Becky Stillborn

La mort n’est qu’une ombre est le premier volume de Becky Stillborn est la nouvelle série d’Arnaud Michel, éditée par Filidalo.

1876, le sud de l’Angleterre est en proie à de nombreux meurtres atroces. Le dernier en question est celui de l’oncle de Lady Stillborn (Becky). Mais pourquoi lui ?

Courageuse, effrontée, elle va vouloir mener l’enquête mais l’inspecteur Jack Black, un homme bourru, n’a pas très envie qu’une femme se mêle de cette affaire. Pourtant malgré ses réticences et un peu contre sa volonté, il va partir à la recherche du ou des coupables avec elle.

Arnaud Michel nous propose un triptyque qui rentre tout de suite dans le vif du sujet avec le meurtre du riche M. Stillborn. L’histoire est menée tambour battant et le fort caractère des deux protagonistes alimente grandement l’intensité du récit. L’auteur a parfaitement compris comment tirer toutes les ficèles nécessaires pour tenir le lecteur en haleine.

Becky Stillborn : Un soupçon de magie ou de sorcellerie (à découvrir dans les prochains tomes), une bonne dose d’enquête, un graphisme dynamique, une intrigue menée avec intelligence voilà ce que nous propose l’auteur.

Je dis tout simplement OUI et j’ai vraiment hâte de découvrir la suite pour voir jusqu’où ce duo d’enquêteur va nous mener et surtout quels sont les secrets de cette Lady…

  • Becky Stillborn, tome 1/3 : La mort n’est qu’une ombre
  • Auteur : Arnaud Michel
  • Éditeur : Filidalo
  • Prix : 14,90 €
  • Parution : 12 mars 2021
  • ISBN : 9782375080160

Résumé de l’éditeur : 1876 : Une vague d’assassinats – tous aussi sanglants qu’inexpliqués – frappe le Sud de l’Angleterre. Endeuillée par ce fléau macabre, la jeune Becky Stillborn brûle de prendre part aux investigations mais doit composer avec le ténébreux Jack Black, inspecteur chargé de l’enquête. Un homme peu enclin à collaborer et visiblement rongé par des démons personnels. Mais à chacun sa part d’ombre, n’est-ce pas, surtout lorsqu’il est question de vie ou de mort. Impossible de la changer, on peut juste l’éclairer. Et ce n’est pas la belle et opiniâtre Becky – elle-même en proie à ses propres fantômes – qui prétendra le contraire. Oui, la règle est la règle… Et la règle fait le jeu.

Rent-a-Girlfriend

Rent-a-Girlfriend. Kazuya Kinoshita est étudiant à Tokyo et ne se remet pas de sa rupture. Pour se changer les idées, il fait appelle au service d’une « Copine à louer ». Un service – non sexuel – bien réel au Japon que Reiji Miyajima tricote dans une histoire ridicule et romantique. Édité chez Noeve Grafx.

Kazuya Kinoshita complexe totalement. Dans sa tête de jeune étudiant japonais un peu pervers, il n’est pas concevable d’être encore puceau à 20 ans. On aimerait le rassurer tout de suite et lui dire que tout va bien, ce n’est pas grave, ce n’est un problème que dans ta tête. Malheureusement Kazuya fait une fixette. Si bien que son pucelage devient un revers comique redondant, fibre inaltérable de son personnage, pour nous lecteur, autant que pour ses camarades. Kazuya est le puceau pervers de la bande. Et vient le jour où sa petite-amie le plaque parce qu’il est trop insistant.

Bref, il déprime. Au fond du gouffre, il fait appelle au service de Diamond, une application de location de petite amie. Pour une heure ou une journée, en échange d’une rémunération, une petite amie. Ainsi il rencontre Chizuru Mizuhara. Une très belle jeune femme, pétillante et douce. Kazuya fait tout pour ne pas oublier qu’il s’agit d’ une relation superficielle, monétisée. Mais après tout, Rent-a-Girlfriend est une romance.

Rent-a-Girlfriend est très fort dans l’humour. Notre empathie pour Kazuya n’a d’égal que notre envie de fuir ce personnage lourdingue, immature et un peu pervers (disons pervers comme un ado de 15 ans… ) Mais c’est ce savant mélange qui provoque notre affection. Quiconque a connu une rupture amoureuse, ou tout simplement une adolescence, peut comprendre à peu près ce qu’il vit. Et il est adorable avec ses prises de tête, ses mensonges à demi-mot, ses angoisses, sa tendresse maladroite…

De l’autre côté du cadran, Chizuru est un peu plus complexe. Elle a une identité compliqué avec des désirs compliqués mais une façon d’agir relativement simple. Formidable actrice dont nous -lecteur et Kazuya– connaissons le vrai visage, les tours, la magie de son jeu d’acteur quotidien. Elle est brillante. Mais pas sûr qu’elle sache exactement ce qu’elle veut.

