Polyphonte

Très joli album illustré de Cécile Vallade et Julie Nakache (Eidola), Polyphonte revisite ce mythe grec d’après Antoninus Liberalis.

Fille de Arès le dieu de la guerre, Polyphonte ne souhaitait pas se soumettre aux désirs des hommes. Réfugiée chez Artémis la déesse de la nature sauvage et de la chasse, elle n’aimait aucun homme et se dévouait corps et âme pour le culte de sa protectrice. En cela, elle offensa Aphrodite, la déesse de l’Amour, qui envoya à Polyphonte un Ours dont elle tomba amoureux…

Femme libre et généreuse, Polyphonte ne connaîtra l’amour que dans la douleur. Julie Nakache (scénariste du Joueur de flûte, avec Marie Caillou) adapte le mythe de la fille d’Arès d’après Métamorphoses d’Antoninus Liberalis, grammairien et mythographe grec du II-IIIe siècle de notre ère. Son livre est un recueil de 41 légendes mythologiques.

Très féministe dans son propos, cet album se termine comme une vraie tragédie antique. Enfants maudits et transformation physique sont au cœur de ce récit aux accents homériques.

Polyphonte bénéficie d’une très belle partie graphique de Cécile Vallade. Son formidable dessin en noir et blanc lui permet de réaliser des illustrations fortes, élégantes et très attirantes. Les détails par les hachures font aussi penser à des gravures du XIXe siècle.

  • Polyphonte
  • Scénariste : Julie Nakache, d’après Métamorphoses d’Antoninus Liberalis
  • Dessinatrice : Cécile Vallade
  • Editeur : Eidola
  • Parution : 05 janvier 2018
  • Prix : 15€
  • ISBN : 9791090093201

Résumé de l’éditeur : Polyphonte refuse de succomber à l’amour, au sexe et à la vie familiale, et décide de se dévouer à Artémis. Mais Aphrodite lui insuffle une passion pour un ours. De cette union, Polyphonte donne naissance à deux monstres sanguinaires. Fatigué par ces créatures, Zeus accepte, à la demande d’Arès, de les métamorphoser en oiseaux, ainsi que Polyphonte. Conte illustré tiré de « Les métamorphoses ».

Les lignes de Nazca

Après Les aurores de North Pole qui nous avait énormément séduit, Olivier Matejka et Bruno Issaly dévoilent la deuxième enquête de Arsénio et Barny, Les lignes de Nazca.

Alors que Arsénio Mac Doherty est en partance pour Rio, son avion est détourné vers Nazca au Pérou après une panne mécanique. Obligé de rester plusieurs jours dans la ville, il décide de la visiter. Avec étonnement, il retrouve l’inspecteur Barny Petrowski en vacances dans le pays.

Ensemble, ils louent un petit avion pour survoler les mystérieux géoglyphes de Nazca, dessins gigantesques sur le sol avec des cailloux. Toujours en proie à des zoopsies – hallucinations avec des animaux –  il a des visions de Maria Reiche, vieille femme mystérieuse. Leur petit engin s’enraye et Barny le pose en catastrophe…

Le premier volet des aventures de Arsénio et Barny se déroulait en Alaska, la deuxième histoire les mènent dans la région de Nazca en été. Sacrée différence de température ! Enjouée et prenante, la première enquête nous avait enchanté et c’est de nouveau le cas avec Les lignes de Nazca.

Duo disparate (un bel homme svelte et musclé, et l’autre petit et rondouillard, tous les deux ayant une personnalité très opposée), intrigue haletante et visions horrifiques, voilà de quoi passer un bon moment de lecture.

L’effet de surprise en moins, il fallait à Olivier Matejka de muscler son histoire. Il le fait avec malice en y glissant une société secrète. Pour accompagner le scénariste au dessin, Bruno Issaly réalise des planches à la palette numérique d’une redoutable efficacité.

L’album bénéficie d’une préface visible sur la quatrième de couverture signée Patrice Leconte, réalisateur mais avant tout un passionné de bande dessinée, lui qui fit les beaux jours de Métal Hurlant en tant que dessinateur.

  • Arsénio & Barny, enquête 2 : Les lignes de Nazca
  • Scénariste : Olivier Matejka
  • Dessinateur : Bruno Issaly
  • Editeur : Cerises et Coquelicots
  • Parution : 20 janvier 2018
  • Prix : 15€
  • ISBN : 9782914880275

Résumé de l’éditeur : La nuit tombe sur NAZCA, petite ville au sud du Pérou, perdue au milieu de la région désertique d’Ica ! Comme venue de nulle part, une vieille décapotable américaine roulant à tombeau ouvert, termine violemment sa course folle dans la piscine d’un hôtel miteux. Les deux mystérieux occupants du véhicule sont tués sur le coup. L’inspecteur McDoherty, toujours en proie à ses visions, est témoin de la scène. En effet, alors que celui-ci se rendait à Rio en villégiature, son avion a été détourné sur l’aéroport de NAZCA, pour raison mécanique. Tandis qu’il se trouve coincé sur la région pour plusieurs jours, la curiosité d’Arsénio va le pousser à mener l’enquête. Il sera aidé dans sa tâche par son adjoint Petrowsky, qui par une étrange coïncidence, se trouve lui aussi dans les parages !

