Tes clopes m’ont laissé des cendres

Il a pas de bol Léo Féraille : il est rejeté par tout le monde. Antoine Paris imagine sa vie d’exclu dans Tes clopes m’ont laissé des cendres, un album édité par Fabulla.

Avec ses dents en bataille, son regard noir souligné par de grandes cernes et son quasi mutisme, Léo Ferraille n’aspire pas la joie de vivre ni n’inspire les autres pour lui parler. Au bar : rejeté. A la bibliothèque : rejeté. A Pôle Emploi : rejeté.

Pire, on le prend pour un voleur. Faut dire qu’avec son état physique, il fait peine à voir. Bourré de médicaments, il a l’air shooté. La justice n’hésite pas à l’envoyer en prison…

Après Peau d’encre, son conte pour adultes, Antoine Paris revient avec Tes clopes m’ont laissé des cendres, un album où le désenchantement se mêle à la fatalité. Le personnage principal, Léo Ferraille fait peine à voir. Le manque d’empathie des personnes qu’il croise nous le rend pourtant très sympathique.

Antoine Paris dévoile cette histoire par un découpage identique. Une double page composé toujours de la même manière : à gauche, une phrase cinglante, comme une sentence, envoyée à la face du héros et à droite, l’illustration pleine page de ce pauvre Léo.

Se plaint-il ? Jamais. L’entend-on ? Jamais. Souffre-t-il de ces rejets ? On ne le sait pas. Il encaisse et poursuit son bonhomme de chemin, sa bouche ouverte sur une dentition laissée à l’abandon.

Comme il l’explique, Antoine Paris a voulu rendre hommage aux artistes l’ayant influencé. Ainsi, l’album est dédié à Edward Gorey, Topor, Windsor Mac Cay, Hugo Pratt, Nicole Claveloux et autres Rimbaud.

  • Tes clopes m’ont laissé des cendres
  • Auteur : Antoine Paris
  • Éditeur : Fabulla
  • Prix : 10 €
  • Parution : novembre 2019
  • ISBN : 978-2490127061

Résumé de l’éditeur : Est-on dans la tête d’un fou ‘ Les sentences sont posées comme des plaques de marbre, fleuries par d’étranges dessins. Florilèges de manques d’empathie, venin qui brille comme un bijou, illustrations sans couleurs confrontés à la réalité comme des gladiateurs, radiateurs imaginaires, barrières de rails de coke, corrections bien méritées…

Octofight, tome 1

Après avoir passé 80 ans, il ne fait pas beau vieillir en France. Les petites vieilles et les petits vieux sont tout simplement euthanasiés. Stéphane et Nadège vont se rebeller contre cette pratique. Nicolas Junker et Chico Pacheco dévoilent Octofight, un album décalé, déjanté et très politique.

La France en 2050. Après plusieurs décennies, les idées du gaullisme extrême ont pris le dessus. Gouverné par Mohamed Maréchal-Le Pen, les politiques y sont nauséabondes. En premier lieu, une loi fut votée pour limiter les dépenses liées à l’autonomie des personnages âgées. Au-delà de 80 ans et si les personnes sont en fin de droits, elles sont euthanasiées. Pas d’échappatoire ! C’est pour le bien de la bourse de l’état et le bien de tous. Cela ne gêne en rien ni les politiciens, ni les enfants et parfois même ceux qui sont concernés.

Radié de sa mutuelle à cause d’une maladie liée au tabac, Stéphane Legoadec doit donc attendre la sentence irrévocable : la mort ! Son fils qui a porté la fameuse loi sur l’euthanasie est furieux. Dans un superbe excès de vie, le vieil homme décide de quitter son foyer. Si sa femme, Nadège, n’a pas perdu ses droits, elle veut l’accompagner. Au volant de leur voiture électrique, ils partent. Où ? Même eux ne le savent pas…

Octofight est une fable comme on n’en fait peu. Satire politique forte, ce premier tome (sur 3) nous ravit par la folie de son duo de personnages principal. Comme Nadège et Stéphane, les lecteurs sont emportés dans tourbillon. Sans vraiment savoir où ils vont, le couple nous émeut et l’on tombe en empathie pour eux. Leur sort funeste, ils n’en veulent pas. Ils veulent continuer à vivre.

