même temps, ils meurent pour de vrai.

Les personnages de « I’m standing on a million lives » sont à la fois très diverses et très simples. Yotsuya se retrouve très vite entouré de 3 filles différentes, qui chacune à leur façon, le trouve attirant. Nous avons donc un garçon je-m’en-foutiste, logique, au point de passer pour froid. Mais qui pourtant tient absolument à protéger les personnes qui l’entourent. Cependant, Naoki Yamakawa parvient à nous les rendre sympathiques.

Les filles ont chacune une personnalité bien bâtie.  Shindô, la belle fille populaire et volontaire. Hakozaki, la timide de la classe, malade et fragile. Puis Tokitate, la geekette rebelle et susceptible. Là où Yotsuya doit devenir un véritable leader digne de confiance, les filles aussi vont devoir changer leur point de vue, revoir leur comportement et leur position.

La découverte de l’univers se fait sur un rythme plutôt lent et l’action se concentre beaucoup sur les combats et les dialogues internes des personnages. Ce manga est une distraction sympathique, agréable à lire. A voir si elle fait preuve d’un peu plus d’ambition dans les tomes suivant.

Par ailleurs, la série aujourd’hui éditée en France par Pika Edition est également accessible en version anime sur la plateforme Crunchyroll.

  • I’m standing on a million lives
  • Auteur : Naoki Yamakawa
  • Editeur : Pika Edition
  • Prix : 7,20€
  • Parution : 8 septembre 2021 – sortie simultanée du T1 et du T2
  • ISBN : 9782811651695

Résumé de l’éditeur : Collégien en troisième, Yotsuya vit en marge de ses camarades. Ce garçon n’existe que devant sa console, à exceller aux jeux vidéo. Un jour, l’impossible se produit : Yotsuya se retrouve transporté dans un autre monde qui a tout d’un RPG ! Accompagné de Shindô et Hakozaki, deux filles de sa classe, il va devoir user de son expérience de gamer pour accomplir des quêtes et sauver Tokyo. Seulement, ce joueur solo, aussi rationnel qu’insensible, peut-il prétendre à l’étoffe d’un héros ?

Mon amie des ténèbres

« Mon amie des ténèbres s’appelle Akane Nishimura ! Elle est extraordinaire ! ». C’est en substance ce que pense Taiyô Takada. Il est nouveau à l’école, et il se lie d’amitié avec la paria du groupe. A travers un récit touchant, Taku Kawamura nous parle d’un soucis éternelle : Le harcèlement. 

Taiyô Takada est nouveau à l’école. Dans sa classe, il y a Akane Nishimura. Elle est toujours toute seule et tout le monde l’appelle « La sorcière des ténèbres« . Il est nouveau, donc il ne sait pas trop pourquoi. Mais sapristi, « La sorcière des ténèbres » que c’est classe comme surnom ! C’est décidé. Taiyô veut rester avec Akane. Peut-être pourra-t-il devenir un adepte des ténèbres lui aussi ? Et puis, elle est drôlement sympa, Akane.

Mais la dite Akane Nishimura, elle, ne comprend pas. Pourquoi ce petit nouveau ne saisit pas qu’en fait, tout cela n’est qu’une histoire bien moche de harcèlement ?

Elle a peur que les autres le rejette et le harcèle lui-aussi. Mais Taiyô ne semble pas décidé à la laisser tranquille. Et puis, elle a beau lui dire de la laisser seule, on s’habitue vite à avoir un ami, finalement.

Mon amie des ténèbres, édité chez Nobi Nobi, est une histoire très franche sur le harcèlement. Ce manga raconte le quotidien silencieux et isolé d’Akane, ainsi que sa peur de sortir de sa coquille. Mais il raconte surtout l’irruption de Taiyô. Gamin naïf qui vient chamboulé cette vie craintive.

C’est une histoire honnête, raconté avec beaucoup de délicatesse, sur un sujet pas drôle. L’approche de Taku Kawamura en fait un manga génial, adorable, très agréable à lire. Du graphisme tout en rondeur, très enfantin, à la bonne humeur ambiante du récit, tout est dans la douceur.

