Yahho Japon !

A travers le portrait de 8 femmes, Eva Offredo réalise un très joli album sur le Japon, entre traditions et métiers oubliés. Yahho Japon ! est un merveilleux livre illustré édité par Maison Georges.

Livre ciblé pour les enfants de plus de 7 ans, mais convenant à toute la famille, Yahho Japon !, c’est l’ouvrage sympathique qui permet d’apprendre les us et coutumes du pays du Soleil-levant.

Eva Offredo aime le Japon, y a déjà séjourné et voulait faire partager son goût vers les plus jeunes. Pour découvrir ce pays, l’autrice de Domino (La joie de lire), a donc pioché dans ses souvenirs de voyage.

8 portraits de femmes, 8 métiers et 8 couleurs. Rien n’est laissé au hasard dans Yahho Japon !, ni les prénoms, ni le choix chromatique et ni les professions. Chaque personnage a été bien campé, bien cerné pour donner un vrai sens à chaque histoire.

Solidement documenté, Yahho Japon ! ce sont donc huit femmes représentant tout le pays. Pour chacune d’elle, ce sont 10 pages présentées de la même manière afin de donner du rythme mais aussi bien structurer les informations. Les deux premières sont sans texte, suivies par six concernant le métier et enfin deux illustrations définissant deux mots.

A travers 92 pages, les lecteurs font la connaissance de Tsuyu meunière et maîtresse soba, Shikiri lutteuse sumo, Higasa ensableuse, Wan Wan peintre cervoliste, Uchimizu bryologue, Moso artificière hanabi, Chawan restauratrice kintsugi et Kodomo artiste chindogu.

Yahho Japon !, c’est un magnifique documentaire illustré pour découvrir des pans méconnus de ce pays asiatique. On est subjugué par les merveilleux dessins d’Eva Offredo. Il est d’une douceur et d’une grande chaleur.

  • Yahho Japon !
  • Autrice : Eva Offredo
  • Editeur : Maison Georges
  • Prix : 18 €
  • Parution : 05 mars 2021
  • ISBN : 9791091180856

Résumé de l’éditeur : Tsuyu cultive le sarrasin pour faire des nouilles soba et Chawan redonne vie aux objets cassés. Uchimizu étudie les mousses pour leurs nombreuses vertus et Kodomo critique avec humour notre société de consommation. Il y a aussi Higasa l’ensableuse, Shikiri la lutteuse de sumo, Moso l’artificière et Wan Wan la peintre cervoliste. Huit femmes japonaises, fortes et passionnées, huit couleurs, huit métiers. Éva Offredo nous invite à rencontrer chacune d’elles. Elle nous raconte leur enfance et nous immerge dans leur quotidien, leur vie et leur métier pour nous donner à voir et à sentir toutes les richesses méconnues du pays du Soleil-Levant. Un documentaire riche et original De l’île d’Hokkaido aux hauts plateaux de Nagano, de Tokyo aux plages du lac Ikeda… Yahho Japon ! nous fait voyager du Nord au Sud de l’archipel et nous initie tout en sensibilité et en poésie à l’art de vivre à la japonaise : déguster les nouilles de sarrasin avec du daikon râpé, parcourir les forêts moussues, combattre sur le dohyo dans la peau d’une lutteuse de sumo, décorer des cerfs-volants kami-tobi, prendre place sur un zabuton dans un gratte-ciel de Tokyo, déguster des konpeitos, apprendre l’art kintsugi et le wabi-sabi… En harmonie avec la nature Qu’elles cultivent, nourrissent, réparent, imaginent, étudient, soignent, contemplent, s’entraînent… chaque jour, ces huit femmes accomplissent leurs gestes avec plaisir et humilité. Du I, la « contemplation des fleurs de cerisiers » au matsukaze qui signifie à la fois « bruissement du vent dans les pins » et « frémissement de l’eau dans la bouilloire », Yahho Japon ! nous souffle que le bonheur rime avec simplicité. Prendre le temps de faire ce que l’on aime, chacun à sa vitesse, en n’oubliant jamais de s’émerveiller de toutes petites choses. Un très bel album pour croire en ses rêves et aller de l’avant. De 7 à 107 ans.

 

Couleur d’asperge

Comment vivre avec ses différences quand personne ne sait les expliquer ? Voici Couleur d’asperge, un très joli titre de Drakja et Gery chez Vents d’Ouest.