Dirait-on que tout est gagné d’avance ? Non. Bien sûr que non. Parce que Kazuya est toujours attiré par son ex : Mami Et que Mami ….. est encore plus compliqué que les autres. Mignonne et mauvaise-langue. C’est le genre de personnage que l’on adore détester.

Reiji Miyajima a un style dynamique, top pour de l’humour, ce qui rend les scènes « sérieuses » plus poignantes. Rent-a-Girlfriend est une comédie romantique qui joint parfaitement le ridicule et l’adorable, loin d’être assez banale pour que l’on prévoit exactement comment les choses vont évoluer. C’est une lecture drôle et tendre qui laisse une petite trace lorsque l’on referme le tome.

  • Rent-a-Girlfriend
  • Auteur : Reiji Miyajima
  • Traducteur : Rodolphe Gicquel
  • Editeur : Noeve
  • Label : Noeve Grafx
  • Prix : 7,95 €
  • Parution : 12 mars 2021
  • ISBN : 9782490676545

Résumé de l’éditeur : Kazuya Kinoshita, 20 ans, étudiant, vient de se faire larguer. Un déboire de plus dans la vie de ce garçon maladroit et malchanceux. Désespéré, il installe l’application Diamond, qui permet de faire appel aux services d’une petite amie de location. C’est la belle et inaccessible Chizuru Mizuhara qui se présente à leur premier rendez-vous… et si cette rencontre changeait la donne pour Kazuya ?

L’émouvantail 4 : L’oiseau bohème

Alors qu’il marche en forêt, L’émouvantail découvre une roulotte dans laquelle se trouve un oiseau en cage. Renaud Dillies imagine le quatrième opus de sa série, intitulé L’oiseau bohème. Une douceur !

Après un premier tome qui nous présentait L’émouvantail et un cache-cache dans le deuxième tome, le gentil épouvantail découvre une roulotte en ruine au détour d’une balade en forêt. Cette cabane avec des roues ne lui inspire pas une grande confiance. Il y pénètre néanmoins, trouve un instrument à cordes, mais également un oiseau en cage…

Telle la chanson de Pierre Perret, Ouvrez ouvrez la cage aux oiseaux, ce quatrième volume de L’émouvantail aborde la notion de liberté par l’oiseau emprisonné dans sa cage. Leur langage sera celui de la musique, universelle car compréhensible par tout le monde. Mais malgré ses efforts, le gentil personnage se frotte aussi à l’échec, celui qui blesse au cœur.

Sans connaître l’instrument qu’il trouve, ni ne sachant vraiment en jouer, il tente d’apprivoiser cet oiseau majestueux comme il a pu le faire avec son ami tout de jaune vêtu.

Proche des thématiques de Billy Symphony de David Périmony, L’oiseau bohème ravit par sa douceur, sa quête d’identité et sa bienveillance.

A chaque nouveau tome, Renaud Dillies nous surprend. Avec L’émouvantail, il tisse une belle toile, un univers charmant, à part, très personnel, que les jeunes lecteurs apprécient énormément.

  • L’émouvantail 4 : L’oiseau bohème
  • Auteur : Renaud Dillies
  • Coloriste : Christophe Bouchard
  • Éditeur : La Gouttière
  • Prix : 10,70 €
  • Parution : 26 février 2021
  • ISBN : 9782803677740

Résumé de l’éditeur :

« – Je pense qu’il parle une langue différente de la nôtre… – Quel oiseau étrange, jamais je n’en avais vu de comme lui auparavant ». Au détour d’une de ses promenades forestières, le doux Émouvantail tombe sur une drôle de « cabane avec des roues ». Plus étonnant encore : elle semble abandonnée, mais recèle de mystérieux trésors. Le héros au coeur de paille y découvre une invention étrange dotée de cordes, qui lui permet de produire des sons semblables à ceux de son ami Petit Oiseau. Mais surtout, il y fait la rencontre d’un être tout à fait singulier. Un oiseau magnifique mais ne parlant pas son langage, et prisonnier d’une cage dorée. Quelle triste idée, priver ainsi quelqu’un de liberté… L’Émouvantail compte bien trouver un moyen de le libérer.

Lisa et Mohamed

Lisa, jeune journaliste, croise Mohamed, harki vivant modestement en France. Julien Frey et Mayalen Goust mettent en scène cette belle rencontre dans Lisa et Mohamed, un album poignant.

