Lonely World

Lonely World. Shii est pourchassée par des robots inquiétants dans un monde où il n’existe plus que des machines. Elle recherche des humains, et surtout un peu de sécurité. Le robot Bulb pourra-t-il l’aider ? Iwatobineko nous plonge dans une aventure à la fois réconfortante et inquiétante…

Alors qu’elle est pourchassée par des robots à tête en forme de cône, noir et inquiétant, Shii se cache dans le métro. Là, elle rencontre Bulb. Un robot mué, immense, qui la cache sous sa cape. Aussitôt, Bulb devient le super-héros de Shii, une enfant qui a perdu la mémoire dans un monde seulement habité par des machines.

Elles sont partout. Dotées d’un gros œil unique, vêtues de capes colorés, elles ressemblent à une société fantomatique, quasi silencieuse. Elles déambulent vers des buts inconnues. Elles vaquent, comme indépendantes, dans un monde vide de biologie. Elles continuent de fonctionner sans leur raison d’être : les humains. Mais dans ce cas, d’où vient Shii ?

C’est la question qui domine dans ce récit d’Iwatobineko. S’il n’y a plus d’humain, qu’est-ce que Shii fait là ? Et aussi : pourquoi les « Cônes » lui courent-ils après ? Qui est le dirigeant de ce monde ? Les humains ont-ils vraiment disparu ?

Sous couvert de récit d’aventure, Lonely World est aussi une histoire de famille. Il raconte en effet comment un robot devient le père de substitution d’une enfant. Scénario loin d’être unique, mais qui a l’avantage d’être attendrissant dans tous les cas.

Lonely World est donc un manga mignon, très mignon, et glauque tout en même temps. Comme Made in Abyss de Akihito Tsukushi, mais beaucoup plus doux. Sans l’évidente part de gore de cet autre série curieusement mignonne. Lonely World est donc glauque par l’omniprésence de la mort et de la disparition de l’humanité vu par les yeux d’une enfant.

Bref. Lonely World est tendre, notamment grâce à son graphisme. L’univers steampunk d’Iwatobineko prend des airs de gros jouet. Comme si, en ouvrant les pages, nous entrions dans un vieux carrousel magique. Bien plus grand à l’intérieur qu’il n’y paraît à l’extérieur.

Son dessin doux, arrondi, est assez claire. Mais malgré tout un peu chargé, presque trop dense. Les paysages sont détaillés et permettent une belle mise en avant de l’univers.

C’est plutôt ça d’ailleurs : Iwatobineko semble surtout avoir inventé un univers plutôt qu’élaborer une histoire complexe. Son monde est riche et beau, là où l’histoire est plus simple mais permet de découvrir Lonely World de fond en comble.

Iwatobineko nous emmène – grâce aux éditions Ki-oon – dans un monde très poétique, charmant comme un cocon protecteur aux couleurs bariolées. Solitaire d’une façon mais accueillant et réconfortant dans son apparence. Malgré la présence omniprésente du danger, l’aventure a un parfum doux. L’inconnu danger devient cependant de plus en plus présent, de plus en plus proche. La tension monte, surtout sur la fin du tome 1.

Lonely World se range sur la même étagère que Terrarium, chez Glénat.

  • Lonely World
  • Auteur : Iwatobineko
  • Éditeur : Ki-oon
  • Prix : 6,90€
  • Parution : 3 juin 2021
  • ISBN : 9791032710012

Résumé de l’éditeur : Les golems sont des robots autonomes, créés pour remplir toutes les fonctions nécessaires à la société. Même en l’absence d’humains, ils continuent leur travail inlassablement… Shii, une petite fille, erre seule dans une ville remplie de ces machines, où d’effrayants “cônes” la poursuivent sans qu’elle sache pourquoi. Dans sa fuite, elle ne croise aucun autre représentant de son espèce. Seuls des golems la fixent en silence…

Elio Le Fugitif T2

Elio le fugitif et Lara continuent de fuir leurs poursuivants, Baldo et Debora sont confrontés à un dilemme. Le roi se met en mouvement. La Castille sera bientôt secouée par des bouleversements de taille.

Alors qu’Elio et Lara se pensaient à l’abri chez l’oncle Goldi, la garde royale se pointe. Au nez et à la barbe de Baldo qui pourchasse les criminelles ainsi qu’à Debora qui était déjà commanditée pour l’assassinat de Lara Resmondo. Accusés de trahison, voilà que Baldo, Goldi et Debora doivent fuir avec Elio et Lara.