Nicolas Juncker livre ainsi un magnifique message d’amour pour le 4e et le 5e âge. Couple uni depuis toujours, Nadège et Stéphane continuent de faire front commun malgré les obstacle et la police à leurs trousses. Ce conte d’anticipation est tellement criant de réalisme qu’il peut aussi glacer le sang au fil des pages. Le scénario de l’auteur du merveilleux Seules à Berlin est éminemment politique. Les extrêmes sont dépassées par l’extrême-centre, un gaullisme 2.0 surprenant. Même le petit-fils de la dynastie Le Pen se réclame de De Gaulle. Étonnant lorsque l’on sait que le Front National fut fondé par un mélange hybride d’anti-gaullistes, proche de l’OAS, qui mirent en place des attentats contre le général, d’anciens pétainistes et d’anciens SS.

Sans trop en dévoiler pour ne pas gâcher votre plaisir de lecture, l’on peut dire que c’est ce qui nous plait dans Octofight, cette critique acerbe de la politique.

Ce road-movie se transforme en un combat surprenant dans la deuxième partie de ce premier volume (les 3 tomes paraitront en moins d’un an).

Pour accompagner au dessin, Nicolas Juncker, c’est Chico Pacheco qui réalise les planches. Les deux auteurs se connaissent bien puisqu’ils ont déjà œuvré sur Un jour sans Jésus, une série en six tomes chez Vents d’ouest. Le très bon dessin de l’Espagnol nous régal les yeux. Il est un très beau mélange entre le manga (regardez de près les scènes de combats), du comics et de la bande dessinée franco-belge.

Octofight : c’est fou, c’est hyper-rythmé, c’est drôle et c’est piquant !

  • Octofight, tome 1 : ô vieillesse ennemie
  • Scénariste : Nicolas Juncker
  • Dessinateur : Chico Pacheco
  • Éditeur : Glénat / Treize Etrange
  • Prix : 12.90 €
  • Parution : 17 juin 2020
  • ISBN : 9782749308609

Résumé de l’éditeur : Ils sont trop vieux pour ces conneries… 2050. La France, gouvernée par Mohamed-Maréchal Le Pen, est devenue un régime totalitaire où les valeurs du Gaullisme ont été poussées à l’extrême, rendant l’euthanasie obligatoire pour les plus de 80 ans en fin de droit. Radié de la sécu pour avoir été contrôlé positif à la nicotine et promis à la sentence administrative, Stéphane Legoadec n’a d’autre choix que de prendre la fuite en compagnie de sa femme Nadège. Sans ressource, ils trouvent refuge auprès des Néo-ruraux, une communauté en marge où les octogénaires en exil ont organisé leur retraite. Mais selon une contrepartie de taille : ne peuvent rester que ceux qui se distinguent lors de véritables affrontements de gladiateurs. À mains nues, avec ou sans dentier (de protection) ou en fauteuil roulant de combat, pour gagner, tous les coups sont permis. Même s’il vaut mieux viser les prothèses… Entre Les Vieux fourneaux et Last Man, Nicolas Juncker et Chico Pacheco nous livrent une fresque d’anticipation sociétale corrosive et jubilatoire sur le quatrième âge. Mais si ses protagonistes ne sont plus de première jeunesse, Octofight se veut une saga moderne, caractérisée par des ouvrages à forte pagination, en noir et blanc, une narration hybride entre l’efficacité du manga et l’expressivité de la BD franco-belge et un rythme de parution soutenu puisque la trilogie paraitra en moins d’un an ! Préparez-vous à un « page-turner » dont le rythme effréné va secouer vos rhumatismes et où déambulateurs, humour noir et baston sont au rendez-vous !

Les poupées sanglantes

Benoît Preteseille adapte avec une grande force Les poupées sanglantes, un roman méconnu de Gaston Leroux, publié aux éditions Atrabile. Envoutant !

Cofondateur des éditions Warum, responsable des éditions Ion, auteur de L’art et le sang et Marcel Duchamp, Duchamp Marcel, quincaillerie mais également souvent présent dans les numéros de la formidable revue Biscoto, Benoît Préteseille fascine par son univers, sa qualité de narration et son graphisme. C’est un génial auteur, un auteur à suivre.