A travers la naïveté à toute épreuve de Taiyô, la vie d’Akane change. Son meilleur bouclier contre la bêtise est sans nul doute cela : Une naïveté franche, témoin de son ouverture d’esprit fabuleuse. Taiyô est un enfant « simple » doté d’une honnêteté désarmante, fort utile pour vaincre ses monstres d’enfants impitoyables envers les autres et eux-mêmes.

Mon amie des ténèbres est un petit bijou d’éducation, une sucrerie légèrement amère bonne à lire aussi bien pour les grands, que pour les enfants. C’est une lecture, qu’à titre personnelle, je conseille aux écoliers et aux adultes.

  • Mon amie des ténèbres
  • Auteur : Taku Kawamura
  • Éditeur : Nobi-nobi
  • Prix : 7,20 €
  • Parution : 8 septembre 2021
  • ISBN : 9782373494990

Résumé de l’éditeur : Une petite fille dont on se moque.
Des camarades qui ricanent.
Un nouvel élève qui ignore tout de ce qui se passe dans la classe.
Taiyô Takada vient d’arriver dans sa nouvelle école. Il découvre que dans sa classe se trouve une fille étrange, Akane Nishimura, que tous les élèves surnomment « la sorcière des ténèbres » : on raconte que si on la touche, on est maudit  ! Alors qu’en fait, elle a simplement peur de sortir de sa coquille… Mais toutes ces rumeurs autour d’elle sont loin d’effrayer Takada. D’une franchise et d’une naïveté à toute épreuve, le jeune garçon désarme non seulement les harceleurs mais aussi Nishimura elle-même, avec sa logique d’une simplicité imparable. Bref, il la trouve vraiment cool et compte bien s’en faire une amie !

Joe la pirate

Joe la pirate, c’est la merveilleuse histoire signée Hubert et Virginie Augustin. Un récit fort et inclusif chez Glénat.

1900, Marion Barbara s’est toujours sentie « Queer » ou du moins elle savait qu’elle n’était pas ce que la société et surtout sa mère voulait qu’elle soit. À 11 ans, pour ne pas « déranger » sa famille, elle est placée dans un pensionnat. Et grand bien lui fasse, elle a pu encore plus se libérer. Dès lors elle n’a fait que vivre sa vie telle qu’il le voulait. Joe comme tout le monde l’appelle, n’a jamais voulu être un homme. « Jouer les hommes est beaucoup plus amusant ».

Mettre en avant une personne forte qui a choisi de ne pas être dans les cases qu’on souhaite lui imposer est déjà en soit une lecture qui ne pouvait que m’intéresser. Alors quand c’est bien scénarisé et que le graphisme en noir et blanc colle à la période et aux faits alors cela rend le récit et l’histoire de M.B Castairs encore plus intense. J’ai aimé découvrir le destin et la personnalité riche de Joe.
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Un ouvrage qui laisse place à la différence. Hubert nous avait déjà parlé de ce thème à travers le très très bon et très remarqué Peau d’homme. Là avec une approche différente, car inspirée librement de faits réels, il remet le couvert avec ce très bon album que je vous recommande également.

Le scénariste travaille de nouveau avec la formidable Virginie Augustin après Monsieur désire ? Pour Joe la pirate, elle réalise de fantastiques planches d’une douceur infinie.