Lusun est fille et son nom signifie Asperge en Chinois. Si elle s’appelle ainsi c’est que son père adore les asperges. Elle n’a jamais vraiment compris pourquoi, mais il y a quelque chose qui l’empêche d’être comme les autres. Son passe temps favori, c’est le Rubik’s cube et elle est très douée pour ça, d’ailleurs elle ne s’en sépare jamais. Parfois, elle n’a pas le même raisonnement que tout le monde et c’est compliqué pour elle, surtout quand à l’école elle est punie pour ça. Heureusement elle a autour d’elle, un ami fidèle, sa mère, son père et son petit frère Merlin. Un jour en rencontrant la bonne personne elle va trouver d’où viennent ses différences et ses troubles sensoriels. Même si elle est déjà adulte, elle va enfin pouvoir commencer sa vie.

Drakja, lui-même Asperger et Gery nous montrent les difficultés qu’une femme peut rencontrer depuis son enfance surtout lorsque la différence ne porte pas encore de nom. Il est parfois difficile de diagnostiquer le syndrome d’Asperger et encore plus chez une femme, comme le montrèrent Julie Dachez et Mademoiselle Caroline dans La différence invisible. Coté graphisme, une grande partie est dans les tons orangés et la fin dans les tons bleus. Le trait est simple, efficace et se marie extrêmement bien avec les messages qu’ils ont voulu faire passer.

Aborder ce thème n’est pas forcement chose facile, il faut en parler sans non plus tomber dans le coté reportage et en ça les auteurs ont réussi leur pari. C’est beau, touchant, émouvant et c’est surtout POSITIF. Couleur d’asperge est une très belle lecture à lire et à faire lire.

  • Couleur d’asperge
  • Scénariste : Drajka
  • Dessinateur : Gery
  • Editeur : Vents d’Ouest
  • Prix : 16 €
  • Parution : 10 février 2021
  • ISBN : 9782344035511

Résumé de l’éditeur : Comment vivre avec ses différences quand personne ne sait les expliquer ? Lusun n’est pas comme les autres. Elle déteste qu’on la touche, regarder les gens dans les yeux lui fait peur, le bruit la rend anxieuse et sa franchise maladroite pousse le monde à la considérer d’un oeil curieux… A l’école, tout le monde la rejette et à la maison, elle communique difficilement… Petit à petit, des idées noires s’immiscent dans son esprit : elle ne correspond pas à la norme et c’est un mal dont elle est la seule responsable. Aucun mot n’est posé sur ses différences, aucune explication ne lui est donnée sur ses états d’âmes… Pour apprendre à comprendre qui elle est vraiment, devenir autonome et s’accepter, Lusun traverse les vingt premières années de son existence entre doutes, colères et tristesse. Parfois pourtant, elle accède à quelques moments de répits, des petits instants de joie offerts par sa famille, son meilleur ami Jérôme Bouton et son obsession pour le rubik’s cube. Elle reste toutefois instable jusqu’au jour où un diagnostic est posé sur sa situation : Lusun est Asperger. Enfin elle sait ! Enfin elle comprend ! Enfin ! Elle s’explique ses comportements décalés. Enfin ! Lusun peut être correctement accompagnée. Une nouvelle vie peut commencer. Témoignage autant qu’outil de compréhension Couleur d’asperge met en scène l’anxiété sociale provoquée par le syndrome d’Asperger. Cela dit, au fil de la lecture, il devient clair que le mal-être des personnes touchées par cette forme d’autisme n’est pas tant lié à ses symptômes qu’à un manque d’accompagnement et de compréhension. Drakja au scénario et Gery au dessin livrent dans les pages de leur première bande dessinée, un récit de fiction juste et réaliste inspiré de leurs vécus et parsemé d’histoires personnelles. Un roman graphique touchant, optimiste et chaleureux.

Triso Tornado

Histoire d’une famille avec trisomie 21 est le sous-titre de Triso Tornado, le merveilleux album de Violette Bernad et Camille Royer, édité par Futuropolis.

Amélie et Frédéric viennent d’avoir un garçon, le second et c’est décidé il s’appellera Nils comme Nils Holgersson, le petit garnement qui voyage avec les oies sauvages dans le roman de Selma Lagerloff. Ils annoncent à tous leur bonheur d’avoir un deuxième fils, mais très vite, les médecins demandent les résultats du tri-test… Puis pour être sûr, ils font un caryotype … La sentence tombe : Nils est trisomique. Promis, ensemble, ils vont mener à bien le projet d’élever un enfant trisomique.