Pour Les poupées sanglantes, l’auteur a décidé de faire percuter deux écrits de Gaston Leroux, La Poupée sanglante et La Machine à assassiner, publiés en 1923.

Lui est poète, homme laid et difforme. Elle, sa voisine, est belle, son idéal. Dolorès, puisque c’est son nom l’attire comme un aimant. Dans son obsession, il a décidé de la construire pièce par pièce à partir de mannequins. Les mains, la tête, les chaussures ou les vêtements, cet avatar doit ressembler à sa voisine. Étrange fascination !

De son côté, le mari de Dolorès a décidé de recréer sa femme mais lui à partir d’être humains décédés. Ce monstre de Frankenstein trouble au plus haut point, le couple. Étrange fascination !

Quant à la femme, elle a décidé de se faire opérer pour ressembler comme deux gouttes d’eau à son portrait qu’elle avait dessiné d’elle enfant. Étrange fascination !

Benoît Preteseille malaxe, triture les deux œuvres de Leroux pour en donner une bande dessinée forte, parfois âpre et teinté d’humour. Cet album formidable aborde ainsi le couple, l’amour, le désir, la frustration, la solitude, la vie, le temps qui passe, la vieillesse, le mythe de l’éternelle jeunesse mais également la créature de Frankenstein (le savant et son monstre).

Les poupées sanglantes est un très grand album, un cheminement artistique époustouflant et un travail narratif de premier plan. Le découpage est millimétré et le dessin teinté de rose, inquiétant.

  • Les poupées sanglantes
  • Auteur : Benoît Preteseille
  • Éditeur : Atrabile
  • Prix : 18 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782924049594

Résumé de l’éditeur : Un homme au corps difforme épie sa voisine et vit son amour à travers des pièces détachées de mannequin ; un chirurgien, mari de la femme épiée, insuffle la vie à l’inanimé et créé de toutes pièces un homme nouveau ; un être sans âge change de peau, littéralement ; une femme refaçonne son physique pour ressembler à un autoportrait qu’elle avait dessiné, enfant ; voilà quelques-uns des personnages que l’on peut croiser dans Les Poupées sanglantes, un récit choral étourdissant à la narration polyphonique. Lancés dans un chassé-croisé un peu fou, les différents protagonistes, attachés à chaque fois les uns aux autres par un lien fort et tendu, évoluent dans une ambiance ouvertement fantastique et au parfum un peu rétro, qui semble évoquer aussi bien le Grand guignol, Frankenstein que les surréalistes. Récit mené tambour battant et réflexion sur la création et la puissance de l’art, Les Poupées sanglantes joue avec le lecteur et explore brillamment cette mince frange qui sépare le fantasme de la réalité, et le monde de sa retranscription.

Mimose et Sam

Qui a bien pu grignoter les feuilles de Basile, le basilic ? Pour découvrir l’auteur de ce méfait, Mimose et Sam enquêtent. Leur cheminement est décrit dans l’album de Cathon, édité par BD Kids. Sympathique !

Comme tous les matins, Sam le petit panda vient saluer Mimose la petite fille. Alors qu’il lui demande s’il peut manger les fraises de son jardin, Mimose entend des gémissements derrière les plantes. Le basilic est en panique. On vient de lui manger une partie des feuilles de sa chevelure. La coiffe de Basile est ruinée. Les deux amis décident alors d’enquêter pour savoir qui a bien pu grignoter le beau feuillage du basilic. Ils débutent leur interrogatoire par les insectes…

Destiné aux lecteurs à partir de 4 ans, Mimose et Sam est tout doux et gentillet. Si l’enquête est effrayante et sanglante – Basile a perdu une partie de son feuillage, mâchouillé pendant les nuits – il y a toujours de la bienveillance, de l’amour et de l’humour dans l’intrigue de Cathon. Si les investigations de la petite fille et du panda sont vaines et ne font pas trop avancer l’enquête, ils ne perdent pas espoir de découvrir le coupable. Ce premier volet de la série est aussi une très belle entrée en matière pour découvrir le polar et les récits d’enquête.