Le récit de Masami Hosokawa prend le large. Cette série en cinq tomes atteint presque sa vitesse de croisière. Le groupe de protagonistes se forme bon gré malgré. Masami Hosokawa profite de ce deuxième volume pour approfondir ses personnages. Les prémisses des débats moraux de chacun font leur bonhomme de chemin : notamment pour Baldo et Debora.

Le mystère autour du passé d’Elio se dévoile peu à peu. Pourquoi a-t-il été condamné pour avoir tué son jeune frère. Pourquoi ne s’en défend-il pas ? Qui était-il avant d’aller en prison ? Tant de question sans réponse, qui rendent Elio de plus en plus intrigant.

De son côté, le roi Pedro devient un antagoniste intéressant, vicieux et plein de contradictions. Puis de nouveaux personnages apparaissent. Dont Enrique, le frère de Lara, résistant et ennemi numéro 1 du roi Pedro. Et bien que le personnage ait de la ressource, son apparition entraîne un gros déséquilibre côté Lara. La princesse en détresse s’efface derrière les guerriers de l’histoire. On sent cependant que son personnage se dirige lentement vers le rôle d’ange gardien à la Elisabeth de Seven Deadly Sins ou Torhu de Fruits Basket.

Rôle qui semble essentiel dans un manga violent qui se veut pourtant assez tendre. Car même si la violence est crue et même si les tripes volent au rythme des épées, l’évolution de certains protagonistes penchent pour un récit bienveillant. En tout cas pour l’instant, au tome 2, la politique du Royaume de Castille se complexifie et on avance à grand pas vers la grande guerre.

Le manga est rapide à lire. Il contient peu de texte et beaucoup de combat. Mais chaque bulle de dialogues et chaque encart de narration apporte son lot d’informations. Ce qui en fait un manga dynamique, bon pour une bonne pause lecture un soir de semaine.

Le tome 3 de Elio le fugitif sort le 18 août 2021.

  • Elio Le Fugitif
  • Auteure : Masami Hosokawa
  • Editeur : Glénat
  • Parution : 2 juin 2021
  • Prix : 6,90 €
  • ISBN : 9782344045527

Résumé de l’éditeur : Le royaume de Castille, dans l’Espagne du XIVe siècle, est déchiré par une lutte entre puissances rivales !
Ancien détenu de Hell Dorado, la pire prison du pays, Elio sauve la jeune noble Lara juste avant son exécution et n’a d’autre choix que de s’enfuir avec elle. Ils devront échapper au prévôt Baldo ainsi qu’à Debora, une tueuse à gages envoyée par le roi Pedro en personne…

Invincibles – Au pays du Dalaï-Lama

Sofia Stril-Rever et Kan Takahama s’inspirent de faits réels pour nous livrer, Invincibles – Au pays du Dalaï-Lama, une histoire de résilience et de combat non violent éditée chez Massot.

Paris, Septembre 2018, Maya, 19 ans, se réveille après avoir été plongée dans un coma artificiel à la suite d’un attentat. Amputée de sa jambe gauche elle doit se battre et apprendre à vivre autrement. Accompagnée par une enseignante en méditation elle va se reconstruire.

Plusieurs mois après, Maya entame un voyage au Tibet où elle découvre un monde auquel elle ne s’attendait pas.

Sur place avec Sofia, elles rencontrent le 14e Dalaï-Lama qui, malgré la terrible répression chinoise, porte un message de paix et de combat non violent.

Pour dénoncer l’oppression du régime chinois, Lobsang Tenzin, un jeune moine tibétain s’est immolé par le feu. Sauvé de justesse, il perd des membres et subit des tortures.

Ensemble elles se fixent un objectif, le libérer, même si ce plan se fait au péril de leur vie.

Cette lecture nous transporte dans un pays qui vit sous l’occupation de la Chine depuis de très nombreuses années. Depuis 1998, hommes,  femmes et enfants s’immolent consciemment pour dénoncer les trop nombreuses tortures.

En faisant le parallèle avec les victimes d’attentats, les autrices nous plongent dans une réalité qui nous est proche.

Invincibles – Au pays du Dalaï-Lama est un combat non violent vers la liberté mais également un long chemin vers le pardon.