Tristo Tornado est une fiction basée sur la vie réelle de l’autrice. Comment ne pas penser à « Ce n’est pas toi que j’attendais » en lisant cette bande dessinée ? Peut-être tout simplement parce que ce témoignage est aussi fort et aussi poignant que celui de Fabien Toulmé. Violette Bernad nous fait ressentir l’ascenseur émotionnel qui résulte de cette naissance et de cette vie en tant que parents. La joie de la naissance, la déception, la peur, la colère, les doutes, l’incompréhension mais aussi l’amour. Non cette histoire n’est pas un drame car même si ce n’est pas simple, l’amour est le moteur de cette famille. On retrouve au graphisme Camille Royer qui avait écrit le très remarqué « Mon premier rêve en japonais » où elle parlait de son enfance.

A l’instar de « Ce n’est pas toi que j’attendais » Triso Tornado est une très belle lecture émouvante et touchante sur la famille, l’amour et la différence. Une lecture qui va me marquer quelque temps.

  • Triso Tornado, Histoire d’une famille avec trisomie 21
  • Scénariste : Violette Bernad
  • Dessinatrice : Camille Royer
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 20 €
  • Parution : 10 mars 2021
  • ISBN : 9782754829298

Résumé de l’éditeur : Avec la naissance d’un enfant trisomique, une famille est entraînée dans un tourbillon qui ébranle ses certitudes et la transforme. Triso Tornado témoigne du choc de la découverte du handicap, des peurs qui en découlent, puis des différentes étapes que vit une famille jusqu’à l’acceptation de sa différence. Témoigner bien sûr, mais surtout démythifier les présupposés sur le handicap. Même avec un enfant trisomique, on continue de rire, de râler, de travailler, de s’amuser, bref de vivre. L’histoire raconte comment s’accompagne, avec l’aide des professionnels, le développement de Nils lors des trois premières années de sa vie : le quotidien, les rendez-vous d’orthophonie, de kinésithérapie, les petits « trucs » qu’on l’on trouve pour faire grandir son enfant malgré ses difficultés. Il est aussi question d’avortement : en France, 96 % des parents qui apprennent la trisomie de leur bébé pendant la grossesse choisissent l’IVG. C’est le signe d’une grande angoisse. Comment vit-on avec ce handicap ? Comment vaincre la peur ? Et si l’humour et l’amour en étaient les armes les plus efficaces ? Fiction basée sur la vie réelle de Violette Bernad, Triso Tornado est une histoire aussi intime qu’universelle. Avec élégance et subtilité, Camille Royer a dessiné des « sourires en coin » et donné au récit l’esprit malicieux qu’il lui fallait.

Romance

La collection Pataquès des éditions Delcourt s’enrichit d’un nouveau titre : Romance signé Elric. Un bel hommage parodique aux Young Romance de Jack Kirby et Joe Simon.

L’amour, la romance, la douceur, la tendresse, les mots doux, le romantisme c’est tellement beau. Quand on y pense on en a le cœur qui bat la chamade, les yeux qui papillonnent et… heu je parle du bon livre là ? Je crois que j’ai oublié : les femmes viennent de Mars et les hommes de Vénus (non c’est l’inverse)…

Quand j’ai vu couverture de cette mini bande dessinée, avec un format presque carré j’ai immédiatement esquissé un sourire. Tout est parfait, les roses, le titre « Romance » le cadre romanesque qui entoure les deux amoureux qui s’enlacent… Tout ou presque … enfin finalement presque l’essentiel… Les pensées pas vraiment communes ouvrent la porte à une longue série de page à humour connoté.

Chaque page se décompose en 4 strips (enfin en vérité 3) à l’humour décalé, parfois noir et corrosif. Bien entendu il faut tout prendre au 200e degré et c’est ce qui finalement en fait le charme.

Ça fait du bien de ne pas se prendre la tête, de juste rire avec ces situations parfois absurdes. Franchement on rigole de bon cœur. Une lecture qu’on peut avaler en une seule fois (ou pas) et partager par message en photo sans que cela soit des sextos juste pour s’amuser.

  • Romance
  • Auteur : Elric
  • Coloriste : Thierry Leprévost
  • Editeur : Delcourt, collection Pataquès
  • Prix : 9,95 €
  • Parution : 03 février 2021
  • ISBN : 9782413029809

Résumé de l’éditeur : Ah, la romance. Avec ses personnages élégants, raffinés, aux intentions chastes et nobles. Mais tout ceci n’est qu’une façade. Et toutes les intentions ne sont pas avouables dans une relation amoureuse, loin de là. Tout est beau, tout est doux, on baigne dans l’amour romanesque, épique, aseptisé. Mais, tout en jouant sur l’esthétique vintage et élégante des comédies romantiques de l’âge d’or des comics, type Young Romance de Kirby, popularisée par la suite par Roy Lichtenstein, Elric prête à ses personnages un langage et des intentions bien contemporains, voire crus, et fait craquer le vernis de la romance.