Dans l’antre de la pénitence

Notre avis : Basé sur une histoire vraie, Dans l’Antre de la Pénitence est un récit au goût à la fois macabre et envoûtant vous entraîne dans les profondeurs du paranormal et dans une aventure folle.

La maison Winchester située à San José en Californie est connue à travers tous les Etats-UnisWinchester est la célèbre famille qui a fabriquée et vendue les carabines du même nom. En 1862, William Winchester épouse Sarah Lockwood Pardee. Ensemble ils auront une fille. Les tourments de la vie font que la fille et le père meurent. Sarah Winchester, alors seule survivante, souhaite construire une maison pour elle et tous les esprits des personnes qui ont été tuées avec la fameuse carabine, afin de faire pénitence de la malédiction qu’elle croit s’être abattu sur sa famille.

Mais ses fameux travaux se transforment en cauchemar pour quiconque y travaille. A n’importe quelle heure du jour et de la nuit, la propriétaire peut décider d’agrandir, de mettre de nouvelles fenêtres, des portes qui ne mènent nulle part… Bref un chantier titanesque et pour le moins étrange. Ainsi, cette maison comporte 160 pièces, trois ascenseurs, ou encore des placards sans fonds. Dans la réalité, on la prétendue folle et hantée par ses proches disparus. C’est une version bien plus réelle et démoniaque qui nous est servie dans l’oeuvre sélectionnée au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2018.

Peter Tomasi (Robin Fils de Batman, Blackest Night Blrightest Day) signe ici un véritable chef d’oeuvre de fiction, d’histoire et d’horreur. Le scénariste est accompagné au dessin par Ian Bertram (Bowery Boys, Batman Eternal) au style psychédélique et fascinant. Un album à découvrir aux éditions Glénat.

  • Dans l’antre de la pénitence
  • Scénariste : Peter Tomasi
  • Dessinateur : Ian Bertram
  • Editeur : Glénat
  • Parution : 25 octobre 2017
  • Prix : 19,95 €
  • ISBN : 9782344023648

Résumé de l’éditeur : 1905, San José en Californie. Suite à la perte de son mari et de sa fille, Sarah Winchester se lance dans la construction compulsive de la « Winchester House » : une demeure aussi étrange que démesurée. Un chantier perpétuellement troublé par les lubies de sa commanditaire, qui réveille ses domestiques en pleine nuit, ou ordonne à ses ouvriers de construire des portes et des escaliers ne menant nulle part. On la prétend folle, hantée par les esprits de ses proches disparus. Mais le jour où un étranger fait son apparition sur le pas de sa porte, les démons de Sarah pourraient bien devenir réels…

À la fois maison hantée et curiosité architecturale célèbre dans tous les États-Unis, la « Winchester House » forme le point de départ de ce graphic novel qui combine la fiction, l’histoire et l’horreur. Un récit macabre et envoûtant de Peter Tomasi magistralement habité par le trait précis au psychédélisme torturé de Ian Beltram, qui se pose en héritier direct du Mœbius de Metal Hurlant.

Istrati, tome 1 : Le vagabond

Ecrivain ayant publié notamment Vers l’autre flamme qui lui valu les foudres des communistes, Panaït Istrati fait l’objet d’une biographie dessinée, signée Golo aux éditions Actes Sud BD.

Dans le premier volet (sur 3) de Istrati, le lecteur fait la connaissance de l’écrivain à travers l’enquête de Juliette Parry juste après son décès en 1935. Le lendemain, dans les pages de L’Humanité, un article au vitriol fustigeant l’homme comme fasciste. Il faut dire que dans son ouvrage Vers l’autre flamme, Istrati racontait son périple à travers l’URSS de Staline et laissait entendre que le peuple avait été dépossédé de sa Révolution. Une vision étonnante à l’époque de la part d’un communiste. Le pays très fermé ne pouvait pas recevoir de tels invectives de la part de l’un des siens.