  • Invincibles – Au pays du Dalaï-Lama
  • Scénaristes : Sofia Stril-Rever & Kan Takahama
  • Dessinatrice : Kan Takahama
  • Editeur : Massot Editions
  • Prix : 16 €
  • Parution : 18 mars 2021
  • ISBN : 9791097160845

Résumé: La jeune Lola fait partie des victimes d’un attentat terroriste à Paris. Son bilan est lourd : elle est amputée de la jambe gauche et doit désormais vivre avec une prothèse. Comment peut-elle encore trouver la force de se lever chaque matin ? Lola y parviendra grâce à Sofia, une enseignante de médiation qui l’initie au bouddhisme tibétain et lui fait découvrir le Dalaï-Lama. Tibet, quelques mois plus tard. Lobsang Tenzin, un jeune moine, s’est immolé pour dénoncer l’oppression du régime chinois. Il a échappé à la mort de justesse mais il a perdu ses membres et subi de mauvais traitements. Le Dalaï-Lama demande à Sofia et Lola d’organiser l’évasion de Lobsang Tenzin… Les parcours de vies de ces jeunes se croisent dans une aventure bouleversante, qui nous plonge au coeur de l’histoire tibétaine, du bouddhisme et des violences subies par les peuples. De Paris à Dharamsla, des temples tibétains aux prisons chinoises, on y croise des personnages forts et de courageuses héroïnes.

Terrarium

Terrarium. Un monde s’effondre, inéluctablement. Chico et Pino parcours les ruines à la recherche d’une clef pour sauver l’humanité. Yuna Hirasawa, grâce aux éditions Glénat, nous emmène dans un univers clos et poétique.

L’Arcologie est un monde clos. Immense, tellement immense qu’on en connait pas les limites. Ni la nature du monde extérieur. Lui-même est une histoire ancienne, reléguée au rang de mythe. Depuis une centaine d’année, le monde s’effondre lentement. L’énergie décroit, les infrastructures s’étiolent, les humains disparaissent peu à peu.

Chico et Pino sont la fille et le fils d’une technologue, une médecin des humains et des robots. Chico a faim tout le temps, Pino la traîne d’un bloc de l’Arcologie à un autre en rouspétant. Gentil petit frère plein d’affection derrière sa structure de métal, Pino prend plus soin de sa grande sœur que l’inverse. Elle, s’est fixée un but : retrouver leur mère et le moyen de redonner vie à leur monde.

Alors ils marchent dans ce monde qui s’effondre, solitaires et soudés. Ils croisent des squelettes et des robots en perdition, continuant leurs tâches machinalement, même avec les circuits défaillants.

Chico est une jeune fille énergique. Yuna Hirasawa la dessine attentionnée et capable de prendre des décisions parfois difficiles. Elle montre aussi ses facettes comiques. Mais on a du mal à la cerner complètement.

Pino, quant à lui, bénéficie d’un « grand frère » dans les univers de manga SF-Fantaisie. Avec son apparence métallique, sa gentillesse et son opiniâtreté, il fait indéniablement penser à Alphonse Elric, second héros de la série Fullmetal Alchimist de Hiromu Arakawa.

Ils évoluent tous deux dans un espace mélancolique. Vestige d’un monde perdu, comme un âge oublié d’un avenir qu’on a pas encore vécu.

C’est un manga poétique. Beau, notamment par ses images. Il nous plonge dans un graphisme un peu flottant, plein de lumière.

Yuna Hirasawa a plus dessiné un monde qu’une histoire. Car si le récit nous emmène sur les routes de l’Arcologie avec maintes péripéties et des personnages attendrissants, chaque aventure se lit un peu détachée des autres, mais pas vraiment. Son côté mystérieux n’appelle pas la soif de découverte. On a plutôt envie de découvrir encore les paysages de ce monde mélancolique. Sans se presser, comme une itinérance dans notre avenir.

  • Terrarium
  • Auteur : Yuna Hirasawa
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 7,90€
  • Parution :  2 juin 2021
  • ISBN : 9782344044711

Résumé de l’éditeur : Chico la technologue d’investigation et son petit frère Pino arpentent des colonies délabrées où des robots poursuivent leurs tâches comme si de rien n’était. Les deux explorateurs tentent de les accompagner dans leurs derniers souhaits, mais à quoi bon quand la fin approche d’heure en heure ? “Combien de centaines d’années faudra-t-il encore aux humains pour devenir meilleurs ?” C’est la question soulevée par ce récit d’aventure SF crépusculaire.

L’enfant ébranlé

Les éditions Kana dévoilent L’enfant ébranlé, une très jolie chronique sociale bouleversante sous forme de manhua signée Tang Xiao.

Chine. Yang Hao est un jeune garçon brillant et intelligent. Très bon élève, il est la gloire de sa maman qui en est très fière. Lettré et cultivé, il attend avec sérénité et patience, le retour de son père, parti travailler loin du foyer familial pendant de nombreux mois.

Mais lorsque son papa revient, la joie est de courte durée : il est déçu. L’homme délaisse son épouse pour des parties sans fin de maj-jong avec ses amis.