De la douceur des dessins de l’autrice québécoise aux animaux sympathique, tout est agréable dans Mimose et Sam. L’ambiance et les décors sont magnifiques et les personnages tout en rondeur, chaleureux. Cette belle histoire fantastique fait intervenir des humains, des insectes et des plantes pouvant tous communiquer entre eux.

Le volume de la série, Mimose et Sam à la recherche des lunettes roses, est prévue pour septembre. Une bonne nouvelle !

  • Mimose et Sam, tome 1 : Basilic en panique !
  • Autrice : Cathon
  • Éditeur : BD Kids, collection Mini BD Kids
  • Prix : 7.95 €
  • Parution : 10 juin 2020
  • ISBN : 9791036310119

Résumé de l’éditeur : « Où étiez-vous la nuit dernière? » Mimose et Sam ont lancé leur enquête. Ils veulent découvrir qui a grignoté les feuilles de leur ami Basile. Aucun des insectes interrogés n’admet être le coupable. Les deux amis doivent trouver des moyens pour le démasquer. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire ! Il faudra user de beaucoup d’ingéniosité.

Love Corp

Lorsque deux âmes sœurs se croisent, leur bracelet vibre. Plus question d’être seul. L’idéal est au bout du poignet ! J. Personne et Lilas Cognet dévoilent Love Corp, un bel album autour de l’amour, édité par Delcourt.

Le professeur Léglise vient d’inventer un objet révolutionnaire : un bracelet capable de détecter son âme sœur. Il suffit d’entrer des données et d’attendre que la technologie opère. Fiable à 97%, il permet de tomber amoureux sans avoir besoin de chercher l’être aimé et de ne faire aucun effort.

C’est un raz-de-marée ! A peine sortis que les bracelets sont déjà en rupture de stock. Même le Pape y va de sa bénédiction ! Pourtant tout ne vas pas dans meilleur des mondes : Adèle Apremont tacle sévèrement l’invention et le pauvre Manu ne peut approcher la belle Margot

Quel très bel album ! Love Corp plait surtout parce qu’il aborde un fait universel qu’est l’amour. Au moment où nos vies sont de plus en plus connectées – souvent sans notre accord – un professeur mâche le travail des amoureux, pour le meilleur mais aussi pour le pire. A l’image du Profil de Jean Melville, les femmes et les hommes n’ont plus à réfléchir à rien, juste se laisser guider, en étant de plus en plus passif.

Alors que l’on répète à l’envi que l’amour ne se décrète pas, Love Corp imagine l’inverse. L’album de J. Personne aborde ainsi les thèmes de la solitude, de la séduction, de l’amour, des nouvelles technologies, du progrès qui s’imisce partout mais aussi des dérives que cela engendre. On est au-delà des applications et autres sites de rencontres, on croise et on « doit » alors se retrouver en couple. Que faire de ceux qui n’en veulent pas ? De ceux qui se plaisent dans le célibat ? Et les 3% d’erreurs ?

La partie graphique est sympathique et agréable. Les planches de Lilas Cognet sont superbes, proche de celles de Jacques Loustal.

  • Love Corp
  • Scénariste : J. Personne
  • Dessinatrice : Lilas Cognet
  • Éditeur : Delcourt
  • Prix : 17.50 €
  • Parution : 17 juin 2020
  • ISBN : 9782413015598

Résumé de l’éditeur : Lorsque le professeur Léglise invente un bracelet connecté qui vibre lorsque deux âmes soeurs sont à proximité, il ne se doute pas à quel point il va changer l’approche de l’amour. Manu l’étudiant trop timide, Emma la professeure lasse des relations foireuses ou Titi qui refuse qu’on lui dicte sa vie, vont en faire les frais pour trouver une réponse à la question : qu’est-ce que l’amour ?

Je t’aimerai toujours

Les éditions des éléphants dévoilent Je t’aimerai toujours, un livre jeunesse signé Robert Munsch et Camille Jourdy. Un très bel album sur l’amour éternel.