Le rédacteur en chef de Juliette Parry la rencarde sur un certain Georges Ionesco, un Roumain comme Istrati qui l’aurait bien connu. La journaliste se rend alors dans le Huitième arrondissement de Paris pour en savoir plus sur cet homme qui déplaisait aux Communistes. Son ami pendant 22 ans débute l’histoire du futur auteur. Il entre pour la première fois en 1913 dans la boutique de bottier de Ionesco, lui demandant de l’aide. Il lui raconte alors sa vie…

Surnommé le Gorki des Balkans par Romain Rolland, Panaït Istrati a eu une vie des plus romanesques. Né à Bayonne en 1948, Golo ne pouvait que se pencher sur ce destin hors-du-commun de l’écrivain. Il faut souligner que ce dernier à énormément voyagé. Alexandrie, Le Caire, Naples, Constantinople, Alep, Beyrouth ou Athènes, il fit différent petits métiers pour survivre tout en écrivant. Vivant dans le dénuement total, Istrati ne renonça jamais à son amour des mots.

« La moindre ligne de Panaït Istrati est un portrait de lui, car jamais écrivain ne fût plus présent, corps et âme dans son œuvre. » dira Joseph Kessel de l’auteur roumain.

Méconnu du grand public français, l’histoire de Istrati est néanmoins prenante et étonnante. Vagabond comme le souligne le titre du premier volume, le lecteur se prend d’affection pour cet homme si attachant et exalté.

Istrati est nommé dans la Sélection Officielle 2018 à Angoulême : un choix audacieux mais mérité !

  • Istrati, tome 1 : Le vagabond
  • Auteur : Golo
  • Editeur : Actes Sud BD
  • Prix : 26€
  • Parution : 11 octobre 2017
  • ISBN : 9782330086732

Résumé de l’éditeur : « La moindre ligne de Panaït Istrati est un portrait de lui, car jamais écrivain ne fût plus présent, corps et âme dans son oeuvre.  » Joseph Kessel

Les cent nuits de Hero

Après le remarquable et remarqué Encyclopédie des débuts de la Terre, Isabel Greenberg propose Les cent nuits de Hero, un album nommé en Sélection Officielle 2018 à Angoulême.

Manfred et Jérôme, deux hommes d’un âge certain, discutent des femmes au coin du feu. Le premier raconte l’histoire avec sa première épouse. Il s’avère détestable et immonde dans ses propos envers elle. Pour prouver sa fidélité, il monta un stratagème avec son domestique. Il la retrouva dans son lit. Malgré le fait qu’elle lui dise qu’elle fut forcée par lui, il ne la crut pas et la tua.

Manfred donna alors ses critères pour une nouvelle épouse, tous aussi fous et abjects. Jérôme lui répondit qu’il connaissait cette perle, c’était Cherry sa femme ! Il lui proposa alors un pari : il avait 100 nuits pour la séduire pendant qu’il serait éloigné de son château.

Ce que le mari de Cherry ignorait c’est que son épouse était avant tout amoureuse de Hero, la domestique. Ainsi les deux femmes décidèrent de s’unir contre Manfred pour le faire échouer dans son pari stupide…

Résolument féministe et d’une grande modernité, Les cent nuits de Hero attire le lecteur comme un aimant. Construit comme une fable par Isabel Greenberg, le récit mélange avec une extrême habileté l’Histoire, le fantastique et la poésie. Malgré le propos sombre, l’autrice britannique apporte une infinie douceur à son album.

Isabel Greenberg oppose les ténèbres des idées rétrogrades de ces deux hommes aux lumières de l’éducation, de l’instruction et des lettres des deux femmes. Comme pour bien insister sur cette opposition, elle met en scène Jérome et Manfred, deux riches bourgeois tout droit sortis de cette Angleterre puritaine et victorienne du 19e siècle. En quelques pages, le lecteur découvre avec stupéfaction la vision ultra-conservatrice qu’ils ont du sexe opposé ; Cherry étant leur jouet. Mais telle Shéhérazade dans le conte des Mille et une nuit, cette femme à l’allure fragile se révélera plus ingénieuse et intelligente que le cerveau des deux hommes réunis.

Sa grande force, elle la puise aussi dans son amour pour sa domestique Hero, telle une héroïne des temps modernes. En effet, l’album est avant tout une très belle histoire d’amour entre deux femmes, qui font front contre la bêtise de certains hommes.

Nous sommes toujours subjugués par la partie graphique de Isabel Greenberg : charbonneuse, géométrique même dans les visages des personnages, ne s’embarrassant pas de décors superflus pour aller à l’essentiel : les rapports humains. Ses couleurs faites de grands aplats agrémentent des planches singulières et hypnotiques.

  • Les cent nuits de Hero
  • Autrice : Isabel Greenberg
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 27€
  • Parution : 22 février 2017
  • ISBN : 9782203121959

Résumé de l’éditeur : Après les mythes universels, Isabel Greenberg revisite le grand récit fondateur : Les mille et une nuits.