Surtout que dans le même temps, la vie de Yang est bouleversée par de nombreux aléas. Il dénote des tensions avec ses amis, ses nouvelles fréquentations ne sont pas des plus heureuses et les menaces à l’école se de plus en plus présentes.

Tang Xiao frappe fort avec L’enfant ébranlé. Il dépeint avec une infinie justesse le portrait d’un jeune garçon en proie à des changements profonds dans sa vie. Ce manhua glisse inexorablement vers le drame familial. Tout est sans dessus dessous chez Yang. Les repères volent en éclat et il ne sait plus trop comment se positionner ni réagir.

Le mangaka chinois réussit l’exploit de faire cohabiter des sentiments antagonistes. Ainsi l’humour se mêle à la colère, la tristesse voire de la mélancolie. Les lecteurs sont ébranlés par cette histoire intimiste forte et poignante.

  • L’enfant ébranlé
  • Auteur : Tang Xiao
  • Traducteur : An Ning
  • Editeur : Glenat manga
  • Prix : 19,95 €
  • Parution : 20 septembre 2020
  • ISBN : 9782344046364

Résumé de l’éditeur : Yang Hao, 10 ans, partage son temps entre l’école et les inévitables compositions à rédiger, ses copains, avec qui il joue aux jeux video, et sa vie à la maison. Yang Hao est à l’âge où l’on fait des choses dont on n’est pas toujours fier et dont on aimerait se repentir. L’âge où l’on fait des rencontres que nos parents n’apprécient guère. Son père, absent depuis de long mois pour son travail, est enfin de retour à la maison. Ce père qui va venir le chercher après les cours, celui qui va le protéger des plus grands, celui qui va le comprendre… Du moins, c’est ce qu’imaginait Yang Hao. Mais les choses vont prendre une autre tournure. Une dernière rédaction, avec pour thème « décrivez votre père » va être l’occasion pour Yang Hao de se confronter à la réalité. Faire descendre de son piédestal son père pour s’en construire un « idéal » fait de ses rencontres. Yang Hao va tout simplement grandir.

Pour le pire

Lorsqu’un employé du service social à l’enfance décide de rencontrer une tueuse en série cela donne Pour le pire, un étrange manga de Taro Nogizaka chez Glénat.

Il y a quelques années, le Japon suivait avec effroi l’affaire Shinju Shinagawa. Cette tueuse en série avait démembré de jeunes hommes dans la trentaine. Cette vingtenaire avait soigneusement subtilisé des membres de ses victimes.

Parmi elles, il y eut le père de Takuto. Depuis la tragédie, il fut placé par les services sociaux. Son éducateur, Arata Natsume, est un homme que l’on remarque facilement par ses frasques. Takuto décide alors d’entrer en contact avec Shinju, qui accepte de le voir. Afin de protéger le garçon, c’est Arata qui se rend au rendez-vous…

Voilà un manga qui ne laisse pas de glace ! Pour le pire est une histoire rondement menée par Taro Nogazika. On y découvre deux fortes personnalités. D’un côté, Arata, le travailleur social, imbu de sa personne et qui aime se montrer. De l’autre, Shinju, la très jeune tueuse en série, passionnée par ses crimes. Les deux se rencontrent et cela fait des étincelles. Pour retrouver la tête du père de Takuto, l’homme propose même à la serial killeuse de l’épouser.

Ce duel au sommet est le seul véritable intérêt de ce premier volume. Deux fortes têtes, deux âmes joueuses pour un récit qui pourra laisser de côté de nombreux lecteurs tant la violence et l’étrangeté peuvent avoir un effet repoussoir.

On est néanmoins agréablement surpris par la partie graphique de Taro Nogazika très réussie. Les expressions et émotions sont exagérées pour donner encore plus de tension à une histoire forte et pourtant si peu prenante.

  • Pour le pire, tome 1
  • Auteur : Taro Nogizaka
  • Editeur : Glenat manga
  • Prix : 7,60 €
  • Parution : 17 mars 2021
  • ISBN : 9782344046364

Résumé de l’éditeur : Un vrai thriller psychologiqueLe clown de Shinagawa avait défrayé la chronique lors de son arrestation : cette tueuse en série corpulente, déguisée en clown, avait découpé et caché les corps de ses victimes… Pour aider l’enfant d’une victime à retrouver la tête de son père, Arata Natsume, assistant social, va la rencontrer. Mais contre toute attente, une frêle et fragile jeune fille arrive en face de lui. Est-elle vraiment un monstre sanguinaire ? Pour le savoir, Arata va devoir se livrer à un jeu dangereux en se prétendant amoureux d’elle…Une héroïne serial killer, mythomane, psychopathe mais néanmoins sensible et attendrissante… Comme Arata, vous succomberez vite aux charmes venimeux de cette héroïne hors du commun, et suivrez avec intérêt cette enquête qui n’est pas sans rappeler Mindhunter. Et comme toujours, les traits de Nogizaka sculptent avec réalisme toute la beauté et la noirceur de l’âme humaine!