Soleil mécanique

Après Ville nouvelle, Łukasz Wojciechowski dévoile Soleil mécanique dans lequel il relate la vie de Bohumil Balda, architecte tchécoslovaque ayant travaillé avec les Nazis. Un album original tant sur le fond que sur la forme, édité par çà et là.

Soleil mécanique, c’est tout d’abord un concept de bande dessinée très fort, un album singulier graphiquement.

Né en Pologne en 1978, Łukasz Wojciechowski suit des cours d’architecture et cofonde le cabinet VROA Architekci. Par la suite, il enseigne le design à la faculté d’architecture de Wroclaw. Comme pour Ville nouvelle, l’auteur dessine sous AutoCAD. Ce logiciel spécial pour construire des plans en architecture donne alors des planches stylisées où même les personnages arborent des formes géométriques. Si ce procédé pourrait rebuter les lecteurs, il apporte pourtant une extrême lisibilité et un charme jusqu’alors inconnu en bande dessinée.

Bohumil Balda, un architecte qui rêve en grand

Les 144 pages de Soleil mécanique filent à toute vitesse lorsqu’on les lit. Surtout que Łukasz Wojciechowski n’utilise pas l’AutoCAD pour lui seul. Il raconte l’histoire de Bohumil Balda, architecte tchécoslovaque qui magnifia le style moderniste dans sa discipline.

Mais son œuvre fut vite stoppée par l’arrivée des Nazis dans son pays. Loin des considérations des occupants – même si son beau-père fut adhérent au Parti national socialiste – il n’aime pas trop frayer avec eux.

Pourtant Bohumil Balda est inexorablement attiré par les projets pharaoniques des dirigeants nazis, au point d’en assurer des constructions. Sans le vouloir, l’architecte sombre alors du côté du régime hitlérien.

Si Soleil mécanique est une merveille graphique, son propos l’est tout autant. En choisissant un architecte polonais s’étant fourvoyé avec les Nazis, Łukasz Wojciechowski peut ainsi aborder une partie de l’Histoire de l’architecture.

Soleil mécanique : un album original et passionnant !

  • Soleil mécaniquie
  • Auteur : Łukasz Wojciechowski
  • Editeur : çà et là
  • Prix : 16 €
  • Parution : 19 février 2021
  • ISBN : 9782369902898

Résumé de l’éditeur : 1937, Tchécoslovaquie. Bohumil Balda est architecte dans la petite ville de Hradec Králové, non loin de la Pologne. Passionné par son métier, il suit les principes de l’architecture moderniste et tente d’insuffler une forme d’avant-garde dans tous ses projets. Balda se méfie comme de la peste des nazis et de leur rhétorique anti-moderniste, d’autant plus que son propre beau-père, qu’il exècre, est affilé au parti National-Socialiste. Mais Balda se voit confier des travaux de plus en plus importants par la direction locale du NSDAP et alors qu’il réalise les premiers projets à son corps défendant, il bascule progressivement, fasciné par les projets délirants et grandioses du régime nazi. Il en vient à concevoir un bâtiment spectaculaire, une salle géante pour les allocutions des dignitaires nazis, le Soleil Mécanique, qui va provoquer sa disgrâce et sa chute finale. Soleil Mécanique est une fiction inspirée par l’histoire turbulente de l’architecture européenne entre les années 1930 et 1940, une satire des délires de grandeur du régime nazi ainsi qu’un rappel des compromissions de certains artistes qui se sont fourvoyés avec le IIIe Reich. Deuxième livre de l’architecte polonais Lukas Wojciechowski remarqué pour son Ville Nouvelle en 2019, Soleil Mécanique montre l’impressionnante créativité de cet auteur dans ce nouvel opus également dessiné sous AutoCAD.

 

Chez nous paroles de réfugiés

Après A bord de l’Aquarius, Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso poursuivent leur travail autour des migrants avec Chez nous paroles de réfugiés aux éditions Futuropolis.

Riace, en Calabre. Cette petite ville d’Italie a connu un moment de grâce par la volonté d’un maire qui souhaitait faire de son village, une « ville d’avenir », en accueillant notamment le plus dignement possible les migrants arrivés des quatre coins du monde.

Mais un procès très politique a tout cassé à Riace. Mimmo Lucano, le bon maire, a même été interdit de séjour sur sa propre commune ! Depuis, les réfugiés ont été déplacés ailleurs et son projet de Villagio globale a été enterré. Restent quelques réfugiés et des personnes emplies d’humanité qui continuent ce projet.

Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso sont allés sur place pour enquêter et rencontrer ces femmes et ces hommes laissés à l’abandon et ceux qui leur viennent en aide. Si les premiers ont tous une histoire personnelle différente de leurs voisins, viennent de pays différents, ils ont tous un point commun : celui d’avoir vu la mort de très près lorsqu’ils ont entamé leur périple, comme l’a brillamment montré Fabien Toulmé dans L’odyssée d’Hakim.

Les deux auteurs – qui ont déjà travaillé le sujet des migrations avec A bord de l’Aquarius – creusent ainsi leur sillon. Pour débuter leur périple dans la ville et aller à la rencontre de ces hommes et de ces femmes, ils sont accueillis par les membres de l’association Recusol, un réseau de communes solidaires dans toute l’Italie. Les lecteurs sont touché en plein cœur par les récits de vie de Mohammed, Sherif, Blessing, Ishak ou Buba.

Les témoignages sont forts, leurs retranscription pleines de bienveillance et le dessin de Lelio Bonoccorso d’une grande lisibilité.

Chez nous paroles de réfugiés : un très joli album pour tenter de comprendre les motivations de migrants et des conséquences sur leurs vies.

  • Chez nous, paroles de réfugiés
  • Scénariste : Marco Rizzo
  • Dessinateur : Lelio Bonaccorso
  • Éditeur : Futuropolis et Amnesty International
  • Prix : 18 €
  • Parution : 10 février 2021
  • ISBN : 9782754830034

Résumé de l’éditeur : À la suite d’À bord de l’Aquarius, Marco Rizzo et Lelio Bonaccorso se sont rendus en Calabre pour témoigner de l’accueil fait aux migrants en Italie. La Calabre est l’une des régions italiennes les plus touchées par le chômage mais également l’une des plus hospitalières pour les réfugiés. Les auteurs ont rencontré les humanitaires, les autochtones et les réfugiés. Ils racontent les tragédies liées à ces situations dramatiques, les cauchemars bureaucratiques et les horreurs quotidiennes. Ils témoignent aussi du succès de certaines politiques privilégiant un accueil digne et une volonté d’intégration de ces migrants. Une situation italienne qui fait écho à celle de la France.

Tâvutatèt

Poursuivie ! est le premier tome de Tâvutatèt, la nouvelle série jeunesse des éditions Vents d’Ouest, signé Carole Trébor et Gabriele Bagnoli.

Musée de Sépafou en Egypte. Tâvutatèt est une jeune adolescente momie. Toutes les nuits, lorsque les visiteurs sont partis, elle soulève son sarcophage pour gambader dans les allées. Accompagnée de Képâbèt, sa loutre, elle s’amuse.

Mais ce soir-là, sa mère – première pharaonne d’Égypte – vient la prévenir d’un danger : le musée va définitivement fermer ses portes et si les conservateurs découvrent que Tâvutatèt est bien vivante, cela risque d’être problématique. Pour être en sécurité, elle doit se rendre à Newhaven en Angleterre et ainsi être protégée par d’autres fantômes.

C’est le début d’une grande aventure jusqu’en Grande-Bretagne pour Tâvutatèt, entre humains vivants et les Mowlausses du clef, véritables exterminateurs d’êtres comme la jeune momie…

Ce premier volet de cette saga jeunesse est prometteur. Carole Trébor a su insuffler un vrai esprit d’aventure dans Tâvutatèt. La scénariste de Paloma (Et si on goûtait dans le jardin ?, Et si on prenait un bain ?) mêle avec habileté l’Histoire (ici l’Egypte antique) et le fantastique. A l’image de Gaspard et la malédiction du prince-fantôme d’Isabelle Dethan, elle fait revivre une momie adolescente, cachée aux yeux de tous.

Cette course-poursuite entre Tâvutatèt et les Mawlausses est haletante et sa rencontre avec les autres êtres surnaturels, savoureuse.

Dans la droite ligne des films La nuit au musée, cette belle histoire est construite comme une fable moderne. Documenté, le récit permet aussi de découvrir quelques éléments historiques sur l’Égypte antique.

Très drôle – notamment par Képâbet ou les fantômes – l’histoire bénéficie d’un très joli dessin de Gabriele Bagnoli, illustrateur italien ayant notamment travaillé pour les éditions Horse Comics. Ses planches dynamiques sont très modernes et l’on apprécie avant tout ses très belles couleurs.