Lisa est étudiante en journalisme, elle n’a pas beaucoup de moyens. Grâce à son copain, elle trouve un logement chez Mohamed, un vieux monsieur, veuf et grincheux. Elle loge dans l’ancien bureau de sa femme. Il ne souhaitait pas cette cohabitation mais c’est ainsi. Curieuse et entêtée elle découvre des cassettes audio d’une interview de sa femme, lorsqu’ils étaient plus jeunes. Elle y découvre son passé de harki qu’il cache depuis des années. Petit à petit, il se confie, elle comprend…

Le sujet des Harkis est un sujet douloureux, bien plus complexe qu’il n’y paraît et c’est bien ce que nous expliquent Julien Frey (L’oeil du STO, Michigan sur la route d’une war bride) et Mayalen Goust (Vies volées) dans cette bande dessinée. Portés par l’histoire de Mohamed qui se confie à Lisa loin des discours politiciens, ils nous démontrent la réalité du terrain.Les harkis ont été abandonnés par la France suite aux accords d’Évian et les enfants des Harkis habitants en Algérie n’ont toujours pas les mêmes droits dans leur propre pays.

En utilisant les souvenirs, le partage intergénérationnel et la conversation les auteurs rendent cette histoire intime. Le scénario de Lisa et Mohamed est intelligent et le dessin porte l’histoire avec une extrême douceur malgré les faits terribles. Un parfait équilibre pour permettre à tous de mieux comprendre. Ce récit est sensible et fort de sens.

Pour prolonger ce thème, vous pouvez parcourir notre chronique de Histoire dessinée de la Guerre d’Algérie de Benjamin Stora et Sébastien Vassant.

  • Lisa et Mohamed
  • Scénariste : Julien Frey
  • Dessinatrice : Mayalen Goust
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 20 €
  • Parution : 07 avril 2021
  • ISBN : 9782754828567

Résumé de l’éditeur : Paris, juin 2000. Lisa, étudiante, loue une chambre chez le vieux Mohamed. Retraité veuf et bourru, Mohamed est un ancien harki, un supplétif de l’armée française en Algérie. Lisa et Mohamed ignorent encore que leur rencontre va faire ressurgir le passé. Celui des harkis. Ces hommes qui n’ont aujourd’hui toujours pas le droit de retourner en Algérie. Après L’oeil du STO, Julien Frey continue son travail de mémoire des zones sombres de notre passé en abordant avec sensibilité la question encore douloureuse des harkis. Le travail en couleur de Mayalen Goust en souligne toute l’humanité.

Pédale

Ludovic Piétu raconte sa vie dans Pédale, un album sur l’acceptation de soi, son coming-out et son parcours. Un album inclusif et positif édité par Rouquemoute.

Ludovic a fait son coming-out a 23 ans. Auparavant, troublé dans sa sexualité, il n’avait eu que quelques aventures avec des hommes. Dans ses premières années, il s’est tout de suite senti différent : entre le tennis, le patinage artistique, les bracelets brésiliens ou les chaussures rouges de sa cousine, il trace son bonhomme de chemin à la marge.

Mais c’est seulement lorsqu’il entre au collège qu’il commence à être harcelé et insulté de « pédale ». Il tente bien de se rapprocher des filles mais il préfère se masturber en cachette sur les pages de sous-vêtements hommes de La Redoute.

Ludovic pense que le lycée pourra le libérer, mais son attirance pour les garçons est forte. Après son bac, il entre en prépa Véto où il se rapproche de Margot. Le bonheur semble parfait… mais il ne dure pas : Ludovic aime les hommes !

Pédale : un long chemin vers l’acceptation de soi

Accompagné au dessin par Jika, Ludovic Piétu revient sur son passé dans Pédale. Vingt ans après, marié à Olivier et habitant le Canada, le jeune homme en paix avec lui-même peut aborder le récit de sa vie, celle des changements, de la différence, de l’acceptation de soi, des joies et des peines.

Voulu comme un album de témoignage pour les plus jeunes, Pédale parle d’homosexualité mais pas que. Très universel dans ses thématiques (amitié, amour, premiers émois, découverte de la sexualité…), c’est un album intimiste fort.

Dans Pédale, Ludovic Piétu se dévoile, il nous montre ses failles, ses doutes, ses peurs, sa vie et son long chemin vers la liberté : SA liberté. On ressent à travers ce récit une grande générosité, la peur de décevoir, de faire du mal aux autres et une grande douceur.

Entre les envies, les pulsions, les mensonges, la réalité, l’exclusion ou le rejet de son identité, tout est amené avec finesse et intelligence. On appréciera le personnage de Margot, d’une douceur et d’une grande compréhension.