Tomino la maudite

Dans le Japon des années 1930, deux orphelins sont recueillis par une compagnie de monstres de foire. Suehiro Maruo imagine leur nouvelle vie dans Tomino la maudite. Encore un formidable manga du maître de l’ero-guro !

En pleine hiver, les jumeaux Shoyu et Miso sont abandonnés par leur mère. Tout juste âgés d’un an, leur vie ne commence pas sous les meilleurs auspices. Ils sont rejetés et maltraités par les adultes. Mais leur chance arrive enfin lorsqu’ils sont vendus à une compagnie de monstres de foire. Leur étrangeté, leur don de télépathie et leur appétence pour les vers à soie leur permettent de se faire accepter par les membres de la troupe. Pour la première fois de leur existence, ils se sentent bien, reconnus et possèdent enfin un vrai foyer.

Enfant-ours ou fille aux multiples membres sont leurs nouveaux compagnons de route. Mais rapidement, les démons reviennent…

Tomino la maudite : de l’étrangeté de l’humanité

Le maître de l’ero-guro (érotisme et grotesque) est de retour avec Tomino la maudite, une œuvre surprenante et fascinante, à la lisière de la réalité et du fantastique. Prépubliée au Japon dans la revue Comic Beam des éditions Enterbrain en 2014, la série terminée en quatre tomes est proposée en deux gros volumes pour le public français.

Comme pour ses précédentes publications La jeune fille aux camélias, La chenille, Vampyre ou L’enfer en bouteille, les lecteurs avertis seront ravis de plonger dans cet univers singulier où l’absurde, l’érotisme et l’horreur se côtoient. Entre la beauté des dessins et l’âpreté du propos, on est sans cesse attiré et révulsé par ce récit dérangeant.

Dans un univers de cirque, foire aux monstres et Elephant Man, Suehiro Maruo laisse vagabonder son imagination pour décrire avec force ces êtres à part, qui attirent le public par leurs difformités ou leurs dons surnaturels. Lorsqu’il a fait le tour des protagonistes, on fait le constat que ceux qui sont les plus bizarres et qui font le plus peur sont finalement les jumeaux Shoyu et Miso.

Tomino la maudite : Effrayant de justesse.

  • Tomino la maudite, tome 1/2
  • Auteur : Suehiro Maruo
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 22 €
  • Parution : 27 janvier 2021
  • ISBN : 9782916254852

Résumé de l’éditeur : Un soir d’hiver, les jumeaux Shoyu et Miso, à peine âgés d’un an, sont abandonnés par leur mère. Maltraités par les adultes, martyrisés par les enfants, c’est lorsqu’ils sont vendus à un cirque que les orphelins trouvent, pour la première fois, un foyer chaleureux dans l’effervescence du Tokyo des années 1930. Si les phénomènes de foire deviennent leur famille, les enfants apprennent à leurs dépens que le monde du spectacle, lui, est gangréné par les appétits les plus vils.

Le jardin secret

Maud Begon adapte le roman de Frances Hodgson Burnett, Le jardin secret, un très joli titre jeunesse édité par Dargaud.

Les Indes, 1910. Une terrible épidémie de choléra sévit dans tout le pays. Mary Lennox, toute jeune fille, perd ses parents de cette maladie. Elle doit alors quitter le domicile familial. L’armée britannique a fait des recherches généalogiques et la fillette colérique apprend qu’elle a un oncle. Elle se retrouve alors en Angleterre dans un immense manoir à Misselthwaite.

L’homme n’a pas le temps de s’occuper de cette nièce qui lui arrive comme un cheveu sur la soupe. Elle est alors élevée par Madame Medlock, une gouvernante toujours positive et de bonne humeur. Petit à petit, Mary s’ouvre aux autres grâce à cette jeune femme pleine de vie. Mieux, elle se prend de passion pour le jardinage…

Oh le bel album jeunesse que voilà ! Le jardin secret fut publié en 1911 par Frances Hodgson Burnett. Cette grande autrice britannique connut le succès notamment par ses deux romans Le petit lord Fauntleroy et La petite princesse. Moins célèbre que le premier, ce livre mérite que l’on s’y penche tant les thématiques et l’atmosphère sont formidables.