  • Tâvutatèt, tome 1 : Poursuivie !
  • Scénariste : Carole Trébor
  • Dessinateur : Gabriele Bagnoli
  • Éditeur : Vents d’Ouest
  • Prix : 10,95 €
  • Parution : 24 février 2021
  • ISBN : 9782749309446

Résumé de l’éditeur : Une nouvelle héroïne moderne tout droit sortie de l’Égypte ancienne. Être une momie exposée dans un musée, c’est amusant tant qu’il y a des enfants à qui sourire pendant la journée. Mais au fil des années, plus personne ne visite l’endroit. Et Tâvutatèt s’ennuie. Plutôt que d’attendre la venue de nouveaux touristes, elle rêve de découvrir le monde avec Képabèt, sa loutre et meilleure amie. Si seulement elle pouvait ne plus avoir à dormir dans ce vieux sarcophage, son lit depuis des siècles… Mais sa mère, célèbre pharaonne, lui a formellement interdit de mettre un pied dehors : il ne faudrait pas que les humains découvrent que la princesse Tâvutatèt est bien vivante ! Pourtant, un soir, cette même maman vient la chercher pour s’enfuir. L’inquiétude au fond du regard, l’ancienne Souveraine annonce à sa fille la fermeture imminente du musée et l’arrivée de « Mowlausses », un mystérieux groupe, dont la mission consiste à exterminer les êtres surnaturels. Débute alors un long et trépidant voyage pour notre jeune héroïne. Quittant l’Egypte, elle se rend jusqu’en Angleterre, où elle doit rejoindre un clan de créatures fantastiques pourchassées comme elle, mais pouvant la protéger.Avec Tavutatèt, plongez dans l’univers de l’Égypte ancienne et venez à la rencontre de personnages extraordinaires qui défient le temps et incarnent des légendes séculaires. Une nouvelle série jeunesse, au ton décalé, pleine d’aventure et de suspens. Un périple en deux tomes.

 

 

L’île oubliée 1

Les mangeurs de rêves est le premier volet de la nouvelle saga jeunesse Jungle Frissons, L’île oubliée signé Xavier Bétaucourt et Paola Antista.

Partis en croisière dans les îles grecques, Achille et Elsa, ainsi que leurs deux filles Eve et Mia, sont pris dans une grosse tempête.

Au petit matin, la famille trouve refuge dans une île assez mystérieuse. S’il y a des adultes et des magasins, il n’y a aucun enfant dans ses rues. Sous la protection d’Aphrodite, la déesse de l’amour, la petite cité vit tranquillement.

D’ailleurs, les habitants semblent accueillants puisqu’ils convient les quatre naufragés à une petite fête le soir même. Le lendemain, une femme dérangée psychologiquement, met en garde Elsa et la supplie de partir le plus vite possible de l’île, qui serait tenue par des voleurs d’enfants…

Après la merveilleuse série Sorceline, Paola Antista est de retour avec une nouvelle saga fantastique. Nous avions adoré son travail sur la précédente publication, nous sommes autant charmé par celui sur L’île oubliée. Ses personnages sont d’une grande élégance, tout en nuance. Son découpage est dynamique comme le veut le récit et ses couleurs électrisantes.

Quant à l’intrigue du premier tome de L’île oubliée, il est signé Xavier Bétaucourt, le scénariste de Le grand A, 55 minutes, Trop vieux pour toi et Quelques jours à vivre. Cette histoire fantastique à destination des pré-ados et adolescents est assez prenante. Le rythme est soutenu et les rebondissements fréquents. On est voit ainsi une société secrète prête à tous pour récupérer des enfants. Si l’histoire semble complète, elle laisse une porte ouverte pour une suite comme l’indique la numérotation sur la couverture.

Fantastique, île mystérieuse, adultes terrifiants, adolescents qui se rebellent sont donc au cœur de ce premier opus de L’île oubliée, une série qui on espère va prendre vraiment son envol dans le deuxième volume.

  • L’île oubliée, tome 1 : Les mangeurs de rêves
  • Scénariste : Xavier Bétaucourt
  • Dessinatrice : Paola Antista
  • Éditeur : Jungle, collection Frissons
  • Prix : 12,95 €
  • Parution : 04 mars 2021
  • ISBN : 9782822230544

Résumé de l’éditeur : Après avoir essuyé une tempête à bord du voilier familial, un couple et ses deux enfants font escale sur une petite île de rêve. Tous les habitants sont jeunes, beaux et très prévenants. Mais lorsque la famille veut repartir, les enfants ont disparu. Où sont-ils ? La réponse se trouve peut-être dans une partie de l’île interdite aux visiteurs…

En garde !

Après Uchikomi sur le judo, Full Drum sur le rugby et Swimming Ace sur la natation, la collection Sport Addict des éditions Pika s’enrichit d’un nouveau titre avec En garde ! de Tokihiko Tamara autour de l’escrime.

Dans son lycée, Chika ne se laisse jamais faire. Elle est un jeune adolescente mais elle ne compte pas laisser les autres lui marcher dessus. La bande de Karina l’apprend d’ailleurs à ses dépens.