A mettre dans les mains des adolescents gays ou non, Pédale fait œuvre de pédagogie au même titre que les albums de Quentin Zuttion (Sous le lit, Appelez-moi Nathan), ceux d’Hugues Barthe (Mes années hétéro, Bobby change de linge), de Pochep (Vieille peau), d’Alison Bechdel (L’essentiel des gouines à suivre, Fun Home), de Tillie Walden (Spinning, J’adore ce passage), de Nicole J. George (Allo Dr Laura) ou de Gengoroh Tagame (Le mari de mon frère) autour des questions LGBTQIA+.

Publié en partenariat avec Le refuge (50% des droits d’auteurs sont versés à l’association), Pédale fait l’objet d’une campagne de pré-vente sur KissKissBankBank jusqu’au 17 mai.

  • Pédale
  • Scénariste : Ludovic Piétu
  • Dessinatrice : Jika
  • Éditeur : Rouquemoute
  • Prix : 20 €
  • Parution : 04 juin 2021
  • ISBN : 9791096708499

Résumé de l’éditeur : “Pédale !”, c’est le verbe pédaler à l’impératif, une injonction faite à soi-même d’avancer pour ne pas tomber. “Pédale !”, c’est aussi une insulte facile qui met une étiquette sur une différence montrée du doigt et moquée. Pédale !, c’est maintenant un roman graphique, édité chez Rouquemoute, qui aborde la difficulté de se situer dans une société où les modèles amoureux sont hétéro-normés.

 

Rainbow Girls

Trois collègiennes, Gwen, Lisa et Mel, tentent de retrouver la grande sœur de la première dans Rainbow Girls, une aventure fantastique folle signée Carbone et Hélène Canac. Distrayant !

Gwen et Lisa sont très amies et dans la même classe. Avant les vacances, leur professeur leur demande un travail en commun. Elles ne sont pas des plus heureuses car elles doivent se coltiner Mel, une camarade un peu hautaine et superficielle.

Arrivées chez Gwen pour l’exposé, la collégienne est inquiète : sa grande sœur Lulu a disparu. Accompagnées de Razmote, la souris de l’étudiante en biologie, elles commencent leur enquête pour la retrouver. Elles consultent alors son téléphone…

Après La boîte à musique, Les zindics anonymes et Dans les yeux de Lya, Carbone poursuit son incursion dans le monde du 9e art avec une nouvelle série jeunesse haletante. Gwen, Lisa et Mel, trois jeunes adolescentes vont être entrainées dans un tourbillon de problèmes en tentant de chercher la sœur de Gwen. Mordues par des plantes carnivores mutantes, les collégiennes vont soudain être porteuses d’un don surnaturel.

Sans en révéler de trop pour ne pas gâcher l’intrigue, l’on peut dire que ce début de série fantastique est prometteur. Vraie histoire de superhéroïnes, Rainbow Girls est un récit idéal pour les plus petits. Dans la veine des Totally Spies, la série animée franco-québécoise de Vincent Chalvon-Demersay et David Michel, Carbone fait monter un petit suspense agréable, y glisse de l’humour mais également des ennemis à ses trois héroïnes ou encore des savants fous.

Pour accompagner Carbone au dessin, c’est Hélène Canac qui s’y colle. Loin de son univers de Entre neige et loup (prix des écoles à Angoulême en 2021), elle réalise des planches dynamiques et très colorées.

Rainbow Girls : une série fantastique jeunesse sympathique, dynamique, moderne et drôle !

  • Rainbow Girls, tome 1 : Sauvons Lulu !
  • Scénariste : Carbone
  • Dessinatrice : Hélène Canac
  • Éditeur : Dupuis
  • Prix : 9,90 €
  • Parution : 09 avril 2021
  • ISBN : 9791034753048

Résumé de l’éditeur : A la sortie du collège, Gwen, Lisa et Mel se retrouvent. Elles ont un exposé d’histoire à préparer, mais quand elles arrivent chez Gwen, sa grande soeur Lulu a disparu ! La cage de Razmote, le rat domestique, est ouverte et il a l’air terrifié. La jeune étudiante a laissé son ordinateur et surtout son smartphone dont elle ne se sépare jamais. C’est sûr, il lui est arrivé quelque chose ! Il faut mener l’enquête. Bravant le danger, les trois ados se lancent avec Razmote dans une aventure trépidante qui les conduira à Lulu mais aussi à une serre de plantes carnivores et un savant fou, bien décidé à finaliser un terrible dessein… à l’origine de leurs super-pouvoirs. Découvrez comment les Rainbow Girls sont nées !

Guerre à la terre

Les éditions de la 5e couche dévoilent Guerre à la terre, un album signé Charles Mieux mettant en scène les guerres spartiates de l’Antiquité et une se déroulant à l’époque contemporaine.