Maud Begon met en image ce conte pour les enfants empli de mystères et de secrets. L’autrice de Bouche d’ombre (avec Carole Martinez) se délecte des personnages à fort caractère. En premier lieu, Mary, petite fille capricieuse, colérique, tyrannique et qui aime que les domestiques soient à ses ordres. Mais également Martha, la gouvernante. Avec son petit accent provincial, la jeune femme fait découvrir le monde à la fillette. Par son enthousiaste et sa bonne humeur, elle réussira à la faire sortir de sa chambre et découvrir ainsi Ben, le vieux jardinier bougon.

Quant au jardin secret, il aimante Mary par ses mystères. Sous les pinceaux de Maud Begon, il est foisonnant et sublime.

Laissez-vous emporter dans Le jardin secret, une jolie aventure à la lisière du fantastique.

  • Le jardin secret, première partie
  • Autrice : Maud Begon, d’après le roman de Frances Hodgson Burnett
  • Éditeur : Dargaud
  • Prix : 16,50 €
  • Parution : 23 avril 2021
  • ISBN : 9782205089165

Résumé de l’éditeur : Après la mort de ses parents en Inde, Mary, petite fille renfermée, désagréable et malingre, est recueillie par un oncle toujours absent dans un sombre et étrange manoir perdu sur la lande anglaise. Là, elle va s’ouvrir à la vie et changer grâce à la recherche d’un jardin mystérieux, la rencontre d’un premier ami, jusqu’à se transformer tant physiquement que moralement. Un magnifique roman d’éveil et une ode à la nature et l’amitié.

Écuyers

Dans quelques jours, Liam et Galahad vont entrer dans la prestigieuse Schola pour y suivre une formation d’écuyers. Jean-Christophe Deveney et Olivier Pelletier dévoilent le premier volet de la nouvelle saga jeunesse des éditions Auzou, Écuyers. En selle !

Fin de l’été. La mère de Liam le secoue pour qu’il se réveille mais l’adolescent n’a pas trop envie de sortir de son lit. Pourtant, il apprend que la résidence d’été du roi Sven s’est achevée et par la même occasion son meilleur ami – le prince Galahad – est de retour.

C’est parti pour une séance de baignade, pour les confidences sur les filles et un passage chez Aloysia et Barn. Il faut dire que tout ce petit monde va faire son entrer à la Schola dans quelques jours. Cette académie propose des cours pour les apprentis forgerons, stratèges, combattants, moniales, dresseurs , éclaireurs et écuyers. D’ailleurs, c’est la voie que choisissent les deux amis…

écuyers : conte médiéval moderne

Voilà une petite aventure jeunesse sympathique ! Jean-Christophe Deveney imagine un récit se déroulant au Moyen âge entre amitié, premiers émois, adversité et créatures fantastique. Ce début de saga est enlevé, accrocheur et prometteur. Le scénariste de Géante et Niala met en scène deux amis qui entre dans une école pas comme les autres : elle permet aux apprentis de suivre des cours autour de la chevalerie. Cette académie ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à une sorte de collège médiéval.

L’on apprécie fortement les liens d’amitié entre Liam et Galahad. Si le premier est d’origine modeste, le second est le fils cadet du roi. En ce sens, cette fusion entre les deux peut paraître improbable et pourtant. A l’image du Royaume de Blanche-fleur de Féroumont où la petite-fille du roi est amie avec la propriétaire d’une taverne, les deux sont inséparables, leurs conditions sociales ne sont pas un frein à l’amitié. Entre eux, ils parlent d’école mais surtout de filles. Galahad semble d’ailleurs plus hardi de ce côté-là que son camarade.

Jean-Christophe Deveney n’oublie pas de glisser beaucoup d’humour dans Écuyers, notamment par des dialogues très modernes. Les anachronismes viennent aussi ponctuer certaines situations de ce conte médiéval agréable à la lecture.

Les créatures magiques et les tensions donnent aussi de la chaire à ce récit mis en image par Olivier Pelletier. Aidé aux couleurs par Anne-Claire Thibaut-Jouvray, il réalise des planches très équilibrées et très modernes.

  • Ecuyers, tome 1 : La belle saison
  • Scénariste : Jean-Christophe Deveney
  • Dessinateur : Olivier Pelletier
  • Coloriste : Anne-Claire Thibaut-Jouvray
  • Editeur : Auzou BD
  • Prix : 12,90 €
  • Parution : 27 mai 2021
  • ISBN : 9782733887059

Résumé de l’éditeur : Liam et Galadriel sont amis depuis toujours. Galadriel est le plus charismatique ; Liam, le plus rêveur.
Cette année, les deux adolescents débutent leur formation d’écuyers à la Schola. Entre apprentissage musclé et éducation sentimentale, la rentrée promet d’être mouvementée.