  • Joe la pirate
  • Scénariste : Hubert
  • Dessinatrice : Virginie Augustin
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 23 €
  • Parution : 05 mai 2021
  • ISBN : 9782344039434

Résumé de l’éditeur : La vie est trop courte pour s’ennuyer. C’est l’histoire d’une petite fille née en 1900 à Londres, qui « se sentait déjà queer dans la matrice » . En grandissant, elle a fait le tour du monde, elle a lancé sa compagnie de taxis féminins, elle a fait la guerre, elle a battu des records de vitesse dans des courses de bateau, elle a régné en monarque éclairé sur une île des Bahamas, elle a eu pour meilleur ami et confident une poupée… Vivant plusieurs vies, elle a porté plusieurs noms. A sa naissance, on l’appelait Marion. Puis à 5 ans, après une chute de chameau, elle a choisi le pseudonyme de Tuffy. Enfin, c’est très vite dans le prénom Joe qu’elle s’est vraiment reconnue. Et c’est en homme qu’elle a forgé sa réputation et créé sa légende… Cette femme – ne vous y méprenez pas – a vraiment existé. Amoureuse de la compétition, de la vitesse et des conquêtes féminines, Joe Carstairs a vécu une existence fidèle à son personnage : explosive, impulsive et excentrique. Suivez la destinée d’une femme richissime au charme incandescent, pleine d’une confiance inébranlable et pour qui la vie ne fut qu’un long feu de joie. Dernier livre écrit par Hubert aux éditions Glénat, premier et unique biopic de son oeuvre, Joe la Pirate est un roman graphique enlevé, virevoltant, cinglant et sans tabou comme un film de Billy Wilder. Inspirée par la ligne claire d’Yves Chaland, Virginie Augustin réinvente une nouvelle fois son style, sans rien sacrifier de l’efficacité redoutable de sa narration ni de sa science de la mise en scène.

Crépuscule des pères

Renaud Cojo et Sandrine Revel mettent en image Crépuscule des pères un fait divers, le Drame de Cestas, édité par Les Arènes BD.

1969, le « Drame de Cestas » fait grand bruit. Un homme, isolé dans une ferme avec deux de ses trois enfants monte une vraie forteresse et menace de les tuer et de se suicider. Il demande que sa femme les rejoigne et que le jugement concernant la garde des enfants soit révisé.

Loin de vouloir faire un parallèle ou même de vouloir expliquer le geste inexplicable d’André Fourquet, les deux auteurs abordent à travers ces deux histoires, la grande difficulté pour les pères d’obtenir la garde des enfants en France. Dans notre pays, la résidence principale est fixée à 73,5% chez la mère. De nombreux conflits sont engendrés chaque année à cause de cette situation complexe. Les deux histoires se croisent intelligemment et le dessin de Sandrine Revel (Tom Thomson, Grand silence) donne encore plus de profondeur au sujet.

Crépuscule des pères est un ouvrage fort, dur et terrible qui m’a touché. Et si tout simplement, l’équilibre des chances et le bien être des enfants était la priorité loin des combats d’adultes ?

  • Crépuscule des pères
  • Scénariste : Renaud Cojo
  • Dessinatrice : Sandrine Revel
  • Editeur : Les arènes BD
  • Prix : 20 €
  • Parution : 17 juin 2021
  • ISBN : 9791037502209

Résumé de l’éditeur : 2016, alors qu’il est en pleine procédure pour l’obtention de la garde alternée de sa fille Lise, Thomas découvre par hasard le « drame de Cestas » (1969), qui fut l’un des premiers faits divers médiatisés à outrance. Au terme d’une véritable enquête, il reconstitue le puzzle de cette tragédie.

 

1984

Voici la cinquième version BD de 1984, le roman de George Orwell, signée Frédéric Pontarolo, édité par Michel Lafon.

Imaginez. La Terre serait divisée en trois grandes régions (Eurasie, Estasie, Océanie) qui seraient en guerre permanente. L’histoire et les faits seraient réécrits chaque jour pour correspondre aux décisions du parti. Du jour au lendemain, ceux qui ont le pouvoir pourraient décider de vous faire disparaître comme si vous n’aviez jamais existé… Chaque mot, chaque mouvement serait scruté par Big Brother et la liberté n’existerait pas. Dans ces conditions, peut-on aimer ? Peut-on se révolter ? Peut-on renverser le parti ?