L’album s’ouvre sur un combat aérien. Touché par la foudre, l’avion chute vertigineusement. A son bord, les deux occupants sautent et déploient leurs parachutes. A terre, ils tentent de survivre en fuyant leurs ennemis…

Pour conter ce récit, Charles Mieux colle à ses vignettes non pas l’histoire en elle-même de ces deux aviateurs mais le texte de Jacques Ellul autour des institutions à Sparte dans l’Antiquité. Se fondant sur les écrits d’Hérodote, le sociologue et historien du droit aborde ainsi la vie de ces habitants de la cité antique grecque.

Guerre à la terre : parallèle audacieux

Il y a donc un parallèle audacieux dans Guerre à la terre entre les mots d’Ellul sur Sparte (en plein combat) et un front du XXe siècle, vraisemblablement celui de la Seconde guerre mondiale à la vue des avions mis en scène.

Si l’on pourrait être surpris par cette mise en commun, finalement elle fonctionne assez bien. Les guerres quelque soient les périodes sont toujours fondées sur le même principe : deux camps s’opposent à la vie, à la mort pour une gloire souvent éphémère (un territoire, une religion, un malentendu, une étincelle…).

Si quelques albums ou séries de bandes dessinées ont abordé l’Histoire antique, peu ont eu comme toile de fond la Grèce. L’on apprécie énormément le vocabulaire lié à cette période (le nom des tribus, de lexique de la guerre…) surtout lorsque, comme moi, l’on a suivi quelques études universitaire d’Histoire.

Le dessin de Charles Mieux en bichromie (noir / marron) est légèrement flouté pour laisser tout le mystère de ces combats. L’auteur belge ne définit jamais les traits des visages de ces personnages. En effet, la guerre anonymise les combattants. Il y a un légère teinte de fantastique dans les planches, notamment dans ses engins volants.

  • Guerre à la terre
  • Auteur : Charles Mieux
  • Éditeur : 5e couche
  • Prix : 15 €
  • Parution : 20 novembre 2020
  • ISBN : 9782390080671

Résumé de l’éditeur : Guerre à la Terre articule au passage que Ellul consacre à Sparte dans sa somme sur l’histoire des institutions celui que Hérodote dédie aux Scythes de la Mer Noire. Hanté par la figure de l’étranger, le livre est conçu comme ce système de correspondances que la tradition chrétienne appelle lecture typologique. Son modèle est celui des jeux de passages thématiques, iconographiques et historiques entre l’ancien et le nouveau testament, tels qu’on les retrouvent frappant le portail du Duomo de Pisa ou la statuaire du jubé d’Albi. Mais ici, prise dans une double trame antique, c’est une troisième image fantôme qui se dégage, celle du contemporain et de ses propres mythes nationaux.

Le tambour de la Moskova

Après Junker et Papa Zoglu, Simon Spruyt s’attaque à la période napoléonienne avec Le tambour de la Moskova. On est loin du conte merveilleux du deuxième ou de la relation fraternelle du premier. Surprenant et beau !

Vincent est un tambour de l’armée de Napoléon, il a une gueule d’ange au point qu’il pense que même l’Empereur lui a souri.

Et dans cette guerre contre la Russie, cette frimousse est un vrai gage d’espoir alors que tout s’effondre sous les flammes.

Cette innocence apparente va lui permettre d’échapper à de nombreuse déconvenues mais jusqu’à quel point ?

À l’aube du bicentenaire de la mort de l’empereur (5 mai 1821), Simon Spruyt nous offre une bande dessinée qui ne parle pas de Napoléon, mais d’un homme qui traverse cette guerre avec un sourire d’ange. Pour vivre, il va devoir faire des choix qui sont parfois tout simplement dictés par l’instinct.

Choisir le bon endroit, le bon moment, la bonne personne, choisir de trahir ou d’être fidèle, choisir partir ou de rester, vivre ou mourir même si après il faut pouvoir se regarder en face, le restant de sa vie.

J’avais Le tambour de la Moskova depuis un moment dans ma pile, je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai attendu, voire même repoussé cette lecture après l’avoir feuilletée. Et puis, je l’ai ouverte pour la lire et j’ai été surpris comme on peut l’être quand on ne s’y attend pas. Une merveilleuse surprise. La lecture est extrêmement fluide et le dessin, qui appuie le récit, a lui aussi un air de conte innocent pour enfant. Cet équilibre est tout bonnement très intelligent.

Je terminerais par un proverbe fort à propos : « L’habit ne fait pas le moine ».

  • Le tambour de la Moskova
  • Auteur : Simon Spruyt
  • Éditeur : Le Lombard
  • Prix : 19,99 €
  • Parution : 12 mars 2021
  • ISBN : 9782803677740

Résumé de l’éditeur : Vincent en est sûr : l’Empereur lui a souri. Tout le monde lui sourit, d’ailleurs. Avec sa frimousse d’ange, le jeune tambour est la seule lueur d’espoir qui subsiste dans l’univers absurde de la désastreuse campagne de Russie menée par Napoléon. Un dernier reste d’innocence, choyé et protégé par son entourage, à l’heure où la plus grande armée que le monde ait jamais connue continue de marcher à sa perte.