Aussi longtemps que je vivrai,

Toujours je t’aimerai

Jusqu’à la fin des temps,

Tu seras mon enfant

En Amérique du Nord, Je t’aimerai toujours est un classique de la littérature enfantine depuis sa publication en 1986. Signée Robert Munsch, l’histoire aborde le thème de l’amour filial d’une mère à son enfant. Cet héritage que l’on veut transmettre à nos descendants n’est jamais simple. En effet, tout au long de sa vie, un enfant peut énerver même le plus calme des parents.

Je t’aimerai toujours égrène les différentes moments de l’existence d’un homme (de sa petite enfance à sa vie de père). A chaque étape, la maman est passablement énervée par le bazar que laisse son garçon. Si elle pense que cela changera plus tard, à l’adolescence, cela n’a pas évolué dans le bon sens. Alors pour le calmer – et elle aussi – elle fredonne cette berceuse.

Ce livre est beau sous les crayons de Camille Jourdy. L’autrice de Rosalie Blum et Juliette les fantômes reviennent au printemps apporte cette touche de tendresse dans ce tourbillon de vêtements étalés par terre. Elle réalise de magnifiques illustrations pleine page aux couleurs éclatantes. Décidément, nous aimons le travail de Camille Jourdy qui nous avait accordé une interview à Saint-Malo en 2019. Lauréate de la Pépite BD du Salon du livre jeunesse de Montreuil et du Fauve jeunesse à Angoulême pour Les vermeilles, elle nous régale les yeux de ses dessins si beaux.

  • Je t’aimerai toujours
  • Scénariste : Robert Munsch
  • Dessinatrice : Camille Jourdy
  • Éditeur : Les éditions des éléphants
  • Prix : 13.50 €
  • Parution : 19 mars 2020
  • ISBN : 978-2372730716

Résumé de l’éditeur :

Aussi longtemps que je vivrai,
Toujours je t’aimerai.
Jusqu’à la fin des temps,
Tu seras mon enfant.
Une ode à l’amour éternel d’un parent pour son enfant.

Miss Davis

Figure iconique du militantisme afro-américain, Angela Davis voit sa vie mise en image par Sybille Titeux de la Croix et Ameziane Hammouche dans Miss Davis aux éditions du Rocher.

Difficile de résumer la vie d’Angela Davis. C’est la tache immense qu’ont voulu accomplir Sybille Titeux de la Croix et Ameziane Hammouche. Si les faits sont tous là, il faut vraiment bien s’accrocher pour absorber cet album. La faute à une masse d’informations et une construction narrative un peu lourde parfois. Le sujet est beau – comme avait pu l’aborder Pierre Perret dans sa magnifique chanson Lily – mais le rendu nous reste un peu sur l’estomac. La faute aussi à des voix off trop présentes. Il faut attendre la page 45 pour voir les premiers dialogues !

192 pages pour raconter une vie si tumultueuse, si forte et faite de combats universalistes tellement importants, était-ce assez ? Peut-être que la scénariste dont c’est le premier album aurait-elle du se faire épauler ?

Restent des moments de grâce et d’émotions lors des événements et discours d’Angela Davis. L’album est dense mais pas insurmontable. Il fallait un jour mettre en image le destin de l’activiste. Et rien que pour cela, nous sommes reconnaissants aux deux auteurs.

Le gros point fort est la partie graphique. Ameziane Hammouche livre une prestation de haut vol. Le traitement graphique de ses planches sont très orientés comics. Et cela fonctionne à merveille pour raconter la vie d’Angela Davis. L’auteur de Bagmen utilise avec doigté les hachures, les grands aplats de couleurs et les trames.

  • Miss Davis, La vie et les combats de Angela Davis
  • Scénariste : Sybille Titeux de la Croix
  • Dessinateur : Ameziane Hammouche
  • Éditeur : éditions du rocher
  • Prix : 19.50 €
  • Parution : 15 janvier 2020
  • ISBN : 9782268102658

Résumé de l’éditeur : Née en 1944 à Birmingham en Alabama, où sévissent la ségrégation raciale et les attaques du Ku Klux Klan, Angela adhère au Che-Lumumba Club en 1968 puis au Black Panther Party. La chasse aux communistes ainsi que le programme Cointelpro du FBI ne laissent pas de répit aux activistes afro-américains. Tous les groupes d’opposition sont infiltrés et surveillés. En 1970, suite à l’attaque du tribunal du comté de Marin, Angela Davis deviendra « l’ennemie public numéro un » et sera emprisonnée pour être condamnée à mort. Le « comité national uni pour la libération de Angela Davis » est alors créé. Le monde entier connaîtra son histoire et demandera sa libération.