Epiphania, tome 1

Réflexion sur l’Humanité et sur la filiation, Epiphania de Ludovic Debeurme est nommé en Sélection Officielle 2018 du Festival d’Angoulême. Enthousiasmant !

Jeanne et David ensemble depuis de nombreuses années décident d’aller dans un camp pour thérapie de couple. A peine arrivés, ils sont accueillis par le Dr Krüpa qui s’occupera d’eux. Dès la première nuit, une météorite tombe non loin de là entraînant un tsunami. L’ensemble du camp est dévasté. Il ne reste que David et Krüpa comme survivants.

De retour chez eux, ils découvrent comme les autres habitants, les cranes de bébés enfouis dans la terre. Ces fœtus en gestation meurent lorsqu’ils sont arrachés du sol. David en trouve un au fond de son jardin et décide de le laisser grandir. Son petit garçon est un mi-homme mi-animal et fait parti des Mixbodies

Ludovic Debeurme est un auteur talentueux à l’univers singulier dont l’œuvre pose toujours un regard acéré sur notre société actuelle. Après Un père vertueux ou Lucille, il imagine une très belle histoire fantastique, fable humaniste d’une grande intelligence.

Son récit fait écho à la série Sweet tooth de Jeff Lemire (Urban Comics) dans lequel l’auteur américain met en scène des êtres mi-hommes mi-animaux après une épidémie. Acceptation par les plus humanistes ou rejet (comme les réfugiés actuellement), ségrégation et chasse pour les exterminer, les deux séries se ressemblent en cela. Parallèle aussi étonnant sur la conditions des noirs américains au 20e siècle, Epiphania subjugue par des thématiques universelles fortes (écologie, filiation…).

Prévue en triptyque, Epiphania bénéficie du dessin très moderne de Ludovic Debeurme. Il réalise des planches très réussies notamment celles où jouent les Mixbodies.

  • Epiphania, tome 1
  • Auteur : Ludovic Debeurme
  • Editeur : Casterman
  • Prix : 22€
  • Parution : 13 septembre 2017
  • ISBN : 9782203112186

Résumé de l’éditeur : La Terre, menacée par l’espèce humaine, a créé son armée : les « Epiphanians. Une fiction haletante, basée sur les grandes problématiques sociétales actuelles.

Hip Hop Family Tree, volume 3

Alors que le premier volume de Hip Hop Family Tree avait enchanté la critique (Sélection Officielle Angoulême), le troisième tome fait aussi l’objet d’une nomination dans la liste principale 2018. Poursuite de l’aventure de ce fantastique mouvement artistique avec les années 1983-1984.

Dans ce nouvel opus, les lecteurs découvrent les liens forts entre Dondi White, légende du graff new-yorkais et de Martha Cooper, la journaliste-photographe au New York Post. Avec lui, elle aura ses entrées dans cet univers jusqu’alors fermé aux médias. Elle prend des clichés de graffeurs du métro et fait aussi la connaissance de Henry Chalfant passionné par le graff et qui lui aussi prend des photos de wagons illustrés.

La jeune femme est sur tous les coups, notamment les rixes entre bandes rivales ou les démonstrations de breakdance. Avec Henry, elle quadrille les quartiers pour trouver les groupes et prendre les meilleurs clichés.

Dans le même temps, les ventes de disques commencent à s’envoler (150 000 exemplaires de Hard Times /Jam Master Jay de Run-DMC). C’est le début de la reconnaissance pour ces artistes qui jusque-là ne se produisaient qu’entre eux. Les labels fleurissent comme Vintertainement et les clips se multiplient (Pee-Wee’s dance de Joeski Love qui voit Ice-T se mouvoir en arrière-plan). Station J, une chaîne du câble propose plusieurs programmes sur le hip hop (On beat TV ou Nine thirty show de Michael Holman)…

Extrêmement documenté (voir la grosse bibliographie page 110 de l’album faite d’ouvrages, de films, vidéos, documentaires ou disques), Hip Hop Family Tree continue de nous subjuguer par son excellence ! Si la narration peut sembler un peu rêche et ardue aux novices (beaucoup d’informations dans une planche), cela s’évapore rapidement par les personnages croisés çà et là, tous important pour l’histoire de ce mouvement artistique. Les paroles s’enchainent et les DJ commencent à peine à mixer dans de plus grands clubs. En effet, ce volume 3 met en avant les premiers focus média sur le hip hop (Martha Cooper et Henry Chalfant qui photographient, les labels qui se développent, les émissions radio et télé qui voient le jour comme Graffiti Rock).

Le projet ambitieux de Ed Piskor est largement atteint : faire une bande dessinée à vocation historique sur le Hip Hop. C’est somptueux et c’est rafraîchissant !