UOS

Lieux dévastés, site nucléaire et gardien de ces terres, sont au cœur de UOS, le merveilleux album de Benjamin Adam édité par 2024.

Des paysages de désolation, une caravane abandonnée, des décharges à ciel ouverts, des ruisseaux asséchés, des bâtiments en ruine, des routes désertées, un aéroport à l’abandon, un centre commercial pillé, et au centre de cette misère, il y a un gardien qui répète immuablement les mêmes gestes.

Sur le site nucléaire d’UOS, il tente inlassablement de redonner un peu de vie à ces lieux dépourvus d’humains…

UOS et Soon, deux albums complémentaires

Comme une sorte de complément au merveilleux Soon, l’album réalisé avec Thomas Cadène, UOS est un vrai récit de questionnement. Benjamin Adam interroge ses lecteurs et leur futur. Comment continuer de la sorte en négligeant la planète ? Si l’espoir existe, il réside dans ce gardien, un homme qui entretient le passé, la mémoire, les lieux et donc fait connaître aux générations suivantes. Pourtant c’est bien la sienne qui a laissé ces paysages mourir. Ils sont en ruine, tristes comme le monde. Lui est là, comme une lumière, mais il y a aussi la nature qui reprend ses droits sur le bétonnage et toutes sortes de choses inutiles.

Depuis les années 1960, on ne jure que par l’électricité nucléaire, « énergie propre » selon les autorités, mais qui est incapable de gérer correctement ses déchets. Alors, il y a UOS, des tonnes d’UOS dans le monde… jusqu’à quand ?

On est fasciné par le traitement graphique de l’album. Sans texte mais pas muet dans ses thèmes, UOS c’est un très grand album (28,5 x 38,2 cm), de grandes doubles pages hypnotiques et des couleurs dans la même gamme que celle de Soon (bleu, blanc, vert, noir). L’auteur de Joker sait embarquer ses lecteurs dans des zones où leur confort est malmené. Les très belles planches seront-elles un voyage sans retour ?

  • UOS
  • Auteur : Benjamin Adam
  • Éditeur : 2024
  • Prix : 26,50 €
  • Parution : 09 avril 2021
  • ISBN : 9782901000549

Résumé de l’éditeur : Dans un monde dévasté, près de l’océan, un homme hirsute en tenue d’astronaute vit seul, tel un gardien de phare débraillé des siècles précédents. Machinalement, avec un respect des protocoles et une conscience professionnelle aiguisée, il veille sur le site dont il a la charge, un lieu dont l’intérieur constitue presque un sanctuaire secret, soumis aux règles sécuritaires les plus strictes, en raison de sa grande dangerosité : une centrale nucléaire. Pourtant, cette centrale n’est plus que ruines. Les toitures sont effondrées, le béton des réacteurs est fissuré depuis longtemps, le vigile que le gardien s’efforce de saluer n’est qu’un hologramme qui, sans explication, reçoit toujours l’électricité nécessaire à son activation… Dans cette grande cathédrale, bâtiment mythique de la puissance de la Techno-science, les procédures du Gardien se muent en rituels, le silence et les ombres se chargent peu à peu de donner une âme aux lieux, et notre Robinson esseulé, dans son délire, fait de ce sanctuaire nucléaire un temple accueillant les esprits des aïeux. Imaginée en contrepoint à Soon (scénario Thomas Cadène, paru chez Dargaud en 2019), UOS est une exploration graphique de l’univers de l’Effondrement, une ballade sensorielle au pays du retour en grâce, parmi les ruines, d’un être humain à l’écoute des Esprits et de la Nature.

Le bistrot d’Émile

Le bistrot d’Émile, c’est le lieu de vie du petit bourg de Saint-Saturnin. Mais un jour, son propriétaire décide de partir et vendre son bar. Bruno Heitz dévoile une très belle chronique sociale campagnarde dans un merveilleux album chez Gallimard.

« Ouaf ouaf ! »

Café de la fontaine à Saint-Saturnin. Arrivé de Balarin-les-flots, Émile décide d’acheter ce bar et de le renommer Le bistrot d’Émile.

Enjoué, bon vivant et accueillant, Émile devient alors l’attraction de cette bourgade. Rapidement son bistrot fait le plein. Mieux, les commerces du coin voient leurs affaires reprendre comme aux belles années. Mais un jour, le patron du bar vend son bistrot et laisse ainsi en plan tous les habitués…

Quel auteur ce Bruno Heitz ! Sans y toucher, avec une ambiance rétro et charmante, il imagine de formidables albums. Tout est bon chez Heitz ! Après le très drôle et documenté J’ai pas volé Pétain mais presque…, J’ai pas tué de Gaulle mais ça a bien failli… et Un privé à la cambrousse (trois volumes), il est de retour avec le sympathique Le bistrot d’Émile.