Ceux qui brûlent

La police enquête avec difficulté sur un dossier d’un meurtrier qui brûle des anonymes à l’acide. Nicolas Dehghani imagine Ceux qui brûlent, un superbe polar édité par Sarbacane. Une formidable première bande dessinée de ce jeune auteur prometteur.

Depuis quelque temps, un psychopathe brûle des gens à l’acide. Toute la police est sur le pont pour trouver qui est le coupable. Une jeune inspectrice, regardée de haut par ses collègues hommes, a été mise en binôme avec le Pouilloux (le boulet) :  « Je vous mets ensemble pour qu’on soit tranquilles mais vous trouvez quand même le moyen de m’emmerder ». Mais Mills a du caractère et n’a pas envie de se laisser faire… Elle entend bien faire reconnaître qu’elle est aussi douée que les autres malgré les démons qui la tourmentent.

Un polar au féminin, mais pas seulement…

Ce n’est pas sans peine, que cette jeune inspectrice, affublée d’un nouveau coéquipier, fera entendre sa voix et reconnaître ses qualités d’enquêtrice. Ensemble, malgré le regard des autres ils vont trouver les coupables mais à quel prix…

La lecture des 192 pages est fluide, rapide, intense. On a la sensation d’être dans l’urgence de l’enquête. Coté graphisme je suis sous le charme du dessin de Nicolas Dehghani qui colle parfaitement au récit.

Dès le départ, j’ai apprécié cette magnifique couverture avec son joli dos toilé (oui je sais je le dis souvent j’aime les beaux objets). Ici pas de brillant, elle est mat… sombre… bien choisie pour un polar. Je ne vais pas le qualifier de polar féministe mais Ceux qui brûlent est un joli polar tout en nuance.

  • Ceux qui brûlent
  • Auteur : Nicolas Deghani
  • Éditeur : Sarbacane
  • Prix : 24,50 €
  • Parution : 07 avril 2021
  • ISBN : 9782377316120

Résumé de l’éditeur : Une ville rongée par le crime et l’acide… Les boss ont eu la brillante idée de refourguer à Alex ce boulet de Pouilloux, et c’est pas un cadeau. Faut dire que la police grouille de machos de la pire espèce, qui n’hésitent pas une seconde à reléguer Alex au rang de gamine faiblarde. Alors elle a beau être inspectrice, autant dire que les gros poissons, c’est pas pour elle. Mais elle sait ce qu’elle vaut et elle ne compte pas en rester là. Justement, le timbré qui s’amuse à terroriser les honnêtes gens, en brûlant ses victimes à l’acide, court toujours… Une occasion en or pour la jeune policière de prouver sa valeur ? Ou un guet-apens dont personne ne sortira indemne ?

Sortie d’usine

Benjamin Carle, journaliste, est venu rencontrer les ouvriers de l’entreprise GM&S dans leur combat pour sauvegarder leur emploi. Il raconte cette lutte dans Sortie d’usine, un très bel album poignant mis en image par David Lopez aux éditions Steinkis.

Réalisateur de documentaires et journaliste, Benjamin Carle se rend à Limoges afin de rencontrer Vincent Labrousse, un ancien ouvrier de l’usine GM&S. Avec lui, ils discutent de la fin programmée de l’entreprise après moult changements de propriétaires.

Les salariés ont longtemps lutté pour sauvegarder tant bien que mal leur outil de production et les emplois. Je me souviens très bien des ouvriers débarquant au tribunal de commerce de Poitiers en 2017. Ce fut un vrai moment de partage, d’explication set de lutte. Rembobinons le film.

La Souterraine dans la Creuse. Profitant d’un programme d’aménagement du territoire dans les années 1960, un patron décide de créer la SOCOMEC produisant des jouets pour enfants, des balançoires et des rameurs. L’ancêtre de GM&S. Au fil des années, la politique industrielle de l’usine change pour se tourner vers l’automobile. L’entreprise est alors un sous-traitant pour Peugeot et Renault. Au zénith de la production, près de 500 employés travaillent dans l’entreprise.

Mais les leaders automobiles français décident de ne plus mettre tous leurs œufs dans le même panier et multiplient les fournisseurs de pièces. La situation se dégrade et les repreneurs se succèdent sans grande réussite, jusqu’à la vente à GM&S. Il ne reste plus que 120 ouvriers…

Sortie d’usine, c’est une collecte de témoignages pour faire ressentir aux lecteurs toute la colère qu’ils eurent en eux pendant la lutte. Comment tenter de sauver ce qui pouvait l’être ? Comment aider au mieux ce qui vont restèrent sur le carreau ?