  • Hip Hop Family Tree, volume 3
  • Auteur : Ed Piskor
  • Editeur : Papa Guédé
  • Prix : 26€
  • Parution : 15 novembre 2017
  • IBAN : 9791090618039

Résumé de l’éditeur : Ce troisième volet de la série culte d’Ed Piskor (Wizzywig, X-Men: Grand Design) nous plonge dans les années 1983 et 1984, période où les caméras se braquent sur le phénomène hip-hop : celles de la télévision avec l’émission fondatrice « Graffiti Rock » et celles du cinéma avec des films comme Breakin’ n’ Enterin’ ou Style Wars, qui abordent respectivement le West Coast style et les dessous du graff new-yorkais. À cette époque, le rap se situe à une étape charnière de son histoire, avec l’arrivée d’une nouvelle génération d’artistes (Run-DMC, les Fat Boys, LL Cool J, Public Enemy, Slick Rick, Doug E. Fresh, Whodini…) résolue à supplanter les pionniers du mouvement. Best-seller traduit en neuf langues et couronné d’un Eisner Award aux États-Unis, Hip Hop Family Tree confirme une nouvelle fois son statut de bande dessinée historique, au propre comme au figuré.

Sorcières Sorcières

Joris Chamblain est un scénariste prolixe qui commence à compter dans le monde du 9e Art : Lili Crochette avec Olivier Supiot, Les carnets de Cerise avec Aurélie Neyret (sa meilleure série), Yakari avec Derib et Job ou encore Enola et les animaux extraordinaires avec Lucile Thibaudier. Ensemble, ils ont aussi créés Sorcières Sorcières. A l’occasion de la sortie du quatrième volume, les éditions Kennes publient en intégrale les trois premiers opus.

Série fantastique pour les jeunes lecteurs, Sorcières Sorcières est un univers agréable, riche et très intelligent. Dans l’intégrale, ils font la connaissance de Miette (la benjamine) et Harmonie (l’aînée), deux sœurs qui vivent à Pamprelune avec leurs parents.

Douées de pouvoirs magiques, elles évoluent dans un cadre aimant et bienveillant. Elles suivent aussi les cours d’une école où la magie est reine. Confrontées à des phénomènes étranges, elles tentent de percer ces mystères à travers des enquêtes : jeteur de sorts (tome 1), mangeur d’histoire (le 2), mystère des trois marchands (le 3) ou mystère des fleurs tempête. Lors des quatre histoires, elles rencontrent aussi Oncle Alister dit Ali ou encore Filéas, le jeune adolescent sans parent. Elles sont aussi entourées de Arthur la citrouille messagère (c’est par ce biais que les personnes les contactent), Youki le gros monstre gentil ou encore le couple de balais.

Les quatre tomes de Sorcières Sorcières sont accrocheurs par la personnalité enjouée et entreprenante de Harmonie et Miette mais aussi par les intrigues développées par Joris Chamblain. La magie est visible au quatre coins de la rue et les lieux sont étonnants. Les histoires sont adaptées à un lectorat de jeunes lecteurs (pas d’effusion de sang, pas de morts, souvent des disparitions). La chaleur et la bienveillance de tous les personnages sont aussi extrêmement agréables. Les lecteurs se sentent comme dans un cocon.

Comme pour la série Enola et les animaux extraordinaires, le dessin de Lucile Thibaudier nous enchante ! Ses personnages sont vraiment en harmonie avec les histoires de Chamblain : doux, chaleureux et tout en rondeur. Ses couleurs pétillantes participent à l’ambiance douce des récits.

A noter qu’à la fin de chaque album, des enquêtes sur une page sont visibles. Comme les enquêtes du Journal de Mickey, sur une planche, les lecteurs doivent retrouver le coupable (les réponses sont données quelques pages après).

  • Sorcières Sorcières, intégrale tomes 1 à 3
  • Scénariste : Joris Chamblain
  • Dessinatrice : Lucile Thibaudier
  • Editeur : Kennes
  • Prix : 19.95€
  • Parution : 15 novembre 2017
  • IBAN : 9782875804426

Résumé de l’éditeur : Dans le petit village de Pamprelune, tous les habitants sont des sorciers et des sorcières. Miette et Harmonie, deux soeurs inséparables, y mènent une vie paisible et magie et sortilèges font partie de leur quotidien. Mais dans ce monde magique, l’aventure n’est jamais loin! Mystérieux jeteur de sorts, invasion d’animaux étranges et secrets enfouis sont autant de dangers que les deux soeurs vont devoir affronter. Baguette à la main, balai paré au décollage, Miette et Harmonie sont prêtes pour mener l’enquête et résoudre tous ces mystères! Pour ce recueil des trois premiers tomes de « Sorcières Sorcières », les auteurs et l’éditeur ont mis les petits plats dans les grands. Derrière un graphisme d’inspiration anglaise et une fabrication extraordinairement soignée, ils offrent un écrin magique aux aventures de Miette et Harmonie. Ce magnifique livre-objet fera à coup sûr le bonheur des jeunes lectrices!