Les trois petits coquins en vacances

Ida emmène ses trois petits singes en vacances. Un mauvais choix ? Quentin Blake et Emma Chichester Clark dévoilent leurs péripéties dans Les trois petits coquins en vacances, édité par Gallimard.

Ida Delahuppe part en vacances chez sa mère. Mais elle n’est pas accompagnée de son chat, de son chien ou de son canari. Non ! Elle emmène avec elle, ses trois petits singes : Tim, Sam et Lulu. Cet endroit idyllique ne peut que convenir à tout le monde. Mais c’était sans compter sur les trois petits coquins !

A peine le dos tourné pour s’absenter un court moment, les singes dévastent tout sur leur passage. Ils aiment s’amuser avec les objets de mémé…

Quand l’immense artiste Quentin Blake (Dinomir, les livres de Roald Dahl) rencontre la talentueuse Emma Chichester Clark, cela ne peut donner qu’un merveilleux livre jeunesse ! Le premier au scénario, la seconde au dessin. Ce que l’on aime chez Blake, c’est sa folie douce, sa folie enivrante, cette folie que l’on aime suivre jusqu’au bout du monde. Dans Les trois petits coquins en vacances, il imagine un tourbillon lorsque Lulu, Sam et Tim jouent. L’auteur n’hésite pas à montrer toutes les petites bêtises gentillettes faites par ce trio si mignon. Pas d’éclats de voix ni de colère lorsque mamie et Ida constatent les dégâts. Et s’il fallait laisser libre court à l’imagination folle des enfants ?

La partie graphique est belle. Emma Chichester Clark réalise de très jolies illustrations pleine page aux superbes couleurs chatoyantes. On apprécie les images qui se détachent des planches, comme si certains objets étaient collés.

  • Les trois petits coquins en vacances
  • Scénariste : Quentin Blake
  • Dessinatrice : Emma Chichester Clarke
  • Éditeur : Gallimard Jeunesse
  • Prix : 14.90 €
  • Parution : 11 juin 2020
  • ISBN : 978-2075138109

Résumé de l’éditeur : Certains ont des chats, d’autres des chiens. Ida Delahuppe, elle, a trois petits singes, adorables mais… turbulents ! La vie avec eux n’est pas de tout repos, alors elle décide de passer quelques jours au calme chez sa mère, à la campagne. Les trois petits singes sauront-ils se tenir tranquille dans la grande maison près de la rivière ?

Le mouchequetaire

Une mouche qui sème la pagaille partout où elle passe, c’est le propos de Le mouchequetaire, un album doucement fou d’Antonin Buission aux éditions Pow Pow.

Exercice de style plutôt réussi, Le mouchequetaire met en scène une mouche qui sème la zizanie dans la ville de Montréal. Rien ni personne ne peut l’arrêter. Le maire ? Non ! La police ? Encore moins !

« Au fin fond de la terre, veille celui que le gouvernement appelle quand il n’est plus capable de trouver une solution à ses problèmes, quand il ne reste plus aucun espoir : le Mouchequetaire ! » (air connu)

Il arrive alors armé de son masque et de son épée. Mais réussira-t-il à sauver la ville en la débarrassant de cette drosophile folle ?

En 220 pages, Antonin Buisson laisse toute son imagination fertilevagabonder pour développer les péripéties de ce Mouchequetaire. A l’image des grands anciens de l’Association (Lewis Trondheim, José Parondo…), il livre des scènes déjantées et souvent drôles. Tout est là : gags visuels et dialogues savoureux ! Si parfois cela tire un peu en longueur, on apprécie néanmoins cette folie-douce.