C’est la cinquième adaptation du roman choc de George Orwell qui critique ouvertement tous les régimes totalitaires. Écrit en 1948, 1984 est tombé en 2021 dans le domaine public. C’est du jamais vu autant d’adaptations en si peu de temps, mais cette œuvre le mérite amplement. Ce qui est très intéressant quand on compare les 5 adaptations, c’est que chaque auteur a un parti pris et une approche totalement différents. C’est le cas pour Frédéric Pontarolo (Bone). Sans réinventer l’histoire (c’est impossible et ce serait dommage) il se l’est appropriée et a fait des choix de narration intéressants. Cela nous donne l’impression de la redécouvrir autrement. Coté graphisme aussi, rien à voir avec les autres, mais que c’est bien réussi. J’aime énormément le style et là encore pour les choix de l’auteur, chapeau bas.

Pourquoi choisir cette version de 1984 ? Cela va dépendre de vos affinités, mais ce que je peux vous dire c’est que Frédéric Pantarolo a réussi à me séduire avec cette version. Être surpris par une adaptation alors que, dans la même année, on a déjà lu les quatre premières, c’est en soit un vrai tour de force.

  • 1984
  • Auteur : Frédéric Pontarolo, d’après le roman de George Orwell
  • Editeur : Gallimard BD
  • Prix : 20
  • Parution : 27 mai 2021
  • ISBN :  9782749944586

Résumé de l’éditeur : Londres, 1984, Winston Smith, employé au ministère de la Vérité, chargé de réécrire l’histoire afin qu’elle s’accorde avec la version offi cielle, tombe amoureux de Julia, rencontrée lors des Deux Minutes de la Haine. Comment leur amour pourra-t-il exister dans un monde où les sentiments sont interdits et où les Télespions surveillent les individus sans relâche ? Souriez Big Brother is watching you !

Le songe du corbeau

Après le merveilleux La fête des ombres, l’Atelier Sento dévoile Le songe du corbeau, un très beau récit mis en image par Alberto M.C.

Koji est un jeune adulte qui se bat et se débat avec son passé sans vraiment savoir ce qu’il est vraiment. Entre songe et mémoire qui enjolivent la vérité, il avance difficilement dans sa vie jusqu’au jour où, il reçoit une enveloppe avec un mystérieux aigle noir en origami. Petit à petit il retrouve le fil. Il doit absolument aller au bout de son enquête pour enfin découvrir la vérité quoi qu’il en coûte.

Dès sa sortie, cette couverture aussi magnifique qu’énigmatique m’a attiré. Déjà je voulais absolument lire Le songe du corbeau, sans savoir de quoi il parlait. Puis j’ai lu un grand nombre de retours de comptes bande dessinée, que je suis avec beaucoup d’attention, et mon intérêt n’a fait que grandir de jour en jour pour cette lecture. Il y a quelque temps, je vous avais fait un retour sur « La fête des ombres » de l’Atelier Sentô qui m’avait totalement charmé. Et bien là encore, je me suis pris une très grosse claque. Mais pour cette bande dessinée c’est Alberto M.C. qui nous émerveille avec de superbes dessins à l’aquarelle.

Le songe du corbeau : une histoire forte et intense. Un scénario extrêmement bien réalisé. Un graphisme plus que magnifique, je ne sais pas vraiment que vous dire de plus. Ah si, vous vous en doutez… C’est un immense coup de cœur pour ce récit glaçant qui vous prend aux tripes.

  • Le songe du corbeau
  • Scénariste : L’atelier Sento
  • Dessinateur : Alberto M.C.
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 18,95 €
  • Parution : 16 juin 2021
  • ISBN : 9782413026907

Résumé de l’éditeur : Kidnappé à 10 ans, Koji vivait avec d’autres enfants dans une maison, isolée dans les bois et gardée par un monstre inquiétant et protecteur. Vingt ans plus tard, une nouvelle série de disparitions a lieu autour de lui. Koji doit alors faire face à son passé et ses démons car ses souvenirs sont la clé pour stopper le kidnappeur. Mais peu à peu, la frontière entre présent et passé s’estompe…

En toute conscience

En toute conscience est un album autour du droit à mourir dans la dignité et de l’euthanasie. Édité par Delcourt, il est signé Olivier Peyon et Livio Bernardo.