Happy fucking birthday

Revoilà Megg, Mogg et Owl dans leur quatrième aventure sous acide et alcool, Happy fucking birthday, encore un excellent recueil fou de Simon Hanselmann.

Megg, la sorcière, est souvent prise de migraines fortes qui la couche littéralement. Il faut souligner qu’elle commence à payer ses excès et son corps n’en peut plu. Mais elle ne va pas s’arrêter de se bourrer la gueule, sniffer ou fumer des pétards ; on ne se refait pas ! Elle poursuit ses mélanges fous avec Mogg, son amant de chat, Booger sa copine de beuverie ou Werewolf Jones, le loup très lourd, père de deux terreurs.

Recherche d’herbe chez Tim, une araignée complètement tarée et son pote boutonneux, le festival de fanzine où les amis se pintent et où personne ne leur achète leur production jusqu’à la piscine où tout les amis se rendent, tout est fou et déjanté. Alors qu’il fait très chaud, Megg, Mogg, Owl, Jones et Booger se rendent au complexe aquatique pour se rafraîchir mais comme à son habitude, tout va de travers après la boisson ou la fumette !

Reste Owl, la chouette, qui semble la plus saine de corps et d’esprit et qui souhaite fêter son anniversaire à L’escargot truffé, un restaurant gastronomique français. Mais là encore, tout ira très mal à cause de ses amis…

Hyper déjanté, complètement fou, très dérangé et politiquement incorrect, Happy fucking birthday est addictif et fait ressortir nos bas instincts. On aime au plus profond de nous la perversion et aller au-delà des interdits. Tout cela est formidablement mis en image par Simon Hanselmann qui met aussi en lumière les souffrances de ces jeunes majeurs, paumés et sans emploi. Génération désenchantée qui se commet dans l’alcool et toutes sortes d’addictions, glandeuse et procrastinatrice.

Nous avions adoré les trois premiers volumes (tome 2 et tome 3), le quatre nous attire comme un aimant. Happy fucking birthday est nommé dans la Sélection Officielle du Festival d’Angoulême 2018. La troisième nomination sera-t-elle la bonne ?

  • Megg, Mogg & Owl : Happy fucking birthday
  • Auteur : Simon Hanselmann
  • Editeur : Misma
  • Prix : 25€
  • Parution : 24 octobre 2017
  • IBAN : 9782916254586

Résumé de l’éditeur : Un dîner raffiné pour quatre personnes dans un restaurant français étoilé, entouré d’amis qui vous chérissent et vous couvrent de cadeaux… Peut-on rêver meilleur anniversaire ? Si vos amis en question sont ces trois tarés immatures de Megg, Mogg et Werewolf Jones, alors certainement, oui ! Owl a attendu cette soirée d’anniversaire depuis longtemps ! Il a prévu de convier Megg et Mogg à L’Escargot Truffé, un haut lieu de la gastronomie française. Mais voilà que Werewolf Jones s’invite lui aussi sans demander et, une fois à table, le dîner prend très vite des allures de cauchemar. Ses trois « invités » n’ont aucune tenue et lui foutent la grosse honte dans le restaurant : ils jouent avec la nourriture, critiquent le serveur à voix haute, se bourrent la gueule, crachent par terre et importunent les clients. Résultat : pas de cadeau pour Owl, mais une addition salée et une soirée d’anniversaire qui va finir en longue et sombre nuit au poste de police.

Soft City

Nommé dans la Sélection Officielle du Festival d’Angoulême, Soft City est un formidable album de Hariton Pushwagner aux éditions Inculte.

Le soleil se lève à peine sur une gigantesque ville. Dans son berceau, un bébé se réveille et se rend dans la chambre de ses parents. Il s’éclipse pour ne pas les gêner dans leur sommeil.

7h : le réveil sonne et sort le couple de la léthargie. Ils prennent leur pilule et se demande où est leur enfant. Le père se rase puis déjeune en lisant les nouvelles dans le journal, tandis que la mère s’occupe du petit.

C’est ensuite l’heure de partir au travail, l’homme ouvre la porte de son appartement…

Sans trop vouloir en dire pour ne pas divulguer l’intrigue et le ressort narratif ingénieux, nous pouvons l’affirmer que Soft City est un sublime album ! Ecrit dans les années 70, il a fallu attendre 2008 pour qu’un éditeur norvégien (No comprendo) se penche sur cette histoire et la fasse paraître en livre. Il faut souligner que Pushwagner avait perdu toutes ses planches sur un bateau entre Olso et Londres et que par magie elles ont réapparu.