Plus tard dans la journée, elle est subjuguée par le spectacle donnée par des escrimeurs qui s’entraînent. Et si cette vision l’amenait à s’inscrire dans ce club ?

Lycéenne à l’énergie débordante, Chika va s’adoucir au contact de l’escrime et des autres lycéens escrimeurs. Tokihiko Tamaru utilise ce sport comme prétexte pour parler de l’adolescence et des relations entre eux.

D’ailleurs dans ce tome 1 d’En garde !, l’escrime est finalement encore peu présente. En espérant que dans les volumes suivants ce soit le cas, notamment des entrainements ou des compétitions.

Heureusement, il reste cette héroïne bien campée par la mangaka. Si elle a un fort caractère, est impulsive et dynamique, cela la rend très attachante. Le trait de Tokihiko Tamaru est assez doux et d’une belle lisibilité.

  • En garde ! , volume 1/3
  • Autrice : Tokihiko Tamaru
  • Editeur : Pika, collection Sport Addict
  • Prix : 7,50 €
  • Parution : 03 mars 2021
  • ISBN :  9782811653729

Résumé de l’éditeur : Chika est une fille au caractère bien trempé qui n’hésite pas à répliquer si on lui cherche des noises. Elle passe son temps entre les couloirs de son lycée et les salles d’arcades à battre des records aux jeux vidéo. Un jour, elle assiste par hasard à un entraînement d’escrime qui provoque chez elle un véritable électrochoc ! Surprise par la sensation de nostalgie qu’elle éprouve pour ce sport, Chika est loin de se douter que le destin lui réserve des retrouvailles plutôt agitées…

Shanghai chagrin

Il est des épreuves dans la vie, plus délicates que d’autres. Celle d’un deuil en est une. Léopold Prudon a décidé de quitter la France pour la Chine après le décès de son père. Il raconte cette période dans Shanghai chagrin, un livre fort et poignant aux éditions L’Association.

Diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg en 2017, Léopold Prudon part s’installer un an à Shanghai, la mégapole chinoise, à la suite de la mort de son père, Hervé. Il pense qu’en s’éloignant et en allant dans un pays inconnu, la douleur et le chagrin seront plus faciles à supporter.

Il découvre la ville à l’automne 2017 à mesure que la peine semble s’éloigner. Dans un merveilleux style graphique en noir et blanc, Léopold Prudon se raconte en racontant la cité chinoise. Ce portrait de Shanghai, c’est son portrait en creux. Les lieux visités en disent plus sur lui qu’un long discours.

Mais ce qu’il déteste le plus lors de ce séjour, c’est cette voix qui parle dans sa gorge. Cette conscience l’exaspère a toujours l’interroger sur lui, la ville et son mal-être.

Parfois, il laisse cette voix intérieure pour laisser place à des planches sans texte, sorte de points de contemplation / méditation, comme pour mieux absorber ce qu’il découvre. Lui si petit, si triste dans cette immensité architecturale de cette ville si anonyme et dépersonnalisée.

Pourtant derrière les immenses immeubles, les grandes rues, il a des habitants, voire des quartiers typiques qui donnent à l’auteur de la légèreté dans sa souffrance.

Shanghai chagrin c’est un mélange d’évasion, de dépaysement, de mal-être et des poèmes du père de Léopold. Un très beau message d’un fils à son père décédé.

  • Shanghai Chagrin
  • Auteur : Léopold Prudon
  • Editeur : L’Association, collection Ciboulette
  • Prix : 17 €
  • Parution : 14 janvier 2021
  • ISBN : 9782844147721

Résumé de l’éditeur : Après la mort de son père, Léopold Prudon part s’installer un an à Shanghai. Un monde neuf, inconnu, où il observe les formes de la ville sans plus penser à rien. C’est ainsi qu’il fait son deuil dans cette ville étrangère qui se dévoile par fragments, au gré des cases, à travers un noir et blanc élégant et épuré : des lignes d’horizon rompues par le sommet des gratte-ciels, les courbes de béton des échangeurs autoroutiers, les passants anonymes ou encore les néons des sinogrammes qui clignotent dans la nuit. Des images auxquelles se superposent des bribes de poèmes liés à la mort de son père et des dialogues issus de conversations banales — comme pour souligner que la vie suit son cours. A travers cette promenade mélancolique, Léopold Prudon raconte la sidération et la douleur causées par le deuil tout autant que les paradoxes d’une mégapole gigantesque et ultramoderne, qui peut cependant, au détour d’une rue, prendre l’aspect d’un village. Shanghai Chagrin est le premier ouvrage de Léopold Prudon publié par L’Association.