Ce vrai-faux polar sous forme de chronique sociale campagnarde happe le lecteur par la truculence du héros principal, de son envie d’ailleurs et de son atmosphère nostalgique. Parce que oui, la France de Bruno Heitz n’existe plus mais le fait de la remettre en scène nous procure de la joie et du bien-être. Très ciselé et très bien écrit, cet album respire la bonhommie. Et pour prendre par la main le lecteur, l’auteur use d’un bel humour avec parcimonie.

Il y a du Tati, du Doisneau et du Simenon dans Le bistrot d’Émile. Un savoureux mélange exquis au goût inimitable mais tellement appétissant.

Cette bande dessinée est le premier d’une nouvelle série Les dessous de Saint-Saturnin qui mettra en scène les autres personnages découverts dans cet opus. Ainsi, la publication suivante sera centrée sur Annie, la coiffeuse du village. On a tellement hâte !

  • Les dessous de Saint-Saturnin, tome 1 : Le bistrot d’Emile
  • Auteur : Bruno Heitz
  • Éditeur : Gallimard BD
  • Prix : 14 €
  • Parution : 26 mai 2021
  • ISBN : 9782075157285

Résumé de l’éditeur : À Saint-Saturnin, le bistrot d’Émile, populaire et familier, fait la joie des habitués et des clients de passage. On ne connaît pas patron plus enjoué, plus dévoué! Jusqu’à ce qu’un jour il décide de vendre et de quitter le village. C’est une banque qui remplace bientôt le fameux bistrot, au grand dam des villageois… Pour sûr, un mystère plane sur cette affaire. Une chronique de moeurs qui fleure bon l’enquête policière. Irrésistible !

Le coup de boule est parti tout seul

En ces temps troublés, un prof voit sa voiture taguée et de faux attentats mis en scène dans la ville. Otto T. et Rémi Lucas dévoilent Le coup de boule est parti tout seul, un album très drôle sur les travers de notre société actuelle. Folie et décadence !

Coupable ! Qui est le coupable de la phrase « Tu pue la merde » (sans le s) inscrite sur la voiture du professeur de français ?

Énervé par tout cela, l’enseignant se rend ensuite au supermarché pour acheter de la farine, comme sa femme le lui a demandé. Il est alors surpris par des tirs de mitraillettes. Il est mort ? Non. Tout cela est faux ! La police nationale a décidé de mettre en scène de faux attentats pour faire prendre conscience à la population des menaces qui pèsent. « Complètement idiot » pense le prof de français. Ce qu’il sait moins, c’est que ce style d’exercice est de plus en plus courant en ville…

Dans Le coup de boule est parti tout seul, Rémi Lucas s’amuse avec la réalité. Enseignant en arts plastiques, le scénariste a décidé de mettre en scène des situations plus ou moins vécues. Cette excellente autofiction – il est prof dans le collège du manieur du coup de boule – est très drôle.

Rémi Lucas aborde dans son récit, pêle-mêle le sort des migrants, les attentats, l’atmosphère électrique que l’on ressent en France et les difficultés d’être professeur dans un quotidien de plus en plus compliqué.

Cette très jolie comédie sociale bénéficie du talent d’Otto T pour la partie graphique. L’auteur de 300 000 ans pour en arriver là et Petite histoire de la Révolution française réalise de très jolies planches au trait simple et efficace.

  • Le coup de boule est parti tout seul
  • Scénariste : Rémi Lucas
  • Dessinateur : Otto T.
  • Editeur : FLBLB
  • Prix : 21 €
  • Parution : 18 février 2021
  • ISBN : 9782357611498

Résumé de l’éditeur : Dans le collège d’une petite ville du Nord, le prof de français perd ses nerfs après que sa voiture ait été taggée. Rémi, con collègue d’arts plastiques, aimerait trouver les coupables, mais il est pris en otage par des individus cagoulés alors qu’il fait ses courses. Les terroristes ouvrent le feu, mais tout va bien : ce sont des balles à blanc, la police a organisé cette opération surprise dans le cadre de Vigipirate. Les faux attentats se multiplient, plus personne n’y croit, sauf peut-être ce policier qui a chargé son AK47 avec de vraies balles et se réfugie dans le camp de migrants voisin, où la famille de Rémi se rend régulièrement pour faire du bénévolat… Quand la réalité est à pleurer, Rémi Lucas en fait une comédie et Otto T. la dessine. Tout va mieux.