Terje Brofos en 1940, Hariton Pushwagner est un artiste norvégien reconnu dans le monde entier. Il lui faudra 6 années (entre 1969 et 1975) pour mettre en image cet album, une excellente dystopie glaçante et étonnante. Des êtres humains formatés, « Soft » une marque qui agit au quotidien sur eux, ainsi que des mouvements mécaniques comme dans les Temps Modernes de Chaplin et l’on obtient un livre fort et qui ne ressemble à aucun autre.

Si parfois, le lecteur peut penser aux récits de Marc-Antoine Mathieu (son œuvre est postérieure à celle de Pushwagner), Soft City attire par sa grande modernité dans le propos. L’endroit où travaille le père peut d’ailleurs faire penser à Playtime, le merveilleux film de Jacques Tati.

Quoiqu’il arrive, les êtres humains ne pensent pas par eux-même, on réfléchit pour eux ! Le lecteur pourra y trouver un écho contemporain avec ce qui se fait actuellement avec les algorithmes des ordinateurs. Visionnaire Pushwagner ! 30 ans avant l’avènement et la démocratisation d’internet.

Le dessin est en phase avec le propos de Soft City : simple, froid et mécanique, démultipliant tout ! A noter une belle préface de Chris Ware et une post-face de Martin Herbert pour éclairer l’album. Passionnant !

  • Soft City
  • Auteur : Hariton Pushwagner
  • Editeur : Inculte
  • Prix : 30€
  • Parution : 03 avril 2017
  • IBAN : 9791095086413

Résumé de l’éditeur : « Soft City », du dessinateur norvégien Hariton Pushwagner est un joyau du graphic novel, une dystopie unique en noir et blanc qui retrace la journée ubuesque d’un cadre moyen dans une mégalopole anonyme, au beau milieu des années 1970. Le trait unique de Pushwagner, alors tout juste adulte, bien avant qu’il ne devienne un artiste contemporain reconnu, plonge dans la vie morne et aliénante de la société de consommation. Ce livre culte n’avait jamais été publié jusqu’alors : recommandé par WS Burroughs, un éditeur anglais avait voulu le publier en 1979 mais l’artiste avait perdu toutes ses planches dans le bateau l’amenant d’Oslo à Londres. Données pour perdues, elles refont surface trois décennies plus tard, et c’est la New York Review of Books qui se charge de la publier, fin 2016. Rappelant David Lynch et son Eraserhead, Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne ou encore les grands romans de Ballard, ce roman graphique unique est un chef-d’oeuvre sans nul autre pareil » — Chris Ware, 2016

Demon, volume 3

Le Festival BD d’Angoulême reconnaît enfin le talent de Jason Shiga en plaçant le troisième volume de Demon dans sa Sélection Officielle 2018 !

« Jimmy Yee ne peut pas mourir » comme nous l’avions expliqué dans notre chronique du tome 2. Lorsqu’il se suicide, Jimmy peut se réincarner dans la peau d’un être humain proche de lui. Ainsi, il en joue et se joue des policiers, enquêteurs et ses ennemis. Alors qu’il a maintenant plus de 200 ans, le lecteur le retrouve avec Choupette, sa fille, en Asie. Mais comme à son habitude, l’ennui rapidement. Etre prince ne l’intéresse plus beaucoup et il revient chez lui avec sa fille. Il vient tout juste de kidnapper trois des quatre membres des Baxter Boys, le groupe préféré de Choupette. Un drôle de cadeau d’anniversaire !

Quelques temps plus tard, il se confie à elle le temps d’une trajet en voiture, sur son père lui aussi Demon…

Comme pour les deux précédents volumes de Demon, le récit de Jason Shiga va vite, très vite, passant d’une action à l’autre sans laisser le lecteur reprendre son souffle. Comme le montre la dernière partie de l’album qui est une course-poursuite folle entre Jimmy et Hunter à coups de poings ou de revolver.

Demon est toujours aussi décalé et fou mais c’est en cela que nous l’aimons ! D’ailleurs Scott McCloud dit de l’auteur américain : « Crazy + Genius = Shiga ».