« En toute conscience » est une association qui accompagne les personnes qui souhaitent une I.V.V « Interruption Volontaire de Vie », même si certains disent suicide pour que ça soit plus clair.

Les accompagnants de l’association le savent en France  c’est interdit. Mais quand c’est nécessaire, ils suivent un protocole, ils importent un produit et aident ceux qui le souhaitent. Leur doctrine est assez simple « La liberté pour tous de choisir sa mort ». Alors quand Vincent un jeune homme en pleine santé se présente en disant « Je veux mourir maintenant » les choses se compliquent… Pourquoi veut-il mourir ? Faut-il l’en dissuader ou l’accompagner ?
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Alors voilà un sujet qui aurait pu être « casse-gueule ». Comment aborder l’euthanasie sans que ça soit partisan ? Comment faire réfléchir sans imposer ? Comment poser les questions qui peuvent faire avancer le débat ? Et bien je vous invite vivement à lire En toute conscience qui traite le thème avec une très grande intelligence. Oui le thème est dur , fort, délicat et intime. Et oui il faut en parler pour faire bouger les lignes. Olivier Peyon et Livio Bernardo ont choisi le bon angle d’attaque. Ce roman graphique est sensible, mais pas oppressant. Il y a de nombreuses notes d’humour (je n’ai pas pu me retenir de rire) et cela rend tout simplement le livre vrai.

L’euthanasie est un sujet difficile à traiter (et c’est peu dire), donnez le à Olivier Peyon & Livio Bernardo et tout semble simple fluide sans que vous puissiez vous y attendre. Un immense coup de cœur pour moi, le travail est juste extraordinaire un très grand bravo.

  • En toute conscience
  • Scénariste : Olivier Peyon
  • Dessinateur : Livio Bernardo
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 25,50 €
  • Parution : 27 avril 2021
  • ISBN : 9782413036890

Résumé de l’éditeur : À l’asso « En toute conscience », on milite pour le droit à l’euthanasie, mais on aide surtout dans l’illégalité totale ceux qui veulent abréger leur souffrance. Jusqu’au jour où débarque Vincent, 25 ans, qui veut en finir suite à un chagrin d’amour. Sidérés, ces vieux militants font mine d’accéder à sa requête, et sous couvert de l’aider à mourir, vont tout faire pour lui redonner goût à la vie.

Un avion sans elle

Un avion sans elle, c’est la déclinaison en bande dessinée du roman éponyme de Michel Bussi par Fred Duval et Nicolaï Pinheiro chez Glénat.

18 ans que le Grand-Duc enquête sur la miraculée du « Mont Terrible ».
18 ans que l’identité de celle que l’on surnomme « Libellule » reste une énigme.
18 ans que deux familles s’affrontent autour de son identité.
18 ans c’est l’âge de Lylie, va-t-elle enfin savoir qui elle est ?

C’est la seconde adaptation de Michel Bussi que Fred Duval réalise après Nymphéas Noirs qui avait été un de mes gros coup de cœur de 2020 (Il est sorti fin 2019). Mais comment adapter un best-seller qui s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires sans le trahir ? Et bien tout simplement en faisant confiance au talent de Fred Duval qui avec des choix judicieux et un découpage très intelligent arrive à nous tenir en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Côté graphisme le traitement de Nicolaï Pinheiro est, quant à lui, en parfaite adéquation avec l’histoire.

Prenez un best-seller de Michel Bussi, ajoutez l’intelligence d’un maître du scénario, complétez avec un dessin extrêmement bien adapté à cette intrigue et vous obtenez Comme un avion sans elle, un véritable page-tuner qui ne vous laisse aucun moment de répit. Un polar aux multiples facettes qui ne faut pas louper cette année.