 

Anatole et Léontine

Ce diable d’Anatole rencontre Léontine dans une maison de retraite. Stéphane Lapuss’ et Julien Flamand dévoilent leurs aventures dans Anatole et Léontine, un album humoristique chez Kennes.

Résidence Le dernier voyage. Dans cette maison de retraite vit Anatole, un sacré farceur. Ce drôle de cas enchaîne les entourloupes et autres joyeusetés, pour tourner en ridicule les résidents et soignants de cet EHPAD.

Rien ne résiste au tourbillon Anatole. Tout y passe pour qu’il se rende la vie meilleure et pouvoir rigoler : Dubreuil qui n’a plus toute sa tête, un pigeon idéal pour jouer aux cartes; Mme Dourdin ayant Alzheimer, facile pour leur faire redire plusieurs fois la même chose ou Mme Pinson, ex-vétérinaire qui entend de ces choses sur son petit oiseau.

Mais surtout, il y a Léontine Roitelet, la nouvelle résidente qui semble être l’alter ego de ce bon Anatole. A eux deux, les bêtises vont se multiplier…

Anatole et Léontine sont vraiment les deux terreurs de la résidence ! Stéphane Lapuss’ laisse vagabonder son imagination pour inventer des histoires plus folles les unes que les autres. A l’image des Mémés de Sylvain Frécon, le scénariste de Comme des bêtes leur fait faire vraiment les pires horreurs pour le plus grand bonheur des lecteurs qui se régalent. Plus c’est gros, plus ça passe !

Pour l’accompagner, Julien Flamand fait des merveilles graphiques. Son dessin est idéal pour lui aussi apporter de l’humour à ces mini-récits.

  • Anatole et Léontine, tome 1 : Suspends ton vol
  • Scénariste : Stéphane Lapuss’
  • Dessinateur : Julien Flamand
  • Éditeur : Kennes
  • Prix : 12 €
  • Parution : 20 janvier 2021
  • ISBN : 9782380751727

Résumé de l’éditeur : La Résidence « Le dernier voyage » aurait pu être un paradis pour seniors en quête d’un repos bien mérité. Mais c’était sans compter le terrible Anatole qui s’amuse depuis déjà 15 ans à mener la vie dure au personnel et aux autres pensionnaires. Mais tout bascule lorsque Léontine, une nouvelle résidente, arrive dans la maison de repos et bouleverse son règne de terreur. Anatole aurait-il trouvé plus méchant que lui ? En tout cas, la rencontre de ces deux seniors promet de faire des étincelles. Humour noir et coups pendables seront au rendez- vous !

Cahiers de Madeleine 2

Voici le deuxième Cahiers de Madeleine signé Jean-David Morvan et Dominique Bertail, édité par Dupuis / Air Libre. Une merveille !

Le deuxième Cahier de Madeleine retrace une nouvelle partie de sa vie. Elle nous parle de sa rencontre avec Marcel Gagliardi qui fut son fiancé jusqu’à sa mort, mais également de sa maladie, la tuberculose et du sanatorium où elle a séjourné quelques mois. (Je ne vous en dis pas plus il faut que vous puissiez découvrir d’où Madeleine tient sa force de caractère).

Décidément j’aime ce format de cahier qui nous permet d’en découvrir plus de cette histoire et sur la bande dessinée en devenir. Tout est utilisé, le cahier mais aussi la jaquette qui nous apporte des informations complémentaires. Jean-David Morvan (Sillage, Mohamed Ali…) a fait un superbe travail de recherche et de collecte d’informations pour rendre le plus grand hommage possible à Madeleine Riffaud. Coté graphisme, Dominique Bertail (Mondo Reverso, Paris 2119), fait des prouesses avec ce bleu magnifique. Tout est beau, les détails, les expressions et même quand il laisse le blanc de la neige vous envahir c’est somptueux.

À la fin du premier j’avais hâte d’en savoir plus sur la vie de Madeleine Riffaud cette grande résistante et c’est toujours le cas à l’issue de ce nouveau cahier. Je suis vraiment pressé d’en savoir plus sur sa vie et d’avoir enfin la bande dessinée entre les mains.

  • Cahier de Madeleine, tome 2
  • Scénariste : Jean-David Morvan
  • Dessinateur : Dominique Bertail
  • Éditeur : Dupuis / Aire Libre
  • Prix : 15,95 €
  • Parution : 26 février 2021
  • ISBN : 9782818976227

Résumé de l’éditeur : Deuxième d’un ensemble de trois cahiers qui formeront le premier tome d’une série consacrée à la vie fascinante de Madeleine Riffaud, née en 1924, résistante pendant la guerre.