  • Demon, volume 3
  • Auteur : Jason Shiga
  • Editeur : Cambourakis
  • Prix : 22€
  • Parution : 22 septembre 2017
  • IBAN : 9782366243123

Résumé de l’éditeur : Dans ce 3ème volume (sur 4) de la nouvelle série de Jason Shiga, on retrouve Jimmy Yee et sa fille, près de 150 ans après la fin du précédent épisode. Ils avaient en effet décidé de se mettre au vert après les meurtres de masse qu’ils avaient accomplis en fuyant les services secrets mondiaux. Toujours immortels, c’est en Asie qu’on les retrouve, où ils goûtent une vie paisible jusqu’à ce que leur passé les rattrape : d’anciennes connaissances – dont on apprend au passage qu’ils sont également des démons – se rappellent à eux. Entre projets scientifiques extravagants et volonté de domination du monde, ce nouveau volume pousse un cran plus loin la folie imaginative et l’impertinence de Jason Shiga, au fil d’une narration toujours plus puissante. Où il est question de logique, de métaphysique, de biologie mais aussi de géopolitique. À découvrir en attendant l’épisode final en se replongeant aussi dans les deux premiers volumes.

Gaspard et la malédiction du prince-fantôme

Après J’ai tué Philippe II de Macédoine, Mimo ou Aquitania, Isabelle Dethan dévoile Gaspard et la malédiction du prince-fantôme, une enquête-polar dans le Musée du Louvre !

Musée du Louvres, Paris. Comme souvent Gaspard erre dans les lieux après l’école. Il faut souligner que son oncle y travaille. Ce jour-là, le jeune garçon râle : il aimerait ne pas venir à la section grecque ! Lui, il préfère l’aile sur l’Egypte, un lieu magique où il peut admirer les hiéroglyphes, les statues ou les sarcophages. Son oncle part dans la section où il est affecté et laisse son neveu seul.

Carnet en main, il déambule dans les allées à la recherche d’un «trésor» qui lui permettrait de composer son devoir pour le collège. Il est interpellé par une étrange vision, celle d’une jeune fille se tenant en face d’une vitrine et qui la traverse ! Il demande alors autour de lui mais personne ne l’a vu !

Le lendemain, il tente de retrouver cette fantôme et la recroise. Elle l’intime de l’aider parce qu’elle ne sait plus qui elle est, sa mémoire lui faisant défaut. Le soir, chez lui, il se confie à son chat Mint. Etonnament, ce dernier lui répond ! Bastet, le déesse du foyer, de la joie et de la musique a pris la place de son félin ! Elle tente de lui expliquer qui est la jeune fille…

Titulaire d’une maîtrise de Lettres et d’un CAPES de documentation, Isabelle Dethan à l’Histoire chevillée au cœur et au corps. Comme elle l’a confié à Comixtrip (Interview), elle se passionne très tôt pour cette discipline qu’elle met aussi en scène dans ses nombreux projets de bande dessinée : de Mémoire de Sable à la série Le tombeau d’Alexandre (avec Julien Maffre), en passant par Les ombres du Styx, Sur les terres d’Horus ou Kheti fils du Nil (avec Mazan). Pionnière de la nouvelle vague d’autrices des années 90 (avec Cécile Chicault ou Claire Wendling), elle confectionne avec beaucoup d’intelligence ses récits (Le Roi Cyclope, Ingrid, Tante Henriette ou L’éloge de l’avarice).

Pour Gaspard et la malédiction du prince-fantôme, elle plonge avec délectation dans la période de l’Egypte Antique qu’elle affectionne. Elle imagine un récit Jeunesse empli de fantastique par les légendes et les mythologies de cette période. Les jeunes lecteurs découvrent ainsi des divinités (Bastet) qui se mêle à la vie contemporaine du héros. Dans le dédale des salles du Louvre, elle fait vivre à ses personnages une enquête policière pour retrouver l’identité de la petite fantôme. Entre les informations sur l’Egypte, la course folle pour aider la jeune fille et une Ombre Noire qui attend tapie dans les recoins du musée, Isabelle Dethan happe les lecteurs.

L’autrice angoumoisine réalise de sublimes planches. En plus d’une histoire riche où les mots prennent un vrai sens et sont pesés, elle confectionne des pages en couleurs directes à faire rougir de nombreux auteurs.

Comixtrip aime le travail de Isabelle Dethan et le dit ! Offrez Gaspard et la malédiction du prince-fantôme à vos enfants, vos nièces, neveux ou enfants de vos amis les yeux fermés ! C’est du bon, du très bon !

  • Gaspard et la malédiction du prince-fantôme
  • Autrice : Isabelle Dethan
  • Editeur : Delcourt & Louvre Editions
  • Prix : 15.95€
  • Parution : 22 novembre 2017
  • IBAN : 9782756098326

Résumé de l’éditeur : Gaspard a 11 ans. Son oncle travaille au musée du Louvre. Il lui arrive de l’y rejoindre après l’école. Pour préparer un exposé sur les hiéroglyphes, y’a pas mieux ! Ce soir-là, Gaspard croise une jeune fille dans le département des antiquités égyptiennes. Il semble le seul à la voir et décide de l’aider dans sa quête, sans se douter que celle-ci va l’entraîner bien au-delà de l’enceinte du musée…