  • Un avion sans elle
  • Scénariste : Fred Duval, d’après le roman de Michel Bussi
  • Dessinateur : Nicolaï Pinheiro
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 25 €
  • Parution : 26 mai 2021
  • ISBN : 9782849533888

Résumé de l’éditeur : Le best-seller de Michel Bussi en bande dessinée ! Crédule Grand-Duc veut mourir. L’enquête de sa vie a échoué… Depuis 18 ans, il cherche l’identité de Lylie, la miraculée du Mont Terrible, une petite fille rescapée du crash du vol Istanbul-Paris survenu le 23 décembre 1980. Car deux bébés étaient à bord ! Les Carville et les Vitral, deux familles que tout oppose – Les Carville, issus de la haute bourgeoisie industrielle française et les Vitral, vendeurs de frites sur la côte normande – se disputent celle que la presse ne tarde pas à surnommer Libellule. La justice finit par confier l’éducation de Lylie aux modestes Vitral. Engagé par les Carville, le détective s’est lancé dans un périple de dix-huit ans d’interrogations, d’hypothèses, de coups tordus, et d’échecs… Et puis… Alors qu’il va presser la détente, Crédule observe une dernière fois la Une du journal de l’époque… Soudain, tout est clair… Drame familial, polar parfaitement huilé et quête d’identité, l’adaptation au cordeau du roman de Michel Bussi orchestrée par Fred Duval se voit sublimer par la patte graphique et la narration de Nicolaï Pinheiro. Véritable page-turner, ce récit dense aux personnages complexes et attachants promène le lecteur dans les mystères de l’enquête autant que dans les décors des quartiers parisiens, les chemins de grande randonnée du jura ou du front de mer dieppois. A la manière d’un subtil tour de magie, Un avion sans Elle, dévoile progressivement ses secrets pour mieux cacher le tour qu’il est en train de nous jouer.

Le bruit de la pluie

Lorsque l’on diagnostique à un petit garçon, une tumeur au cerveau cela est une catastrophe dans sa famille. Avec toute sa délicatesse, Joël Alessandra imagine son parcours dans Le bruit de la pluie. Bouleversant !

Antoine, est un jeune garçon plein de vie comme tous les enfants. Un matin il se lève avec des maux de tête qui se prolongent de jour en jour. Ce n’est qu’un enfant, c’est sûrement rien. Puis au delà de ses douleurs, son écriture se dégrade, il tombe souvent en cour de récréation et parfois il vomit. Après plusieurs examens, le verdict tombe à 9 ans, il va subir une opération visant à lui retirer une tumeur cérébrale. L’opération se passe bien mais des difficultés persistent, certaines se voient, d’autres sont invisibles et ce sont les pires. Bien accompagné par la cellule familiale et par un centre de ressources destiné aux enfants, Antoine va devoir grandir à son rythme.

Joël Alessandra (Promenade de la mémoire) nous propose Le bruit de la pluie, une lecture sur un thème difficile qui vient transpercer toute une famille comme une flèche en plein cœur en exposant des sentiments comme le doute, la peur, le soulagement, l’abnégation et la résilience. Il met en avant toutes les phases qui accompagnent cette terrible nouvelle, mais aussi les équipes qui sont là pour accompagner les familles dans ces situations-là.

Le bruit de la pluie : une lecture forte, touchante où la pluie vient s’abattre avec violence avant que les nuages ne se dégagent lentement. L’auteur a le don pour écrire ces histoire avec tendresse et délicatesse.

  • Le bruit de la pluie
  • Auteur : Joël Alessandra
  • Editeur : Des ronds dans l’o
  • Prix : 18
  • Parution : 09 juin 2021
  • ISBN :  9782374181097

Résumé de l’éditeur : Antoine et sa famille croquent la vie à pleines dents mais des signes inquiétants dans le comportement de l’enfant viennent troubler cette joyeuse ambiance. Le diagnostic révèle rapidement qu’Antoine est atteint d’une tumeur au cerveau. L’accompagnement de la famille, des amis, des enseignants et du corps médical s’avèrera essentiel dans sa guérison.