  • Le mouchequetaire
  • Auteur : Antonin Buisson
  • Éditeur : Pow Pow
  • Prix : 19 €
  • Parution : 05 juin 2020
  • ISBN : 9782924049594

Résumé de l’éditeur : Une mouche envahit la ville de Montréal, le maire fait appel au Mouchequetaire.

Au-delà des étoiles

Six adolescents d’un quartier se retrouvent autour d’une même passion : la danse hip hop. Naissance d’un crew est le premier tome d’Au-delà des étoiles, une série signée Cee Cee Mia et Lesdeuxpareilles chez Dupuis.

Kam est le boss. Il distille avec tac des conseils lors des entrainements de break et de hip hop. Autour de lui, il y a Eli et Marwa, les filles et Sami, un peu trop proche de dealers. Il y a aussi Kub le footballeur et Finley le basketteur. Tous tentent à un moment ou à un autre de danser. Les cinq sont alors rejoints par Synapse, au passé trouble. A eux six, ils forment Les étoiles, un groupe de hip hop qui veut toucher justement les atteindre…

Rafraichissante et très moderne, ce premier volume de Au-delà des étoiles plaira au jeune lectorat. Danse, premiers émois, amour, adolescence et migrant sont au cœur de cette sympathique histoire. Les embrouilles ne sont jamais loin dans ce quartier des étoiles où les cinq ami.es ont grandi.

Si le scénario de Cee Cee Mia ne révolutionne pas le genre (on lui préférera Emma et Capucine, sur la danse et l’adolescence), il remplit son rôle : passer un bon moment de lecture. Les personnages sont très marqués et les jeunes lecteurs pourront facilement s’identifier à eux. Car il n’y a pas que la danse et les amourettes dans ce premier volume, il y a des thèmes contemporains qui attirent comme un aimant.

Lesdeuxpareilles livrent une partie graphique bien dans l’air du temps. Les deux sœurs jumelles déploient leur talent dans des planches dynamiques et modernes, tout en rondeur, dans les pas d’Arthur de Pins.

  • Au-delà des étoiles : La naissance d’un crew
  • Scénariste : Cee Cee Mia
  • Dessinatrices : Lesdeuxpareilles
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 12.50 €
  • Parution : 12 juin 2020
  • ISBN : 9782800174259

Résumé de l’éditeur : Dans le quartier des étoiles, Eli, Marwa, Sami, Finley et Kub ont tous grandi ensemble. Si Kub aime le foot et Finley le basket, Eli et Marwa sont les deux meilleures amies du monde tandis que Sami trempe dans des histoires de deal. Tous se retrouvent autour de l’amour du break et du hip hop en suivant les entraînements de Kam. Ils sont bientôt rejoints par Synapse, un nouvel arrivant dans la cité, lui aussi atteint par le virus de la musique et du beatbox. Mais Synapse est réfugié syrien, il doit aussi veiller sur sa mère traumatisée par la guerre et terrorisée de voir son fils traîner dans la rue.

V pour Vendetta

Si vous ne connaissez pas V pour Vendetta, précipitez-vous sur cette nouvelle édition de l’œuvre culte signée Alan Moore et David Lloyd.

Cette nouvelle déclinaison de V pour Vendetta est vraiment belle. Son prix modeste (28€), la qualité de la couverture et du papier, donnent un très joli écrin pour celles et ceux qui veulent (re)découvrir le chef-d’œuvre de Moore et Lloyd.

Alors que le cinéma (film de James McTeigue avec Natalie Portman) n’avait vraiment pas laissé une bonne impression aux spectateurs, cette édition remet en lumière comme il se doit, ce titre incontournable du 9e art (Alph-Art du meilleur album étranger à Angoulême en 1990).

En six années, de 1982 à 1988, Alan Moore imagine un univers dystopique glaçant de réalisme. Un parti fasciste au pouvoir en Grande-Bretagne, Norsefire, un anarchiste, V, et une intrigue de fou, entre complots, secrets et action.

Avec ce récit précis et très travaillé, la partie graphique est magistrale. David Lloyd est au diapason de cette intrigue si singulière.

V pour Vendetta : une oeuvre majuscule à posséder dans sa bédéthèque !!!