Sortie d’usine : GM&S, symbole de la France désindustrialisée

Cette entreprise de La Souterraine est le symbole de cette France qui se désindustrialise. Une France qui voit partir ces fleurons industriels vers d’autres contrées plus lointaines. Une France qui n’a pas les armes ni la volonté d’une politique ambitieuse pour le secteur II.

Armé de son carnet, Benjamin Carle note l’histoire, mais aussi le désarroi et le désespoir de ces ex ou encore ouvriers d’une usine. Il met le doigt sur le lâchage en règle des différents ministres de l’économie ou de l’industrie de cette entreprise qui fit énormément pour sa ville et son département.

Ce combat, le scénariste, dont c’est la première bande dessinée, le magnifie à travers des anonymes qui ont tout perdu, sacrifiés sur l’autel de la finance.

Pour l’accompagner dans ce projet, David Lopez met en image cette somme de témoignages. Après Planète football en 2018, ce diplômé de l’école Emile Cohl s’attaque à un tout autre genre. Ces planches sont très belles, très équilibrées et rendent un vrai hommage à ces ouvriers sacrifiés.

Sortie d’usine : un livre de lutte sociale dans les pas de Un homme est mort de Kris et Davodeau, Noir métal de Loyer et Bétaucourt ou Lip de Galandon et Vidal. Un message politique fort et instructif.

  • Sortie d’usine, Les GM&S, la désindustrialisation et moi
  • Scénariste : Benjamin Carle
  • Dessinateur : David Lopez
  • Éditeur : Steinkis
  • Prix : 18 €
  • Parution : 18 mars 2021
  • ISBN : 9782368462645

Résumé de l’éditeur : Comme beaucoup de français, Benjamin Carle entend parler de GM&S pour la première fois en 2017, alors que les salariés menacent de faire sauter leur usine de sous-traitance automobile pour lutter contre sa fermeture. Journaliste et documentariste, il décide de retracer l’histoire et le destin de la plus grande entreprise de la Creuse, installée à La Souterraine depuis 1963. Cette enquête raconte le combat d’ouvriers, dessine le portrait d’une ville, replonge dans les archives et les données économiques pour comprendre comment nous en sommes arrivés là. Elle fait aussi, en creux, les comptes de la désindustrialisation dont les conséquences continuent de se dévoiler. Même dans le « monde d’après ».

Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins

Zouzou est envoyé dans la bouche d’une vieille femme dont les dents la font souffrir énormément. Matthias Arégui et Léon Maret imaginent son aventure dans Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins, un album complétement fou aux éditions 2024.

Couacville. Mireille, une vieille femme très riche, tente désespérément de devenir membre du Club des opulents, un cercle d’hommes et de femmes ultra-riches. Mais à chaque tentative, elle se faire refouler, entrainant des rages de dents intensives.

Elle se rend en urgence chez son dentiste, le docteur Marietti qui lui propose un traitement novateur. Par un procédé, il réussit à miniaturiser Zouzou son neveu. Le jeune garçon entre alors dans la bouche de la vieille femme pour tenter de découvrir ce qui lui fait vraiment mal au niveau de sa gencive…

Dans la veine de Maman j’ai rétréci les gosses, le film avec Rick Moranis, Matthias Arégui et Léon Maret développent une histoire complétement décalée et barrée. Débridé dans tous les sens du terme Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins plaira aux jeunes lecteurs par ce côté à l’opposée du classicisme des bandes dessinées.

Micro Zouzou, histoire à 4 mains

Le duo d’auteurs avaient réussi à placer les premières pages de Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins dans le journal de Picsou, par un supplément encarté intitulé Couac. Un exploit qui permettait un grande visibilité à leur récit fantastique.

L’infiniment petit est donc au cœur de cette histoire folle où Zouzou croise de nombreux personnages tous aussi fous les uns que les autres. Les rebondissements et autres surprises se multiplient au fil des pages.

Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins bénéficie d’un découpage dynamique, un rythme enlevé qui pulse. L’album fut créé à quatre mains. Matthias Arégui (Papayou) et Léon Maret alternent donc la partie graphique sans vraiment de processus défini. Chacun dessine selon son envie.

Tout est foutraque dans le récit. Il n’y a pas de sens si ce n’est pour les auteurs de s’amuser. Et c’est bien cela le défaut : on a du mal à comprendre le but dans les premières pages. Au-delà de la folie, un peu de sens aurait permis de s’accrocher à la lecture. Dommage, les deux auteurs sont formidables et l’idée de départ est excellente.

Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins : un voyage dentaire entre absurde et folie !