  • V pour Vendetta (Edition Black Label)
  • Scénariste : Alan Moore
  • Dessinateur : David Lloyd
  • Éditeur : Urban Comics, édition Black Label
  • Prix : 28 €
  • Parution : 29 mai 2020
  • ISBN : 9791026815594

Résumé de l’éditeur : 1997, une Angleterre qui aurait pu exister. Dirigé par un gouvernement fasciste, le pays a sombré dans la paranoïa et la surveillance à outrance. Les « ennemis politiques » sont invariablement envoyés dans des camps et la terreur règne en maître. Mais un homme a décidé de se dresser contre l’oppression. Dissimulé derrière un masque au sourire énigmatique, il répond au nom de V : V pour Vérité, V pour Valeurs… V pour Vendetta !

 

Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate

Après L’or des aztèques et Le chien des ombres, Frédéric Maupomé et Aude Soleilhac poursuivent les aventures de Sixtine dans un troisième volume fort, angoissant et rythmé, Le Salut du pirate.

Alors qu’ils étaient poursuivit par le chien des ombres, Sixtine, Martin et Sophie ne veulent pas sortir de la pièce secrète du père de Sixtine où ils se sont cachés. Après quelques tensions, les trois amis poussent la porte et se retrouvent alors dans la maison de la première.

Sonia, la mère de Sixtine, est surprise du bazar chez elle. Après un peu de rangement, elle propose à Martin et Sophie de rester dormir. La soirée est très tendue entre eux. Pire, le lendemain, la jeune adolescente s’en prend à ses amis fantômes qui veillent sur elle. Elle est furieuse contre eux : ils ne lui ont jamais dit la vérité sur son père;  qu’il était aussi comme eux, un esprit. Elle les chasse alors de sa vie.

Dans ce troisième opus de la série, rien ne va plus pour l’héroïne de l’histoire… Sixtine est en colère contre ses amis et contre ses protecteurs, les fantômes. Frédéric Maupomé confronte son personnage de papier à l’adolescence, celle de l’affirmation de soi, de la quête d’identité et du rejet de l’autorité. On lui a caché la vérité et elle est énervée, cela se comprend. A fleur de peau, elle « dégage » les fantômes comme Martin et Sophie de sa vie. La solution a ses problèmes est-elle à chercher du côté de son grand-père, le libraire ?

Comme à son habitude dans ses publications, le scénariste de Supers malmène ses personnages principaux, ne les laissent pas s’endormir sur leurs lauriers. Ils les confrontent aux autres, à la dure réalité de la vie et c’est ce qui les fait grandir, plus ou moins facilement d’ailleurs. Cette quête d’identité, celle pour retrouver ses racines, Sixtine la prend de plein fouet. L’absence, celle du père, est forte dans cette série fantastique. L’absence – des parents dans Supers, des adultes dans Anuki – est un thème récurent chez Frédéric Maupomé. Il lui permet de mettre les enfants et les adolescents en face de problèmes parfois délicats mais jamais insurmontables.

Si l’on aime Sixtine, c’est aussi pour sa partie graphique. Aude Soleilhac est de plus en plus à l’aise avec cet univers. Ses personnages sont d’une belle modernité, emplis de vie. Il y a du mouvement dans ses planches et c’est très agréable. Les couleurs sont encore plus belles que dans les deux premiers opus de la série. Enfin, quel plaisir pour nos yeux en regardant les décors de l’album : là, des feuilles rougeoyantes, ici le mobilier chez la vieille dame, plus loin les rayonnages de la librairie.

Sixtine 3 : encore un beau volume, fort et délicat !

  • Sixtine, tome 3 : Le Salut du pirate
  • Scénariste : Frédéric Maupomé
  • Dessinatrice : Aude Soleilhac
  • Éditeur : La Gouttière
  • Prix : 13.70 €
  • Parution : 24 janvier 2020
  • ISBN : 9791092111989

Résumé de l’éditeur : Coincée dans la pièce secrète de son père, Sixtine découvre le monde des ombres, accompagnée de ses amis, Martin et Sophie. Mais la jeune fille est surtout concentrée sur les secrets qui se dévoilent à elle… Elle comprend que les pirates lui ont caché beaucoup de choses. En colère, elle ne veut plus les voir et , petit à petit, s’isole.