  • Micro Zouzou contre les Maxi-Zinzins
  • Auteurs : Matthias Arégui et Léon Maret
  • Éditeur : 2024
  • Prix : 15 €
  • Parution : 19 mars 2021
  • ISBN : 9782901000563

Résumé de l’éditeur : Couacville, patrie des opulents… Dans cette petite ville, se cache un club très spécial, un club réservé aux plus riches, le fameux club des Opulents ! Dame Mireille, pourtant l’une des plus grandes fortunes de ce petit coin de paradis, veut y rentrer depuis fort longtemps… Mais las, les opulents refusent toujours son admission, ce qui provoque chez elle colère, et rage de dents. C’est ici qu’entre en scène Zouzou, et son tonton Marietti ; par amour et pour soigner ses douleurs, le dentiste Marietti lui propose de tester une méthode révolutionnaire : le micro-dentisme. C’est très simple : à l’aide du microcroscope, Zouzou est envoyée directement dans les gencives, pour inspecter sur place sur ces rages de dents. Mais bientôt Dame Mireille leur échappe, et pour Micro Zouzou, qui se balade dans ses dents, la situation devient bientôt hors de contrôle ! Paru dans COUAC, la gazette dingo de PICSOU MAGAZINE, ce feuilleton échevelé de Matthias Arégui et Léon Maret ravira les fans de canards et d’aventures interdentaires !

Le pré derrière l’église

Le Pink Clover est un pub irlandais accolé à une église. Que de tensions et de rires entre les pro et les anti. Didier Crisse et Christian Paty imaginent le destin de son curé dans Le pré derrière l’église, un polar comique aux éditions Soleil.

Killkenny en Irlande. Comme tous les matins, « l’homme en noir », le curé du village, s’adresse doctement aux moutons du pré derrière son église. Après son sermon, ils leur donne des friandises en récompense. Non loin de là, un écureuil et Sir Doyle, le hibou, surveillent leurs amis ovins.

Dans ce petit village, l’attraction c’est le Pink Clover, un pub accolé à l’église. Si les cloches font vaciller son lieu de boisson, le patron n’est pas mécontent de la situation. Son pub est très fréquenté malgré certaines réticences de la part de grenouilles de bénitier.

Mais, un matin, le curé ne se présente pas au troupeau. Que lui est-il arrivé ? Et si c’était un coup des cornus, les chèvres du pré…

Entre Don Camillo et Clochemerle, Le pré derrière l’église a tout d’une sacré comédie. Didier Crisse joue sur l’antagonisme entre le pro et les anti Pink Clover, le pub dont un mur est commun avec l’église, entre le curé et le patron du bar, entre les moutons et les chèvres. Tout ce petit monde se toise et s’agite dès qu’un événement apparait. Cette fois-ci, c’est la disparition du pauvre prêtre, si proche de ses brebis égarées. Les tensions se multiplient entre les différents groupes. Qui et pourquoi ? Telles sont les questions de ce polar campagnard situé au fin fond de l’Irlande dans les années 1930.

Si les animaux sont dans le rapport de force, du côté des humains, ce n’est pas mieux : certains se comportent comme des bêtes.

Tout s’emmêle, tout s’emboîte dans Le pré derrière l’église. L’histoire est drôle et malicieuse de la part de l’auteur de Kookabura, Atalante, Les ailes du Phaéton, Luuna et Lemmings. Didier Crisse laisse un beau suspense à la fin de ce premier opus qui en appelle un autre pour composer l’histoire complète.

Cette « panique aux pâturages » est un très joli polar animalo-humain mis en image par Christian Paty. L’auteur d’Atalante la légende (avec le même Crisse) illustre avec finesse et goût cette parodie campagnarde. Ses animaux et ses humains de papier sont superbes, très expressifs et dans l’exagération totale comme le veut le scénario. Ses couleurs, son bestiaire et ses décors sont magnifiques. Le vert irlandais lui va bien au teint !

Le pré derrière l’église : drôle et distrayant !

  • Le pré derrière l’église, tome 1/2 : The Pink Clover
  • Scénariste : Didier Crisse
  • Dessinateur : Christian Paty
  • Éditeur : Soleil, Hors-collection
  • Prix : 14,50 €
  • Parution : 10 mars 2021
  • ISBN : 9782302089402

Résumé de l’éditeur : Depuis toujours le curé de Kilkenny vient réviser son prêche devant les moutons qui l’écoutent pieusement, dans le pré derrière l’église. Un matin, il ne vient pas, ni les suivants. Un écureuil et un vieil hibou vont mener l’enquête sur cette disparition, pendant que les ovins se déchirent pour succéder à celui qu’ils prennent pour Dieu et les humains se divisent pour le pub accolé à l’église !